00:00Qui sera demain sur la scène du Stade de France ?
00:09Un immense rendez-vous pour chaque artiste qui a ce privilège.
00:12La plus jeune génération a peut-être la réponse.
00:14Joe, le rappeur marseillais, monte à Paris, direction Saint-Denis,
00:18pour un lieu devenu mythique.
00:20Avant lui, il y a eu Indochine, Mylène Farmer, Gims,
00:22mais aussi le boss, il fut à jamais le premier.
00:26L'idole du rock français Johnny Hallyday,
00:28c'était en 1998, trois dates attendues par des dizaines de milliers de fans,
00:32un concert hors norme, démesuré,
00:35qui va se retrouver en péril par les caprices du ciel.
00:38Alors selon vous, sera-t-il finalement sur la scène ce soir-là ?
00:42C'est l'histoire de ce vendredi.
00:58Sur cette photo, on voit Johnny face aux éléments.
01:02Il n'en a plus rien à foutre, il est dans son concert.
01:04Totalement trempé.
01:06Et lui, il est capable de tout, cinglé.
01:09Même pas mal.
01:10Et c'est moi Johnny, et c'est moi qui fais le Stade de France.
01:12Contre vents et marées, contre pluie, contre succès et échec,
01:22c'est un warrior.
01:26Chômage grand.
01:36Johnny Hallyday au Stade de France.
01:38C'est un tournant dans la carrière de la rockstar.
01:42Son grand retour après quelques déboires.
01:48En 96, Johnny est le chanteur français qui cartonne.
01:53Jusque-là, tout va bien.
01:57Mais voilà qu'il rêve d'une carrière internationale.
02:01Il y a toujours ce vieux truc de « je veux être connu aux Etats-Unis ».
02:05Son nom est américain.
02:09Il a la culture américaine dans la tête et il ne l'a jamais vécu.
02:11Donc, son producteur de l'époque décide d'organiser des concerts à Las Vegas.
02:23Il a toujours aimé les challenges comme ça.
02:25D'aller plus haut, plus loin, plus de monde.
02:28Il a mis toute son énergie dans la préparation de Destination Vegas.
02:38Et en fait, le choix des chansons n'allait pas, il n'était pas en place.
02:42Les Américains n'en avaient strictement rien à foutre de voir le Elvis français.
02:46Donc, du coup, ça a été un concert cataclysmique, aussi bien côté public que côté artiste.
02:50Il faut être honnête, il faut dire que Johnny n'était pas assez connu pour attaquer une carrière aux Etats-Unis.
02:59Pas assez jeune pour faire une carrière aux Etats-Unis.
03:03Vegas l'enferme dans cette idée que sa carrière est terminée.
03:06Le chanteur sombre, il prend une année sabbatique et disparaît de la scène.
03:17Pendant ce temps, la France est en ébullition.
03:20La Coupe du monde de foot 98 approche et on construit le plus grand stade du pays.
03:25Quand son producteur de l'époque t'en parlait de l'ouverture du Stade de France
03:31et que peut-être Johnny pourrait être le premier artiste à s'y produire,
03:34ça sonne à son oreille et il se réintéresse à sa carrière.
03:38Il était comme un enfant à l'idée de faire le Stade de France.
03:41Il voulait faire un truc qui marque, il a toujours aimé les challenges.
03:45Plus c'était gros, plus elle l'excitait.
03:48Johnny ne s'est jamais produit dans un lieu d'une telle envergure.
03:52Alors, il lui faut des chansons qui claquent.
03:55Tiens, et si on allait solliciter le jeune homme à la mode
03:58pour écrire un album pour Johnny ?
04:00Qui est l'artiste à l'époque qui cartonne le plus en France ?
04:04C'est Pascal Obispo.
04:15Obispo a compris le personnage Johnny.
04:17Il a réussi à faire, à jouer avec l'image du Phénix qui renaît de ses cendres, blablabla.
04:21Johnny, d'un secours, revient. Il est très, très élégant.
04:24Il est très chic.
04:25Le cheveu un peu plus court, le bout, ça c'est Pascal.
04:30Et donc, on casse complètement l'image du cow-boy.
04:34On arrête les Santiago, le bouson de cuir à franges.
04:38Pour en faire un chanteur de charme.
04:41Pascal a été un espèce de pygmalion très, très, très, très précis et il avait raison.
04:53Le look, c'est fait.
04:57À présent, il faut un tube à la démesure du Stade de France.
05:01Et celle qui va l'écrire n'a rien d'une roqueuse.
05:04On est au mois d'août.
05:08Je suis seule à Paris, dans mon studio, en train de me morfondre, clairement.
05:12Et puis, écoute, file tard.
05:1611h, minuit.
05:18Salut, c'est Pascal, au bispo.
05:20Oui.
05:21Alors, tu vas rire.
05:23Il faudrait me faire un texte.
05:26C'est pour Johnny.
05:28Tu vois, parce qu'il va faire le Stade de France.
05:30Il faudrait que ce soit un truc un peu glorieux.
05:31Allez, au revoir.
05:33Mute.
05:33La seule info que j'ai, c'est que le spectacle de Johnny, la tournée,
05:41allait s'appeler Johnny vous met le feu.
05:44Je trouve ça l'air.
05:47Je tente un truc.
05:50Je me dis, allume le feu.
05:52Déjà, je trouvais qu'il y avait un petit côté un peu plus sensuel, un peu plus Johnny.
06:00Pour vous dire, j'étais en train d'essayer de me prendre pour Johnny,
06:03ce qui est assez voué à l'échec, vu ma constitution,
06:07avec mon chat, avec les oreilles en arrière,
06:09qui trouvait que je chantais trop fort.
06:15Je fais les 100 pas.
06:17Il y a de l'orage.
06:18Merci l'orage.
06:19Allez, je vais mettre l'orage.
06:20Il faut que ce soit quelque chose de très héroïque,
06:23de très gladiateur, en fait.
06:25Donc, je me fais, en fait, une liste de mots qui me font penser à Johnny.
06:29Foule, moto, toute l'imagerie, même un peu cliché,
06:33de Johnny.
06:34Tous les petits mots que Johnny aime, tu vois,
06:36le feu, l'étincelle, la cage, le lion.
06:40C'est très, très balin, comme c'est écrit.
06:42C'est un jeu de rôle.
06:43On écrit pour quelqu'un qu'on ne pourrait pas être, en fait.
06:46Et j'envoie un fax à Pascal Obispo le lendemain,
06:50en lui disant, bon, écoute, j'ai fait ça,
06:53tu me diras si ça va.
06:54Tourner le temps à l'orage
06:57Revenir à l'état sauvage
07:01Forcer les portes, les barrages
07:05Sortir le loup de sa cage
07:08On s'est retrouvé en studio
07:10et il a commencé à chanter.
07:12Et alors là,
07:14j'avais l'impression d'avoir ouvert une porte
07:17à la pointe du Rhin, en Bretagne,
07:19avec un vent de force 12703.
07:22Il suffira
07:23Et là, entre ces deux baffes,
07:34il se passe un truc, tu dis,
07:35arrête quand même, c'est magique, évidemment.
07:37Il a fait à fond la caisse, quoi.
07:39Il donne tout ce qu'il y a dedans.
07:45Il a quand même cassé trois micros d'affilée.
07:50Ça va être bien, t'as déjà détruit trois micros.
07:53Donc, il y a deux qui sont pétés, déjà.
07:55Il avait cette espèce d'immaturité
07:58et j'ai adoré ça
08:00parce que je pense que c'est une des raisons
08:01de sa longévité artistique.
08:04C'est cette envie, en fait.
08:07La rockstar tient ses nouvelles chansons.
08:12En route pour le Stade de France.
08:15Pas si grand que ça.
08:20On va faire un Stade de France,
08:21donc on va arriver en hélicoptère.
08:23Tout est possible et tout est imaginable
08:25parce que Johnny a les rêves les plus fous
08:27et qu'il doit quand même rappeler
08:29qu'il est la plus grande star française.
08:32Je ne suis pas raisonnable.
08:34Moi, je veux me faire plaisir.
08:35Je veux faire plaisir aux gens qui viennent me voir.
08:37Donc, c'est vrai que, des fois,
08:38ma folie va un petit peu trop loin.
08:40Johnny, il y a quelques mois,
08:46tu tenais vraiment arrivé par la voie des airs.
08:48Maintenant, tu ne peux plus reculer.
08:50Comment tu te sens ?
08:50C'est une répétition.
08:52Ça va, tout va bien ?
08:53Oui ?
08:53Oui, oui, tout va bien.
08:56J'ai toujours aimé les émotions fortes,
08:58donc je suis servi.
08:59Le jour venu,
09:05plus de 80 000 fans surexcités
09:07se pressent sur la pelouse du Stade.
09:13Je m'y prends un peu au dernier moment.
09:15Je me retrouve donc seule dans les tribunes.
09:17Je n'étais pas dans une tribune privée
09:18ni quoi que ce soit,
09:19entourée de gens sur fans.
09:21J'avais acheté ma place à l'époque.
09:27Je n'étais pas journaliste,
09:28mais je rêvais de voir Johnny.
09:30Donc, c'est la première fois
09:30que je vais le voir sur scène.
09:32Et il s'est mis à flotter.
09:36Et on attend, il pleut.
09:38Et puis, on attend, puis il pleut.
09:45Côté coulisses,
09:46la pression monte pour l'équipe de Johnny.
09:51C'est pas possible de jouer.
09:55Laetitia, comment est Johnny en ce moment ?
09:58Très inquiète.
10:00Il est informé des problèmes ?
10:02On attend un peu encore.
10:05Donc, on l'a attendu,
10:07on l'a attendu, on l'a attendu.
10:09Et puis, à un moment,
10:10son producteur de l'époque arrive.
10:14C'est la mort dans l'âme
10:16que nous allons annuler
10:20cette représentation de ce soir.
10:27Mais, mais,
10:29pour ceux qui le peuvent,
10:30nous donnerons rendez-vous
10:32vendredi prochain.
10:36On vient de Lyon.
10:37On a payé un quart.
10:39Ça fait quand même deux ans
10:40qu'on attend ce premier,
10:41surtout la première.
10:42Il est noudéçoit.
10:43Franchement, il est noudéçoit.
10:44On a presque les larmes aux yeux, ce soir.
10:45Je me suis dit, mais comment
10:47ils ont pu, à l'époque,
10:50ne pas gérer ça ?
10:51C'est-à-dire qu'en voulant
10:51imiter les productions américaines,
10:54bon, ils se sont pris
10:55les pieds dans le tapis.
10:56Une semaine plus tard,
11:13les fans sont de retour.
11:16Et la pluie menace encore le concert.
11:19Mais cette fois-ci,
11:22Johnny décide de braver
11:24les éléments.
11:26C'était quand même aussi
11:27une manière de dire à tout le monde,
11:28hé oh, vous m'avez cassé les couilles
11:30pour trois gouttes
11:30la semaine d'avant.
11:32Moi, j'y vais.
11:38On voyait Johnny descendre
11:40d'un filin de l'hélicoptère
11:41qui se posait sur le toit
11:43du Stade de France.
11:43Et au même moment,
11:52il apparaît dans un nuage de fumée
11:54au centre du stade
11:55sur une plateforme,
11:56tel un dieu grec.
12:00Bon, je me prends une petite gifle
12:03parce qu'en fait, moi non plus,
12:04je ne l'avais jamais vue sur scène.
12:05Je meurs et je chante comme elle.
12:09Je m'appuie pour te garder.
12:11Au fond, ça l'excitait,
12:13ces conditions d'antèses,
12:14parce que ça donnait encore plus
12:15un sentiment d'urgence
12:17et qu'il fallait se battre
12:18contre le ciel.
12:28Johnny, c'était un immense comédien
12:29sur scène.
12:30Toutes les figures iconiques du rock,
12:32il les reproduisait.
12:33Donc le jeu de jambes,
12:34il se roulait par terre,
12:35il tombait parce qu'il était triste.
12:41Et voilà, Tipac, notre allumé,
12:43le feu, qui déboule.
12:50Avec pyrotechnie,
12:53des trucs qui descendent.
12:54Et alors, moi, alors, émerveillée,
13:11et en même temps, je vous juge,
13:12il fallait que je me pince
13:13pour me dire, OK,
13:14c'est la chanson que j'ai faite
13:15dans mon mois d'août pourri.
13:17C'était assez délirant, en vrai.
13:33Parce que c'était n'importe quoi.
13:35C'était la grande fresque de Johnny
13:37dans le plus grand délire possible.
13:38C'est extraordinaire de bien connaître
13:45quelqu'un, et le fait qu'il te surprenne
13:47à chaque fois, quand même.
13:49Ça, c'est formidable.
13:53Ah, on en a fait, quand même,
13:55ce spectacle.
14:08Voilà pour ce 20h30 le vendredi.
14:10Merci à l'équipe du jour,
14:11Evan, Sia, Félix et Julie.
14:12On se retrouve demain,
14:1313h15 le samedi.
14:14Tout de suite, vous avez rendez-vous
14:15avec Tropique Criminel.
14:17C'est sur France 2,
14:18et c'est tout de suite.
14:18Belle soirée à vous.
14:19Sous-titrage Société Radio-Canada
14:23Sous-titrage Société Radio-Canada
14:25Sous-titrage Société Radio-Canada
14:27Sous-titrage Société Radio-Canada
14:32Sous-titrage Société Radio-Canada