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  • il y a 7 mois

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00:00Bienvenue dans les récits extraordinaires de Pierre Bellemare, un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:11Avez-vous déjà, chers amis, avez-vous déjà rencontré ce type de personnages ?
00:18Elles sont toutes semblables, elles se ressemblent toutes, dont toutes on devine les mêmes détestables traits de caractère.
00:26Ce personnage qui se multiplie à tant d'exemplaires, c'est une matrone.
00:33Elle avance dans la vie précédée par un embonpoint surmonté d'une importante poitrine.
00:37Elle se fraît son chemin, elle vous écrase volontiers de sa masse, c'est malheur à vous si vous ne vous esquivez pas assez vite pour lui céder une place assise.
00:47Car cette femme, ce personnage, c'est l'image même du bon droit.
00:51Moi. Chacun de ses gestes, chacune de ses attitudes, semble le proclamer à la société.
00:57Je suis une honnête femme, moi. Je fais mon devoir, moi. Je suis respectable, moi.
01:03Et l'on devine derrière ce portrait toujours semblable, une telle dose de préjugés, de médiocrité, d'égoïsme.
01:10Oui, surtout, d'égoïsme.
01:12On imagine bien cette femme dans son cercle familial, n'admettant pas un écart de ses proches, pas une parole qui ose suggérer qu'elle n'est peut-être pas le centre du monde.
01:22Et on l'imagine aussi, dans le même temps, en train d'asséner à ses parents et amis le récit perpétuel des sacrifices qu'elle fait pour eux.
01:31Oui, chers amis, cette femme-là, vous l'avez reconnue, vous la connaissez sous mille noms différents.
01:38Et à cette femme-là, la tradition veut que l'on imagine qu'un seul état dans la vie, qu'une seule fonction, c'est une belle-mère.
01:47Oh, certes et heureusement, ce n'est qu'une image.
01:50Mais l'as, elle existe parfois en chair et en os.
01:53Et si l'on dit que c'est une belle-mère, c'est parce que ce genre de femme trouve tout naturellement à exercer ses abus de caractère sur l'étranger ou l'étrangère qui entre dans la famille en lui volant son enfant.
02:06C'est le gendre ou la brue qu'elle appellera la pièce rapportée.
02:12Cette femme existe.
02:14Vous allez la voir à l'œuvre dans cette histoire intitulée pour vous, Belle-maman Joséphine.
02:23Monsieur Hartmann ouvre ses volets. Il est 8 heures du matin.
02:43Nous sommes le 28 juillet 1936 dans la rue Paul-Doumer.
02:48Tout est tranquille.
02:49Il faut dire qu'il ne se passe jamais grand-chose dans la rue Paul-Doumer.
02:53à l'Ambersar-la-Jolie près de Lille.
02:56Il fait beau.
02:58Les brumes du nord sont encore loin.
03:01Et monsieur Hartmann en profite pour rester un peu le nez dehors à savourer ce début de matinée.
03:08Juste en face, c'est le numéro 11.
03:11Une petite maison bien tranquille,
03:13où il y a à peine un mois s'est installé un jeune ménage,
03:16celui du lieutenant Albert Mori.
03:19« De vrais tourtereaux », pense monsieur Hartmann.
03:24Ils sont jeunes et beaux tous les deux.
03:26Bien sûr, lui, il est tellement jeune qu'on n'arrive pas à prendre au sérieux ses galons.
03:30Il dit qu'il a 26 ans, mais il n'en a vraiment pas l'air.
03:34Tous les jours, il se lève à l'aurore pour se rendre à la garnison et laisse sa jeune femme Yvette.
03:38Où elle ne perd pas son temps, elle non plus.
03:40Elle fait ses courses très tôt.
03:41Et après, elle revient vite s'occuper de sa petite Nicole, qui n'a que deux ans.
03:46Et elle arrange aussi leur intérieur, fort modeste.
03:49« Au secours ! »
03:51Monsieur Hartmann lève les yeux, qui s'étaient attardés sur les quelques fleurs du jardin.
03:56« Au secours ! »
03:57L'appel vient d'en face.
03:59Et le brave homme à sa fenêtre a juste le temps d'entrepercevoir
04:02la croisée du rez-de-chaussée de la maison Mori qui se ferme violemment.
04:06« Mais je rêve ou quoi ? »
04:09« Mais c'est de chez eux que ça vient. »
04:11Monsieur Hartmann a bien cru voir en une seconde un visage ensanglanté,
04:16des mains qui se tendaient en avant.
04:18Et puis ce cri, ce cri qui s'est arrêté brusquement.
04:21Et cette silhouette qui a disparu à l'intérieur de la pièce comme tirée en arrière.
04:27Ce n'est pas possible, il se passe quelque chose.
04:29Monsieur Hartmann bondit dehors, traverse la chaussée et se presse contre la porte du numéro 11.
04:34Elle est fermée.
04:35Il tourne la poignée, pousse de l'épaule.
04:37Rien à faire.
04:38Il colle l'oreille contre le panneau.
04:40On n'entend plus rien.
04:43Monsieur Hartmann s'éloigne en reculant de la façade.
04:46Il tend le coup pour essayer d'apercevoir quelque chose.
04:49« Vous avez entendu ? »
04:50« Ce sont des voisins qui sont sur leur seuil. »
04:53« Eh bien oui, vous avez entendu aussi, bien sûr. »
04:56On a crié au secours.
04:58« Mais qui ? »
04:59« Ah, c'était une femme, oui. »
05:00« Ah, une voix de femme, j'en suis sûr. »
05:02« Effectivement, dit monsieur Hartmann. »
05:04« J'ai bien cru voir un visage de femme ensanglantée. »
05:07« Mais mon Dieu, ouvrez, il faut ouvrir. »
05:09« Mais ouvrez donc, ouvrez ! »
05:10« C'est une voisine qui crie nerveusement sur le mode aigu. »
05:13« Je vais casser la vitre, dit monsieur Hartmann. »
05:15« Non, non. »
05:16« Attendez. »
05:17« Vous êtes sûr de ce que vous avez vu ? »
05:19« Sûr, sûr. »
05:21« Vous savez, c'était tellement rapide. »
05:24« Alors, croyez-moi, il vaut mieux prévenir la police. »
05:27« C'est à eux d'ouvrir chacun ses affaires, pas vrai ? »
05:30« Justement, au coin de la rue habite l'agent de police Dufour. »
05:33« Il arrive en courant et font le petit groupe déjà réuni devant la maison. »
05:37« Pas d'affolement, je vais voir. »
05:39« J'ai apporté mes passes. »
05:40Monsieur Dufour, homme prévoyant, exhibe un trousseau de clé.
05:43Il arrive très vite à faire jouer la serrure et il entre, suivi d'un voisin.
05:48« Oh, c'est affreux. »
05:51« Quelle horreur. »
05:54En entendant ces mots, les autres témoins entrent doucement
05:57et découvrent à leur tour ce saisissant spectacle.
06:03Le corps inerte d'une femme,
06:05traînant à moitié par terre
06:08et suspendu par le cou
06:11à la poignée de la porte de la cuisine.
06:15Sur le visage bleu coule de minces filets de sang
06:18qui s'écrasent en gouttes sur le carrelage.
06:23« Elle vit ! »
06:24« Oui, regardez, elle vit encore ! »
06:26En effet, tandis que quelqu'un soutient le corps,
06:28l'agent Dufour détache la mince cordelière,
06:30la desserre péniblement
06:32d'entre les plis de la chair tuméfiée
06:34et constate qu'un sifflet rauque
06:36s'échappe encore de cette gorge.
06:38« Vite ! Sur le divan ! »
06:39« On la porte ! »
06:41Le policier tente aussitôt par quelques mouvements
06:43de provoquer une respiration nette,
06:45mais soudain, au bout de quelques secondes,
06:48la tête roule mollement contre la poitrine de l'agent Dufour.
06:53Il passe doucement à la main dans la chevelure blonde,
06:57allonge lentement le corps et murmure
06:59« Elle est morte ! »
07:01« Oui, Yvette Mori, 23 ans, est morte. »
07:06Sa gorge broyée vient de laisser passer son dernier soupir.
07:11L'agent Dufour et les témoins se redressent.
07:14Ils reculent d'un pas.
07:16Des visages anxieux ou terrorisés se pressent contre les carreaux.
07:20Un attroupement silencieux s'est fait devant la maison Mori.
07:23Tout à l'heure encore, image d'un jeune bonheur,
07:25et maintenant, le siège d'un drame affreux.
07:28Quel désespoir soudain a bien pu saisir cette femme
07:30pour l'inciter à commettre ce geste fatal ?
07:34Et pourquoi de cette manière ?
07:35Pourquoi se pendre à une poignée de porte,
07:38alors que l'instinct de conservation
07:39devait presque obligatoirement la faire reprendre pied au dernier instant ?
07:43Elle pouvait se faire mal, très mal même,
07:45mais mourir ?
07:46Sûrement pas.
07:48Et cette blessure qu'elle porte à la tête ?
07:50Cette blessure d'où le son a ruisselé sur son visage ?
07:55Comment a-t-elle pu se blesser ainsi ?
07:58C'est alors.
08:00C'est alors qu'une femme pointe son doigt vers le corps,
08:02souffle, mon Dieu !
08:04Et sa fesse mollement, évanouie.
08:08Quelqu'un la retient, les regards se tournent vers le cadavre d'Yvette Mori,
08:12et les larmes viennent dans tous les yeux.
08:16Oh mon Dieu !
08:18Reprend un voisin qui ne se retient pas de pleurer.
08:21Car chacun peut voir sur ce corps inanimé,
08:25sous les plis du vêtement,
08:27à l'endroit du ventre,
08:30quelques mouvements en vague.
08:33Oui,
08:34dans ce jeune corps que vient de saisir la mort,
08:37il y a encore pour un moment un peu de vie.
08:41Yvette Mori
08:41allait être maman une seconde fois.
08:44Et l'on est là.
08:48Sans rien pouvoir faire pour cette seconde existence à peine perceptible,
08:53et qui lutte.
08:55Et qui s'éteint.
08:57Plusieurs personnes se signent.
09:00Et le petit groupe n'est pas revenu de sa stupeur,
09:03que des plaintes comme des gémissements ou des jappements
09:06se font entendre.
09:07Il y a quelqu'un d'autre dans cette maison.
09:09Oui,
09:10cela vient de par là.
09:11Qu'est-ce qu'il y a par là ?
09:12La cave, je crois.
09:13Il y a quelqu'un dans la cave.
09:14Ne bougez pas.
09:15J'y vais.
09:16Fait le garde du four.
09:18Qui est là ?
09:19Laissez-moi !
09:20Hurle une voix apeurée.
09:21Laissez-moi !
09:22Ne me touchez pas !
09:23Ne me frappez pas !
09:25Le garde saisit la clenche et pousse.
09:27Mais cela résiste.
09:28Ouvrez !
09:29Ordonne du four.
09:30Non !
09:31Non, je n'ai rien fait !
09:32Continue la voix.
09:34Le représentant de l'ordre recule d'un maître
09:36et d'un vigoureux coup d'épaule
09:37fait sauter le mince verrou qui retient le panneau.
09:41Celui-ci s'ouvre en claquant
09:42et l'on aperçoit une masse recroquevillée
09:45dans l'ombre des premières marches.
09:47Une autre victime, pense l'agent du four.
09:50La masse recroquevillée dans l'ombre
09:51commence à se préciser.
09:53C'est une femme.
09:54Une grosse femme avec un visage large et bouffi.
09:56Une poitrine imposante.
09:58De ses mains grassouillettes,
09:59elle protège son sac.
10:00Elle sert contre elle
10:01en continuant à pleurnicher.
10:03Mais venez, madame, dit du four
10:04en se penchant vers elle.
10:05« Non, non, laissez-moi, je suis innocente ! »
10:07Avec un glapissement,
10:09la forme noire recroquevillée
10:10a lancé sa grosse patte en avant
10:12vers le visage de l'agent.
10:14Il esquive de justesse
10:15et commençant vaguement à comprendre,
10:16il empoigne sans ménagement
10:18le vêtement noir comme il le peut.
10:19Il tire à lui.
10:20Mais il faut qu'un voisin
10:22vienne l'aider pour extirper
10:23de son recoin
10:24la monumentale bonne femme
10:26qui se laisse aller en arrière
10:27de tout son poids
10:28et s'accroche aux marches
10:29en émettant des sons
10:30qui font penser à un porc
10:32promis au couteau de l'égorgeur.
10:35Ma grosse femme, tirée et poussée,
10:38finit par atterrir
10:39à plat ventre dans l'entrée.
10:40Elle se redresse sur les genoux
10:41en attirant contre elle son cabas.
10:43« Mais qui êtes-vous, madame ? »
10:45« Je suis Joséphine Mori,
10:47la mère du lieutenant Mori. »
10:49Et puis, se relevant,
10:51elle aperçoit par la porte ouverte
10:53le cadavre sur le divin.
10:56Elle relève le nez
10:57et ajoute méprisante
10:59« La belle-mère de cette femme ! »
11:02Puis, d'un mouvement d'épaule,
11:04elle écarte un bras
11:05qui la soutenait,
11:05repousse deux personnes
11:06et va s'asseoir sur une chaise,
11:09tête droite
11:09et les mains protégeant
11:11toujours son sac.
11:13Pendant que les témoins
11:14essaient de revenir
11:15de leurs surprises successives,
11:17l'agent du four envoie
11:18quelqu'un prévenir ses supérieurs,
11:20lui-même restant sur place
11:21pour veiller à ce que l'on
11:22ne dérange rien.
11:23Mais le silence n'a pas le temps
11:25de se faire
11:26qu'un autre événement poignant
11:27se produit.
11:29Au coin d'une porte,
11:30apparaît une petite silhouette
11:32en pyjama,
11:34un minuscule bout de fillette
11:35encore toute chiffonnée
11:36de sommeil,
11:37qui frotte ses yeux
11:38du revers du poignet.
11:39C'est la petite Nicole,
11:4022 mois,
11:41la fille de la victime
11:42qui dormait profondément
11:43dans sa chambre fermée.
11:44Mais qui sont tous ces gens ?
11:47Qu'est-ce qu'ils font
11:47dans sa maison
11:48de si bon matin ?
11:49« Maman ! »
11:50appelle la petite.
11:52Une voisine se précipite,
11:53interpose sa large robe,
11:54entre la pièce au divan
11:56et la gamine.
11:57« Viens, ma chérie,
11:58je vais t'habiller
11:59et te faire un bon chocolat. »
12:01« Chocolat ? »
12:02gazouille en écho.
12:04La petite voix ravie,
12:05puis Nicole avise
12:07une lourde silhouette
12:08qui trône sur une chaise,
12:09sac sur les genoux,
12:10protégée par les magrasouillettes.
12:12« Bonjour, madame. »
12:15Les témoins
12:15s'entre-regardent.
12:18« Voilà que la gosse
12:19appelle madame
12:20sa propre grand-mère. »
12:24C'est alors que celle-ci
12:25détourne un instant la tête
12:26et prononce
12:27d'une voix haineuse
12:28« Ah, celle-là. »
12:31Je l'avais oubliée.
12:34Une heure a passé.
12:36Et dans la maison du drame,
12:38les voisins,
12:38fermement refoulés,
12:39ont laissé la place
12:40aux policiers
12:40et aux magistrats.
12:42On procède immédiatement
12:43à un premier interrogatoire
12:45de la matrone
12:46Joséphine Mori.
12:47« Enfin, madame,
12:50que faisiez-vous
12:50cacher dans cette cave ? »
12:53« Je voulais me protéger. »
12:55« C'est elle. »
12:56« C'est cette femme
12:56qui m'a attaqué. »
12:58« Mais enfin,
12:58c'est elle la victime.
12:59C'est elle qui est morte. »
13:01« Elle s'est suicidée, monsieur. »
13:02« Elle s'est pendue
13:03après m'avoir agressée. »
13:06« Elle s'est tuée
13:06par honte de son geste
13:08pour éviter le scandale. »
13:10« Elle s'est pendue elle-même. »
13:11« C'est ce que vous prétendez ? »
13:13« Oui, mais ça n'a pas de sens. »
13:14« Mais c'est pourtant la vérité. »
13:16« J'étais venu
13:17pour voir mon fils. »
13:18« C'est la petite dame
13:19qui m'a ouvert. »
13:21La petite dame,
13:22c'est ainsi qu'elle désignera
13:23la plupart du temps
13:24sa belle-fille Yvette.
13:26« Je lui ai dit
13:26je viens voir le lieutenant Mori. »
13:28« Elle m'a répondu
13:29il est déjà parti pour la caserne. »
13:31« J'ai cru qu'elle me mentait. »
13:32« Je suis en train de force. »
13:33« Alors la petite dame
13:34s'est mise à me frapper. »
13:35« Je me suis défendue comme j'ai pu
13:36et je me suis enfermé dans la cave. »
13:39« Mais et les cris
13:40que l'on a entendus à la fenêtre ? »
13:42« Ça, je sais pas. »
13:44« Mais voici une nouvelle arrivée. »
13:47« Un homme en uniforme
13:48que le garde du four
13:49retient un instant sur le seuil
13:50pour le ménager
13:52avant le pénible spectacle
13:53qu'il attend sur le divan. »
13:55« C'est le lieutenant Mori,
13:56le mari de la défunte. »
13:58« On a réussi à le joindre
13:59en plein exercice
13:59au milieu de ses hommes. »
14:01« On n'a pas osé lui dire
14:02toute l'affreuse vérité. »
14:03« Un accident, mon lieutenant. »
14:05« Votre femme. »
14:06« Il faut rentrer. »
14:07« Non. »
14:08« On n'a pas osé lui dire
14:09toute la vérité,
14:10mais il a compris. »
14:12« Oui, il a compris
14:12avoir l'attroupement
14:13devant chez lui,
14:14les regards compatissants
14:15à entendre
14:15les murmures horrifiées
14:17qu'il accueille. »
14:19Il se précipite.
14:20« Ma femme. »
14:21Un hurlement déchirant,
14:22il s'est jeté
14:23sur le corps
14:23qu'il en serre de ses bras.
14:25Puis,
14:26il se redresse,
14:27les rigaret,
14:27regarde autour de lui,
14:28semblant chercher quelqu'un
14:29et dit
14:29« Ma mère ! »
14:31C'est un témoignage terrible.
14:34Une accusation
14:35tellement directe
14:36que ces mots,
14:37prononcés par quelqu'un
14:39qui est au cœur
14:39de la situation
14:40et à qui
14:41l'on n'a encore rien dit.
14:43Oui.
14:44Une accusation directe
14:45et pourtant,
14:46confrontée jusqu'au soir
14:47avec son fils
14:48qui la supplie
14:49de dire la vérité,
14:50Joséphine Mori
14:51va maintenir
14:53son invraisemblable version
14:54de la dispute
14:55suivie du suicide.
14:56Mais,
14:58lorsqu'elle est invitée
14:58par le commissaire
14:59à monter dans le fourgon cellulaire,
15:01elle s'inquiète.
15:01« Mais où me conduisez-vous ?
15:04À l'os ?
15:05À la prison ?
15:07Ah non !
15:08Non, pas à la prison !
15:11Si je parle,
15:12me...
15:13me laissera-t-on
15:14rentrer chez moi ? »
15:17Nous verrons.
15:19Alors,
15:19elle essaie
15:19une autre version.
15:21La dispute,
15:23une bousculade,
15:24la petite dame
15:25tombe en arrière,
15:26la tête sur une voiture
15:27d'enfant,
15:27elle saigne,
15:28je m'affole,
15:29j'ai essayé
15:30de camoufler cela
15:30en suicide.
15:31Mais ensuite,
15:35par bribes,
15:37on apprendra
15:38la triste,
15:40la tragique,
15:40la stupide histoire.
15:49Les récits extraordinaires
15:51de Pierre Belmar,
15:52un podcast européen.
15:54Près de doué
15:55un saint le noble,
15:57les Maury tiennent
15:57un salon de coiffure
15:58sur la grand place.
15:59Joséphine,
16:01Joséphine,
16:01mène son faible mari
16:03et son fils
16:03à la baguette.
16:05Elle est une femme
16:05honorable,
16:06Joséphine.
16:07Elle a une position
16:08dans la vie
16:09et elle le fait sentir.
16:11Son fils Albert,
16:12il fera quelqu'un.
16:14« Je ne le donnerai
16:15qu'à une fille
16:16richement de thé ! »
16:17proclame Joséphine
16:18derrière sa caisse
16:18menton en avant.
16:20Un peu vite dit,
16:21car le jeune homme
16:22va travailler à Rouen
16:23où il rencontre
16:24Yvette Godefroy.
16:26Yvette n'a pas de dot.
16:28Yvette n'a rien
16:29que ses vingt ans,
16:30sa blondeur adorable
16:31et son amour
16:31pour Albert
16:32et puis aussi
16:32bientôt autre chose,
16:34un lien
16:34bien plus précis
16:36entre eux.
16:37« Je dois épouser
16:38Yvette, mère.
16:40Nous nous aimons
16:40et elle attend
16:42un enfant de moi.
16:44Jamais.
16:45Tu m'entends ?
16:47Jamais
16:47tu n'épouseras
16:48cette fille de rien.
16:49Elle n'a qu'à
16:50se débrouiller
16:50avec son enfant. »
16:53Joséphine
16:53oublie un peu vite
16:55dans quelles conditions
16:55elle a conçu
16:56ce fils
16:57auquel elle fait la morale.
16:58Elle oublie
16:59comme elle a eu
16:59de la chance
17:00de rencontrer
17:01le coiffeur Jules Mori
17:02qui a accepté
17:03de reconnaître
17:03cet enfant
17:04qui n'était pas de lui.
17:05Elle oublie
17:05mais elle est une femme
17:08irréprochable,
17:09Joséphine.
17:11Albert pourrait se marier
17:12sans son consentement
17:13bon fils.
17:14Il préfère attendre
17:15un changement
17:16chez sa terrible maman.
17:18Mais celle-ci
17:19ne connaît pas Yvette
17:20et refuse de la connaître.
17:22Pour autant,
17:23elle ne va pas tarder
17:24à commencer
17:24les persécutions
17:25contre le jeune couple.
17:27Elle va faire appel
17:27pour cela
17:28à un autre brillant
17:29exemplaire de l'humanité,
17:30le détective Achille Vallée.
17:32Cet individu rougeau
17:33éternellement satisfait
17:34de sa personne
17:35pratique de front
17:36deux métiers,
17:37le maquignonnage
17:38et la police privée.
17:40Contre une somme
17:40qu'il estime raisonnable,
17:42il va soi-disant
17:43prendre des renseignements
17:44sur Yvette.
17:45Pour quelques racontards
17:46de café
17:46dont le détective
17:48ne nomme même pas
17:49les auteurs,
17:50la jeune femme
17:50devient bientôt
17:51une ancienne fille
17:52de mauvaise vie.
17:54Joséphine est satisfaite,
17:55elle envoie le rapport
17:55à son fils,
17:56suivi d'ailleurs
17:57de quelques lettres
17:58aux termes orduriers
17:59et de visites tonitruantes
18:00à la famille d'Yvette.
18:02Albert
18:02prend alors la décision
18:04de quitter Rouen
18:05sa situation
18:06et d'aller s'installer
18:07à l'ambersage
18:07à la jolie
18:08avec sa compagne
18:09et la petite Nicole
18:10qui est née entre temps.
18:11De plus,
18:12Yvette va être
18:13à nouveau maman
18:14et Albert
18:14décide de l'épouser.
18:16Voici donc
18:17monsieur et madame
18:18Mori dans leur maison.
18:20Albert a passé brillamment
18:21un concours
18:22dans l'armée.
18:22Il est lieutenant
18:23et c'est là
18:24que sa mère le retrouve
18:25et ose aller demander
18:26à ses chefs
18:27d'exiger de lui
18:28qu'il se sépare
18:30de cette femme.
18:31« Ce ne peut être
18:31qu'une espionne ! »
18:33glapit Joséphine
18:34au nez du colonel.
18:36Son intervention grotesque
18:38n'ayant aucune suite,
18:40elle passe alors
18:41à l'action.
18:43Le 7 juillet au matin,
18:44Yvette ouvre la porte.
18:48En face d'elle
18:48se tient une femme
18:49qu'elle ne connaît pas.
18:51Une femme
18:51qui lève la main
18:52et la frappe au visage
18:54avec un objet lourd.
18:55Yvette crie
18:55et son mari surgit à temps
18:57pour retenir le bras
18:58de Joséphine
18:58qui s'abattait à nouveau
19:00armée d'un lourd bouchon
19:01de radiateur d'automobile.
19:05Albert Mori étouffe
19:05le scandale,
19:07renvoie sa mère
19:08à son salon de coiffure
19:09mais le 28 juillet,
19:11revoici belle-maman Joséphine
19:13à l'Ambersart-la-Jolie.
19:16Elle rôde très tôt,
19:18le matin,
19:19rue Paul-Doumay.
19:21La porte du numéro 11
19:23s'ouvre une première fois.
19:24Le lieutenant
19:25va prendre son service.
19:26Sur le seuil,
19:27il se penche vers l'intérieur.
19:30Le voilà qui embrasse
19:31cette femme,
19:32songe aigrement Joséphine.
19:35Un peu avant 8 heures,
19:36une autre silhouette
19:37sort rapidement.
19:39C'est la petite dame
19:40qui va faire ses courses.
19:41Alors Joséphine propulse
19:43avec agilité
19:44ses rondeurs
19:44vers la porte de derrière
19:46qui reste toujours ouverte.
19:48Yvette revient bientôt,
19:49les bras chargés de provision.
19:51Au coin du couloir,
19:52voici Joséphine
19:53qui surgit.
19:54Elle tient la manivelle
19:55du store à la main.
19:57La manivelle s'abat une fois,
19:58deux fois sur la tête,
19:59sur le visage.
20:00La jeune femme
20:01se précipite à la fenêtre
20:02au secours.
20:03Le visage ensanglanté
20:04disparaît aussitôt de la croisée.
20:05Joséphine tire sa victime
20:07en arrière par les cheveux.
20:08Elle frappe encore,
20:09s'acharne sur la figure.
20:11La jeune femme est par terre.
20:12Joséphine
20:13l'écrase de sa masse
20:14et l'étrangle
20:15de ses grosses mains.
20:19Cela dure
20:19trois,
20:21quatre minutes.
20:24Elle est morte,
20:25songe la matrone.
20:26Alors elle avise
20:30un ruban noir
20:31sur une chaise.
20:32Atroce détail,
20:34c'est de la gance
20:35pour pantalon d'officier,
20:37de la gance
20:37pour le pantalon
20:39de son fils,
20:40le mari
20:41de la jeune femme
20:42étendue par terre.
20:45Belle-maman Joséphine
20:45saisit la gance,
20:47la noue,
20:48et s'en sert
20:49pour pendre dérisoirement
20:50Yvette
20:50à la poignée
20:51de la porte de la cuisine.
20:53Un bruit,
20:54des voix.
20:56Les voisins
20:57sont à la porte d'entrée.
20:58Belle-maman Joséphine
20:59comme un gros animal
21:00tremblant
21:01va se terrer
21:01sur les premières marches
21:03où on la retrouvera
21:04serrant son sac
21:05contre sa poitrine.
21:08Voilà.
21:10Joséphine Mori
21:11huée par la foule
21:12a été condamnée
21:14à mort.
21:16Mais en France,
21:18on ne guillotine
21:19plus les femmes.
21:21Alors si dans
21:22l'autobus
21:22une grosse dame
21:25vous écrase
21:25de son honorabilité
21:27avec le menton
21:27levé
21:28dans un geste
21:29qu'elle juge royal,
21:31souhaitez-lui
21:32charitablement
21:33de ne pas s'appeler
21:34Joséphine
21:35et de ne pas être
21:36belle-maman.
21:37Vous venez d'écouter
21:57les récits extraordinaires
21:58de Pierre Bellemare,
22:00un podcast
22:01issu des archives
22:02d'Europe 1.
22:03Réalisation et composition
22:05musicale
22:06Julien Tarot
22:07Production
22:08Estelle Laffont
22:09Patrimoine sonore
22:11Sylvaine Denis
22:12Laetitia Casanova
22:14Antoine Reclus
22:15Remerciements
22:16à Roselyne Bellemare
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