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00:007h09, Europe 1 matin.
00:027h12 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin le politologue et rédacteur en chef de la revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti.
00:10Bonjour Arnaud Benedetti.
00:1374,6% de suffrage pour Bruno Rotaio, c'est une très large, très nette victoire de l'élection pour la présidence des Républicains.
00:21Comment vous expliquez justement cette victoire Arnaud Benedetti ?
00:24C'est une victoire nette et sans bavure, en plus dans un corps électoral qui, au niveau des militants, s'était considérablement densifié ces dernières semaines.
00:34Moi je pense que ce sont quand même des traits de personnalité qui ont fait vraisemblablement la différence.
00:39Sincérité, sobriété, humilité, une forme d'authenticité qui parfois semble très déficiente dans le monde politique et c'est ce qui a fait vraisemblablement sa différence.
00:50Le fait évidemment qu'en incarnant une fonction régalienne, avec là aussi une crédibilité qui lui est en tout cas accordée dans ses premiers pas.
01:01Le fait d'être ministre de l'Intérieur, d'être sur une ligne qui est une ligne de très grande fermeté,
01:08de ne pas avoir exercé de responsabilité gouvernementale jusqu'à sa nomination au mois de juillet dernier.
01:15Tout ça sont des éléments qui ont vraisemblablement fait que les militants se sont portés vers Bruno Retailleux,
01:21dont l'engagement, si vous voulez, en plus, sur cette ligne de fermeté et d'autorité, est très ancien.
01:27C'est-à-dire qu'on ne peut pas lui contester, si vous voulez, là aussi, encore une fois, la sincérité de ses convictions.
01:33Et ça c'est très important.
01:34Trois voix sur quatre quand même, c'est un véritable raz-de-marée.
01:38Il y a cette impression aussi que Laurent Wauquiez ne l'a pas vu venir, finalement, Bruno Retailleux.
01:41Il a peut-être un peu sous-estimé.
01:42Alors, peut-être, le fait que...
01:44Alors, en plus, c'est vrai que Laurent Wauquiez a fait une campagne de terrain beaucoup plus forte que Bruno Retailleux,
01:50pour des raisons évidentes, tout simplement.
01:52Il avait les mains libres, il visitait toutes les fédérations.
01:55Il ne l'a vraisemblablement pas vu venir.
01:57Il était conscient de la difficulté, mais il ne s'imaginait pas certainement un écart aussi important du côté de Wauquiez.
02:04On considérait qu'on pouvait perdre, mais que, disons, jusqu'à 35-40%,
02:09c'était une défaite honorable qui n'hypothéquait en rien l'avenir d'une éventuelle candidature, par exemple, à la présidentielle.
02:17Là, à 25%, ça sera plus difficile.
02:20Alors, quand même, ce qu'il faut noter, c'est que Laurent Wauquiez, bien évidemment, se range derrière Bruno Retailleux.
02:25Mais il continue à faire, si vous voulez, entendre cette petite musique critique en disant
02:31« Attention, il ne faut pas se diluer dans le Macronisme. »
02:33Et là, là, sur la durée, sur la durée...
02:36En fait, la question que pose Laurent Wauquiez...
02:39Oui, mais elle était trop prématurée.
02:41Si vous voulez, en fait, la critique qu'il faisait vis-à-vis de Bruno Retailleux arrivait trop tôt.
02:47Faut-il oui ou non qu'il reste au gouvernement ?
02:48Dans trois mois, dans six mois, la question pourra se poser comment on fait pour incarner une rupture
02:54tout en étant dans une coalition avec les macronistes.
02:56Oui, parce que beaucoup font le parallèle dans la presse ce matin en disant
02:59« Tiens, Bruno Retailleux se retrouve comme Nicolas Sarkozy il y a 20 ans,
03:02à la fois ministre de l'Intérieur et patron du parti. »
03:04À la différence que Bruno Retailleux cohabite avec les macronistes dont il est l'invité,
03:09d'une certaine manière, d'un parti qui se dit en opposition avec Emmanuel Macron.
03:14C'est une situation assez inconfortable qui attend Bruno Retailleux.
03:17On pourrait dire que finalement, Nicolas Sarkozy, dans les années où il était ministre de l'Intérieur,
03:23quand on se remémore et rembobine le fil, cohabitait aussi d'une certaine manière avec les Chirakiens.
03:29Mais ce n'était pas tout à fait le cas, c'était quand même sa famille politique.
03:31Là, en la matière, oui, en effet.
03:33Et de toute façon, il y a des sujets sur lesquels, notamment des sujets régaliens,
03:37où on voit bien qu'il y a quand même des différences d'approche
03:39entre ce que l'on appelle le bloc central, c'est-à-dire plutôt le bloc macroniste,
03:44et les LR, et notamment Bruno Retailleux,
03:46sur la question migratoire, sur la question de l'Algérie, entre autres, par exemple.
03:49Autant de sujets qui, aujourd'hui, sont des sujets assez clivants.
03:52Là, il y a des différences.
03:53Et jusqu'à quand il peut finalement tenir les deux bouts de la chaîne ?
03:56C'est-à-dire une solidarité, un esprit de responsabilité engagé dans un gouvernement,
04:01et la volonté d'incarner une alternance pour 2027.
04:04Parce que le problème, c'est qu'il faut qu'il incarne une alternance de rupture à droite,
04:07décomplexée, c'est ce qu'il est.
04:09Mais pour vous, Arnaud Benedetti, de sa position aujourd'hui de nouveau président des Républicains,
04:14il est le candidat naturel des Républicains en 2027 ?
04:18Est-ce que c'est trop tôt ?
04:19C'est très tôt, vous savez.
04:20Oui, alors, au jour, à l'heure où on parle, oui,
04:23il apparaît en tout cas comme une des hypothèses les plus probables.
04:26Mais d'ici 2027, il peut se passer mille chances.
04:28Il faudra discuter le budget dans quelques semaines.
04:31Ça va être un véritable exercice, ça.
04:32Donc, si vous voulez, la vie politique est tellement instable aujourd'hui,
04:38et la vie politique institutionnelle est tellement instable aujourd'hui,
04:41qu'il est très difficile, en tout cas, de pouvoir prévoir ce qui va se passer,
04:45ce qui est toujours difficile dans l'exercice de l'analyse politique, comme vous le savez.
04:49Il y a de la concurrence en plus.
04:50Gérald Darmanin, qui vient de proposer une prison de haute sécurité au cœur de la forêt guyanaise,
04:56ça n'est pas anodin qu'il le fasse ce week-end.
04:57Édouard Philippe aussi était en meeting ce week-end, Gabriel Attal, etc.
05:02Alors, il y a un autre sujet pour Bruno Rotaillot, c'est aussi le Rassemblement National.
05:06La façon dont le Rassemblement National va devoir gérer, par exemple,
05:11l'empêchement potentiel de la candidature de Marine Le Pen,
05:16peut constituer, là pour le coup, pour Bruno Rotaillot,
05:19quelque chose d'une sorte de ressource en termes électoraux.
05:24En fait, tout l'enjeu pour Bruno Rotaillot, c'est quoi, aujourd'hui, en tant que président de LR ?
05:28Son enjeu principal, c'est de faire revenir une partie de cet électorat LR
05:32qui est partie vers le Rassemblement National.
05:36Donc ça, c'est un véritable défi pour Bruno Rotaillot.
05:42Le problème, c'est que les dynamiques sociologiques,
05:45qui sont quand même à l'origine, aujourd'hui, de la progression du Rassemblement National,
05:49sont des dynamiques sociologiques très fortes, très enracinées.
05:52Est-ce que Bruno Rotaillot va pouvoir, quelque part, les casser ?
05:55Refaire le coup de Nicolas Sarkozy en 2007.
06:00Sauf que, si vous voulez, Marine Le Pen et Jordan Bardana,
06:03ce n'est pas Jean-Marie Le Pen.
06:04Il y a eu 20 ans qui sont passés entre-temps,
06:06donc on n'est plus tout à fait dans la même configuration.
06:08Merci Arnaud, merci à vous.
06:09D'être venu sur Europe 1, je rappelle que vous êtes le rédacteur en chef
06:12de la revue politique et parlementaire.
06:13Bonne journée à vous.
06:14Merci à vous.
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