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Inflation, pouvoir d'achat, concurrence... L’interview d’Alexandre Bompard, PDG de Carrefour
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il y a 7 mois
Alexandre Bompard était l'invité de Benjamin Duhamel ce mercredi 2 juillet.
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00:00
Bonsoir.
00:01
Merci d'être avec nous ce soir dans Tout le monde veut savoir,
00:03
PDG de Carrefour, président de la Fédération du Commerce et de la Distribution.
00:07
Un mot d'abord, si vous le voulez bien, Alexandre Bompard, sur la canicule,
00:11
ce sixième jour de très forte chaleur, ça commence à aller un peu mieux.
00:15
Qu'est-ce que vous avez constaté dans vos magasins ?
00:18
Quand il fait chaud, on achète beaucoup moins, on reste chez soi, on dit faire des achats.
00:23
Qu'est-ce qu'on achète ? Qu'est-ce que vous avez vu ?
00:25
D'abord, quand il fait beau au printemps ou beau en été, dans notre métier, c'est bien.
00:28
Et donc, c'est un joli printemps, c'est un beau début d'été, c'est positif.
00:32
Quand on est en période de haute canicule, comme ces derniers jours,
00:36
là, on voit moins de clients dans les magasins.
00:38
Et qu'est-ce qu'ils achètent globalement ?
00:40
De l'eau, de l'eau, de l'eau.
00:41
Donc, on a des chiffres records de vente d'eau,
00:44
mais je crois qu'on n'avait pas atteint ça depuis très très longtemps.
00:48
On vend des glaces, on vend des fruits, on vend des bières sans alcool.
00:54
On vend moins de viande, on vend moins de charcuterie, etc.
00:58
Et puis, on vend des ventilateurs.
01:00
Voilà, c'est une consommation, au fond, qui s'adapte à ces conditions météo.
01:04
On est un secteur qui est moins touché que d'autres.
01:07
Mais par contre, évidemment, on voit des variations
01:10
à l'intérieur des catégories qui sont très fortes.
01:11
Alexandre Bonpart, on parlera dans un instant de la situation politique budgétaire,
01:16
de l'impact que cela peut avoir sur le climat des affaires,
01:18
puisque ce matin, chez nos conférences d'Hertel,
01:19
vous avez poussé une sorte de coup de gueule.
01:21
On y reviendra dans un instant.
01:22
Mais d'abord, une question plus générale pour planter le décor.
01:25
Vous avez au poste, qui est le vôtre,
01:27
une sorte de fonction de baromètre et de thermomètre
01:30
de l'état d'esprit des Français.
01:33
Qu'est-ce que vous dit ce baromètre et ce thermomètre-là
01:35
quant à leur consommation et leur état d'esprit ?
01:38
Qu'est-ce que vous constatez dans vos magasins ?
01:40
Je dirais que depuis le début de l'année,
01:42
on voit des signaux plus positifs de consommation.
01:46
Deux illustrations.
01:47
Les volumes, qui étaient très baissiers,
01:49
sont repartis légèrement à la hausse.
01:52
Et la qualité de la consommation s'est améliorée.
01:55
Le bio est reparti à la hausse à des années de déprime.
01:59
Les fruits et légumes.
02:00
Donc on voit.
02:01
Et puis des achats plaisir sont repartis.
02:03
Qui reviennent.
02:04
Alors qu'ils avaient disparu.
02:05
Ils avaient complètement disparu.
02:06
Ils étaient vraiment baissiers.
02:07
et ils sont repartis à la hausse.
02:09
C'est des signes un peu positifs
02:11
qui sont principalement dus au fait
02:14
que l'inflation alimentaire est autour de zéro,
02:17
à 1%,
02:19
et que le pouvoir d'achat réel des Français
02:21
s'est quand même reconstitué à peu près
02:23
à plus de 2,5%.
02:24
Donc pour les Français,
02:26
petit à petit,
02:27
il y a un retour à des achats plaisir
02:29
et à plus de volume.
02:30
Et donc ce que vous dites là va plutôt
02:31
à rebours de cette idée
02:34
que la situation serait très difficile.
02:37
Vous dites non, ça va un peu mieux.
02:38
Les volumes sont un peu meilleurs.
02:39
La qualité est un peu meilleure.
02:41
Mais, évidemment,
02:43
on conserve une épargne de précaution folle
02:45
dans notre pays.
02:46
On est autour de 19%.
02:47
C'est 5 points de plus
02:48
que la moyenne européenne.
02:50
Il y a des comportements de privation.
02:51
Il y a un tiers des Français
02:52
qui se privent toujours
02:54
et qui continuent à se priver.
02:57
Et puis il y a de l'inquiétude qui existe.
02:59
Mais, pour essayer quand même
03:01
de dessiner une tendance
03:03
un peu différente
03:04
de celle qu'on avait en 2023 et 2024,
03:06
j'avais parlé d'ailleurs
03:07
sur ce plateau d'un tsunami.
03:08
Un tsunami de déconsommation, oui.
03:10
On a des premiers signaux,
03:11
j'espère qu'ils vont se poursuivre,
03:13
qu'ils vont se confirmer,
03:14
qu'ils vont s'amplifier
03:14
d'une légère reprise
03:16
et d'une envie de se faire plaisir
03:18
et d'un tout petit peu plus de confiance.
03:20
Comme si les Français,
03:21
petit à petit,
03:22
s'habituaient à ce climat
03:23
de crise permanente,
03:25
à cette succession de crises
03:27
internationales et nationales
03:28
et se disaient,
03:29
bon, on est finalement
03:30
assez résilients,
03:31
on a un pouvoir d'achat
03:32
qui est un peu meilleur,
03:33
on consomme un peu plus.
03:34
Et on en parlera dans un instant
03:35
de cette instabilité
03:37
et des effets
03:37
sur la consommation
03:39
et sur les Français.
03:40
Mais juste avant,
03:40
sur l'inflation,
03:41
vous disiez effectivement
03:42
inflation alimentaire très basse,
03:43
entre 0 et 1.
03:45
La façon dont ça va évoluer
03:46
dans les semaines,
03:48
dans les mois à venir,
03:49
Michel Leclerc,
03:51
il avait cette expression,
03:52
il avait dit,
03:52
moi je vais aller casser la gueule
03:53
à l'inflation.
03:55
Est-ce que dans les semaines
03:56
et dans les mois à venir,
03:57
vous pouvez rassurer
03:57
ceux qui nous regardent ce soir
03:58
et qui gardent le traumatisme
04:00
de cette hyperinflation
04:02
d'il y a deux ans ?
04:04
Est-ce que là,
04:04
dans les semaines
04:05
et dans les mois à venir,
04:06
ça devrait aller ?
04:06
Oui, je le crois.
04:08
Je le crois parce qu'au fond,
04:09
les uns et les autres,
04:10
on a une compétition entre nous
04:12
qui est forte
04:12
pour le prix le plus bas,
04:14
on lutte pour obtenir ces prix.
04:16
Nous, on a fait une baisse
04:18
depuis 18 mois
04:19
de 6 000 produits
04:20
qui ont baissé de plus de 10 %.
04:21
Les pâtes ont baissé
04:22
de plus de 10 %.
04:23
Les yaourts ont baissé
04:24
de plus de 10 %.
04:24
Les huiles d'olive ont baissé
04:25
de plus de 10 %.
04:26
Donc, on a 6 000 produits
04:27
qui ont baissé de plus de 10 %.
04:28
Donc, c'est un combat
04:29
qu'on mène collectivement
04:30
chez Carrefour,
04:31
de manière très forte,
04:32
nos concurrents aussi.
04:34
Parfois un peu plus que vous.
04:35
Parfois, Leclerc le fait plus,
04:37
parfois on le fait plus.
04:38
Là, depuis 18 mois,
04:38
c'est nous qui avons le plus baissé.
04:40
Globalement, je crois
04:41
qu'on peut être confiant
04:41
sur le fait que les prix
04:43
sont stabilisés.
04:45
Il faut toujours
04:45
beaucoup de prudence
04:46
parce que les événements
04:47
géopolitiques récents
04:47
nous ont montré
04:48
qu'on ne savait quand même
04:49
pas tout prévoir.
04:50
Mais, globalement,
04:51
les consommateurs français
04:52
peuvent se dire
04:53
j'ai devant moi
04:54
un environnement
04:56
d'inflation,
04:57
d'augmentation des prix
04:58
très limité,
05:00
ce qui permet petit à petit
05:01
de faire oublier
05:02
l'énorme traumatisme
05:03
des deux années
05:04
d'hyperinflation.
05:05
Ça, c'est effectivement
05:06
important pour les Français.
05:08
leur état d'esprit.
05:10
Moi, j'ai écouté attentivement
05:11
ce que vous disiez
05:11
ce matin sur RTL
05:12
et je vous ai senti
05:14
assez virulent
05:14
sur l'impact
05:17
que peut avoir
05:18
la parole publique
05:19
sur leur état d'esprit.
05:20
Vous avez dit
05:20
il y en a marre
05:21
de ces ballons d'essai
05:22
sur le budget.
05:23
Il y en a marre,
05:24
je vous ai bien écouté,
05:25
de ce concours
05:26
l'épine fiscale.
05:28
Donc, au fond,
05:29
si les Français
05:29
sont anxieux,
05:31
attentistes,
05:32
c'est de la faute
05:32
des politiques.
05:33
C'est ça, Alexandre Bompard ?
05:34
Je vais vous donner
05:34
un chiffre qui l'illustre
05:35
au-delà de mon coup
05:37
de gueule éventuelle.
05:38
On est dans plein
05:39
pays européens, nous.
05:40
On est le groupe
05:41
de la distribution
05:41
le plus mondial.
05:43
Dans les autres pays européens,
05:44
la consommation,
05:45
elle est repartie
05:46
beaucoup plus fortement.
05:47
Or, dans les autres pays européens,
05:49
est-ce qu'ils ont vécu
05:50
le Covid ?
05:50
Oui.
05:51
Est-ce qu'ils ont vécu
05:52
l'hyperinflation ?
05:52
Oui.
05:53
Est-ce qu'ils ont vécu
05:54
la crise en Ukraine ?
05:54
Oui.
05:55
Est-ce qu'ils ont vécu
05:55
l'arrivée de Trump
05:56
et l'imprévisibilité ?
05:57
Oui.
05:57
Donc, la seule différence,
05:59
il n'y en a qu'une.
06:00
Ils ont vécu
06:01
les mêmes crises,
06:02
mais ils n'ont pas
06:03
un climat politique
06:03
aussi anxiogène.
06:05
Nous, ça fait exactement
06:06
un an, je crois que dimanche,
06:06
ça sera le deuxième tour,
06:07
l'anniversaire du deuxième tour
06:08
des législatives.
06:10
Ça fait un an
06:11
qu'on parle.
06:13
Incertitude,
06:14
nouvelle dissolution,
06:15
changement de gouvernement
06:15
et surtout,
06:17
concours d'idées fiscales
06:19
permanentes.
06:19
Il n'y a pas un jour
06:20
sans qu'il y ait
06:21
un membre du gouvernement,
06:23
un parlementaire
06:24
ou un ancien Premier ministre
06:25
qui nous dise
06:26
« voilà mes idées
06:27
pour augmenter les impôts
06:28
en France ».
06:28
Il faut comprendre
06:29
que pour le consommateur,
06:30
il se trouve qu'on les connaît
06:31
bien les consommateurs.
06:31
Ils sont tous les jours
06:32
dans nos magasins
06:32
et ils parlent à nos équipes
06:34
tous les jours.
06:35
Les consommateurs,
06:35
quand ils entendent
06:37
augmentation d'impôt,
06:37
quel que soit l'impôt,
06:39
ils entendent
06:40
« oh, ce qui arrive »
06:41
et ils se disent
06:41
« il faut donc que j'épargne ».
06:43
Traduction de ça,
06:44
on a un taux d'épargne
06:45
dans notre pays
06:46
qui est 5 points de plus
06:48
que le reste de l'Europe,
06:49
qui est 15 points de plus
06:50
que les États-Unis.
06:51
Ça dit le niveau
06:52
d'angoisse des Français,
06:54
l'angoisse de demain.
06:55
Alexandre Bonpard,
06:55
elle est nourrie par ça.
06:56
J'entends ce que vous dites
06:57
et en même temps,
06:58
quand on a 40 milliards d'euros
07:00
d'économies à faire,
07:01
est-ce que c'est tabou
07:02
de se dire
07:03
qu'à un moment donné,
07:04
peut-être,
07:05
il faudra faire contribuer
07:06
ceux qui peuvent...
07:08
Parce que quand on dit
07:09
qu'on court l'épine fiscale,
07:10
ça veut dire
07:10
qu'il ne faut absolument
07:10
pas toucher aux impôts.
07:12
Si on demande aux Français
07:13
de faire des efforts,
07:14
pourquoi ne pas demander
07:15
aux grandes entreprises,
07:16
par exemple à Carrefour,
07:16
de se dire
07:17
« voilà, Carrefour,
07:18
grande entreprise
07:19
qui va bien,
07:20
qui a fait des efforts
07:21
pour accroître sa rentabilité,
07:22
elle va contribuer
07:23
à l'effort de redressement ? »
07:24
C'est un très bon point.
07:25
D'abord,
07:26
je paye 67% d'impôts
07:27
dans ce pays.
07:28
67% d'impôts.
07:29
67% de ce que je gagne,
07:32
je le reverse
07:32
en impôts de production,
07:33
en impôts sur les bénéfices.
07:34
On n'est pas loin
07:35
du confiscatoire.
07:36
Et puis,
07:36
le problème de notre pays,
07:37
ce n'est pas le taux d'imposition.
07:39
On a 10 points de taux d'imposition
07:40
de plus que tous les pays européens.
07:41
On paye 56% d'impôts
07:44
dans ce pays
07:44
par rapport au PIB.
07:45
C'est le niveau
07:46
de la dépense publique.
07:47
Il faut s'attaquer
07:48
à la dépense publique.
07:49
Il faut définir
07:50
une méthode de travail
07:50
sur la dépense publique.
07:52
Et par ailleurs,
07:53
ce ne sont même pas
07:53
les mesures fiscales
07:54
qui m'angoisse le plus.
07:56
C'est le fait
07:56
qu'on en parle
07:57
toute la journée.
07:57
Et que ça change
07:58
tous les jours.
07:59
Non, mais à la limite,
08:00
on aurait un programme
08:01
de réforme fiscale
08:03
en cours
08:04
qui aura été pris
08:05
il y a 10 mois
08:06
et qui serait appliqué
08:07
aujourd'hui.
08:07
Je me dirais,
08:08
franchement,
08:08
c'est des mauvaises mesures.
08:09
Il ne faut pas toucher
08:10
la fiscalité.
08:10
Au moins,
08:10
ça serait fait.
08:11
Là, c'est tous les jours.
08:12
Tiens, je mets un ballon d'essai
08:14
dans l'opinion
08:14
et je regarde
08:15
ce qui se passe.
08:16
Mais les Français,
08:17
le ballon d'essai,
08:17
ils se disent juste
08:18
ça va m'arriver,
08:19
ça va me tomber dessus.
08:20
Et par ailleurs,
08:21
le sujet,
08:22
c'est la dépense publique.
08:23
Et on le sait tous
08:24
dans ce pays,
08:24
quand une dépense publique
08:25
représente 60% du PIB,
08:27
10 à 15 points de plus
08:28
que la moyenne européenne,
08:29
il faut la réformer.
08:30
Ce n'est pas facile.
08:31
Je viens de ce monde-là.
08:32
Je sais combien c'est complexe.
08:33
Mais il faut s'y attaquer.
08:35
Vous parliez des ballons d'essai.
08:37
On a aussi évoqué,
08:38
et là, pour le coup,
08:38
ça vous concernerait directement
08:40
sur les produits
08:40
qui sont vendus,
08:41
a été évoqué
08:42
la possibilité
08:42
d'une hausse de la TVA,
08:43
ce qu'on appelle
08:43
une TVA sociale.
08:45
L'idée, au fond,
08:46
c'est qu'on augmente
08:47
le salaire net
08:47
en baissant les cotisations
08:48
et on compense
08:49
par une augmentation
08:49
de la TVA.
08:51
Et d'ailleurs,
08:51
si vous parlez comparaison
08:52
par rapport aux autres pays européens,
08:53
il s'avère que le taux moyen
08:54
en France de la TVA
08:55
est plutôt inférieur
08:56
à la moyenne de nos voisins.
08:58
C'est une bonne idée ou pas ça ?
08:59
Je pense que c'est une très mauvaise idée
09:00
pour deux raisons.
09:01
D'abord, parce que la TVA,
09:02
c'est un impôt injuste.
09:03
On paye tous la même chose.
09:04
Quels que soient les revenus,
09:05
on paye la même TVA ?
09:07
Deuxièmement,
09:07
parce qu'il faut arrêter
09:09
d'emmerder les Français
09:10
avec les impôts.
09:11
Vous êtes pompidoliens.
09:12
Oui, je suis pompidolien.
09:12
J'ai toujours été pompidolien.
09:13
Il faut arrêter
09:14
d'emmerder les Français
09:15
avec les impôts.
09:16
Vraiment, c'est une mauvaise idée.
09:17
Et puis, la réalité,
09:19
c'est qu'à la limite,
09:20
si on était certain
09:21
que ça baisse le coût du travail
09:22
et que 100% de la baisse
09:24
soit affectée
09:24
à la baisse du coût du travail,
09:25
mais ce n'est pas ça
09:26
qu'on va faire.
09:27
Si jamais un jour
09:28
on faisait ça,
09:28
on augmenterait la TVA,
09:31
donc on le ferait
09:31
payer aux consommateurs,
09:32
donc on gripperait
09:33
encore plus le moteur
09:34
de la consommation
09:35
et on ne toucherait pas
09:36
au coût du travail
09:37
parce qu'on a un problème
09:37
de déficit public.
09:38
Donc, je suis absolument
09:40
défavorable à toucher la TVA.
09:42
Je crois qu'il ne faut pas
09:42
s'y amuser.
09:43
Les dernières fois
09:44
où on s'est amusé
09:44
sur ces sujets,
09:46
ça a donné bonnet rouge,
09:47
ça a donné gilet jaune.
09:48
Il faut arrêter
09:48
avec ces sujets.
09:49
Et je vous le dis
09:50
parce que tous les jours
09:53
on l'entend dans nos magasins.
09:55
Tous les jours,
09:55
on reçoit des dizaines
09:56
de millions de clients
09:56
et c'est ça qu'ils nous disent.
09:57
Alexandre Maupar,
09:58
en plus d'être PDG de Carrefour,
09:59
vous êtes aussi patron
09:59
de la Fédération du commerce
10:00
et de la distribution.
10:01
Tout à l'heure,
10:01
on a appris que les enseignes
10:03
Princesse Tam Tam
10:04
et Comptoir des Cotoniers
10:04
étaient placées
10:05
en redressement judiciaire.
10:06
La faute à qui ?
10:07
La faute à Chine,
10:09
à Tému,
10:10
à une mauvaise gestion ?
10:11
D'abord, vous avez raison,
10:12
il y a une multitude d'enseignes
10:15
qui ont disparu
10:15
ou qui sont en voie
10:16
de disparition
10:17
depuis 18 mois.
10:18
50 000 emplois
10:19
ont été supprimés.
10:20
Je me disais tout à l'heure,
10:22
imaginons dans le monde
10:23
industriel
10:23
le séisme
10:25
que ça provoquerait.
10:27
50 000 emplois
10:28
ont été supprimés
10:29
suite à la disparition
10:29
de belles enseignes,
10:31
de belles maisons
10:31
qui font partie
10:32
de notre paysage,
10:33
qui font partie aussi
10:34
de l'aménagement
10:35
des centres commerciaux
10:35
et de l'aménagement
10:36
du territoire.
10:37
C'est vraiment dramatique.
10:38
À quoi c'est dû ?
10:39
Consommation est basse,
10:40
évidemment,
10:40
il n'y a pas de consommation,
10:41
concurrence très forte.
10:42
Et puis,
10:43
depuis 24 mois,
10:44
le déferlement
10:45
sur la France
10:46
des 200 millions
10:48
de colis
10:49
qui arrivent en France
10:49
chaque année
10:50
venant de Chine et Tému.
10:51
Ça va à une vitesse
10:52
incroyable.
10:55
Et ce sont des produits
10:56
qui ne respectent rien,
10:59
aucune réglementation européenne,
11:01
à des prix
11:01
qui sont complètement fous,
11:03
la facture écologique
11:04
est folle
11:05
et la réalité,
11:07
c'est qu'on ne fait
11:07
pas grand-chose
11:09
pour l'empêcher,
11:09
voire rien.
11:10
Si on continue
11:11
25, 26, 27,
11:13
c'est l'ensemble
11:13
du secteur du commerce
11:14
et de la distribution
11:15
qui sera sinistrée.
11:16
Oui, mais c'est là
11:16
où vous êtes paradoxal,
11:17
Alexandre Bompard,
11:18
parce que là encore,
11:19
je vous ai entendu,
11:19
vous dites,
11:20
pourquoi pas taxer
11:21
à 100 %,
11:22
on fait Donald Trump ?
11:24
Donc vous dites,
11:25
pendant toute la première partie
11:26
de cet entretien,
11:27
Carrefour,
11:27
on se bat pour les prix bas,
11:28
il faut que les consommateurs
11:29
aient confiance,
11:30
il ne faut pas les taper.
11:31
Et là,
11:32
Chine et Tému,
11:33
vous avez raison,
11:33
de soulever les questions
11:34
que posent ces entreprises,
11:37
mais à un moment donné,
11:37
il y a une demande,
11:38
il y a aussi des Français
11:38
qui ont eu du mal
11:39
ces dernières années
11:40
à acheter des vêtements
11:41
et qui là,
11:42
se disent,
11:42
c'est pour nous l'occasion
11:43
de le faire.
11:44
Donc en fait,
11:44
quand ça vous concerne,
11:45
vous voulez des prix bas,
11:46
mais par contre,
11:46
quand ça concerne vos concurrents,
11:47
vous dites,
11:47
il faut les taxer.
11:48
D'abord,
11:48
je ne suis pas du tout...
11:49
En fait,
11:49
la taxe,
11:50
vous ne la voulez pas,
11:50
sauf quand ça concerne
11:51
Chine et Tému.
11:52
D'abord,
11:52
je ne suis pas paradoxal,
11:52
moi j'adore le sport,
11:53
j'adore concourir à règles légales.
11:55
Quand je suis face à Chine et Tému,
11:58
je n'ai aucune règle légale.
11:59
Il ne respecte rien.
12:01
Toutes les règles
12:01
qu'on m'impose
12:02
tout au long de l'année
12:03
et que je respecte,
12:04
on ne leur impose pas.
12:05
Donc c'est une compétition,
12:06
c'est comme si vous faisiez
12:06
un 100 m avec Carl Lewis
12:07
et vous partez avec 50 kg sur le dos,
12:09
vous avez assez peu de chances
12:10
de gagner.
12:10
Et puis la réalité,
12:11
c'est que le prix bas
12:12
pour lequel je me bats
12:13
tout au long de l'année,
12:14
il ne peut pas être
12:15
à n'importe quel prix.
12:16
On ne peut pas se dire
12:17
je fais disparaître
12:18
les fabricants de jouets,
12:20
je fais disparaître
12:21
l'industrie de textile,
12:22
je casse le petit commerce,
12:24
je casse l'industrie spécialisée,
12:25
la facture écologique est dingue
12:27
et je mets en danger les enfants
12:28
parce qu'il n'y a aucune norme
12:29
réglementaire qui est respectée.
12:30
Il y a une limite au prix bas.
12:32
Le prix bas,
12:32
je me bats tous les jours de l'année,
12:33
mes camarades aussi,
12:34
mais il y a une limite.
12:36
Le prix bas,
12:36
à n'importe quel coût,
12:37
n'importe quel prix,
12:38
ce n'est pas possible.
12:39
Un tout dernier mot avec vous
12:40
Alexandre Bompard
12:41
pour parler un petit peu politique.
12:42
Alors, je ne vais pas vous refaire
12:43
dire du mal de Michel Leclerc
12:44
puisque ses oreilles ont sifflé
12:47
à plusieurs reprises.
12:47
Mais pas du tout,
12:48
il le sait.
12:49
Non, mais il faut.
12:50
Professionnel de la politique,
12:52
moi, je...
12:52
Est-ce que ce n'est pas
12:53
un peu étroit d'esprit ça
12:54
de se dire que seuls
12:55
les professionnels de la politique
12:56
peuvent concourir
12:56
à l'élection présidentielle ?
12:57
Non, je ne crois pas
12:58
que ce soit étroit d'esprit.
12:59
Ce que je disais,
13:00
c'est que je ne croyais pas
13:06
devenir président de la République.
13:08
Donc, ça veut dire quoi ?
13:08
C'est le cursus honorum
13:10
de 30 ans d'élection,
13:12
procédé général,
13:13
maire, député ?
13:14
Non, je crois qu'il faut réunir
13:14
un certain nombre de conditions.
13:16
Il faut avoir un bout
13:17
de légitimité démocratique.
13:19
Il faut avoir un pays,
13:20
une vision d'ensemble des sujets.
13:22
Il faut connaître un peu
13:22
les sujets régaliens.
13:23
Si vous connaissez un peu l'État,
13:25
ce n'est pas plus mal.
13:26
Il y a un certain nombre
13:26
de choses qu'il faut connaître.
13:27
C'est dur, cette fonction-là.
13:28
Elle est difficile.
13:30
Et quand vous regardez
13:31
ce qu'il faut comme conditions
13:32
pour y arriver,
13:33
je me dis que même si vous gérez
13:35
bien votre entreprise,
13:36
même si vous connaissez bien
13:37
le pouvoir d'achat des clients,
13:39
même si vous êtes au contact
13:39
tous les jours,
13:40
vous ne réunissez pas
13:41
du jour au lendemain
13:42
toutes ces conditions-là.
13:43
Bien donc, Michel Leclerc
13:44
restera patron des magasins Leclerc.
13:46
Merci Alexandre Bompard
13:47
d'être venu nous voir ce soir
13:48
dans Tout le monde veut savoir.
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