00:00C'est tellement dur, je me suis tapée tellement de galères,
00:03j'ai tellement galéré que j'aurais pas de regrets, c'est sûr.
00:06Ce midi, c'est un peu compliqué, effectivement.
00:08C'est un peu moins fréquenté, en tout cas, par les chauffeurs routiers.
00:11C'est des métiers qui n'ont pas été très valorisés et on est en perte de vitesse.
00:14C'est pour ça que les relais routiers ferment les uns derrière les autres
00:17et qu'on n'est plus beaucoup à être encore ouverts.
00:21C'est un peu les mal-aimés de la route, malheureusement,
00:23ils souffrent un peu d'un manque de reconnaissance.
00:25On voit souvent que leurs avant-bras, en fait,
00:26alors que c'est des visages, c'est des histoires.
00:30Virginie, écoute, on va au Petit Périchoit,
00:34un relais routier que j'ai été voir il y a quelques mois déjà,
00:37que j'ai adoré, avec une magnifique histoire,
00:39celle de Christiane, la maman,
00:41Sandrine, la fille, qui a repris le tablier il y a quelques temps,
00:44alors qu'elle n'était pas du tout cuisseau,
00:45et Marie qui est en salle.
00:47C'est vraiment une forme d'oasis en bord de route,
00:50un vrai haf de repos pour les routiers,
00:52ça leur fait vraiment une pause.
00:53Bienvenue, le midi et le soir.
00:55Mon tour de front, je l'ai fait grâce à la bloc mobile.
00:58C'est ma seconde maison.
01:01Je prends deux mois chaque été pour rouler avec.
01:03Il y a eu RAD à partir de 2018,
01:05donc un tour de France des bistrots,
01:06et en parallèle, donc Resto Routier.
01:08Ça me permet vraiment d'aller chercher le café du coin,
01:12qui est un petit peu isolé,
01:13le relais routier qui est en bord de route,
01:15où il n'y a vraiment pas du tout de bus qui passerait,
01:17de train malheureusement.
01:18C'est un vrai tremplin vers la liberté,
01:19et à rencontre aussi.
01:21Il y a le panneau Resto Routier,
01:25en tout cas les routiers, la chaîne,
01:27et le petit Périchoie.
01:28J'avais dormi dans mon petit camion, ici même.
01:31Il faisait assez froid.
01:33On était en novembre,
01:34puis au petit matin, je m'étais levé,
01:35je m'étais mis une déterre à 4h30,
01:37avec les yeux encore collés,
01:39et prendre le petit déj au comptoir
01:41avec les chauffeurs qui étaient là,
01:43et Christiane, la maman,
01:44qui se lève à cette heure-là, elle est incroyable.
01:45Elle a l'âge de la retraite déjà,
01:47et elle me disait,
01:48moi ça ne me dérange pas, je me lève tôt.
01:50On a été habitués à ça,
01:51et si on ne le fait pas nous,
01:52ce n'est pas les jeunes qui le feront.
01:54Salut Sandrine !
01:55Ça va, tu ouvres pour nous spécialement ?
01:58Bonjour, je m'appelle Sandrine.
01:59Je tiens le restaurant Le Petit Périchoie,
02:02que mes parents ont construit il y a 35 ans.
02:05C'est eux qui ont créé ce restaurant.
02:08C'est un relais routier,
02:09où il n'y a pas que des routiers qui s'arrêtent.
02:10Tu vas bien ?
02:11Ça va et toi ?
02:12Bah ouais.
02:12Tu ne nous ramènes pas le soleil de Canécluse, non ?
02:14Oui, il va arriver.
02:15Je crois que c'est le même con.
02:17Je vais faire une petite course à droite à gauche
02:19et je m'arrête toujours ici.
02:21Je ne suis pas en cuisine, moi, à la base.
02:23À la base, je suis en salle.
02:25J'ai perdu mon papa il y a trois ans.
02:26Quand je suis passée en cuisine,
02:30il a bien fallu que je m'adapte.
02:32Donc, marmiton et tout ça.
02:34Tu as vu une évolution, d'ailleurs, toi,
02:35depuis 35 ans ?
02:37Oui, énormément.
02:38On court après le temps.
02:40Je trouve qu'on court après le temps.
02:42Ils ne prennent plus le temps de manger.
02:44Ils n'ont plus le temps de manger.
02:45Ils sont pressés par tout ça.
02:48Soit ils grignotent le midi,
02:50un sandwich ou quelque chose,
02:51ou pas, où ils ne mangent rien.
02:53Et par contre, ils s'arrêtent le soir à manger.
02:56Qu'avant, les gars, c'était midi et soir.
02:58On est en perte de vitesse.
03:00C'est pour ça que les relais routiers
03:02ferment les uns derrière les autres.
03:04On n'est plus beaucoup à être encore ouverts.
03:08Donc, c'est compliqué.
03:09Comment tu vois l'avenir, justement ?
03:11Mal.
03:11Très mal.
03:12Oui, très mal.
03:13Je ne sais pas.
03:13C'est tellement dur.
03:14On est tombé tellement bas
03:16que je ne sais pas ce qui pourrait nous sauver.
03:18J'ai mis en vente tellement je n'ai plus de solution.
03:23Ce n'est pas vrai.
03:23Si, j'ai mis en vente.
03:25Tu m'apprends.
03:25Oui.
03:26Parce que je crois que je suis arrivé au bout
03:27et que je n'en peux plus.
03:30Je n'en peux plus.
03:31Donc, avant d'y laisser ma santé,
03:32je vais arrêter.
03:35Je vais arrêter.
03:35C'est tellement dur.
03:37Je me suis tapée tellement de galère.
03:39J'ai tellement galéré
03:42que je te jure que non,
03:44je n'aurai pas de regrets.
03:45Je n'aurai pas de regrets, c'est sûr.
03:47Ils ne vont pas te manquer, quand même, les chauffeurs ?
03:49Oui, si.
03:49Il y en a qui vont me manquer, c'est sûr.
03:52Ils sont là tous les jours.
03:53Ils se lavent ici,
03:54ils dorment ici,
03:55ils déjeunent ici,
03:56ils mangent ici.
03:57Tu connais leur goût.
03:58Comme tout à l'heure,
03:59le kir, je le sers.
04:01Je ne leur donne pas la carte
04:02parce que je sais ce qu'ils vont manger.
04:04Tu vas leur manquer aussi,
04:05si tu fermes, tu sers.
04:06Peut-être.
04:06Oui, peut-être.
04:07Je ne sais pas.
04:08Ils m'oublieront vite.
04:10On n'est que de passage.
04:13Le rituel, c'est...
04:15Tu essaies un peu de parler aux créateurs.
04:17Exactement.
04:17C'est l'idée d'arriver au comptoir,
04:19de papoter,
04:19de prendre un café,
04:20d'écouter aussi.
04:21Un peu, peut-être,
04:22les conversations
04:22pour m'immiscer.
04:23Je note des histoires
04:24sur mon téléphone
04:25qui se font vraiment comme ça.
04:25Et puis, à mon danger,
04:26quand je me sens à l'aise
04:28pour expliquer
04:28que je suis là
04:29pour documenter
04:29la vie dans les relais routiers,
04:31je demande la balle
04:31et quand c'est OK,
04:33la plupart du temps,
04:34je sors dans la foulée
04:35pour ne pas trop perdre
04:36de temps non plus.
04:36Garder un peu à chaud
04:37l'énergie de la conversation.
04:40On arrive en cuisant.
04:41Ah, j'aime bien.
04:45J'avoue.
04:46Avec la mayonnaise.
04:47OK.
04:48Mayonnaise maison.
04:49Là, je me prends
04:50dans la cuisine
04:50et je vois...
04:52Je vois ce qui m'attire l'œil,
04:53ça va être une belle
04:54assiette composée,
04:56une assiette de charcut.
04:57Il n'y a pas de maquillage,
04:57tout est vraiment
04:58en préparation.
04:59Marie qui passe derrière,
05:00je vais faire
05:00un petit toutot de Marie
05:01en même temps.
05:03Et de capter,
05:03c'est une micro scène de vie
05:05qui montre toute la chaleur.
05:07ce qu'on peut retrouver
05:07comme dynamisme,
05:08comme vie,
05:09comme amour,
05:10tout court dans la cuisine.
05:13Bon appétit.
05:15Merci.
05:16J'ai un peu un nœud
05:16de vous voir.
05:18D'accord.
05:18Et c'est là où vous habitez.
05:20On est bien à la campagne,
05:22il faut aller sur Paris.
05:24Plus stressant.
05:26Ouais.
05:26Je suis photographe documentaire.
05:28J'ai fait un tour de France
05:29des restaurants au Thiamou
05:29avec l'idée de documenter
05:31ces espaces de vie
05:32où il y en a de moins en moins,
05:33malheureusement.
05:33Parce que là, c'est peut-être
05:344500 dans les estournisses
05:36à à peine 700
05:36aujourd'hui.
05:38Vous soyez d'accord
05:38si je prends une photo
05:39de vos doigts à table comme ça ?
05:41Trop bien.
05:42Je vais mettre juste là.
05:433, 2, 1.
05:46Si vous n'êtes pas là,
05:46je ne vous vois même pas.
05:50Je vais déjà m'en prouver.
05:52Bon appétit.
05:54Incroyable.
05:54C'est tout ce qu'on a envie de manger.
05:55En semaine, à midi,
05:57et on va se régaler.
05:58Tu penses qu'ils se disent quoi
05:59à prime abord ?
06:00Ils se disent
06:00« Attends, il y a un jeune
06:01qui n'est pas forcément de chez nous ? »
06:03Une interrogation
06:04sur qu'est-ce qu'il veut
06:06avec son chapeau
06:06de marin
06:07et on ne le connaît pas
06:09et il nous pose des questions.
06:10Et tu parles des choses banales
06:12de « il y a le soleil qui est là »
06:13et c'est trop bien.
06:14Mais il y a de la profondeur
06:14parfois aussi
06:15de parler d'amour,
06:16de travaux,
06:17de ce qui nous anime,
06:18nos passions.
06:18Et la table
06:19et le comptoir
06:19permettent ça.
06:20On rentre dans nos univers respectifs
06:22et nos préjugés
06:23grâce au temps
06:24s'abaissent
06:25et on peut vraiment
06:26rentrer dans des bulles
06:27qui pourraient être totalement
06:28à l'opposé
06:30ou en tout cas
06:30dans des passions divergentes.
06:32Et on va passer un super moment
06:33à discuter
06:33et le relais routier le permet.
06:34Avec les pentes
06:35et puis là,
06:38tu as pris quoi Guillaume alors ?
06:39Et bien là,
06:40j'ai pris
06:40la fameuse tête de veau
06:41qui est un plat emblématique
06:42des restos routiers
06:43et en particulier
06:44ici de Sandrine
06:45où elle le fait tous les jours.
06:46Alors j'ai pu en voir parfois
06:47où c'était marqué
06:48notamment,
06:49il y avait un panneau
06:49qui m'a beaucoup marqué
06:50c'était marqué tous les vendredis
06:51de tête de veau.
06:52Ici ça marche tellement bien
06:53qu'elle en fait tous les jours.
06:54Du coup forcément
06:54ça me donne envie de la goûter
06:55avec un peu de complément de verdure
06:58pour la bonne conscience
06:58des épinards.
07:00C'est quoi le but de ce livre ?
07:01C'est quoi le message
07:02que tu veux délivrer ?
07:03Ce livre il se veut
07:03comme un hommage
07:05au restaurant routier.
07:07C'est un métier,
07:08un lieu de vie incroyable
07:10qui est difficile.
07:11On le voit
07:11avec les horaires de lever,
07:13de coucher,
07:15des menus à des prix
07:15ultra compétitifs
07:1817-18 euros
07:19c'est un bata
07:20pour entrer
07:20plat dessert rouge,
07:22café
07:23et surtout des humains
07:24derrière
07:24et mettre la lumière
07:25sur les personnes
07:26qui les font vivre
07:26et les personnes
07:27qui les fréquentent
07:28donc les chauffeurs,
07:29chauffeuses.
07:29Les mal aimés de la route
07:30malheureusement
07:30ils souffrent un peu
07:31d'un manque de reconnaissance
07:32certains
07:32ils sont pointés du doigt
07:34pour la pollution,
07:36les embouteillages,
07:37les petites villes
07:38n'en veulent plus.
07:39On voit souvent
07:39que leurs avant-bras
07:40alors que c'est des visages,
07:41c'est des histoires.
07:42Ce midi c'est un peu compliqué
07:44effectivement,
07:44ça peut être révélateur
07:45de moments plus compliqués.
07:47pour le moral
07:47ça peut être vraiment dur
07:49quand tu es chef.
07:50Pour moi l'appareil photo
07:51c'est un tremplin incroyable
07:53à rencontre humaine,
07:54à passer des moments de qualité,
07:56à prendre le temps,
07:57à avoir un vrai bel échange,
07:59à avoir même une trace
08:00de cet échange
08:00à travers la photo prise
08:02que je leur envoie systématiquement.
08:03Je demande un mail,
08:04un téléphone,
08:05une adresse postale.
08:06Ça m'arrive régulièrement
08:07d'envoyer des lettres
08:08et d'avoir des lettres
08:09autour de réponses
08:10pour les personnes
08:11les moins connectées
08:11on va dire
08:12et ça c'est une bénédiction
08:13pour moi.
08:13C'est fabuleux
08:14je me sens vraiment bien
08:15dans ces univers, ces espaces.
08:17Sandrine,
08:18j'ai un petit cadeau pour toi.
08:19T'as un cadeau pour moi ?
08:20Le livre il est arrivé
08:21dans les stocks.
08:22Ouais j'ai vu,
08:23je voulais te demander
08:24comment on pouvait
08:25le commander.
08:26En fait je te l'offre.
08:27Oh non,
08:27c'est trop gentil.
08:28C'est un petit cadeau.
08:28C'est tellement de ma soirée
08:30que ça me parlait dedans.
08:32Oh c'est trop bien.
08:33Et il y a des photos
08:34du petit Péruchois ?
08:35Bah ça me touche.
08:36Ouais ça me touche
08:37parce que c'est ce qu'on
08:38représente tous quoi.
08:39Donc on n'est pas beaucoup
08:41mais on s'accroche
08:42et je pense que tous ceux
08:43qui sont dans le livre
08:44pensent la même chose
08:45que moi.
08:46On s'accroche
08:47et super photo je te jure.
08:49C'est excellent.
08:50Ciao Néo !
08:51Merci pour cette virée.
08:52Là je pars digérer
08:53parce que j'ai bien bien
08:54connu ce qu'il y a dit.
08:55A bientôt, ciao !
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