- il y a 9 mois
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00:00Bien tous sur Europe, il est 8h14, l'heure de la grande interview où nous recevons ce matin Paul Christophe, bonjour !
00:06Bonjour !
00:07Merci d'être avec nous en direct, député du Nord, président du groupe Horizon à l'Assemblée Nationale,
00:13également ancien ministre des Solidarités, de l'Autonomie et de l'Égalité Femmes-Hommes.
00:18Alors on l'a dit, le pic de chaleur est attendu pour aujourd'hui de ce deuxième épisode caniculaire de l'été.
00:24Je voudrais vous parler, Paul Christophe, de ces trains supprimés à la SNCF, mais aussi de l'isolation thermique dans les hôpitaux,
00:32dans les maisons de retraite qui est souvent obsolète, de ces milliers d'écoles qui avaient été fermées en juin lors de la première vague.
00:38Alors, que se passe-t-il en France ? Pourquoi est-ce que 22 ans après la canicule de 2003,
00:43nous n'avons pas engagé les fonds nécessaires pour rénover nos infrastructures ? Où va l'argent, Paul Christophe ?
00:50D'abord, c'est révélateur de notre fragilité face aux changements climatiques,
00:54bien qu'on n'a pas encore atteint l'évolution nécessaire, bien pour déjà l'oreiller,
00:59et deuxièmement pour complètement agir face à ces effets en eux-mêmes.
01:06On ne peut pas dire que rien n'a été fait, je pense que beaucoup de millions d'euros ont été engagés,
01:10et moi j'en étais un témoin privilégié finalement, en tant que maire à l'époque,
01:13pour accompagner des évolutions vis-à-vis de nos bâtiments scolaires,
01:18vis-à-vis des hôpitaux, puisque j'ai aussi un hôpital de proximité.
01:21Pour autant, on voit bien qu'on a encore du retard,
01:23et qu'il nous faut agir au plus vite pour pouvoir y répondre à ces évolutions,
01:28qui vont encore se manifester, soit sous le biais évidemment de pluie-métries fortes,
01:33on l'avait vu dans le Pas-de-Calais il n'y a pas si longtemps que ça,
01:35soit vis-à-vis de fortes chaleurs comme on le voit aujourd'hui.
01:38C'est vrai que ces épisodes de canicule vont être amenés à être de plus en plus fréquents,
01:42aujourd'hui c'est entre 5 et 10 jours par an, ça pourrait être jusqu'à 30 jours par an,
01:46et si les trains ne peuvent plus rouler, on va devoir se retrouver bloqués un mois par an ?
01:51Ce n'est certainement pas l'objectif, ça nous amène forcément à mobiliser des crises supplémentaires,
01:56la SNZ avait annoncé récemment mobiliser quelques milliards d'euros supplémentaires
02:01pour rénover des rails, pour les réajuster, je pense que là il y a besoin d'accélérer.
02:06Paul Christophe, parlons de cette lettre qui a été envoyée par le Premier ministre au syndicat
02:11pour préparer les futures négociations sur l'assurance chômage,
02:14sachant que ce serait la sixième réforme de l'assurance chômage voulue par le gouvernement,
02:21une lettre qui a été vertement reçue par les organisations syndicales
02:25qui prévoient déjà de bouder ces futures négociations.
02:30Le gouvernement prévoit de durcir les conditions d'indemnisation des chômeurs.
02:35Est-ce que c'est avec un nouveau tour de vis qu'on va retrouver de la productivité promise par François Bayrou ?
02:42Déjà, ce qu'on peut souligner, c'est qu'il a une volonté de continuer à dialoguer
02:46avec des instances de représentation syndicales.
02:48Je rappelle qu'à l'époque, Michel Barnier avait suspendu une décision
02:52qui était prête à être promulguée par décret
02:54pour réengager le dialogue avec les instances syndicales et patronales
02:58et qu'ils avaient abouti finalement à un accord.
03:01Deuxièmement, on a pu voir que dans le cadre de la réflexion sur les retraites,
03:04beaucoup d'éléments avaient trouvé un point d'atterrissage
03:08entre les syndicats et les patronats
03:10et qu'il restait juste une petite clé de financement
03:12et la porte d'ailleurs reste ouverte sur ce sujet.
03:15Donc réouvrir finalement la question du dialogue social
03:18autour de la réforme de l'assurance chômage peut avoir son sens.
03:21Je pense que quand on regarde la situation de l'unédit qui reste déficitaire,
03:24on se doit de se poser un certain nombre de questions, oui.
03:27Mais ça veut dire que notre trop d'activité est trop faible en France,
03:29qu'il faudrait travailler plus ?
03:31Oui, c'est un seul cas, je pense, pour personne.
03:33Je pense qu'on regarde ce qui se passe dans les pays voisins.
03:36Globalement, nous sommes en déficit de production,
03:40en déficit d'employabilité,
03:41et c'est très patent notamment chez les seigneurs et chez les jeunes.
03:44Donc on se doit d'avoir ces réflexions-là.
03:46Mais dans la quête d'économie du gouvernement,
03:48est-ce que c'est dans cette direction-là qu'il faut aller ?
03:51Est-ce que les Français seraient prêts à donner plus
03:53alors que ça fait plusieurs années, voire des dizaines d'années,
03:56qu'on leur demande chaque année des efforts ?
03:59Et là, par exemple, François Bayrou voudrait que les travailleurs
04:02renoncent à deux jours fériés pour redresser nos finances publiques.
04:06Est-ce que les Français sont prêts à donner plus ?
04:09Vous savez, chez Horizon, nous avons toujours affirmé
04:13qu'il faudra à terme travailler plus longtemps,
04:15que ce soit dans la semaine, dans l'année ou dans la vie.
04:18La France ne pourra pas préserver son modèle social,
04:21ni redevire prospère en travaillant moins que ses voisins.
04:24Donc la proposition du Premier ministre sur la question des jours fériés
04:26mérite de poser le débat sur le temps de travail.
04:29Mais ce n'est pas, à nos yeux, la meilleure façon, en tout cas, de l'aborder.
04:31Parce que ce sujet mérite d'être traité dans sa globalité.
04:34En gros, comment on produit plus, mieux,
04:37et comment on se finance durablement ?
04:39C'est la survie de notre modèle social qui se joue aussi.
04:42Mais là, le Premier ministre nous propose de travailler plus,
04:45sans toucher davantage.
04:47Il veut aussi, dans tout un tas de mesures qu'il a proposées cet été,
04:50en pleine torpeur estivale, il veut réduire les jours de carence,
04:54il veut lutter contre la fraude sociale.
04:56Est-ce que tout ça, ça ne pourrait pas nourrir, on va dire,
05:00une défiance vis-à-vis de la classe politique de nombreux actifs ?
05:05N'oublions pas non plus, je vais parler de la fraude sociale,
05:08mais aussi de la fraude fiscale.
05:10Vous savez, il faut se dire les choses, quand même.
05:15Notre modèle social est d'un plus protecteur au monde.
05:20Il repose sur un fonctionnement pensé pour le XXe siècle,
05:24et avec le vieillissement de la population,
05:25confronté à une chute de la natalité que nous connaissons,
05:28une nouvelle forme de travail, à la concurrence mondiale,
05:30nous devons l'adapter pour qu'il reste efficace et juste.
05:34Ça veut dire trouver de nouvelles manières de le financer,
05:36de le rendre plus efficace,
05:38et d'investir dans ce qui garantit sa pérennité.
05:40C'est bien la question, finalement, qu'il nous a posée.
05:42C'est sûr que ce n'est pas à coup de petites phrases qu'on va y arriver.
05:44Et alors, pour se parler franchement,
05:46est-ce qu'un jour, il faudra renoncer à notre modèle social ?
05:49Moi, je ne le pense pas.
05:50Mais il a été conçu après-guerre,
05:53là où il n'y avait pas beaucoup d'argent dans les caisses de l'État,
05:55et il était plutôt concentré dans la reconstruction du pays.
05:58Et il reposait sur un postulat démographique, finalement,
06:00où on s'est dit qu'une masse de cotisants,
06:02et donc les salariés,
06:03va financer un panel beaucoup plus faible de bénéficiaires.
06:06Or, aujourd'hui, on voit bien qu'il y a un déséquilibre.
06:09Je rappelle juste que l'espérance de vie moyenne en retraite en 46 était de 5 ans
06:13et de 22 ans et demi aujourd'hui.
06:14On avait quasiment 4,1 cotisants pour un retraité.
06:18Aujourd'hui, on est à 1,7, on ne va pas tomber à 1,4.
06:20Je ne peux pas décemment vous dire,
06:21dormez bien, tout va bien,
06:22qu'il faut repenser le dispositif.
06:24Je vous parlais de la défiance vis-à-vis de la classe politique
06:27après, notamment, la censure du Conseil constitutionnel
06:32d'une partie de la loi Duplomb.
06:35C'est une loi qui pourtant est passée par les instances représentatives de la démocratie.
06:42Ça a été validé par le Parlement.
06:44Désormais, Emmanuel Macron va prendre en compte les censures.
06:47Est-ce que c'est acceptable que des juges, des membres du Conseil constitutionnel,
06:54puissent s'insérer dans du droit législatif ?
06:58Oui, si on est en démocratie, je pense qu'en démocratie,
07:01on doit accepter les décisions du Conseil constitutionnel,
07:04à qui elles nous conviennent ou pas d'ailleurs.
07:06Ce que j'observe, c'est que l'essentiel du texte a été validé.
07:09C'est ce qui compte pour nos agriculteurs.
07:11Ça démontre aussi la fragilité d'une proposition de loi
07:14lorsqu'elle émane le parlementaire,
07:15puisqu'elle n'est pas forcément assise sur la même suite d'impact
07:19que pour l'être un projet de loi du gouvernement.
07:21Ce que j'observe, c'est qu'on lève les obstacles
07:23qui freinaient nos projets agricoles,
07:24on renforce nos fiers stratégiques
07:26et on protège nos zones humides et nos ressources.
07:28Donc, bretons, soyons lucides,
07:31on peut dire, ici, ce qu'on autorise ailleurs en Europe,
07:34c'est affaiblir nos agriculteurs
07:35et ça n'expose pas moins vis-à-vis des productions importées.
07:38Donc, il faut garder cette vigilance.
07:39Pour vous, Paul Christophe,
07:41président des députés horizon à l'Assemblée nationale,
07:44le débat est clos sur la loi du plomb ?
07:46Sur la loi du plomb, oui,
07:48mais on n'a pas encore résolu, je pense,
07:50l'ensemble des préoccupations qu'on doit avoir
07:52au niveau agricole.
07:54Je parlais sur des produits importés,
07:55sur ces règles de réciprocité,
07:56on s'en avait beaucoup parlé à l'époque du CETA,
07:59on a parlé un peu au niveau du Mercosur.
08:01Je pense qu'on se doit aussi de protéger
08:02de l'opulation par rapport aux produits importés
08:05qui seraient soumis finalement à des molécules
08:07que l'on s'interdit en France, tout particulièrement.
08:09Est-ce qu'il faudrait préparer un nouveau texte
08:11pour tenter de réautoriser l'acétamipride
08:14qui a été interdit par les membres du Conseil constitutionnel ?
08:19Non nécessairement, vous savez, je pense qu'il faut déjà
08:22s'assurer de l'application et de la bonne application
08:25de cette loi.
08:26J'ai envie de dire que c'est valable pour beaucoup de lois
08:27que nous avons votées ces derniers temps.
08:29On est encore en temps de décret et d'arrêter.
08:31On est parfois en surréaction par rapport à un certain nombre de sujets
08:33alors qu'il faudrait déjà les mettre en œuvre.
08:35Vous savez, on a beaucoup parlé pendant la loi du plomb
08:36de la question de l'eau notamment.
08:39Moi, je suis allé voir l'exemple vendéen
08:41sur les réserves de substitution d'eau.
08:44On nous annonçait 30% d'évaporation.
08:46Finalement, on se rend que c'est entre 4 et 6%.
08:48Ils ont mis une mutualisation du prix
08:50entre ceux qui bénéficient des réserves
08:52et ceux qui n'en bénéficient pas.
08:53Et on voit l'impact positif extrême
08:55sur le marais poètevin qui n'est plus asséché
08:57et extrêmement positif sur la biodiversité.
09:00Je pense qu'il faut sortir là aussi
09:02parfois de l'hypocrisie
09:04et s'imprégner finalement de ce qui marche
09:07sur les territoires pour bien construire
09:08nos petits publics.
09:10Paul Christophe, pour terminer,
09:11je voudrais évoquer avec vous
09:12la situation internationale
09:14et ce rendez-vous vendredi
09:15à un sommet en Alaska
09:16entre Donald Trump et Vladimir Poutine.
09:19Est-ce que le président américain
09:20peut se passer de l'Europe
09:22dans la résolution du conflit en Ukraine ?
09:25Il ne peut pas se passer de l'Ukraine.
09:27Il ne peut pas se passer de l'Europe non plus.
09:29Je pense qu'il est clair
09:30que ce sont d'abord aux Ukrainiens
09:32de valider les conditions d'acceptabilité
09:35d'une paix.
09:38Et en ce qu'on souhaite,
09:39une paix durable
09:39je pense que c'est à Volodymyr Zelensky
09:42et son peuple de se prononcer.
09:44Évidemment, puisque ça se passe aussi en Europe
09:45et que l'Europe est solidaire
09:47derrière l'Ukraine,
09:49l'Europe est un interlocuteur indispensable.
09:51Et comment on peut se faire une place
09:52alors à la table des négociations ?
09:54Parce que pour l'instant,
09:55Donald Trump n'envisage pas
09:56peut-être Volodymyr Zelensky,
09:57mais pas les Européens.
09:59Vous savez, Donald Trump a fait beaucoup d'annonces
10:01et elles se sont un peu traduites d'effets.
10:04Donc je pense que c'est aussi la question
10:05sur la diplomatie,
10:06c'est aussi la question
10:07du rapport de force
10:09que comprend Trump en règle générale
10:11pour qu'on puisse bien effectivement
10:12asseoir une paix durable sur l'Europe.
10:14Merci Paul-Christophe
10:16d'être venu sur Europe.
10:20Un député du Nord,
10:21président du groupe Horizon à l'Assemblée
10:23et ancien ministre des Solidarités,
10:25de l'Autonomie et de l'égalité femmes-hommes.
10:27Merci.
10:28Sous-titrage Société Radio-Canada
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