00:00Jérôme Dédéian, bonjour et bienvenue dans Patron en question.
00:03Il y a un S à Patron quand on parle de vous, parce que ça n'arrête pas.
00:07Et alors, je dois quand même le dire que la première fois que je vous ai vu,
00:10j'étais à la tête d'une entreprise de télémarketing.
00:13Il y avait un directeur financier dans ma boîte qui est venu me voir après.
00:16Vous l'avez rencontré, qui a dit, j'ai vu un mec génial.
00:20Il faut rendre tout le monde actionnaire dans l'entreprise.
00:23Donc c'était un peu, voilà.
00:25Et dites-nous un mot sur votre cursus.
00:26Mon cursus, c'est que j'ai commencé, après mes études classiques,
00:30grande école, tout ça.
00:31J'ai commencé...
00:33Grande école, quoi encore ?
00:34J'ai fait Sciences Po et une école de commerce parisienne.
00:37C'est bien.
00:38Mais avant des lettres, une hypocagne.
00:40Un service militaire.
00:41Ça, c'est encore mieux.
00:42Un service militaire en volontariat service long dans la marine nationale.
00:45Et après, il faut bien bosser.
00:46Et je me dis, qu'est-ce que je vais faire ?
00:47A l'époque, c'était le plein emploi.
00:49Je suis recruté en 15 jours par une compagnie d'assurance.
00:51Une vieille compagnie d'assurance.
00:52Tout le monde a oublié son nom.
00:53L'Union des assurances de Paris, qui est morte maintenant.
00:55Elle a été bouffée par AXA.
00:56Et avec comme arrière-pensée,
00:58comme il y avait une boîte de courtage d'assurance familiale,
01:00peut-être que mon frère et moi, on pourrait s'y intéresser un jour.
01:02Donc finalement, commencer dans l'assurance,
01:04ce n'était pas complètement idiot.
01:05Ça a duré 14 mois et deux jobs différents.
01:08Parce que je me suis ennuye à périr.
01:10Et donc après, j'ai fait...
01:11C'est le problème.
01:12Vous êtes comme beaucoup d'entrepreneurs.
01:14Il ne faut surtout pas qu'on s'ennuie.
01:15C'est ça.
01:15Après, j'ai fait 5 ans de conseils en stratégie.
01:18Ça, ça a été très fondateur.
01:19Parce que j'ai vu plein d'autres secteurs,
01:20des missions très courtes,
01:21des cadres de redressement,
01:22des cadres de lancement d'activité, etc.
01:24Et puis ça a débouché sur la création de ma première boîte en 2000.
01:27Et depuis, je crée des boîtes.
01:28Et la première s'appelait...
01:30Rappelez-nous ?
01:31La première s'appelait Novacy.
01:32Et elle prétendait révolutionner l'épargne en ligne.
01:36Exactement.
01:36Au moment du début de l'Internet.
01:38Et ça, ça a marché ?
01:39Ça a raisonnablement marché.
01:41Mais surtout en épargne salariale,
01:42on a appris beaucoup de choses.
01:44Donc on a livré une boîte à peu près en bon état.
01:46Mais elle n'était pas encore...
01:48Elle a évidemment cramé beaucoup plus d'argent
01:49que ce qu'on imaginait au départ pour nos investisseurs.
01:52Mais l'épargne salariale,
01:53c'est vraiment un point essentiel en ce moment.
01:55On a des salariés pas assez payés.
01:56C'est un cauchemar.
01:57On sait très bien qu'on aimerait les payer plus.
01:59Le pouvoir d'achat,
02:00on nous balance ça toute la journée.
02:02Et oui, patron,
02:03on est responsable du pouvoir d'achat.
02:05Mais ce n'est pas de notre faute.
02:06Donc l'épargne salariale,
02:08quel est l'avantage ?
02:09Alors ça, c'est le combat de ma vie.
02:11Oui, je sais.
02:11C'est un peu la doctrine sociale de l'Église catholique.
02:15C'est qu'on a un contrat de travail avec son employeur.
02:18Et ce contrat de travail crée quasiment un droit sur l'outil de travail.
02:21C'est ça que dit la doctrine sociale de l'Église.
02:23L'épargne salariale est vraiment dans cette mouvance chrétienne sociale.
02:26C'est de Gaulle, c'est de Bré, etc.
02:28qui crée la participation aux bénéfices,
02:30l'intéressement à la performance.
02:31Et puis les systèmes d'épargne qui permettent de déprécariser les gens,
02:34de financer des choses,
02:35leur logement,
02:36le changement de leur voiture quand c'est disponible, etc.
02:38Et puis le stade ultime de ça,
02:40de ces dispositifs de partage du profit,
02:41de la valeur, comme on les appelle,
02:43c'est évidemment l'actionnariat salarié,
02:45c'est-à-dire le fait de faire des salariés,
02:46des copropriétaires de l'entreprise,
02:48aux côtés des actionnaires majoritaires,
02:49des co-entrepreneurs.
02:50Non mais tout ce que vous dites,
02:52ça prouve que nous sommes infiniment plus généreux
02:54envers nos salariés
02:55que ne l'a jamais été l'État,
02:57qui essaie de les protéger avec de l'argent
02:59qui reprend par ailleurs aux entreprises,
03:01donc aux salariés.
03:02Et que c'est vrai qu'il y a ce désir de chaque patron
03:05et que quelqu'un qui est intéressé à la boîte
03:09a un rendement supérieur.
03:11Bien sûr, alors il faut faire attention
03:13à sa sécurité financière,
03:14il ne faut pas qu'il mette toute sa fortune
03:15et qu'il se mette à risque financier
03:17pour être dans son outil de travail.
03:18Mais évidemment, si on fait ça correctement,
03:21dans un environnement coté, c'est très facile.
03:23La France est championne d'Europe
03:24de l'actionnariat salarié pour les boîtes cotées
03:26parce que c'est le marché qui fait la liquidité.
03:28Dans les boîtes non cotées,
03:29il y a un tout petit peu moins de 10% des entreprises,
03:31ce que nous dit un baromètre
03:32de ma société historique, RS Group.
03:34Il y a 9% des boîtes qui font des plans
03:37d'association au capital large pour leurs salariés.
03:39Il faut faire évidemment attention
03:40à des notions de valorisation, de liquidité, etc.
03:42Bien sûr.
03:43Mais question, j'ai vu récemment,
03:45au sein du mouvement éthique,
03:47on s'est précipité pour me dire
03:48qu'est-ce qui se passe.
03:49Tout d'un coup, c'est difficile pour une PME.
03:51Moi, je m'en occupe aussi pour que les PME
03:53mettent que leurs salariés soient actionnaires.
03:57Et tout d'un coup, il y a eu une réaction de Bercy
04:00disant que ça allait changer
04:02et qu'il y a eu des impôts supplémentaires,
04:04je ne sais plus techniquement sous quelle forme,
04:06pour nos salariés.
04:07Et en particulier, les actions gratuites, etc.
04:09Mais il y a quelque chose de très choquant
04:11quand on investit dans son outil de travail
04:14et qu'on devient actionnaire de sa boîte,
04:16il me semble que quand même,
04:17on aurait pu éviter d'être imposé.
04:19On devrait être traité exactement
04:20comme n'importe quel investisseur en capital,
04:23que ce soit un petit porteur
04:24qui achète des actions en bourse sur son PEA
04:25ou que ce soit un fonds d'investissement
04:27quand il rentre dans le capital d'une entreprise.
04:29Et en fait, il y a des sujets
04:30de requalification en salaire
04:32de trop forte plus-value.
04:34En fait, on pédalise le succès.
04:36Ça, ça me rend évidemment hystérique.
04:39Et alors, historiquement,
04:41on a des mouvements qui favorisent les choses.
04:42Et puis tout d'un coup,
04:43il y a des mouvements de stop and go.
04:44Il faut vivre avec.
04:45Ça n'enlève rien à la robustesse anthropologique.
04:48C'est la réussite.
04:49C'est exactement ça.
04:50Extraordinaire.
04:50Mais ça n'enlève rien à la robustesse anthropologique
04:52des mécanismes d'association.
04:53Bien sûr.
04:54Et ça, il faut le faire à tout prix.
04:55Alors, donc ça, on connaît le sujet.
04:59Maintenant, qu'est-ce qui vous a pris
05:00pour avoir une autre entreprise ?
05:01Alors, ma boîte historique RS Group,
05:04je ne la dirige plus.
05:04J'ai filé les clés.
05:05Très belle opération de transmission.
05:06J'ai presque envie de dire familiale.
05:08Parce qu'avec mes associés historiques,
05:09on a donné à nos collaborateurs les clés.
05:11Et d'ailleurs...
05:11Un petit LBO ?
05:12Un gros LBO, on peut dire.
05:15Donc évidemment, il a un peu changé ma vie,
05:17forcément, parce que j'ai été
05:18beaucoup plus libre de mon temps,
05:19de l'affectation, de ma liberté, etc.
05:22Et donc, je me suis demandé ce que j'allais faire.
05:23Mais en fait, quand on est entrepreneur,
05:24Sophie, ce n'est pas à vous que je vais expliquer
05:25qu'on ne sait rien faire d'autre.
05:27Et donc, je me dis que le créateur m'a mis sur terre
05:28pour que je crée des boîtes,
05:30que je paye des cotisations sociales,
05:31des impôts, et que je crée de l'emploi.
05:33Et donc, j'ai remonté une boîte.
05:34Alors, l'idée est très simple.
05:36Il y avait un média, grand public,
05:39thématique finance personnelle,
05:40très bien connu du groupe ici d'ailleurs.
05:41Il s'appelle « Tout sur mes finances ».
05:43Il préexistait, avec un trafic extraordinaire
05:45et un contenu très bien des journalistes.
05:47Et on a monté à côté un courtier,
05:49donc un conseiller en gestion de patrimoine,
05:50tout à fait classique,
05:51dont un des axes de développement,
05:53c'est que l'audience du média nous supplie
05:54de devenir client du courtier.
05:56C'est réglementairement acceptable
05:58et c'est très amusant, nouvelle équipe.
06:00Mais il faut quand même le dire,
06:02vous avez mis les doigts dans le pot de confiture.
06:04Alors, ça, c'est autre chose.
06:05C'est à côté de mon activité principale,
06:07mon partenaire patrimoine,
06:08c'est ma nouvelle boîte.
06:10Pot de confiture, ça, c'est historique.
06:11C'est une boîte familiale.
06:12Alors, je fais une petite astuce,
06:14mais que tout le monde se rassure,
06:15vous n'avez pas piqué d'argent.
06:16Mais vous avez monté une boîte formidable.
06:18Alors, je ne l'ai pas montée.
06:19En fait, c'est une boîte familiale historique
06:22créée dans les années 70
06:23par deux gastronomes créatifs extraordinaires
06:26qui ont développé la boîte,
06:28notamment avec deux de leurs filles.
06:29Et puis, ils sont morts la même année,
06:31un peu tragiquement,
06:32et leurs deux filles se sont retrouvées assez jeunes
06:34à la tête d'un outil artisanal
06:36avec des ouvriers, des maîtres confituriers.
06:38Elles savaient très bien faire la confiture très haut de gamme,
06:40mais leur formation, on va dire,
06:41en management et en gestion
06:42était peut-être encore un peu,
06:43ou leur expérience encore un peu insuffisante.
06:45Et exactement comme vous avez été à la tête
06:47il y a des années
06:47d'un pool de patrons
06:49qui est venu aider Apolline Poilhane
06:50au moment du drame
06:51de ses parents et de son père.
06:54On a fait un peu la même chose
06:55avec des camarades,
06:56on est venu leur filer un coup de main.
06:57Et donc, la boîte s'appelle
06:58La Cour d'Orgère
06:58et elle développe
06:59de la confiture artisanale
07:00haute couture en Bretagne
07:01et on l'aide à se développer.
07:03Eh bien, écoutez,
07:03on va finir sur La Cour d'Orgère
07:04parce que c'est délicieux.
07:06Avant Jérôme.
07:07Merci Sophie.
07:07Sous-titrage Société Radio-Canada
07:10La Cour d'Orgère
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