00:00Votre choix ce soir, Christophe Barbier. On va reparler de Bruno Retailleau qui a été élu triomphalement au président des Républicains hier avec près de 75% des suffrages.
00:08Il change de dimension avec cette victoire, c'est ce que vous allez nous dire. On va explorer quand même la nouvelle vie de Bruno Retailleau depuis sa victoire d'hier.
00:15En cinq questions, est-il le ministre de l'Intérieur, le nouveau patron de la droite ? C'est la première question.
00:20Il est l'homme fort de la droite, mais il n'est pas le patron. Parce qu'il a été soutenu dans cette campagne par tous les barons du parti,
00:26Copé, Larcher, Pécresse, Bertrand, Lysnard. Depuis hier, ils n'ont plus besoin de Retailleau pour se débarrasser de Wauquiez.
00:33C'est fait. Donc ils ne lui doivent plus rien. À partir de là, même s'ils leur donnent une place dans le parti,
00:39ils vont travailler eux pour leur ambition personnelle. Il est dans la situation d'Hugues Capet.
00:44Pourquoi ?
00:44Hugues Capet, en 990, il dit au comte de la marche, comte Aldaber de la marche,
00:50« Qui t'as fait comte ? » puisqu'il l'avait nommé. Et l'autre lui répond « Qui t'as fait roi ? »
00:54Vous voyez ? La photo qu'on a vue de Retailleau hier, les images qu'on a vues de Retailleau,
00:59vous allez voir, elles montrent les barons autour de lui, supporters, mais pas vassaux.
01:04Regardez et écoutez Bruno Retailleau.
01:06Nous avons, dans cette campagne, réussi, fait revenir à nous des militants qui s'étaient écartés de LR, de notre famille politique.
01:16Eh bien demain, si ça a été possible avec des militants, ça le sera, j'en suis certain, avec des électeurs,
01:23pourvu qu'on tienne une ligne, une ligne qui soit une ligne claire.
01:27On a compris la situation.
01:29On pouvait difficilement faire entrer plus de monde dans un simple espace.
01:32Voilà, il en manquait quelques-uns des barons, mais ils étaient quasiment tous là.
01:35Que nous dit Bruno Retailleau dans sa profession de foi aux militants ?
01:38Être chef, c'est savoir fédérer.
01:41Jacques Chirac, lui, à l'époque, il disait « Un chef doit savoir chefer ».
01:45Il faut choisir entre les deux.
01:46Soit on est primus inter pares, on est l'arbitre du match, soit on est le chef de la meute.
01:51Il risque de ne pas choisir et d'être un simple arbitre, un organisateur et pas un compétiteur.
01:56Se retrouver dans la position qu'ont connue Annie Gennevard ou Christian Jacob avant lui,
02:00ce n'est pas ça son ambition.
02:01La deuxième question pour vous ce soir, est-ce que le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau,
02:04depuis sa victoire, est devenu l'homme fort du gouvernement ?
02:06Il était déjà très puissant par son portefeuille, par son omniprésence médiatique, avec cette victoire.
02:10Il prend l'ascendant sur Darmanin, Borne, Valls, ministre d'État comme lui,
02:16avec des CV ministériels plus longs que le sien.
02:18Il se renforce par rapport à Lecornu ou Vautrin.
02:21Il est l'homme fort du gouvernement par rapport à tout cela.
02:23Il est aussi peut-être un peu plus fort que François Bayrou, qui est tombé à 20% dans les sondages.
02:28D'ailleurs, Bayrou l'a deviné, puisque dans son tweet de félicitations hier,
02:32il est d'une ambiguïté éloquente.
02:34Félicitations chaleureuses, certes, mais à la fin, il lui demande de rester au travail.
02:39Les Français aiment la diversité et veulent la solidarité.
02:42Alors, ce n'est pas des consignes pour l'immigration ou les impôts.
02:44Diversité pour l'immigration, solidarité pour les impôts.
02:47Non, non, c'est « tu es dans le gouvernement, tu es solidaire de l'équipe ».
02:51Il lui demande d'être, comme le dit la devise de la comédie française,
02:54« simul en sigulis », singulier, mais avec les autres.
02:59Ce qu'on peut traduire aussi par « ensemble », mais chacun pour soi.
03:02C'est ça l'avis d'un gouvernement.
03:03Est-ce qu'à terme, Bruno Retailleau est obligé de quitter le gouvernement ?
03:05À terme, oui, mais pas seulement quand il sera, s'il est un jour candidat à la présidentielle.
03:10Avant, pour préparer cette candidature.
03:13Quitter le gouvernement doit être un moment de relance ou de lancement d'une ambition.
03:17C'est un art de savoir rompre.
03:18Sarkozy quitte le gouvernement à l'été 2004, à la fin de l'été.
03:23Il y revient en 2005.
03:25C'est compliqué, mais il a incarné quand même la rupture avec Chirac.
03:28C'est l'essentiel.
03:29Macron, il claque la porte en août 2016.
03:31Il n'est pas responsable du bilan de Hollande.
03:34C'est réussi.
03:35Quatre mois plus tard, Valls, il s'en va de Matignon.
03:37On lui colle le bilan sur le dos.
03:38Ses amis de la gauche le punissent.
03:40Il est battu à la primaire.
03:41Savoir rompre, c'est tout un art.
03:43Alors pour Retailleau, ça peut être sur un sujet de principe.
03:46Mais est-ce que la fin de vie ou les relations avec l'Algérie,
03:49ce n'est pas un peu maigre pour claquer la porte ?
03:51Sinon, il faut partir le plus tard possible en disant
03:53j'ai fait tout ce que je pouvais faire, travail accompli.
03:56Sauf qu'avec une absence de majorité,
03:58accomplir le travail à Beauvau, ça sera quasiment une équation impossible.
04:01Mais il y a une question avant ça.
04:02Est-ce qu'il est devenu incontournable pour la présidentielle à droite ?
04:05Non, pas du tout.
04:06Tous les barons considèrent que c'est un parmi les autres.
04:08C'est sûr, il est en tête du peloton.
04:10Mais finalement, est-ce qu'il est vraiment un gaulliste ?
04:13Il vient du villiérisme, il est passé par le fillonisme
04:15qui n'était plus vraiment le séguinisme.
04:17On le considère comme un homme de droite, mais d'une autre droite.
04:22C'est vrai qu'il est de Vendée.
04:24Donc la relation au bonapartisme, c'est important chez les gaullistes,
04:27c'est qu'un peu compliqué.
04:28L'histoire de la Vendée avec la République, elle est tempétueuse.
04:31Tout cela, ça permet de faire un procès de Bruno Retailleau
04:34pour dire que ce n'est pas vraiment notre candidat,
04:36mais il ne va pas se laisser faire.
04:37D'autant qu'il n'y a pas que la droite.
04:38Il y a aussi Edouard Philippe.
04:39Et Edouard Philippe, ce week-end, a pris la parole pour parler à la droite.
04:44Pour rendre notre pays plus fort et plus prospère
04:47et pour redonner à l'ensemble de nos concitoyens le goût de la liberté.
04:52Est-ce que c'est assez de droite ? Est-ce que c'est assez populaire ?
04:55Mais moi, je ne suis pas là pour défendre la pureté de la droite française.
04:58Je suis là pour défendre la France.
05:00Je suis là pour défendre les Françaises et les Français.
05:01La poutre-travail.
05:04La poutre-travail, c'est ce que disait Edouard Philippe après 2017
05:07pour expliquer la crise de la droite.
05:09Eh bien, est-ce que Bruno Retailleau a un destin de charpentier
05:12ou de crucifié pour la poutre ?
05:13Réponse dans deux ans.
05:15Est-ce qu'il est un danger, Bruno Retailleau, pour Marine Le Pen ?
05:17Non. Tant que Marine Le Pen est dans la course,
05:20tant que Bruno Retailleau n'a pas des résultats massifs à Beauvau,
05:22il se prête à la critique du RN, c'est-à-dire c'est que des mots,
05:26il n'y a pas de résultats.
05:26D'ailleurs, c'est ce qu'on entendait sur les plateaux hier soir,
05:29notamment BFM.
05:31Le bilan de M. Retailleau en matière d'OQTF
05:34est plus mauvais que celui de M. Darmanin.
05:39En fait, Bruno Retailleau est un danger pour Jordan Bardella.
05:43Si Marine Le Pen est éliminée de la compétition par la justice à l'été 2026,
05:46assez vite, les électeurs vont se dire
05:48« Bardella, trop jeune, pas expérimenté,
05:51la fonction présidentielle, c'est compliqué,
05:52on a déjà eu un jeune ».
05:53Ça, c'est bon pour un candidat de droite dur
05:55qui pourrait, tel Bruno Retailleau,
05:58s'adresser aux électeurs RN et leur dire
06:00« Venez à nous, on a quasiment les idées,
06:02mais on a la compétence ».
06:04Il pourrait alors rééditer l'exploit de Nicolas Sarkozy en 2007,
06:07vampiriser l'extrême droite au premier tour
06:09pour écraser la gauche au second tour.
06:11Mais 2007, c'est très très loin.
06:13Commentaire, si vous le souhaitez, Ulysse Gosset, Amélie Rosic.
06:17Oui, la vraie question, effectivement,
06:18c'est que devient Édouard Philippe
06:19s'il y a une droite forte qui se reconstitue autour d'un homme,
06:22quel qu'il soit, peut-être Bruno Retailleau,
06:24est-ce que ça affaiblit les chances
06:26d'Édouard Philippe pour la présidentielle ?
06:29Est-ce que les Français vont vouloir rester
06:30dans un bloc central,
06:32droitisé mais pas trop,
06:33qui rejette l'extrême droite et l'extrême gauche ?
06:35Ou est-ce qu'ils vont vouloir revenir à avant 2017
06:37et reconstituer un bloc droite-gauche ?
06:40L'espoir de Retailleau, c'est d'incarner cette droite
06:42qui ne s'allie pas avec l'ERN
06:43mais qui a reconquis le territoire macronien.
06:46Mais à gauche ?
06:47Ah bah à gauche, tiens, il y a le congrès du PS dans un mois.
06:49C'est le deuxième chapitre de notre histoire.
06:50Eh bah voilà, Amélie Rosic.
06:51Moi, je me demande comment va Laurent Wauquiez.
06:53Voilà.
06:54Rien ne détruit les hommes politiques
06:58qui ont l'ambition suprême.
07:00Tout est inscrit dans leur destin.
07:02Wauquiez a gagné à 75%
07:03quand il a été élu président des LR.
07:05Et il sait que ça s'est mal terminé assez vite.
07:07Donc pour Retailleau,
07:08il doit penser que ça va être la même chose.
07:09Toute petite parenthèse,
07:10on parlait de Donald Trump tout à l'heure.
07:11Donald Trump doit prendre la parole ce soir.
07:13Aux alentours de 21h, évidemment,
07:14on suit ça pour voir quel compte-rendu
07:16il fera justement.
07:17Ce sera dans le bureau Oval.
07:18Du coup de téléphone à Vladimir Poutine ce soir,
07:20c'est la grosse information de la soirée.
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