00:00Fanon dit à la fin de Peau Noir, Masque Blanc,
00:02il ne faut pas essayer de fixer l'homme, puisque son destin est d'être lâché.
00:06Je m'appelle Edoui Plenel, cela fait 50 ans que je suis journaliste,
00:11et je vous réponds aujourd'hui dans mon pays d'enfance, la Martinique,
00:16où j'ai grandi, y compris sans mes parents à la fin,
00:20dans une famille martiniquaise jusqu'à l'âge de 10 ans.
00:23Quel est votre lien intime avec la Martinique ?
00:26Dans l'histoire de ma famille, qui est une histoire de déplacement,
00:29mon père est tombé totalement amoureux dans ses fonctions de responsable de l'enseignement ici,
00:33de vice-recteur, comme l'on disait, de ce pays, de ce peuple,
00:37s'est engagé auprès de lui, en a payé le prix d'un long exil.
00:41Mais derrière cet itinéraire familial, il y a eu ma propre échappée,
00:45qui est fondatrice pour moi, et que je revisite comme à la fois une audace,
00:51mais sans aucun doute, tout souvent l'émotion, quand j'évoque la Martinique,
00:55qui est une émotion qui me saisit et dont aucune séance de psychanalyse ne me débarrassera.
01:01Comment définissez-vous la pensée de Franz Fanon ?
01:03Il est du côté des dominés, des opprimés, de la légitimité,
01:08de la révolte contre toute oppression, et la première, le colonialisme.
01:11Mais il est quelqu'un qui est toujours en mouvement, qui ne se laisse pas enfermer dans sa révolte.
01:17Quand il pense l'aliénation, car ne jamais oublier que son engagement vient de sa pratique de médecin,
01:25de cliniciens, de psychiatres.
01:27Donc il pense les traumatismes, il pense l'aliénation, mais pas seulement l'aliénation du colonisé,
01:34aussi l'aliénation et les pathologies du colonisateur, qui se croient civilisé et qui devient barbare.
01:39Bref, c'est quelqu'un qui nous oblige aussi à penser contre nous-mêmes.
01:45Quel rapport entretiennent les jeunes générations avec Fanon ?
01:48Il y a une réappropriation par les jeunes générations.
01:52Je pense que simplement, il faut accompagner cette réappropriation en déployant toute cette œuvre.
01:57Cette œuvre n'est pas simplement un appel à la révolte.
02:02Elle est avoir l'intelligence de son indignation, l'intelligence de sa révolte.
02:07Et votre mot de la fin ?
02:09Fanon doit être brandi, parce que Fanon parle au monde.