00:00Musique
00:00Le Mont Ventoux est un mythe, un monument à lui seul.
00:23De ce mythe, vous connaissez forcément la gueule,
00:27cette allure qui ne ressemble à aucune autre.
00:29Vous en connaissez aussi les histoires,
00:31la mort de Tom Simpson, la victoire de Jeff Bernard
00:34ou encore Chris Froome à pied en 2016.
00:37Mais est-ce que vous savez ce qui en fait vraiment la difficulté ?
00:41Le vent, la chaleur, la longueur, le dénivelé ?
00:44C'est vrai, mais ça n'explique pas tout.
00:46On dénombre 5 particularités qu'on ne retrouve qu'au Ventoux.
00:51Si vous voulez connaître ces spécificités,
00:53venez avec nous au pied du géant de Provence.
00:56Musique
00:56Pour accéder au Mont Ventoux, il y a trois possibilités.
01:04On peut soit viser le versant nord et passer par Sault,
01:07soit viser le versant sud.
01:09Et là, on a le choix entre un passage par Malocène
01:12et un autre par Bédouin.
01:14Ici, c'est Bédouin.
01:16C'est le camp de base du pèlerinage au Ventoux.
01:19Dans cette ville, le cyclisme et le cyclotourisme sont omniprésents.
01:22Les menus des restaurants sont inscrits en français et en flamand.
01:25En fait, Bédouin, c'est le mythe en intégralité.
01:28Pourquoi ? Parce que c'est le versant le plus dur.
01:31Et c'est là que les coureurs du Tour de France vont passer cette année.
01:35Entre le départ à Montpellier et Bédouin,
01:37il y a 150 km et pas la moindre difficulté.
01:41C'est la première particularité du Ventoux.
01:43Il faut gravir un col classé hors catégorie
01:46à la fin d'une étape typée sprinter,
01:48passer sur le grand plateau.
01:50Pour comprendre à quel point c'est particulier à vivre pour les coureurs,
01:53j'ai appelé Julien Pinault,
01:55le frère de Thibault
01:56et en ténor principal de l'équipe Groupama FDJ.
01:59Au niveau biomécanique et même psychologique,
02:02il y a quand même un gros switch à faire.
02:04Quand on part sur une étape de col,
02:06c'est un enchaînement de trois cols.
02:09Les coureurs, les grimpeurs sont habitués à ça
02:12et aiment ça, les vrais grimpeurs.
02:13Ce qu'ils aiment, c'est l'enchaînement des cols.
02:14L'ascension du Mont Ventoux en partant d'ici,
02:17c'est plus de 21 kilomètres.
02:18Les meilleurs vont mettre un petit peu moins d'une heure
02:21pour parcourir cette distance.
02:23Une heure d'ascension, c'est très long.
02:25Les cols les plus mythiques du Tour
02:27sont presque tous avalés plus vite.
02:29La longueur, c'est la deuxième particularité du Ventoux.
02:32Ou plutôt, la longueur mêlée à une très forte chaleur.
02:35Dans le Vaucluse, en juillet,
02:37la température moyenne en journée est de 32 degrés.
02:40Ensuite, et c'est la troisième particularité,
02:42il n'y a pas qu'un Ventoux quand on part de Bédouin.
02:45Il y a trois parties qui vont se succéder
02:47et qui sont très différentes entre elles.
02:49Cela demande, encore une fois, beaucoup d'adaptation.
02:51Chacune de ces parties est séparée par un virage célèbre.
02:55On va aller tout de suite vers le premier.
03:12Ici, c'est le premier virage qui fait basculer le Ventoux.
03:16Celui de Saint-Estèvres, un peu plus de 5 km après Bédouin.
03:21Il n'a pas toujours ressemblé à ça.
03:23Regardez.
03:24C'était en 1952.
03:27Et si le virage était relevé,
03:28c'est parce qu'à l'époque,
03:29il y avait plus de courses automobiles
03:31que de courses cyclistes ici.
03:33Le virage de Saint-Estèvres,
03:34c'est le début officiel de l'ascension du Mont Ventoux
03:36pour les organisateurs du tour.
03:38Et on peut les comprendre.
03:39Car jusqu'ici, la route était presque tranquille.
03:42Elle est montée jusqu'à 5-6%.
03:45Néanmoins, aucun des coureurs que nous avons interrogés
03:49ne négligeait cette première partie.
03:51Car il y a du stress.
03:53Parce qu'on y lutte pour le placement.
03:55Et surtout, parce qu'on s'y conditionne pour la suite.
03:59Et la suite, c'est ça.
04:01La forêt.
04:02La deuxième partie de la montée.
04:04La plus longue, 9 km.
04:06et celle avec les plus forts pourcentages.
04:0811%, 12% et peut-être même 13%.
04:11Mais le problème,
04:13ce n'est pas les pourcentages maximums.
04:14On voit beaucoup plus élevés ailleurs.
04:17Non, le vrai problème.
04:19Et c'est la quatrième particularité du Ventoux.
04:22C'est la constance de ces pourcentages exigeants.
04:25À plus de 8%.
04:26Cela ne redescend quasiment jamais.
04:29Car les virages sont doux.
04:31Ici, ce n'est pas un col de montagne avec des lacets.
04:33Dans la forêt, il n'y a qu'une épingle.
04:36C'est celle-là.
04:38À part ça, pas de replats,
04:40pas véritablement de relance,
04:42ni même de rupture de pente.
04:44C'est-à-dire pas véritablement d'occasion
04:46de porter de franges d'attaque pour les grimpeurs.
04:48Et pour tout le monde,
04:49pas véritablement de zone pour récupérer.
04:51En plus, la route a un rendu moyen
04:53avec un gros grain
04:55et beaucoup de rapiècements.
04:57On sent au toucher que l'enrobé est ancien.
05:00En fait, il faut s'appeler Richard Virinck
05:03pour déclarer en 2021.
05:05Moi, j'attaquerai au bout de 2 à 3 km,
05:07là où c'est le plus raide,
05:08pour faire sauter ceux qui sont limite.
05:10Rares sont ceux qui ont réussi à porter
05:12des attaques durables dans la forêt.
05:14Comme par exemple Chris Proum, en 2013.
05:16Il avait attaqué à 2 km du chalet Rénard,
05:19dans un passage à plus de 10%,
05:21où il avait pourtant été flashé à 30 km heure.
05:24Le chalet Rénard, je viens de vous en parler.
05:26Ce restaurant posé dans un large virage
05:29symbolise le passage du tout au tout.
05:31Ou plutôt, du tout à rien.
05:33Car ici, on entre dans la 3ème et dernière partie
05:36de la montée, la plus célèbre.
05:38Celle où la forêt en vient à disparaître progressivement.
05:42Et c'est ça, la 5ème particularité du Ventoux.
05:45C'est que le final, vous le savez,
05:46a lieu à découvert.
05:48Ce qui renforce encore l'effet de la chaleur.
05:50Parce qu'au fond, on n'est ici qu'à 1 400 m.
05:53C'est une altitude modérée,
05:54où il n'y a pas forcément de rafraîchissement
05:56ou de manque d'oxygène.
05:57Alors, pour savoir ce que ce passage,
05:59en dehors de la forêt, provoque chez les coureurs,
06:03je vais appeler Christophe Riblon,
06:05le consultant de la chaîne L'Équipe,
06:06qui a gravi deux fois le mont Ventoux
06:08lors du Tour de France.
06:10Bonjour Christophe.
06:12Bonjour Xavier.
06:13Je t'appelle du mont Ventoux.
06:14Enfin, là, plus précisément,
06:16je suis devant le chalet Rénard.
06:17à la sortie de la forêt.
06:19Et j'aimerais bien justement que tu nous expliques
06:21ce que ça fait pour les coureurs
06:23de se retrouver à découvert.
06:25On a l'impression d'arriver sur la Lune.
06:26On n'a que des rochers autour de nous,
06:28plus aucun abri.
06:29Donc, à ce moment-là,
06:30s'il y a du vent de face,
06:31et c'est très souvent le cas au mont Ventoux,
06:33les 8% peuvent vite se transformer
06:35en 9, 10, 11, voire 12%.
06:37C'est extrêmement difficile.
06:39Et ce qu'il y a aussi à prendre en compte,
06:40c'est que mentalement,
06:41il faut accepter que c'est encore très long.
06:43Il reste seulement 4 km,
06:45mais l'arrivée, on la voit.
06:46En fait, on voit cette antenne au sommet.
06:48Et à partir du moment où on la voit,
06:49on a l'impression que c'est arrivé,
06:50mais les 4 derniers kilomètres
06:51sont encore très très longs.
06:52Merci Christophe.
06:54Alors, ce que nous dit Christophe Riblon,
06:56c'est que le vent, ici,
06:57est un critère essentiel.
06:59Plus rien ne l'arrête
07:00et il peut souffler très fortement.
07:01En 2016, il soufflait à 70 km heure
07:05la veille du passage du Tour.
07:07Alors, les organisateurs avaient préféré
07:08arrêter la course au chalet Rénard.
07:11C'est d'ailleurs pour cela
07:11que Chris Froome s'était retrouvé à pied
07:13parce que tout le public
07:14s'était massé avant le virage.
07:16Ce que nous a aussi dit Christophe Riblon,
07:18c'est qu'on retrouvait des dénivelés
07:19assez forts dans le final,
07:22les derniers kilomètres,
07:23juste avant l'arrivée à l'observatoire.
07:25Alors, allons voir ce qu'il en est.
07:31Je suis devant la stèle
07:44en hommage à Tom Simpson,
07:46l'ancien champion du monde
07:47mort en 1967
07:49dans ce paysage de cailloux.
07:50Cette zone, au fil du temps,
07:52est devenue l'incarnation du Mont Ventoux.
07:54Car comme le disait Christophe Riblon,
07:55on retrouve par ici du dénivelé,
07:58ce qu'il n'y avait plus trop
07:59juste après le chalet Rénard.
08:02Les coureurs ont tendance
08:03à vouloir attaquer,
08:04à vouloir tenter quelque chose sportivement,
08:06d'autant qu'ils voient l'arrivée
08:07qui est juste à côté d'eux.
08:09C'est par exemple ici
08:10que Jonas Wiengegaard
08:12avait lâché Tadej Pogacar en 2021
08:14après avoir attaqué
08:15quelques centaines de mètres plus tôt
08:17et en prenant 20 secondes au sommet.
08:20Dit comme cela,
08:21on se dirait presque dans le final
08:22d'une étape de montagne classique.
08:24Mais vous l'avez compris,
08:26le Mont Ventoux a toute la difficulté d'un col
08:28sans en être un.
08:30Ici, il a surtout été question
08:32de survie dans un environnement hostile
08:34mais envoûtant.
08:35Sous-titrage Société Radio-Canada
08:40Sous-titrage Société Radio-Canada
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