- il y a 11 mois
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00:00Ouvrier, le mot gueule hurle un monde de lutte, de colère, un monde qui souffre et dont on
00:28nous dit qu'il est appelé à disparaître. En une vie d'homme, ceux que l'on a célébré au sortir de la
00:34seconde guerre mondiale sont devenus les oubliés de la société. 70 ans ont suffi pour couvrir d'un
00:41voile de silence 25% de la population active française. Mais si le mot s'efface, la condition,
00:49elle, perdure. Ce film part à la rencontre des ouvriers de France. Les mémoires entrelacées
00:56racontent une culture, un langage du corps et des mains. Lorrain, limousin, provençaux, mineurs,
01:02métallos, ajusteurs, petites mains du textile. Les particularismes s'estompent, les clichés
01:08s'effacent. Une histoire commune se dessine. Nous, ouvriers.
01:14Je n'ai jamais rencontré mon histoire. Je les rencontre ici, mais mes enfants ne l'ont
01:20jamais su. Je n'ai jamais dit. Jamais un mot. Je ne peux pas dire. Ah non, non, non,
01:29pas un mot, pas un mot, pas un mot.
01:36Être ouvrier dans l'immédiate après-guerre, appartenir à ce monde, la fierté se lie sur
01:42le visage de ceux qui ont connu cette période. Les ouvriers sont alors plus de 8 millions en
01:49pays. Nombre d'entre eux sont des femmes. Au sortir de la guerre, la France a besoin
01:55de ses ouvriers pour reconstruire le pays que cinq années d'occupation ont laissé
01:59exsangue. L'homme du charbon est alors la figure incontournable de la classe ouvrière.
02:07L'ouvrier en 1945, c'est le héros de la résistance. Massivement, il est assimilé à une classe
02:16qui a résisté précocement à l'occupant, notamment parce que dès juin 1941, il y a
02:23eu une grève extrêmement importante dans les mines du Nord, qui a son apogée à rassembler
02:28environ 100 000 mineurs et qui a marqué cette résistance ouvrière. Et donc, les ouvriers
02:36apparaissent au sortir de la guerre comme ceux qui ont résisté. J'aime bien citer le propos
02:42de François Mauriac, qui est un écrivain catholique, donc plutôt conservateur, et qui,
02:47dans son cahier noir, dit « Seule la classe ouvrière dans sa masse aura été fidèle à
02:52la France profanée ». Et cette phrase est assez belle dans ce qu'elle cristallise
02:58des représentations de l'époque.
03:10Le mineur, un homme libre, refusant de travailler pour les compagnies minières, ce qui conduit
03:14de suite à la nationalisation. Et le mineur, un homme respecté parce qu'on a besoin du charbon.
03:23On est en 1945, donc il y a eu les grèves d'août 1944, la libération du bassin minier,
03:38il y a eu cet appel de Maurice Thorez en disant « Arrêtez la grève, retournez au travail,
03:42il faut produire du charbon ». Et sur les premiers mois du mois de l'année 1945, plusieurs événements,
03:50la nationalisation des mines, et il y a ce statut du mineur. Le mineur obtient un statut particulier,
03:59qui va couvrir tous les aspects de sa vie professionnelle.
04:04Ah ça a changé, oui, ça a changé. Regardez, rien que pour les congés payés, les mineurs
04:10avaient un mois de congés payés, les mineurs en 10 ans d'ancienneté.
04:15Le logement gratuit, pour lui, mais également pour ses ayants droit, son épouse, ses enfants,
04:22c'est le charbon gratuit et c'est la sécurité sociale minière.
04:28On va leur demander, pour relever le pays, de travailler massivement, de travailler y compris le dimanche,
04:41de travailler parfois gratuitement. Et oui.
04:45Et les syndicats, notamment Maurice Thorez, vont venir et vont dire, allez, il faut retourner au travail.
04:53Il faut retourner faire des cadences. Il faut reproduire du charbon.
04:58La France a besoin de vous pour se reconstruire et sortir de cette situation
05:03dans laquelle elle est depuis cinq ans.
05:06La France a besoin de vous pour se reconstruire et sortir de cetteisation.
05:15Ha oui, oui, oui. Mais c'était juste, hein, quand il disait que produire, gagner,
05:33Mais produire, c'est votre devoir de classe, c'est votre devoir de français, effectivement.
05:39C'était le devoir de la classe ouvrière et le devoir des patriotes de gagner la bataille de la production.
05:46Oui, oui.
05:48Il faut produire, produire beaucoup.
05:50On leur demande 100 000 tonnes de charbon par jour.
05:52Ils vont aller produire 100 000 tonnes de charbon par jour.
05:56Il y a une grande campagne de communication qui est mise en place.
05:59Des affiches qui sont mises à la sortie des fosses sur les murs dans les cités, etc.
06:05Mineurs, le sort de la France est entre tes mains.
06:10Voilà, produire, produire, produire.
06:12Et on dit aux mineurs, tu tiens le sort de la France entre tes mains.
06:17Mais vous vous rendez compte, un ouvrier, traité comme un esclave pendant les 4 à 5 années d'occupation,
06:25à qui on vient dire de suite après, tu portes la France à bout de bras.
06:28La France, c'est toi qui peux la sauver avec ton marteau-piqueur.
06:35Ça explique cette fierté.
06:40L'ouvrier comptait.
06:42C'était une des rares périodes où l'ouvrier a compté.
06:44Les femmes sont omniprésentes dans les usines dès le 19e siècle.
06:55Et effectivement, elles participent, elles ont travaillé pendant la Seconde Guerre mondiale
07:01et elles continuent à travailler pendant la bataille de la production.
07:04La mythologie productive que veut notamment diffuser le Parti communiste,
07:09le héros de la production, comme tous les types de héros, j'ai envie de dire,
07:13il est d'abord pensé comme étant un homme.
07:15Donc c'est pour ça que ces femmes, même présentes, on les voit finalement assez peu.
07:19Je me souviens parfaitement, à l'époque, quand ma mère achetait de la viande à la boucherie,
07:32c'était uniquement pour le père qui allait à la mine.
07:36Nous, les gosses, on mangeait les légumes.
07:39Il n'y avait pas d'argent pour acheter de la viande.
07:41Mon père se levait très tôt le matin, c'est lui qui allumait le feu.
07:48Alors le temps que ça réchauffe un peu dans la maison, là c'était pénible.
07:55Nous, on était à beaucoup, on était à 7 frères et sœurs.
07:59On avait des grosses familles.
08:00Imaginez, mon épouse, ils étaient à 12.
08:04Il n'y avait que le mineur qui travaillait.
08:07Donc c'est le salaire du mineur qui va pouvoir nourrir les enfants, les habiller, etc.
08:16C'est d'ailleurs pour ça qu'on avait nos poules, nos lapins, on faisait jardin.
08:21Ça, c'est une raison aussi.
08:23Et mon père, après son poste, il allait travailler chez les paysans.
08:29Oui, il allait travailler chez les paysans pour gagner un peu d'argent.
08:33Il ramenait des pommes de terre, des poulets, pour faire vivre la famille.
08:36Il fallait, on n'avait pas assez, il n'avait pas assez de son salaire.
08:50On va avoir des brigades de la production,
08:53une espèce d'importation en France du modèle stakhanoviste
08:57où il faut abattre chez les mineurs le plus de charbon possible
08:59mais ailleurs, battre des records de la production pour relever le pays.
09:02Ça s'opère au prix d'un épuisement de la manœuvre.
09:05Physiquement, les mineurs n'en peuvent plus.
09:12Le mot d'or, c'était du pain blanc.
09:15Du pain blanc.
09:16On rêvait de pain blanc.
09:19Il a encore fallu du temps avant qu'on puisse avoir du pain blanc.
09:21Quand vous avez sauvé la France, on vous l'a dit, vous avez sauvé la France.
09:30Vous avez été le premier ouvrier de France.
09:33Et puis après, on vous foule vos droits aux pieds.
09:37Un an après, vous n'êtes plus rien.
09:39Et de nouveau, vous voyez se profiler le retour à ce qu'on a vécu sous l'occupation.
09:46C'est ça qui a donné la force extraordinaire de la grève de 1948.
09:53Les mineurs n'avaient pas oublié le passé.
09:55La guerre froide arrédit les postures politiques.
09:59L'heure n'est plus à l'Union Nationale, mais au soupçon.
10:02Un an plus tôt, les communistes ont été exclus du gouvernement.
10:06Les socialistes de l'AIC-FIO et leur ministre de l'Intérieur, Jules Mocque,
10:09donnent des gages aux formations conservatrices.
10:12Dans les mines, les avantages acquis à la libération sont remis en cause.
10:16Et dans la nuit du 4 au 5, Jules Mocque fait occuper le bassin Lorrain par les CRS.
10:21La liberté, on ne savait plus ce que c'était.
10:24C'était interdit.
10:25Tout rassemblement de plus de 3 personnes était interdit dans les bassins miniers,
10:28comme sous l'occupation nazie.
10:32Et on a revécu l'occupation nazie.
10:35Ça me rend, c'était plus les uniformes allemands, c'était les uniformes français.
10:51Mais, vous savez, pendant la durée de la guerre, c'était Chicago chez nous.
11:00La police avec des mitraillettes, des soldats qui patrouillaient toute la nuit dans la cité.
11:06Chicago.
11:07À certains endroits, les vastes opérations de dégagement des puits
11:12se sont accompagnées de bagarres parfois violentes.
11:15Quatre jours après, le mineur Jean Sec est tué à Merlebach.
11:19Massacré Jean Sec à coup de crosse, CRS à coup de crosse.
11:23Assassiné à coup de crosse de physique.
11:25Et Chaptal à Hales a été tué par une rafale de mitrailleuses.
11:30Tiré d'un char d'assaut.
11:33Un char turène.
11:34Les chars contre les mineurs, c'était 1948.
11:40Toutes les armes rentrent en action.
11:42Les mitrailleuses crachent.
11:43Deux hommes meurent sous les balles.
11:53Le gouvernement a jeté bas l'édifice de contraintes et parfois de terreurs
11:58que le parti communiste dressait dans le pays.
12:01Moi, je répéterais toujours, je me moque, c'est un criminel.
12:03Il aurait dû être traité comme un criminel.
12:09Il a bouffé du communiste au matin à midi au soir.
12:17Et ça se dit rouge.
12:19Alors, 48, c'est la mise au pas de la classe ouvrière.
12:23C'est clair, c'est clair.
12:25C'est clair.
12:28En 45, on voit la classe ouvrière comme des héros qui ont résisté.
12:32En 47, 48, la manière dont on les présente, c'est massivement des agents de Moscou.
12:35Et donc, ça légitime la répression extrêmement brutale de ces mouvements.
12:42À ce moment-là, le parti socialiste va faire tirer sur la classe ouvrière.
12:45Il n'y a pas non plus des centaines de morts, mais quand même, le geste n'est pas anodin.
12:50On fait tirer sur la classe ouvrière.
12:51Il y a un affrontement de classe, parce que c'est ça dont il s'agit,
12:55un affrontement de classe extrêmement violent en 47, 48,
12:58et qui a légitimé cette ostracisation du monde.
13:02Oui.
13:02Je l'aimais.
13:15Oui, ben, il fallait que je le fasse.
13:17J'étais obligé, moi.
13:18Et je l'aimais au travail.
13:20Je l'aimais, réellement, je vais vous le dire.
13:25Je l'aimais, mais pas avec passion, je vais dire.
13:29Ah oui ?
13:29Oui.
13:30Non ?
13:31Fallait que j'y aille.
13:32Fallait que je fasse ma journée.
13:34Je ramenais mon salaire.
13:37Voilà.
13:37Mais non, je n'étais pas un passionné de la mine.
13:40Non.
13:44Moi, c'est numéro 50.
13:4950.
13:55À la corte, là, ouais.
13:59Ah oui.
13:59Et là, c'est quand on descendait, j'avais des...
14:15Pfioum !
14:16Parti au fond.
14:17À la corte, ils avaient mes oreilles bouchées.
14:20J'ai eu les jambes.
14:21Mes oreilles, ils pétaient.
14:23Ils ont débouché mes oreilles.
14:24Alors, soit qu'ils buvaient sa pistoule, toujours, en redescendre, et en montant.
14:39Ils buvaient quoi ?
14:41Une pistoule.
14:42C'est quoi, une pistoule ?
14:43Du café, ils la coûtent.
14:47Ah oui.
14:47Ah, j'ai l'impression qu'elle s'appelait de bistoule, après.
14:51Ils les s'ennaient.
14:51Il fallait qu'ils buvaient leur bistoule.
14:57Une petite topette, là, qu'on appelait ça.
14:59Une quoi ?
15:00Une topette.
15:01C'était une petite bouteille de 25 centilitres.
15:04Une petite bouteille de rhum, là, qu'il y a.
15:06On mettait un peu de calvatte dedans, avec du café.
15:09On appelait ça une topette.
15:11Donc, ça, aussi, ça nous est arrivé.
15:13Ça m'est arrivé d'en amener.
15:15Je ne vais pas le cacher.
15:17C'est vrai.
15:17On en buvait.
15:18On était tous les deux, avec le copain.
15:21Vous savez, c'est pour ça qu'on avait attrapé la suée.
15:25Il ne fallait pas en prendre de trop, non plus,
15:27parce que vous auriez encore sué davantage.
15:29Alors, il ne fallait pas.
15:30Ah, le premier jour.
15:45Le premier jour, on ne peut pas l'oublier.
15:48Ce n'est pas possible.
15:52Imaginez, vous avez...
15:54J'ai 14 ans et puis quelques mois.
15:57Mais quand je suis arrivé à la mine,
15:58il a fallu que je rentre dans la salle de bain
16:00et puis que tout le monde se déshabillait.
16:04Imaginez, la première fois, vous, vous arrivez.
16:07Il faut se déshabiller devant tout le monde.
16:09L'horreur.
16:11J'ai mis 7 minutes pour me changer.
16:12Je n'ai jamais été aussi vite.
16:15Tellement que j'avais peur.
16:16Je suis sorti de la salle de bain,
16:17j'étais rouge comme une pivoine.
16:21On arrive là et puis on voit les conditions.
16:24Puis après, on se dit...
16:26Je crois que j'ai fait une bêtise.
16:28Alors, on repense à ce que le père, il disait.
16:30Tira pas la mine, c'est dangereux.
16:32Mais quand les matropiqueurs, ils sont mis en route.
16:34Mais j'ai fait un de ces mots.
16:35Je dis, c'est quoi ça ?
16:36Je dis, c'est pas possible.
16:37Puis ils travaillaient là-dedans.
16:39Et quand le charbon, il tombe dans la berline,
16:40la poussière...
16:41J'ai 8 heures là-dedans.
16:46Je dis, c'est pas possible.
16:47Je dis, comment ils font ?
16:49Parce qu'on se pose des questions.
16:50Mais comment ils font ?
16:51On a toujours dit, bon, c'était un travail dur,
17:01c'était un travail pénible, mineur.
17:04Tout ça, on a toujours dit ça.
17:05C'était des armoires, fallait être costaud.
17:08Bon.
17:10Moi, je suis sûr que...
17:12Il y a certaines personnes qui ont travaillé
17:15dans des usines ou quoi,
17:19sous les tôles, en plein soleil,
17:21et tout.
17:22Peut-être qu'on a eu autant de misère
17:24que quelqu'un qui a travaillé à la mine.
17:27Moi, je pense.
17:28Parce que, nous, honnêtement,
17:32on était...
17:34C'est vrai, il y a des moments,
17:36c'était pénible,
17:36il fallait faire attention,
17:38c'était...
17:39Hein, et puis...
17:40Mais, on n'était pas malheureux.
17:42Moi, j'ai trouvé que j'ai jamais...
17:45Non, je me suis jamais plaint.
17:54Que ce soit dans les mines,
17:55les usines, le bâtiment,
17:58il y a des évidences pour l'ouvrier de cette période.
18:01Un ordre est établi.
18:03Et pour ses enfants,
18:04la voie est toute tracée.
18:09Dans ma famille,
18:11il fallait aller bosser.
18:13Hein ?
18:15Dès qu'on avait fini sa scolarité,
18:17eh bien, c'était...
18:18Boulot !
18:20Moi, je me suis retrouvé à la porte de l'école
18:22avec mon salle d'éducation d'études primaires
18:25à 11 ans et demi, c'est tout.
18:26Point.
18:26Il m'avait toujours dit,
18:28à 14 ans, tu iras travailler,
18:29parce que nous, on ne peut pas
18:30se permettre de te faire faire des études.
18:34On n'a pas les moyens.
18:36Il n'y avait pas de cours d'enseignement supérieur.
18:39Après, j'ai vu qu'à l'études,
18:40c'était fini, de toute façon,
18:41à l'époque, pour les enfants,
18:43les quartiers populaires.
18:44Et encore, moi, je me suis toujours débrouillée pour ça,
18:46parce que j'ai mes frères,
18:47je suis sûre qu'ils ne savaient pas...
18:48C'est pour ça que je disais à ma maman,
18:51lire et écrire.
18:53Je suis sûre que mes frères,
18:54ils ne savent pas bien écrire ni lire.
18:56Tandis que moi, j'ai eu de la misère, mais...
19:00Ça se faisait naturellement,
19:01on allait bosser.
19:02Après le certificat d'études,
19:04poum,
19:05on allait bosser.
19:06Non, non, il ne fallait pas le compter et les sous.
19:10C'est que mes parents n'avaient pas d'argent
19:12pour me pousser aux écoles
19:14et puis ça ne m'intéressait pas.
19:16Alors, en sortant d'école,
19:17je m'envoyais directement travailler à la culture
19:20pour gagner de l'argent.
19:25Mais bon...
19:27On ne pensait pas...
19:29On devait travailler, quoi, en fait.
19:30Après, je n'avais pas non plus...
19:33Quand j'ai arrêté à 14 ans,
19:35bon, je n'avais pas la tête
19:37à être, par exemple, secrétaire.
19:40Je n'avais pas la tête à ça.
19:41Déjà, pour apprendre, encore aujourd'hui,
19:42j'ai eu de la misère.
19:58La norme s'offre pour la toute petite minorité
20:01qui va au lycée,
20:01mais ce n'est pas plus que quelques pourcents
20:03d'une classe d'âge.
20:04La norme est de quitter l'école à 14 ans.
20:07Enfin, à 13 ans, avec les lois de Jules Ferry,
20:09à 14 ans, à partir du Front populaire.
20:11Donc, on est dans un passage
20:13qui vécu, d'ailleurs, comme parfaitement évident.
20:15Toutes les usines sidérurgiques avaient un centre d'apprentissage.
20:24Donc là, la première année,
20:25ce que vous faisiez,
20:26vous faisiez tous les métiers.
20:28Pendant un an.
20:29Alors, j'ai appris le menuisier,
20:30le forgeron, le maçon,
20:32un peu tous les métiers
20:33qu'on avait besoin en sidérurgie.
20:36Et l'apprentissage,
20:37trois ans.
20:38Mais la première année,
20:40c'est un calvaire
20:40pour un gamin.
20:43C'est un calvaire.
20:44Ils ont mis des dents
21:00sur toute la longueur.
21:03Autant utiliser toute la longueur de la lame.
21:07Voilà, retourne là, maintenant, la flèche.
21:10Vraiment, le pas à la libre.
21:11C'était donc pas une vocation.
21:15Je me demandais réellement ce que je foutais là.
21:18On avait vraiment demandé à choisir
21:19« Veux-tu apprendre le métier de menuisier ou d'ajusteur ? »
21:26Eh bien, j'ai choisi ajusteur,
21:28ça me semblait plus...
21:30avoir plus classe.
21:41On ne m'envoyait pas de CV, là, à l'époque.
21:45On ne savait pas ce que c'était.
21:46Non, c'était verbal, quoi.
21:48Oui, mais ils disaient
21:49« Je peux vous embaucher,
21:50vous venez tel jour. »
21:51Début septembre,
21:52je recevais un courrier
21:54comme quoi j'avais un poste.
21:57Mais à l'époque,
21:57on rentrait comme ça.
21:58C'est vrai ?
21:59Ah oui ?
22:00Ils embauchaient des gens
22:01sans savoir ce qu'ils étaient capables de faire,
22:04sans même les mettre à l'essai,
22:08les embaucher,
22:09disons, sur papier, quoi, comme ça.
22:12C'est ça, c'est le besoin
22:12d'avoir de travailler.
22:14On n'avait pas d'argent,
22:15donc il fallait bien qu'on se fasse.
22:18Et puis bon,
22:19c'était là, c'était bien.
22:20Si on était ailleurs,
22:20je me serais faite aussi.
22:21Et puis contentes d'aller travailler.
22:25En plus, on travaillait,
22:26on faisait quelque chose.
22:28Et puis on avait un tout petit peu de sous
22:29à la fin.
22:30C'était génial.
22:31Bon, après,
22:32après, au bout de 42 ans,
22:33c'est plus la même chose.
22:47Je n'ai jamais connu un jour
22:48de chômage dans ma vie.
22:50Ce n'est pas croyable, ça.
22:51Aujourd'hui, ce n'est pas croyable.
22:54Les gens rentraient,
22:55ça ne leur plaisait pas,
22:56ils repartaient.
22:56Le lendemain,
22:57ça en était d'autres qui arrivaient.
22:58J'ai quitté les entreprises de samedi
22:59pour commencer ailleurs le nimbis.
23:03Alors actuel,
23:04le marché de l'emploi
23:05est tellement dramatique
23:06que personne n'ose même plus dire
23:08« je me casse ».
23:09Moi, j'ai connu des périodes
23:10à l'usine
23:10où les mecs,
23:11Renaud nous proposait,
23:13à l'époque,
23:14c'était 200 balles de plus
23:15qu'à Souchaud.
23:16Donc les mecs partaient chez Renaud.
23:17J'ai sué resté au chômage
23:18cinq jours,
23:19ouvrable.
23:20Pendant ces cinq jours,
23:22j'ai passé mes tests
23:22chez Legrand
23:23et j'ai embauché,
23:25j'ai fini le samedi soir
23:26et j'ai embauché le mardi après.
23:27Mais j'ai connu aussi
23:28les périodes
23:29où il y avait des Suisses
23:30qui venaient travailler
23:30à Souchaud
23:31parce que ça gagnait
23:32plus qu'en Suisse.
23:32Alors que maintenant,
23:33en Suisse,
23:33on triple le salaire.
23:34Donc on voit
23:36qu'en 40 ans,
23:36ça bouge.
23:37Marseille,
23:41La Joliette,
23:43débarquement d'immigrants
23:43algériens.
23:45L'immigration
23:46et l'industrialisation
23:47en France
23:48sont deux processus
23:50intimement liés.
23:51La France a ce point commun
23:52avec les États-Unis
23:53d'avoir formé
23:54son monde ouvrier
23:55par l'immigration.
23:57En Algérie,
24:00il y avait des centres
24:01de recrutement
24:02pour de la main d'oeuvre
24:02en la France.
24:03Donc des recruteurs français
24:04qui venaient là-bas
24:05et qui,
24:08pour une espèce
24:08de concours
24:09rassemblement de gens,
24:10plutôt pas un concours
24:11qui rassemblaient les gens
24:12et donc ils les testaient
24:13pour voir
24:13s'il y a une bonne condition physique.
24:15Et à l'époque,
24:16les grands patrons
24:16de l'industrie scénérgique
24:17cherchaient de la main d'oeuvre
24:19un peu partout,
24:20notamment dans le bassin méditerranéen.
24:22Et c'est comme ça
24:22que mon père s'est retrouvé
24:23à travailler ici en Lorraine
24:25au début des années 60.
24:26Depuis Grenade,
24:28je crois que le voyage
24:29a dû durer trois jours,
24:31quelque chose comme ça.
24:32Et puis il s'est retrouvé
24:33à Lorraine
24:34embauché dans la scénérgie.
24:3599% ne savaient pas lire.
24:38On n'embauchait pas
24:39des intellectuels,
24:40on va dire.
24:41Donc on embauchait des gens
24:42pour travailler
24:43dans le révisif.
24:45Il fallait des bras.
24:46Il fallait des bras
24:46parce que l'époque
24:47de la scénérgie
24:48des années 60,
24:49c'était beaucoup
24:50du travail de force.
24:52Les Algériens,
24:52les Maroccas,
24:53les Tunisiens.
24:54Les Tunisiens,
24:55un peu moins,
24:55plus les Algériens,
24:57de toute façon.
24:57C'était un bidonville,
25:11mais d'usine.
25:16C'était des hommes seuls,
25:17ils vivaient à l'heureux,
25:18putain,
25:18ils vivaient dans les
25:19barraquements.
25:21Ah oui,
25:21ils avaient des
25:22barraques en bois.
25:23Ils vivaient un peu
25:24à l'écart.
25:26Il fallait pas y aller
25:26parce que t'allais
25:27te faire couper la gorge.
25:29Ils ont été vraiment
25:30mal accueillis,
25:31mal regardés.
25:32Et ce qui m'avait quand même
25:38surpris,
25:39c'est qu'en gros,
25:39il y avait deux fils.
25:41Les jeunes immigrés
25:41d'un côté,
25:42pour aller en production,
25:43eux vont être OS
25:44et vont y rester
25:45toute leur vie,
25:46pratiquement,
25:47sauf quelques exceptions.
25:48Et puis les jeunes
25:49français comme moi,
25:51on était dit,
25:52je crois qu'ils nous disaient,
25:53à potentiel.
25:55C'est-à-dire qu'on avait
25:56la possibilité d'accéder
25:57à des formations professionnelles.
25:59Pourquoi, à votre avis,
25:59il y a tant d'immigrés pour
26:00améliorer ?
26:00Je viens de vous dire
26:01à l'instant,
26:02pas parce que les français
26:03ne veulent pas faire
26:03le travail qu'ils font.
26:05Pourquoi ?
26:06Pas parce que,
26:06vous savez,
26:07c'est un travail vraiment
26:08qui est très sale
26:08et moins payé.
26:10Si je ne me trompe pas,
26:11il y avait 17 nationalités
26:13à la mine.
26:1417 nationalités.
26:17Yougoslaves,
26:18Marocains,
26:19Algériens,
26:20il y avait 17 nationalités.
26:22Et ça s'est toujours
26:24bien passé.
26:26Musulmans,
26:27Polonais,
26:29Italiens,
26:30on s'en foutait.
26:32Ils avaient besoin
26:32de main-d'oeuvre,
26:33comme vous dites.
26:35Donc tout le monde venait,
26:36tout le monde avait son salaire,
26:37tout le monde était content.
26:38Je pense que c'est ça.
26:41Ça,
26:42le travail,
26:42c'est bien quand même.
26:44C'est ça qui manque maintenant.
26:45On a été des copains
26:46de travail.
26:47Bon, c'est vrai
26:48qu'une fois sorti de l'usine,
26:50on ne se fréquentait plus.
26:50Mais à Panazol,
26:51il y avait des Arabes,
26:52ils étaient bien.
26:55Ils étaient même
26:55plaisantés avec eux.
26:58Attention,
26:58au départ,
26:59on se venait qu'un gros.
27:00Voilà,
27:01parce que nous,
27:02on n'était pas racistes,
27:02mais il y a eu du sang.
27:03Il y a des gens
27:04qui ne font même pas
27:05la relation
27:05entre ce qu'ils disent,
27:07les propos qu'ils tiennent
27:08et le collègue
27:09de travail qui est à côté
27:10qui est immigré.
27:11Puis tout d'un coup,
27:11il se rend compte
27:12qu'il est en train de parler
27:13à côté d'un immigré
27:16qui dit
27:16« Pour toi,
27:17ce n'est pas la même chose.
27:18Toi, je te connais. »
27:19Vous voyez,
27:20c'est...
27:20c'est vraiment
27:21l'argument propre du raciste.
27:23C'est « J'aime pas les Arabes. »
27:25« Oh, mais toi,
27:25c'est pas pareil,
27:26je te connais. »
27:27Ah, ça,
27:28je suis au revoir
27:28quand on me dit ça.
27:29C'est pas pour toi,
27:30mais c'est pour les autres.
27:32Ah, ça, c'est...
27:33Putain.
27:35J'ai même travaillé
27:36avec un Marocain
27:37qui est parti en retraite
27:38bien avant moi.
27:41Vous auriez vu
27:42comment il écrivait français.
27:45Une de ces belles écritures
27:46que même moi,
27:47je n'ai pas.
27:48Ah oui.
27:49Et...
27:50Non, non.
27:53Il y en a qui sont...
27:54qui sont très bien.
27:56En fait,
27:58je vais vous expliquer une chose,
27:59c'est que
28:00les gens acceptent
28:01de travailler avec vous
28:02tant que vous leur donnez pas d'ordre.
28:05je ne sais pas
28:08quand c'est...
28:09quand c'est Jean-Pierre
28:11qui est en face de moi.
28:12Donc,
28:12on travaille ensemble,
28:13on est potes,
28:13on est copains,
28:14tout ce que tu veux,
28:15machin, machin.
28:16Mais il n'acceptera jamais
28:17que je donne des ordres.
28:18Que je sois irresponsable,
28:19un truc comme ça.
28:20Ça,
28:20ça va plus le gêner.
28:23C'était le cas
28:23de ma génération,
28:24en tout cas.
28:25Peut-être que ça va mieux
28:26maintenant,
28:26je l'espère,
28:27dans les chantiers.
28:29Mais sinon,
28:29c'est mort.
28:31Cette immigration,
28:35à partir des années 60-70,
28:37devient,
28:38sans que ça soit exclusif,
28:40il faut le répéter,
28:41une immigration post-coloniale.
28:43On signe des accords
28:44avec le gouvernement marocain
28:45pour faire venir des migrants.
28:48Bon,
28:48il faut voir que pour les Algériens,
28:49par ailleurs,
28:50ça relève aussi
28:51de la situation très singulière.
28:53Ça a été facile
28:54de faire venir
28:55des migrants algériens,
28:56tout simplement aussi,
28:57parce que jusqu'en 1962,
28:59ils sont français.
29:00ils sont considérés
29:01comme des sujets français.
29:03Dans une France
29:04pour laquelle la décolonisation
29:06n'a pas été facile,
29:07c'est une litote.
29:09Il y a une importation,
29:10si j'ose dire,
29:11du racisme colonial
29:12qui va beaucoup peser,
29:13aussi,
29:14sur ce monde ouvrier.
29:26Au début,
29:27je n'ai pas aimé
29:27parce que je ne connaissais pas
29:28le monde de l'usine,
29:30donc je m'en faisais
29:30toute un...
29:31L'usine,
29:32c'était pire que la prison
29:34ou j'en sais rien.
29:35C'était vraiment un truc...
29:37Dans la famille,
29:38on est fonctionnaire
29:39ou militaire
29:40ou agriculteur,
29:42mais le monde de l'usine,
29:43c'était un monde
29:44où c'était vraiment le bagne.
29:46Enfin, je ne sais pas,
29:46c'était vraiment le...
29:47Moi, je m'en faisais
29:48une idée comme ça.
29:49Et on arrive
29:50dans une cave,
29:52ni plus ni moins.
29:53C'était une cave,
29:54c'était sombre.
29:55et puis ce bruit.
29:58Il y avait un bruit
29:59assourdissant
30:00qui venait de tous les côtés.
30:02Moi, je me suis dit,
30:03qu'est-ce que c'est ?
30:03Qu'est-ce que c'est tout ce bruit ?
30:05Je me suis dit,
30:05ça doit être les machines.
30:06Arrivée à l'atelier,
30:09on ouvre la porte
30:11et là, je vois
30:12des machines alignées
30:14à perte de vue,
30:16des néons dans tous les coins,
30:18au plafond,
30:19ça n'a pas de lumière de jour.
30:23Et là, franchement,
30:24j'ai fait un pas en arrière.
30:27Je me suis dit,
30:28mon Dieu,
30:29je quitte mes livres
30:30pour affronter ces machines.
30:32J'ai peur.
30:33J'avais peur.
30:35Puis contre-mettre,
30:35je me souviendrai toujours,
30:36il y a 45 ans,
30:37puis il m'a dit,
30:38il ne faut pas avoir peur.
30:39Et moi, c'était impressionnant
30:40quand même,
30:40il pourrait vivre mes jours.
30:42Ah ouais, c'était impressionnant.
30:43Là, j'ai eu un casque
30:44qui était beaucoup plus grand
30:45pour moi,
30:46des grandes mouches comme ça.
30:48Il m'a mis au rouleau,
30:48je le fourneau.
30:49C'était sombre, noir, lugubre.
30:52C'était au mois d'octobre.
30:52Le matin à 6h,
30:53il fait encore nuit.
30:54Où c'est qu'il va, là ?
30:56Mais stupéfait, stupéfait.
31:01Une presse de 9000 tonnes.
31:04Je ne sais pas si vous imaginez,
31:05des tubes qui sortent du fond,
31:07qui sont en rouge incandescent,
31:10qu'on va passer sous la forge
31:11parce qu'ils sont déformés,
31:13il faut les redresser,
31:14ou un arbre-ville-brequin.
31:16Voilà.
31:17Alors, ouh !
31:20On ne voit pas le gigantisme,
31:21on voit seulement,
31:22en fait, il y a un tel,
31:22un tel, un tel.
31:23Donc, si vous voulez,
31:24on est content d'être tous
31:25dans la même misère.
31:26On est tous ensemble
31:27dans le même bain,
31:28dans le même bateau.
31:29Donc, ça fait plaisir
31:30que tout le monde a raté
31:31ses études.
31:32Je ne suis pas seul.
31:33Je trouvais que la grande usine
31:49me faisait peur,
31:50on était 43 000 là-dedans.
31:51Ça fout la trouille,
31:53quand tu as 17 ans.
31:5443 000, de la merde.
31:57C'est énorme, quoi.
31:58La ville de Sechoua
31:58avait 3 000 habitants.
32:00Et on était 43 000
32:01à bosser là-dedans.
32:02C'était, voilà,
32:03c'est gigantesque.
32:05Et on se paumait dans l'usine.
32:07J'étais avec des copains.
32:08On se paumait en sortant
32:09parce qu'on arrivait
32:09vers les presses,
32:10à l'emboutissage,
32:11qui n'étaient pas capotées à l'époque,
32:12qui n'étaient pas sonorisées.
32:14Et tu avais du 130,
32:15120 décibels.
32:16C'était impressionné
32:18de voir la dextérité
32:19que les mecs
32:20empoignaient les tôles
32:21pour les balancer
32:21d'un côté à l'autre
32:22après la presse.
32:24On voyait ça plutôt
32:25d'un œil poète.
32:29Oui, c'est vrai.
32:29Et en même temps,
32:34cette violence,
32:35cette chaleur,
32:36ce sable,
32:37cette poussière,
32:39les mecs noirs,
32:41les casques,
32:43les trucs,
32:43les bennes de fonte
32:44qui te passent au-dessus.
32:46Putain,
32:47je suis ressorti de là-dedans,
32:48j'étais traumatisé.
32:50J'ai pris un bon de sortie,
32:51je suis allé voir un coup.
32:52Putain.
32:52Moi,
32:59mon premier jour de travail,
33:00ma grande fierté,
33:01ça a été de ramener
33:02ma paie à la maison.
33:03Ça a donné ma paie
33:04à ma mère,
33:05vous savez.
33:06Moi,
33:06je vivais encore
33:07chez mes parents,
33:07donc j'apportais...
33:09Ma mère me donnait
33:09un peu d'argent de poche,
33:11mais quand on avait
33:12un salaire,
33:13c'était pas énorme.
33:15Mais on l'amenait
33:15dans la famille.
33:17C'est comme ça
33:17que ça se passe,
33:18normalement.
33:19Mon salaire,
33:19allait chez mes parents.
33:21Et mes parents
33:22me donnaient l'argent de poche.
33:22Fallait financer.
33:26On trouvait ça logique,
33:27on trouvait ça normal.
33:28Je ne lui gardais
33:29même rien du tout,
33:30non.
33:30Elle me donnait
33:31un peu mon dimanche
33:32et puis quand j'avais besoin
33:32de l'argent,
33:33je lui demandais.
33:34Mais je ne faisais pas
33:36une blusse,
33:36comme on dit,
33:37je ne mettais pas
33:37de l'argent dans ma poche.
33:39L'enveloppe,
33:40je lui donnais.
33:43Entrer dans le monde
33:44du travail,
33:45c'est bien sûr
33:45profiter d'un premier salaire.
33:48C'est aussi,
33:49surtout pour cette génération,
33:51découvrir un monde
33:52de valeurs.
33:54Je me souviens très bien
33:55qu'en arrivant,
33:57j'étais sur une enrubaneuse,
33:58donc à faire
33:59les circuits électriques
34:00et j'avais du mal
34:02à faire le nombre.
34:05Parce qu'il faut
34:05plusieurs jours,
34:06parfois quelques semaines
34:07pour arriver à atteindre
34:08le niveau de production
34:10en quantité.
34:11et il y avait des femmes
34:13plus âgées que moi
34:15qui venaient me voir
34:16et puis leurs femmes
34:17me demandaient
34:18qu'on y t'en manque
34:18combien,
34:19elles regardaient
34:20et puis elles m'en ramenaient
34:21parce qu'elles en avaient
34:22d'avance.
34:23Et là,
34:23vous tombez sur des anciens
34:25qui,
34:25voilà,
34:27déjà ils sont contents
34:27parce qu'il y a des jeunes
34:28qui arrivent,
34:29ils peuvent,
34:29ils peuvent,
34:30et puis ils mettent
34:31tout leur cœur
34:33à vous apprendre le métier.
34:34et surtout avoir
34:35cette notion
34:36de la responsabilité
34:37de chacun d'entre nous.
34:40C'est la qualité du produit.
34:43N'oublie pas,
34:44gamin,
34:44parce qu'avec ça,
34:47on va faire des voitures,
34:48peut-être que demain
34:49ton père va acheter
34:50une voiture
34:50et s'il y a un défaut,
34:52il ne sera pas content.
34:53Donc s'il y a un défaut,
34:54ça sera de notre faute.
34:55Donc l'importance
34:56de la qualité du produit.
34:57Dans cette vie d'usine,
34:58même si on croit
34:59que c'est compliqué,
35:00oui c'est compliqué,
35:01c'est dur,
35:02mais en même temps
35:03il se forge
35:03des amitiés,
35:05des caramarderies,
35:05des trucs,
35:06des soutiens
35:07très différents.
35:10Ou ça,
35:11c'est irremplaçable.
35:12Il y a de la solidarité,
35:13toujours.
35:15Que ce soit en production
35:16ou dans les ateliers
35:17de professionnels,
35:19c'est pareil,
35:19il y a une forme d'entraide
35:20parce qu'on ne peut pas
35:21travailler tout seul.
35:22On avait de l'entraide
35:23à ce moment-là.
35:24On avait de l'entraide.
35:25Toi, tu ne peux pas y arriver,
35:27moi je vais t'aider.
35:28On avait de l'entraide.
35:30C'était familial.
35:30Et en plus de ma pause,
35:34si je n'étais pas bien
35:35que je commençais à pleurer
35:36ou n'importe,
35:37la copine a dit
35:37bon ben je te remplace,
35:39va vite te débarbouiller
35:39un petit peu,
35:40te mettre un peu d'eau
35:41sur la figure
35:41parce que j'avais pleuré
35:42ou n'importe.
35:43Et après tu reviens
35:44et puis c'est bon.
35:45Et pendant ce temps-là,
35:46elle travaillait pour moi,
35:47quoi, entre guillemets.
35:48Dans les villes et villages
35:55de France,
35:57la présence patronale
35:58est partout.
35:59A tel point que depuis
36:00la fin du 19e siècle,
36:01on parle de paternalisme.
36:04L'entreprise régit le travail,
36:05bien sûr,
36:06mais aussi les loisirs
36:07et la consommation
36:08de ses ouvriers
36:09et de leur famille.
36:14Tout appartenait aux Vindel,
36:16quoi.
36:16Il y avait l'usine,
36:17mais l'église,
36:18y compris à partenaire
36:19de Vindel,
36:19le boulanger,
36:20enfin,
36:21c'était une économie circulaire.
36:23Il n'y a rien
36:24qui sortait d'ici, quoi.
36:26On faisait tout Peugeot.
36:27On logeait Peugeot,
36:28on mangeait Peugeot,
36:29je ne vais pas vous dire
36:30on chiait Peugeot,
36:30mais pas loin, quoi.
36:31Tout était...
36:32L'argent était en c'est vicieux.
36:34Peugeot donnait un salaire
36:35à nos papas,
36:36ils reprenaient ce salaire
36:37d'un autre côté.
36:38On était bien colonisés Peugeot,
36:40quoi, à l'époque,
36:41tu mangeais Peugeot.
36:42Les logements Peugeot,
36:44le cercueil Peugeot.
36:51Jean Prouvot,
36:52il venait toutes les semaines
36:53à la lénière.
36:56Avec son chien à des mères.
36:58Monsieur Wattin,
36:59c'était...
37:00Il venait dans la salle
37:01en long,
37:02en costume,
37:03et long en costume,
37:04je le vois encore arriver
37:05dans la salle,
37:06puis qu'il venait voir...
37:08Parce que des fois,
37:09il venait à l'improviste.
37:10Il circulait dans les couloirs,
37:11et il allait voir les ouvriers,
37:12il leur disait...
37:13Ça va, mon ami ?
37:14Vous devez être content
37:15de travailler dans une usine
37:16telle que la lénière de Roubaix ?
37:18Ah oui, monsieur Jean.
37:20Ah oui, monsieur Jean.
37:21Monsieur Jean,
37:22ne pensez pas que
37:23j'aurais un petit peu...
37:25quelques centimes en plus,
37:26ça ne serait pas plus mal ?
37:27Et mon ami disait...
37:29C'est vrai, hein ?
37:30Mon ami disait...
37:31Je vais vous le dire à toi.
37:32Vous voyez celui-là ?
37:34Oui, oui.
37:35Eh bien, il gagne moins que vous.
37:37Ah ben, merci, monsieur Jean.
37:41Et le gars, il était content comme tout.
37:43Ah oui, il y avait la crèche
37:45et heureusement qu'il y avait tout ça.
37:47Parce que les mamans qui devaient travailler
37:49et les enfants, comment on faisait ?
37:52Et c'était bien.
37:53C'était bien pensé.
37:55Et merci, monsieur Prouvot,
37:56parce que...
37:58On doit lui rendre ça.
38:00Il a fait beaucoup
38:01pour les ouvriers quand même.
38:03Bon, bien sûr,
38:04on n'avait pas des gros salaires,
38:05ça, c'est sûr.
38:06Mais il y avait tellement de monde
38:08dans cette entreprise.
38:14Le paternalisme.
38:16Dans le vrai sens du mot.
38:19Donc, si vous aviez des difficultés,
38:21des problèmes,
38:21il y avait un service social,
38:23s'il y avait la moindre embrouille,
38:24c'était...
38:25Il n'y a pas de souci.
38:26Il y avait une contrepartie,
38:27de toute façon.
38:28Il y avait toujours une contrepartie.
38:29Les bas salaires,
38:31ça reste à ta place.
38:34Pourquoi on prônait les enfants,
38:36les ouvriers ?
38:36Ce n'était pas seulement
38:37pour faire plaisir à l'ouvrier.
38:38Déjà, on lui faisait plaisir.
38:39Pour quelque part,
38:40on le tenait.
38:42Et en même temps,
38:42si ça n'allait pas avec le fils,
38:44on allait voir le père.
38:45Il y a ton fils,
38:46voilà.
38:47Il discutait avec des gens
38:48qui se sont habillés en rouge le soir.
38:49Mais vis-toi.
38:51On n'aime pas le voir comme ça.
38:52Toi, tu es quelqu'un...
38:53Il y a toujours ce pouvoir,
38:54cette main mise sur le personnel.
38:55Oui, bien sûr.
38:56Le club olympique Roubaix-Torcoin
38:58était chaperonné,
38:59était subventionné
39:01par l'éprouveau,
39:03la firme,
39:03la lignière de Roubaix.
39:05Si bien que
39:07lorsqu'on était
39:08licencié au corte,
39:10les jeunes,
39:11on montrait très facilement
39:12la lignière.
39:13Moi qui joue au rugby,
39:15si on joue au rugby,
39:16par exemple,
39:16alors là,
39:17on était le seigneur.
39:19Ah bon ?
39:20Oui, oui,
39:21parce que
39:21les rugbymen
39:23étaient bien vus,
39:24mais toujours
39:24dans l'esprit paternaliste,
39:26parce que
39:26une grande équipe
39:28au colso,
39:28ça jouait,
39:29ça gagnait,
39:30donc il n'y avait
39:31pas de grève la semaine.
39:32Si bien que
39:32le secrétaire du club
39:33a téléphoné à mon directeur
39:35en lui disant
39:36qu'il y avait besoin
39:36de moi sur les terrains.
39:38Mon directeur m'a appelé
39:39et il m'a dit
39:40« Francis,
39:40tu iras jouer au football
39:41le dimanche matin
39:42et tu seras payé. »
39:45Donc on avait 60 mètres carrés
40:05et on a vécu à 14
40:08dans 60 mètres carrés.
40:11Les toilettes
40:11au fond du jardin
40:12et la pompe
40:14ou le puits
40:14pour avoir de l'eau.
40:16Un seul robinet
40:17d'eau froide.
40:19La plupart des appartements
40:20dans Saint-Etienne,
40:20il n'y avait pas
40:21de salle de brin.
40:22Il y avait l'évier.
40:23On prenait un immeuble
40:24à Saint-Etienne
40:24dans le centre-ville.
40:26Les bourgeois habitent
40:27au second
40:27et nous,
40:28on se chauffe
40:29au charbon
40:30sous les toits.
40:31Ce n'est pas une image
40:32de Zola.
40:32C'était comme ça
40:33quand on était môme.
40:34Il n'y avait pas de douche,
40:36non.
40:36Non, non.
40:37On se lavait
40:37par petits morceaux.
40:40Le samedi,
40:41ma mère faisait bouillir
40:42une gratte
40:43les civeuses d'eau
40:44et puis,
40:45chacun son tour,
40:46on passait
40:46dans la lesciveuse
40:47dans la même eau.
40:53Oui,
40:54c'était vraiment
40:56archaïque.
40:58Puisque vous partez
41:00en voyage
41:01la grande période
41:09du formica.
41:11Mais c'était
41:11un bon produit.
41:15C'était solide.
41:16Quand on avait
41:17du formica,
41:17c'était bien
41:18le formica.
41:18C'était beau.
41:19C'était costaud
41:20le formica.
41:21C'était la grande mode
41:21du formica.
41:22la table,
41:24le buffet.
41:26Un formica.
41:27Ah oui ?
41:28Oui,
41:28un formica.
41:30Du reste,
41:30le buffet,
41:30on l'a encore.
41:31J'avais acheté
41:32un buffet magnifique,
41:33un buffet de cuisine magnifique.
41:35D'où il y avait
41:35la minuterie,
41:36dedans il y avait
41:36les prises de couronne.
41:37Ah oui,
41:37c'était un grand buffet
41:38qu'il y avait.
41:39Il y avait six portes,
41:40le buffet.
41:40C'était à la mode
41:42à ce moment-là.
41:43Je vous jure
41:43que vous trouviez
41:44pas grand-chose
41:45autre que le formica.
41:47Et maintenant,
41:48ça revient.
41:49C'est le vintage,
41:50ce qu'ils disent.
41:51C'est formidable.
41:55Mon Dieu,
41:56quel bonheur,
41:56mon Dieu,
41:57quel bonheur
41:57d'avoir des panneaux
41:58formidables.
41:59Mon Dieu,
41:59quel bonheur,
42:00mon Dieu,
42:00quel bonheur
42:01d'avoir des panneaux
42:02formicaux.
42:03C'est formidable.
42:05Pour ceux qui l'ont vécu,
42:07c'est vraiment
42:09quelque chose d'important.
42:10quelque chose
42:10qu'en revanche,
42:11les partis de gauche
42:12peinent beaucoup
42:15à admettre
42:18et peinent beaucoup
42:18à gérer.
42:19La grande question
42:20qui se pose,
42:20enfin qui se pose
42:21au Parti communiste
42:22mais qui se pose
42:22à toutes les parties
42:23de la gauche,
42:24c'est est-ce que
42:25cet ouvrier consommateur,
42:27cet ouvrier qui bénéficie
42:29du confort,
42:30restera militant ?
42:33Et la grande...
42:35C'est pour ça
42:35que la gauche
42:36a tant de mal
42:37avec la consommation
42:38de masse
42:38et avec la culture
42:39de masse.
42:39L'idée est que ça va
42:41détruire l'identité
42:42ouvrière
42:42et l'identité militante.
42:46Ces années 50
42:47ne sont pas uniquement
42:48celles du début
42:48des 30 glorieuses.
42:50S'annonce en effet
42:50un bouleversement
42:51qui va marquer
42:52durablement
42:52la classe ouvrière.
42:54La signature
42:54en avril 1951
42:56du plan Schumann
42:57marque le début
42:58de la communauté européenne
42:59du charbon
42:59et de l'acier,
43:01la CECA.
43:01La construction européenne
43:07pour une fraction
43:07du monde ouvrier
43:08s'est d'abord
43:09immédiatement
43:10associée
43:11à la désindustrialisation.
43:12voici l'Europe
43:13telle qu'elle apparaissait
43:14encore hier.
43:15Derrière les frontières
43:16nationales,
43:17les industries du charbon
43:18et de l'acier
43:18s'opposaient.
43:19Les barrières douanières
43:20interdisaient une plus étroite coopération.
43:23Aujourd'hui,
43:23les frontières s'effacent
43:24par la vertu du plan Schumann.
43:26La volonté de six peuples
43:27et de leur gouvernement
43:28fait de l'unité économique
43:29de l'Europe
43:30une incontestable réalité.
43:31L'ACCA s'est développée,
43:36fermée dans les pays
43:38de l'ACCA
43:39les mines dites
43:40les moins rentables
43:41au profit des mines
43:42les plus rentables.
43:43Les mines les plus rentables,
43:44c'est l'Allemagne.
43:45Donc d'ores et déjà,
43:46l'ACCA a condamné
43:48l'industrie charbonnière française.
43:50La France,
43:51de manière volontaire
43:52ou inconsciente,
43:53a laissé l'Allemagne
43:56prendre le dessus
43:56sur la partie industrielle.
44:01En 1955,
44:04les ouvriers des usines Renault
44:06gagnent par la grève
44:07une troisième semaine
44:08de congés payés.
44:09Le gouvernement Guimollet
44:10la généralise l'année suivante.
44:13Bien plus qu'en 1936
44:14avec le Front populaire,
44:16prendre des vacances
44:17devient une réalité
44:18pour bon nombre de travailleurs.
44:24L'été venu,
44:25il n'est plus de chemin campagnard
44:26au détour duquel
44:27ne s'installe un campement.
44:29Chaque semaine,
44:30des groupes s'évalent débiles,
44:31des clubs secrets
44:32pour respirer l'air pur
44:33et vivre des heures de détente
44:34qui sont la cure
44:35de désintoxication
44:36d'une semaine de grande ville.
44:38Et une race nouvelle
44:39est née,
44:39les Vespistes,
44:41race née des fins de semaine
44:42et de l'époque des vacances.
44:45On avait un Vespa.
44:47Oui.
44:49On avait une tante.
44:50Elle était au top du top.
44:51Et on partait
44:53pour Poc-Pac,
44:54pour Poc-Pac,
44:55trois jours.
44:55On partait trois jours.
44:56Jean-Louis,
44:57entre nous deux,
44:58parce qu'il avait
44:59l'âge 4-5 ans,
45:01et moi,
45:01enceinte du second,
45:03sur le Vespa.
45:04Mais on pesait
45:05au moins 30 ou 40 kilos
45:06de moins à l'époque.
45:07avec une copine
45:09qu'elle avait une voiture
45:10et puis qu'on a fait
45:11du camping
45:12du côté d'Argelès.
45:14Alors,
45:14pendant les vacances,
45:15généralement,
45:17on partait tout le temps
45:17on partait camper.
45:18Dans un camping,
45:19vous allez laver la vaisselle
45:20avec tout le monde.
45:22Ça vous coûte.
45:23Mais l'esprit camping,
45:24c'était le dépaysement,
45:25on va dire.
45:26Nous,
45:37on avait la chance,
45:38c'est parce qu'on avait
45:39les colonies de vacances.
45:40Donc,
45:40chaque année,
45:40on partait en colonie de vacances
45:41avec le comité d'entreprise
45:42de l'usine.
45:43Donc,
45:44on découvrait
45:44les régions de France,
45:45on partait un mois.
45:47J'avais des copains d'école,
45:48bien sûr,
45:48qui partaient en vacances
45:49avec leurs parents,
45:49je ne comprenais pas.
45:50Pour moi,
45:50les vacances,
45:51c'était tout seul.
45:52Tu pars,
45:52tu prends le bus,
45:53tu tapes 300 ou 400
45:54ou 1000 kilomètres
45:55et puis c'est ça,
45:55tes vacances.
45:56en colonie
45:57avec d'autres...
45:59Mais je ne suis jamais
46:00parti en vacances
46:01avec mes parents,
46:01non,
46:02ça ne se faisait pas.
46:04On n'y pensait même pas.
46:05Nous,
46:06on partait très loin.
46:07Moi,
46:07j'allais à Gontodonogare
46:08à 10 kilomètres d'ici,
46:10donc on est en vacances
46:11ou alors j'allais à Bousses,
46:12c'était un peu plus loin.
46:13Là,
46:14c'était,
46:14allez,
46:1530 kilomètres.
46:15On avait les cadeaux
46:26de l'usine
46:26à Noël,
46:27donc on recevait tous
46:27les mêmes jouets,
46:29le même cadeau,
46:31quoi,
46:31tous les...
46:32c'était pareil.
46:33Donc Jean ou Bernard,
46:35il arrivait avec...
46:36Moi,
46:37mon oncle,
46:37ma tata m'a donné ça,
46:38mon tonton m'a donné ça,
46:39tout le monde a donné,
46:40et toi,
46:42t'as reçu quoi à Noël ?
46:44Ah, ben moi,
46:44j'ai eu ce cadeau de l'usine.
46:46Moi,
46:46je me souviens,
46:47le cadeau qui m'a le plus déçu,
46:49mais là,
46:49et tous les copains de mon âge
46:50en faisaient tous la gueule,
46:52on avait reçu une boîte de compas
46:54à Noël.
46:58On a maudit ceux qui avaient eu l'idée
46:59d'acheter une boîte de compas.
47:00Alors,
47:01je comprenais l'idée,
47:01c'est que le CE,
47:03le comité d'entreprise,
47:04voulait aussi avoir
47:05une action un peu plus culturelle,
47:07plus pédagogique,
47:08plus basée sur l'envie
47:10de continuer l'école,
47:12mais vous jouez pas qu'à compas.
47:15Il y avait l'arbre de Noël,
47:16il y avait des trucs comme ça,
47:18pour les enfants,
47:19il y avait des cadeaux
47:20jusqu'à 12 ans, je crois.
47:21Les enfants avaient un cadeau,
47:23avec un repas,
47:24un spectacle,
47:25c'était sympa, quoi.
47:26Donc,
47:26tous les collègues se retrouvaient
47:27avec les conjoints
47:29et puis les enfants.
47:30Mais le rôle principal
47:31d'un comité d'entreprise,
47:32c'est le rôle économique,
47:34c'est de s'intéresser,
47:35d'être informé
47:36sur la vie de l'entreprise,
47:38sur l'emploi,
47:40sur le développement
47:41des fabrications,
47:42sur la situation financière
47:45de l'entreprise.
47:46C'est plus important
47:47que le social.
47:48Alors, chez Renaud,
47:59je peux vous dire
48:00qu'on a eu la chance
48:01d'avoir un comité d'entreprise
48:03formidable,
48:04avec une bibliothèque,
48:06avec des...
48:07faire venir des chanteurs.
48:09T'as vu aussi beaucoup
48:10d'artistes intellectuels
48:11qui s'engager auprès
48:11des ouvriers.
48:12Je veux dire,
48:13moi, je me souviens,
48:14Gatti, etc.,
48:16qui venaient,
48:16qui tournaient.
48:17Maintenant,
48:18c'est un désert, aussi.
48:19Ils sont où ?
48:20À la télé, là ?
48:21À train de faire les beaux
48:22à cause du guignol
48:23de Canal+, là ?
48:24Chez l'autre con, là ?
48:25À train de discuter culture
48:26avec l'autre con
48:27qui n'a rien à foutre
48:28par les cuisines ?
48:29Non, mais enfin,
48:29c'est un délire, quoi.
48:30Comme si, tout d'un coup,
48:32les ouvriers
48:32avaient disparu du champ.
48:33En général,
48:34ils m'appellent
48:34quand ils sont dans la merde.
48:36C'est pas pour le gâteau,
48:37c'est pour les coups de bâton.
48:39C'est quand ils font grève
48:40avec l'occupation des locaux
48:42que j'arrive avec une scène
48:43et que je fais des concerts
48:44avec 3 ou 4 musiciens bénévoles
48:46sans lumière et sous la pluie
48:50à la part du temps.
48:51On a tous eu l'occasion
48:52de rencontrer
48:53qui ?
48:53Des artistes,
48:54des chanteurs,
48:55Moustaki, Brassens,
48:56des éditeurs,
48:59des poètes.
49:00Il y avait une bibliothèque.
49:02J'ai lu,
49:02je ne sais pas
49:03combien de centaines
49:04de livres dans leur bibliothèque.
49:05Elle était énorme,
49:05leur bibliothèque,
49:06gérée par les salariés.
49:08C'était énorme,
49:08ce qu'il y avait
49:08comme un bouquin.
49:10C'est un tissu,
49:11c'est un lien social,
49:13ça aussi qui n'existe plus.
49:14Aujourd'hui,
49:15les comités d'entreprise,
49:17on est revenu
49:18aux cadeaux de Noël
49:20et puis vend des prestations
49:21quand ce n'est pas
49:22des subventions
49:23pour aller se balader
49:24au Club Méditerranée.
49:25Maintenant,
49:25les comités d'entreprise
49:26sont assaillis
49:27par les voyagistes.
49:28Il y a même
49:29des espèces de,
49:31comment on appelle ça,
49:32des forts.
49:34Des salons.
49:35Des salons
49:36pour laisser
49:36les pauvres syndicalistes.
49:39Là,
49:39je me dis,
49:40là,
49:40vraiment,
49:41aller dans un salon.
49:44Je crois qu'effectivement,
49:45on est descendu bas.
49:47Alors là,
49:48oui,
49:48vraiment.
49:49la classe ouvrière,
50:16elle offre à une mort.
50:17et c'est énormément
50:19de couples
50:20qui se sont formés
50:20au frénon.
50:21Puis une fois,
50:21Louis et Simone,
50:22ils ont dit,
50:22ah bah,
50:23Annick,
50:23il faut venir
50:23à Boitrelot.
50:24C'était le bal du sporting.
50:26Et c'était aussi
50:27à Saint-Valentin.
50:28Et puis,
50:29c'est là que j'ai connu
50:29mon mari.
50:30Ah bah,
50:31c'était notre loisir
50:32principal.
50:33Moi,
50:33dans Pas-de-Calais,
50:34les balles,
50:34c'était des balles montées.
50:36C'est-à-dire ?
50:36Accordéon,
50:37des balles montées.
50:38Ils montaient des balles
50:38en bois,
50:39avec des toitures
50:40comme les cirques,
50:42un peu.
50:42C'était une grande
50:43salle des fêtes.
50:44Et puis,
50:45on était tout autour,
50:46les filles,
50:46et puis les gars,
50:47ils nous invitaient.
50:48Eh bien,
50:48on invitait,
50:49tout simplement.
50:50Bonjour,
50:51mademoiselle.
50:51Non,
50:52il ne faut pas rire.
50:54Non,
50:54on danse.
50:57Non,
50:58il ne faut pas...
50:59Ah non ?
50:59On n'est pas très doué
51:00pour les trucs comme ça.
51:02Il y avait le rock,
51:04il y avait le tango,
51:05il y avait les slow.
51:07On attendait les slow,
51:08bien sûr.
51:08On invitait à danser.
51:12Il disait oui,
51:13il disait oui,
51:13on en a une deuxième fois,
51:14troisième fois,
51:15puis au fur et à mesure
51:15qu'on dansait,
51:16on se rapprochait
51:16à l'autre.
51:17Il disait à mon mari,
51:20va danser avec elle,
51:21c'est une bonne fille,
51:22elle est du Pas-de-Calais.
51:23Il disait ça.
51:26Il disait ça,
51:26c'est une courageuse.
51:28Il disait ça.
51:29On cherchait à se marier
51:29avec une Polonaise.
51:31Parce que,
51:31bah oui,
51:32parce que,
51:32on a des légendes
51:35sur les femmes polonaises.
51:37on nous disait,
51:39marie-toi avec une Polonaise,
51:40c'est elle qui fait jardin,
51:41c'est elle qui fait tout.
51:42« C'est elle qui fait jardinement »
51:55« Je vais tout savoir »
51:57« C'est elle qui fait jardinement »