- il y a 6 mois
L'entreprise SpaceX d'Elon Musk va mener dans la nuit de dimanche à lundi un nouveau vol test de sa mégafusée Starship, destinée à aller un jour sur la Lune et Mars, après une série noire d'essais marqués par des explosions.
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00:00On va-t-elle mettre fin à la série noire et lever les doutes qui commencent à émerger sur sa fiabilité ?
00:05La nuit prochaine, l'entreprise SpaceX doit réaliser le dixième vol test de sa super fusée Starship.
00:11Les trois derniers essais se sont achevés sur des explosions, de quoi mettre la pression sur Elon Musk
00:16alors que l'espace est à nouveau un enjeu géopolitique majeur, avec la Chine en embuscade,
00:21mais aussi le nouveau terrain de jeu de grands acteurs privés.
00:24Trois spécialistes pour nous éclairer dans le grand entretien de la matinale.
00:27Jean-François Clairvoy, bonjour.
00:29Bonjour.
00:29Vous êtes spationaute à l'Agence Spatiale Européenne, vous avez participé à trois missions spatiales avec la NASA.
00:35Xavier Pasco est en ligne avec nous, bonjour à vous.
00:39Bonjour.
00:39Directeur de la Fondation pour la Recherche Stratégique, vous êtes spécialiste de la politique spatiale américaine.
00:45Et Paul Vorher est avec nous également, bonjour.
00:47Bonjour.
00:47Responsable du programme Espace au Centre Géopolitique des Technologies à l'IFRI.
00:52Alors la première question, elle est peut-être pour vous.
00:54Si ça ne marche pas la nuit prochaine, ce serait évidemment une mauvaise nouvelle pour Elon Musk,
00:59mais ce serait aussi une mauvaise nouvelle pour la NASA qui mise sur cette fusée Starship pour le retour de ces astronautes sur la Lune.
01:05Oui, ce serait une mauvaise nouvelle pour Elon Musk, évidemment pour la NASA, pour l'entreprise SpaceX,
01:10également pour tous les partenaires du programme Artemis dont la France et beaucoup de pays européens font partie,
01:17parce que c'est censé être le véhicule qui permettra aux astronautes de se poser en fait sur la Lune dans le cadre de ce programme.
01:25Donc le principe de SpaceX a été de faire un développement qu'ils appellent itératif,
01:31c'est-à-dire en fait on vole, on teste et on revient et on essaie de régler les problèmes qui ont eu lieu.
01:37Le problème qu'on a vu avec ce Starship, donc c'est la V2 comme ils l'appellent, la deuxième version,
01:43c'est qu'on a vu qu'il y a eu beaucoup plus de problèmes que la version précédente,
01:47et on a eu une impression finalement au cours des derniers vols qu'il y a presque eu des retours en arrière.
01:51Parce que c'était très spectaculaire au départ, ça fusait récupéré par les grands bras par exemple,
01:56c'était une image très forte qui a marqué les esprits en tout cas.
01:58Exactement, ça a marqué les esprits, sachant que normalement, si je ne me trompe pas,
02:03la nuit prochaine ça ne devrait pas être le cas, puisqu'il n'est pas prévu que ce gros lanceur soit récupéré par les bras.
02:10Ils essayent vraiment de s'assurer de la fiabilité de ce vaisseau qui, pour l'instant, n'a pas démontré sa fiabilité avec différents problèmes.
02:20D'ailleurs, à différents niveaux, en fait, ce ne sont pas les mêmes problèmes qui ont émergé à chaque fois.
02:24Donc on sent que c'est quand même un véhicule extrêmement complexe.
02:28Et toute la question, c'est évidemment combien de temps ça prendrait de fiabiliser ce vaisseau,
02:33combien ça coûterait aussi de fiabiliser ce vaisseau,
02:35sachant que, comme vous le mentionniez, il y a une forme de course aujourd'hui qui existe entre la Chine et les Etats-Unis.
02:42Aujourd'hui, il y a même des spécialistes qui commencent à dire que la Chine avance très très vite.
02:46Il y a eu trois tests assez conséquents cette année.
02:50Et récemment, la Chine a annoncé que se poser sur la Lune avant 2030, c'était vraiment l'objectif.
02:55Jean-François Clairvon, on se souvient de la NASA dans les années 60,
02:58comme une agence spatiale qui faisait tout finalement, très autonome.
03:02Aujourd'hui, ce n'est plus le cas.
03:03Elle a besoin des grands groupes industriels comme SpaceX pour mener à bien ses programmes.
03:07Et c'est le cas, par exemple, avec Artemis.
03:09C'est toujours l'industrie qui a fabriqué les vaisseaux.
03:12Mais la NASA achetait les vaisseaux et les mettait en œuvre elle-même depuis ses propres centres de contrôle.
03:17Depuis une vingtaine d'années, pour réduire les coûts, c'était le Congrès qui a imposé à la NASA
03:22de sous-traiter des services récurrents.
03:24Par exemple, pour avitailler l'ISS, pour transporter les astronautes à l'ISS,
03:28la NASA ne le fait plus avec ses propres vaisseaux, toujours fabriqués par les grands groupes industriels.
03:33Elle achète un service.
03:35Donc le vaisseau reste propriété de l'industriel qui peut l'utiliser pour autre chose.
03:40C'est comme ça que SpaceX peut vendre à un client privé un vol spatial.
03:45Alors qu'avant, un astronaute privé, un milliardaire qui voulait aller dans l'espace,
03:48il devait frapper à la porte de la NASA en disant « Est-ce que je peux monter à bord de votre navette ? »
03:51Ben non. Mais maintenant, il y a des vols qui sont traités par des contrats directement entre sociétés privées,
03:57spécifiques d'un côté.
03:58Donc c'est nouveau.
03:59Restataire de service, en fait, finalement.
04:01Et l'idée, c'était que la NASA se reconcentre sur les missions d'exploration
04:06qui imposent de nouveaux vaisseaux, de nouvelles trajectoires.
04:10Et c'est un peu le cas, puisque le vaisseau qui va transporter les astronautes vers l'orbite lunaire,
04:16c'est le vaisseau Orion, qui est fabriqué par Lockheed Martin,
04:19mais selon des contrats de format traditionnel.
04:23Xavier Pasquot, on imagine que le vol test de ce soir va être regardé avec beaucoup d'attention à la Maison-Blanche.
04:29On évoquait tout à l'heure la concurrence avec la Chine qui pousse derrière.
04:35Est-ce que ça inquiète l'administration Trump ?
04:38Oui, alors c'est un peu à géométrie variable, conformément à l'attitude générale de cette administration.
04:45Mais en ce moment, oui, ça l'inquiète.
04:46C'est-à-dire qu'on est dans une période où l'administration Trump cherche assez classiquement,
04:53comme les administrations antérieures, à imposer l'image des États-Unis.
04:58Et donc, ça fait partie de la compétition que les États-Unis, selon eux, doivent gagner absolument.
05:05Ça n'a pas toujours été le cas.
05:06Sous Obama, le retour sur la Lune, ce n'était pas nécessairement une priorité.
05:11Obama avait dit qu'on y est allé, grand bien face aux autres d'y aller.
05:14Mais maintenant, non, là, on est dans cette compétition.
05:17Et en fait, c'est un ressenti plutôt qui existe à Washington en ce moment.
05:21Si la Chine allait sur la Lune avant les Américains, retournait sur la Lune,
05:24ou allait sur la Lune avant que les Américains y retournent,
05:27ce serait vu comme un problème politique.
05:30C'est un symbole, la Lune, ou est-ce que c'est un enjeu aussi dans l'exploration spatiale du futur, Paul Vorher ?
05:36C'est une bonne question.
05:38A priori, aujourd'hui, on reste dans une vision, disons, traditionnelle de l'exploration spatiale habitée,
05:43c'est-à-dire avec énormément de prestige et, comme disait Xavier Pasco,
05:47beaucoup d'enjeux politiques, finalement, qui tournent autour de ces questions-là.
05:52Après, il y a beaucoup de points d'interrogation sur l'avenir de la possibilité de mettre en place
05:57ce que les Américains appellent une économie six-lunaire
06:00et de créer une sorte d'environnement favorable à l'émergence de nouveaux modèles économiques.
06:05Tout ça reste extrêmement spéculatif à l'heure actuelle.
06:10Aujourd'hui, l'enjeu, il apparaît plus traditionnellement politique et géopolitique
06:15en mettant en avant l'exceptionnalisme américain ou l'exceptionnalisme chinois,
06:21en mettant en avant la volonté de ces pays, finalement,
06:25et les capacités de ces pays à accomplir de grands projets très technologiques et très complexes.
06:32On fait presque de la politique, finalement, en faisant de l'exploration spatiale.
06:36Jean-François Clairvoy, vous vouliez intervenir ?
06:37Oui. Deux choses que je voulais dire, c'est que lorsque la Chine a annoncé pour la première fois
06:43son planning pour emmener des Chinois sur la Lune,
06:48c'était sous le premier mandat de Trump qui avait dit
06:50« Ah non, il faut qu'on y arrive avant ».
06:52Et les Chinois avaient annoncé 2030.
06:55L'administration Trump avait dit « 2028 ».
06:58L'année suivante, tout seul, le président américain dit
07:01« 2028, c'est trop tard, je veux 2024 ».
07:03Sans aucune raison, sous-entendu sous mon deuxième mandat qu'il espérait.
07:07Et 2024, c'était l'année dernière.
07:09Et en fait, quand les Américains se déclarent dans une course,
07:12c'est une déclaration unilatérale.
07:14Les Chinois n'ont jamais déclaré qu'ils voulaient à tout prix être les premiers à y retourner.
07:20Ils maintiennent leur calendrier.
07:21Et la différence, c'est qu'eux sont à jour,
07:25ils seront prêts en principe en 2030,
07:27et les Américains prennent du retard.
07:29On se demande même s'ils arriveront en 2028.
07:31Mais le retour sur la Lune,
07:34tel qu'on le voit dans les vols habités,
07:37c'est avant tout la raison d'être numéro un d'Artémis,
07:42d'un point de vue pratique,
07:44c'est se servir de la Lune comme un banc d'essai
07:46pour apprendre à faire ce qu'on doit savoir faire
07:48avant de le faire sur Mars.
07:50Donc, en orbite lunaire,
07:55il y aura une station spatiale qui s'appelle le Portail,
07:58le Gateway,
07:59où il y a tous les partenaires canadiens, japonais, européens, américains.
08:03Alors les Russes y étaient au départ, ils sont partis,
08:05c'était avant la guerre pour des raisons techniques.
08:08Mais dans l'environnement lunaire,
08:10vous êtes dans le même environnement interplanétaire
08:12que vivre à un vaisseau en voyage vers Mars.
08:15Après, sur la Lune,
08:17créer une base, vivre, ravitailler une base,
08:21naviguer, rechercher des ressources sur place
08:24qu'on peut utiliser, l'eau, etc. pour produire l'oxygène.
08:26Donc la Lune, c'est un banc d'essai sans prendre trop de risques.
08:29Donc c'est pour ça qu'il faut réussir.
08:31Je ne pense pas qu'on enverra des humains,
08:33en tout cas à la surface de Mars,
08:35peut-être en orbite martienne,
08:36mais à la surface de Mars,
08:37sans avoir avant mis au point les concepts opérationnels,
08:40les technologies qu'on aura testées sur la Lune,
08:43et pas n'importe où, au pôle Sud.
08:44Et pourtant, Xavier Pasco,
08:47je me retourne à nouveau vers vous,
08:48spécialiste de la géopolitique spatiale américaine,
08:52il y a beaucoup d'effets d'annonce.
08:54Là aussi, contrairement à ce que disait Jean-François Clairvaux,
08:56on a l'impression, à entendre Elon Musk,
08:58que la colonisation sur Mars,
08:59ça peut commencer dès l'année prochaine.
09:02Ah oui, oui, oui.
09:02Alors Elon Musk explique même à ses employés,
09:05depuis des années,
09:06que SpaceX n'a été créé que pour aller sur Mars.
09:08Et d'une certaine manière,
09:11et c'est ce que disait Jean-François Clairvaux tout à l'heure,
09:13on a ce nouvel industriel qui est vraiment une nouvelle variété d'industriels.
09:19C'est-à-dire qu'auparavant,
09:20quand on avait une entité qui avait à la fois des capacités et des objectifs,
09:23ça s'appelait une agence spatiale,
09:25et l'agence spatiale commandait effectivement aux industriels des fusées,
09:28qu'elle opérait elle-même.
09:29Désormais, on a une autre entité qui a ça,
09:31ce sont ce SpaceX notamment,
09:33qui a à la fois des capacités,
09:35ses lanceurs, on a parlé de Starship, etc.
09:38Et puis des objectifs.
09:38Et l'objectif, c'est celui de Musk,
09:40c'est d'aller sur Mars.
09:41Et alors là, on entre dans une vision aussi de Musk,
09:43qui est une vision transhumaniste,
09:45qui a tout un arrière-plan très particulier,
09:51très politique, très idéologique,
09:53et qui fait qu'on a cette pression qui a été mise
09:58par toute cette activité,
10:00cette suractivité de SpaceX.
10:01Et aujourd'hui, la NASA s'est trouvée, elle,
10:04finalement prise un peu en étau,
10:06entre d'un côté un président qui, lui,
10:08voulait absolument contraindre l'administration,
10:11faire en sorte qu'on ne dépense pas l'argent public
10:14de la même façon qu'avant.
10:15Et puis, cette pression de Musk,
10:17ce nouvel acteur privé,
10:19qui a été exacerbé par la relation personnelle
10:22entre Trump et Musk,
10:23Alors aujourd'hui, c'est un peu plus distendu,
10:24mais en réalité, on reste quand même assez,
10:27selon les dernières mesures
10:29qui ont été annoncées par la Maison-Blanche
10:30sur la dérégulation du secteur spatial, etc.
10:33On est quand même très en phase
10:35entre cette administration et ces industriels.
10:37On comprend qu'Elon Musk a son propre agenda,
10:39qui n'est pas forcément celui des Etats-Unis,
10:41encore moins celui de l'Europe.
10:42Est-ce qu'il y a un risque de privatisation,
10:44finalement, de l'exploration spatiale, Paul Vorher ?
10:46Il y a un risque de privatisation,
10:48ça dépend comment on le pense.
10:50C'est-à-dire que quand c'est un acteur
10:52comme Elon Musk, qui finit par avoir un rôle politique,
10:54d'une certaine manière,
10:55ça n'est plus vraiment un acteur privé,
10:57ça devient un acteur politique.
10:59On voit d'ailleurs que dans cette administration,
11:01il y a beaucoup de personnes
11:02qui viennent effectivement du domaine privé
11:03et qui ont de plus en plus
11:05un impact sur les décisions
11:08qui sont prises par la Maison-Blanche.
11:10On peut même penser à Donald Trump lui-même,
11:12qui pendant longtemps a été
11:13quand même dans cette sphère,
11:15dans cet environnement privé,
11:16et aujourd'hui prend des décisions politiques.
11:18Donc, privatisation, vraiment, ça dépend,
11:22parce que l'État, en particulier l'État américain,
11:26mais aussi les grandes agences spatiales
11:28en Europe, au Japon, etc.,
11:29l'État a toujours eu un rôle très important,
11:32à la fois de client pour ces entreprises,
11:35et puis l'espace, en grande majorité encore,
11:38ça ne reste pas un domaine purement commercial.
11:41Il faut voir que fondamentalement,
11:43l'espace, ça permet de fournir des services publics,
11:45que ce soit dans le domaine civil,
11:47on pense à la météorologie,
11:48à la navigation par satellite, etc.,
11:50qui ne créent pas directement
11:52de la valeur économique
11:55avec un échange de services,
11:57mais véritablement des services publics
11:58qui sont payés par l'argent du contribuable
12:00et qui ensuite permettent
12:01à tout le monde d'en bénéficier.
12:02C'est moins le cas aujourd'hui.
12:03La NASA, par exemple,
12:04va perdre une partie de ses activités,
12:06sciences du climat, tout ça,
12:07pour se recentrer sur l'exploration spatiale.
12:09Énormément sur la science, effectivement,
12:10mais quand on parle d'exploration spatiale,
12:12dans la vision américaine,
12:14ça reste dans le domaine des services publics
12:16parce que c'est du prestige international, etc.
12:18Il y a aussi l'aspect militaire
12:19qui prend énormément d'importance aujourd'hui.
12:22Et là encore, on est dans le cadre du régalien,
12:23on est dans le cadre des États
12:25qui financent des activités spatiales.
12:27Donc, il faut faire attention
12:29à voir que la privatisation de l'espace,
12:31ce n'est pas nécessairement l'émergence
12:32de nouveaux modèles économiques.
12:34Il y a aujourd'hui une vraie...
12:36Il semble y avoir une vraie dynamique
12:37sur l'aspect connectivité par satellite
12:41avec cette constellation Starlink.
12:44Mais est-ce que demain,
12:45ce sera un modèle économique rentable
12:47lorsque la concurrence jouera, etc.
12:50Tout ça, ça reste très peu clair à l'heure actuelle.
12:55Et l'Europe, dans tout ça,
12:56Jean-François Clairvoy,
12:57comment elle se positionne face à cette course
13:00que vous évoquiez entre les Américains
13:02et les Chinois, ces grands acteurs privés ?
13:04L'Europe, elle maîtrise les technologies
13:06dans tous les domaines du spatial.
13:07C'est d'ailleurs l'Agence spatiale européenne,
13:08elle est la seule agence qui est experte
13:10dans tous les domaines.
13:11Le lancement, les sondes interplanétaires,
13:13les télescopes spatiaux, la météo,
13:15la navigation, l'observation de la Terre.
13:19Et on a démontré qu'on est capable
13:21de faire des choses vraiment au plus haut niveau
13:24puisqu'on a posé la sonde la plus éloignée
13:26de la Terre il y a une vingtaine d'années
13:29à 1,4 milliard de kilomètres de la Terre.
13:32On a posé 8 guinces sur la plus grosse lune de Saturne.
13:35On s'est posé au mètre près
13:36sur le noyau d'une comète.
13:37On a envoyé une sonde
13:40avec un moteur ionique vers la Lune
13:42il y a aussi une vingtaine d'années.
13:44On fournit des modules
13:45aux programmes de vols habités.
13:48On a eu le ravitailleur le plus précis
13:50et le plus lourd de l'ISS,
13:51le vaisseau ATV sur lequel j'ai travaillé,
13:53le vaisseau Jules Verne.
13:54Donc on n'a juste pas notre propre transport
13:57d'astronautes depuis Kourou.
13:58On en rêve, mais on serait capable de le faire
14:00puisqu'on a déjà lancé dans l'espace
14:02des vaisseaux récupérables
14:05qui font des entrées intactes dans l'atmosphère
14:07et qui ont réussi leur mission à 100%.
14:10Ce qui manque alors du coup
14:11pour devenir un facteur ?
14:13De rajouter un euro au lieu de un euro
14:15par habitant par an pour le vol habité,
14:18vous mettez un deuxième euro par habitant par an
14:20puisque le vol spatial habité,
14:22la contribution pour la France,
14:24c'est 1,2 euro par habitant par an.
14:26Pour comparer par exemple l'éducation nationale,
14:28c'est 1000 euros par habitant par an.
14:30Donc ce n'est pas grand-chose.
14:31On rajouterait un euro
14:31et dans 5-6 ans,
14:32on aurait notre capsule à nous.
14:34Est-ce qu'on peut imaginer
14:34dans tous les cas
14:36des spationaux de français, européens
14:38qui peuvent participer
14:39à des missions habitées
14:40vers la Lune par exemple,
14:42vers Mars un jour ?
14:43En fait, dans les accords Artemis,
14:45les accords, pas les accords Artemis,
14:46enfin dans les accords
14:47entre l'Agence spatiale européenne
14:49et la NASA
14:50dans le cadre du pont à Martémis,
14:52il est écrit
14:53qu'il y a au moins
14:54trois missions
14:55vers l'orbite lunaire
14:57à bord du Vessorion,
14:59à bord desquelles il y aura
14:59un siège pour un astro-hôte
15:01ou une astro-hôte européenne.
15:02Et ça, c'est acquis
15:04parce que l'Europe
15:05fournit en nature
15:06des biens
15:06vers l'ISS,
15:09sur le pont à Martémis.
15:11Vous savez,
15:11le pont à Martémis,
15:12pour aller vers l'orbite lunaire,
15:13c'est la capsule Orion.
15:15Derrière la capsule Orion,
15:17il y a un gros cylindre,
15:18c'est le module de service,
15:19le module de ressources
15:20qui fournit la propulsion,
15:21l'électricité, l'oxygène.
15:23C'est une fourniture
15:23100% européenne.
15:25L'Europe est sur le chemin
15:26critique
15:27pour le pont à Martémis
15:29et le renvoi d'humains
15:30vers la Lune.
15:31Xavier Pascault,
15:31je voudrais qu'on revienne
15:32sur un terme
15:33que vous avez utilisé,
15:34Paul Vaurère,
15:35tout à l'heure,
15:35c'est le mot militaire
15:36parce que c'est vrai
15:37que c'est un aspect
15:38aussi extrêmement important
15:39de l'exploration spatiale
15:42aujourd'hui.
15:43Comment ça s'explique ?
15:45Oui, alors,
15:46depuis les origines de l'espace,
15:48le militaire est un aspect
15:50important du spatial.
15:51En fait, l'espace est né
15:52de l'après-guerre,
15:54d'une certaine manière,
15:55pour que les deux superpuissances
15:57qui avaient accédé
15:57au statut nucléaire
15:58puissent se surveiller
15:59mutuellement.
16:01Et on a trouvé
16:01que le meilleur moyen
16:02de le faire, c'était
16:03d'avoir des satellites
16:04qui n'enfreindraient pas
16:05les problèmes
16:05de souveraineté aérienne
16:07et qui permettraient
16:07de se surveiller.
16:08Mais jusqu'à présent,
16:10et c'est ça la nouveauté
16:11un peu ces dernières années,
16:12jusqu'à présent,
16:12on utilisait les satellites
16:13pour les effets
16:14qu'ils produisaient sur Terre,
16:15pour communiquer,
16:17pour observer, etc.
16:18Et là, on voit
16:18depuis quelques années
16:19que ces satellites
16:20ont pris un tel rôle
16:21dans les dispositifs militaires.
16:23désormais, dans les conflits modernes,
16:25il y a un volet spatial.
16:27Et on considère
16:28que désormais,
16:28l'espace peut être une cible
16:29et donc on commence
16:30à avoir des programmes
16:31qui sont là
16:31pour protéger les satellites,
16:33voire pour en attaquer d'autres.
16:34Alors ça, c'est un peu nouveau.
16:35Effectivement,
16:36comme disait Paul Vorher tout à l'heure,
16:38il y a une dynamique
16:38un peu nouvelle
16:39qui s'est installée
16:40sur un terrain fertile,
16:42mais c'est ce qu'on voit arriver
16:44avec la surveillance de l'espace,
16:47avec des satellites
16:47qui vont bouger dans l'espace,
16:49qui vont essayer
16:49de se rapprocher
16:50d'autres satellites
16:50pour aller les espionner,
16:51voire éventuellement
16:52pour aller les perturber.
16:53Donc ça, on commence à le voir
16:54et c'est vraiment
16:56un point important
16:58parce que c'est aussi
16:59un vecteur de recherche
17:00et développement,
17:01c'est-à-dire que l'industrie
17:01compte beaucoup là-dessus
17:02pour alimenter
17:03tout son secteur de recherche.
17:05Et il se trouve
17:05que que ce soit l'exploration
17:07dont on parle aujourd'hui,
17:08que ce soit les grandes constellations
17:10en orbite basse
17:11qu'a évoquée Paul Vorher
17:12ou que ce soit l'aspect militaire,
17:14elles reposent toutes
17:14sur des technologies communes.
17:16Donc aujourd'hui,
17:16on a effectivement
17:17un second souffle
17:18pour l'activité spatiale
17:20industrielle
17:20qui est très très forte
17:21et notamment fortement
17:22soutenue par le militaire.
17:23Alors on parle militaire,
17:24on parle industrie.
17:26Je ne vais pas faire de vous
17:26le vétéran du plateau
17:28Jean-François Clairvoy,
17:28mais est-ce que tout ça,
17:29ça reste quand même
17:30un peu de la science ?
17:32Ou pas du tout ?
17:33L'exploration spatiale
17:34aujourd'hui et de demain.
17:34Alors la science,
17:34elle ne justifie pas
17:36le vol habité.
17:38Par contre,
17:40quitte à aller dans l'espace,
17:41je parle avec des astronautes,
17:42autant leur faire faire
17:43quelque chose d'utile
17:44pour la science.
17:45Donc les astronautes
17:46sur la Lune,
17:46ils ont déposé
17:47plein d'instruments scientifiques.
17:49On parlait de l'Europe
17:50tout à l'heure.
17:51Il faut savoir que
17:51le premier rover
17:53qui roule,
17:54qui va passer une nuit lunaire
17:56de 14 jours
17:56sur le pôle sud,
17:58décolle dans moins d'un an
17:59et il est fabriqué
18:02par la société américaine
18:03Venturi Astrolab,
18:05dont les éléments
18:06les plus critiques
18:06qui sont les batteries
18:07qui doivent tenir
18:0814 jours de nuit
18:09et les roues
18:09sont fournies
18:10par des Européens,
18:11par la société
18:12Venturi Space
18:13à Monaco
18:13et en Suisse.
18:15Donc on est présent
18:18en Europe
18:18et je voudrais quand même
18:20revenir sur le vol habité.
18:21Il y a une chose
18:22qui nous inquiète
18:23nous les astronautes,
18:24c'est que le Starship
18:25n'a pas de système
18:25de sauvegarde.
18:27Le seul système,
18:29il n'y a que deux missions,
18:30il n'y a que deux vaisseaux
18:30de transport d'astronautes
18:31qui n'avaient pas
18:32de système de sauvetage
18:33en cas d'explosion
18:34de fusée au décollage.
18:35C'est le Vosrod
18:36qui n'a fait que deux vols
18:38et la navette spatiale
18:40qui a tué
18:40deux équipages américains.
18:41Donc on attend
18:45de voir
18:45que ça marche bien
18:47mais en général
18:47quand il y a eu
18:48beaucoup d'échecs,
18:49le vaisseau devient
18:49plus sûr après
18:50quand il marche.
18:51On pourrait parler
18:51des risques
18:52effectivement
18:52dit à tout ça
18:53et à tous les enjeux
18:54que l'on a brossés ensemble.
18:56Merci beaucoup
18:56à tous les trois
18:57d'avoir participé
18:58au grand entretien
18:59de la matinale.
18:59Jean-François Clairvoy,
19:00Spationaute à l'Agence
19:01Spatiale Européenne,
19:02Paul Vaurer,
19:03responsable du programme
19:04Espace au Centre
19:05Géopolitique des Technologies
19:07à l'IFRI
19:07et Xavier Pascault
19:08qui était en ligne
19:09avec nous,
19:09directeur de la Fondation
19:10pour la Recherche Stratégique.
19:11Merci beaucoup.
19:12La revue de presse
19:13à suivre.
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