Marine Jeantet, directrice générale de l'Agence de la biomédecine, à l'occasion de la journée nationale du don d'organes : «Plus de 11 000 personnes sont dans l'attente d'une greffe en France».
00:00Je voudrais qu'on fasse le point sur ce que dit la loi concernant le don d'organes aujourd'hui. Que se passe-t-il ?
00:04La loi prévoit depuis 1976, elle n'a pas changé, que nous sommes tous par défaut donneurs d'organes, sauf si on a dit non.
00:12Parce qu'on a évidemment le droit de dire non. Il y a deux moyens de dire non.
00:15Soit vous vous inscrivez sur un registre qui est géré par mon agence, qui s'appelle le registre national des refus, ça peut se faire en ligne,
00:21soit vous le dites à vos proches.
00:23Ce qui fait qu'en fait, nous on va toujours, avant d'envisager un don d'organes, aller voir les familles pour leur demander s'ils ont entendu le patient qui est malheureusement décédé s'opposer au don de ces organes.
00:37Donc on ne fera jamais rien de force sans s'assurer auprès des familles qu'il n'y a pas cette opposition.
00:43Mais malheureusement, seulement un Français sur deux a exprimé clairement sa position à ses proches.
00:48Ce qui fait que dans la moitié des cas, les familles se trouvent dans une situation très délicate où elles ne savent pas.
00:53Et dans le doute, actuellement, elles s'abstiennent.
00:55Et ça, c'est dramatique.
00:56C'est-à-dire qu'on a un taux de refus, je le disais, qui était très élevé, autour de 36%.
01:02Et c'est lié à un manque de communication.
01:05Finalement, ce n'est pas nécessairement que la personne ou la famille ne voulait pas, il n'y avait pas d'instructions données.
01:09Parce qu'on fait des baromètres à l'agence qui sont extrêmement stables.
01:1280% des Français sont favorables au don de leurs organes.
01:15Donc on devrait avoir un taux normalement d'opposition de 20%.
01:18Là, c'est en train d'augmenter.
01:20On était à 36% l'année dernière.
01:22On est sur ses premiers mois à 37%.
01:25Et c'est vraiment, même en Ile-de-France, on est à 50%.
01:28Donc c'est vraiment très grave parce que derrière, il y a des patients en attente de greffe
01:31qui ne peuvent pas bénéficier du don qui aurait dû se faire
01:35si les personnes avaient simplement dit oui aujourd'hui, par exemple, à leurs proches.
01:38Au fait, je suis d'accord.
01:40Après, les gens ont évidemment le droit de dire je ne suis pas d'accord.
01:42Mais au moins le dire parce que...
01:44Ça diminuerait le taux de refus, bien évidemment.
01:46Ça diminuerait mécaniquement le...
01:48Et bien en fait, si jamais tous les gens qui sont d'accord le disent, on n'a plus de
01:51problème de liste d'attente et il n'y a plus de personnes qui mourraient sur liste d'attente
01:54faute d'organes.
01:55Alors justement, on y vient.
01:57Les besoins de dons d'organes sont importants aujourd'hui dans le pays.
02:01On a combien de Français justement qui sont en attente de greffe ?
02:04Plus de 11 000 personnes sont inscrites sur la liste d'attente de greffe en France.
02:07L'année dernière, on a réussi, grâce à une mobilisation sans faille de toutes les
02:10équipes médicales, à en faire plus de 6 000, ce qui est vraiment un très beau défi.
02:15Mais vous voyez que ça ne suffit pas.
02:16Et donc, chaque année, la liste d'attente grossit.
02:19Et en plus, ça va continuer à s'aggraver parce qu'avec l'épidémie de diabète et
02:23d'obésité que nous avons en France, nous avons de plus en plus de personnes en insuffisance
02:27rénale.
02:28Et ça, c'est vraiment pour eux un changement de vie.
02:30Quand vous êtes greffé, tous les greffés le disent, c'est une renaissance.
02:33C'est-à-dire que vous n'allez plus en dialyse trois fois par semaine.
02:36Ça change complètement.
02:37Donc, ça change la vie des personnes, de leurs proches.
02:39Et ça évite aussi à d'autres personnes de mourir parce qu'encore une fois, presque
02:42un peu moins de 1 000 personnes chaque année meurent sur la liste d'attente faute d'organes.
02:46Alors qu'avec un simple oui, vous les sauvez.
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