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  • il y a 17 ans
Philippe de Villiers en débat sur France Info

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00:00C'est l'un des piliers historiques de la construction européenne, le plus vieux socle commun, la politique agricole commune
00:09et cela reste aussi l'un des plus gros budgets de l'Europe, 43% aujourd'hui.
00:14Pour la France, l'enjeu européen s'est donc longtemps réduit à la défense de ses intérêts dans ce domaine.
00:20Les priorités à la veille de ce scrutin des européennes doivent-elles évoluer ? C'est la question que nous
00:26allons poser Marie-Ève à nos trois invités.
00:28Avec trois invités en direct, certains depuis la province, Philippe de Villiers pour les listes Libertas qui se trouvent à
00:36Nîmes et puis José Bové pour les listes Europe Écologie qui se trouvent à Marseille suite aux perturbations de la
00:41SNCF qui entend encore plus empêcher notre invité socialiste Stéphane Le Foll de venir.
00:47Il est resté coincé dans un train et par téléphone, c'est pas possible. Donc j'accueille Jean Gobert qui
00:51n'est pas candidat sur les listes européennes mais qui est député socialiste des Côtes d'Armor, qui connaît bien
00:55ses dossiers et qui a accepté.
00:56On le remercie de venir dans nos studios au pied levé.
00:59Merci à tous les trois d'être avec nous en direct sur France Info. Alors le débat est d'actualité
01:03avec bien sûr d'abord la crise du lait.
01:06On l'a vu, cette nuit les négociations ont achoppé, elles sont pour l'instant toujours suspendues.
01:11Faut-il en finir avec la politique des quotas ? Sont-ils responsables ou pas de la chute des prix
01:16? D'après vous Philippe de Villiers ?
01:19Je pense que ce qui se passe pour les producteurs de lait est tout à fait emblématique.
01:27C'est-à-dire qu'on a du lait qui arrive de Nouvelle-Zélande, d'Australie, dans n'importe quelle
01:31condition.
01:33Au même moment on a décidé de supprimer les quotas pour 2015, c'est-à-dire que la volonté claire
01:38de la commission de Bruxelles et des dirigeants européens,
01:42c'est une PAC sans cap, c'est-à-dire une dérégulation systématique, quotas et de stockage.
01:49Un découplage en plus entre le travail et la rémunération, avec l'idée qui a été énoncée par Mme Fischer
01:57-Boll,
01:57qui vient d'être décorée du mérite agricole au passage.
02:01Qui est la commissaire européenne ?
02:02La commissaire européenne qui a déclaré, je l'ai entendu de mes oreilles,
02:07qui a déclaré, je conseille aux agriculteurs européens de se préparer à changer de métier en 2013.
02:14Alors moi je fais deux propositions qui me paraissent décisives pour la survie de notre agriculture.
02:22La première, sortir l'agriculture européenne de l'OMC, comme d'ailleurs la culture,
02:30comme c'est le cas pour la culture, c'est-à-dire faire valoir l'exception agriculturelle,
02:34parce que l'agriculture c'est le territoire et c'est en soi un élément de notre culture.
02:40On ne peut pas laisser l'agriculture dans la machine de l'OMC.
02:45Et deuxième proposition, instaurer ou plutôt rétablir ce qui a fait la prospérité de l'Europe à une certaine époque,
02:52c'est-à-dire une préférence communautaire avec les pays qui veulent s'y associer
02:55et qui veulent que l'Europe soit une communauté de producteurs et de consommateurs,
03:00c'est-à-dire avec une priorité à la production.
03:03Si on doit consommer du miel, on consomme d'abord le miel fabriqué en Europe,
03:08avant de faire venir du miel d'Afrique du Sud.
03:10Si on veut manger des fraises, on consomme d'abord les fraises fabriquées dans le sud de la France où
03:15je suis actuellement.
03:16Si on veut consommer du blé, avant de faire rentrer le blé ukrainien, on s'occupe du blé européen.
03:22Si on veut du poulet, au lieu d'aller chercher le poulet chloré du Brésil, on encourage nos éleveurs de
03:28poulet, etc.
03:29Pour l'instant, on en est au-lés, là, pour l'instant.
03:30Eh bien, aujourd'hui, qu'est-ce qui s'est passé depuis Maastricht et Marrakech, c'est-à-dire 92
03:36-94 ?
03:37On a peu à peu détruit les instruments de régulation du marché agricole,
03:43parce que l'Europe, aujourd'hui, considère qu'il est plus rentable et plus efficace d'aller chercher les bras
03:50les moins chers,
03:51les produits les moins chers, les législations les moins protectrices.
03:53C'est le libre-échangisme mondial plutôt que la préférence communautaire.
03:57José Bové, est-ce qu'il faut manger des fraises françaises, du poulet français, avant de consommer européens ?
04:03Non, je n'ai pas dit ça. J'ai dit des fraises européennes avant de consommer des fraises d'Afrique
04:08du Sud ou d'Australie.
04:09Ce n'est pas tout à fait la même chose, madame.
04:10Mais je modifie un petit peu la question.
04:12Ah, d'accord.
04:12Pour voir si les intérêts nationaux doivent primer sur les intérêts européens, monsieur Devilliers.
04:16Je crois qu'il faut d'abord rappeler, ça a été dit en début d'émission, que la première politique
04:23européenne, c'est la politique agricole.
04:26C'est sur la politique agricole que s'est construite l'Europe.
04:29Et si la paix entre les pays s'est bâtie, c'est par la possibilité pour tous les citoyens européens
04:36de pouvoir manger à leur faim
04:37et donc pour pouvoir construire une agriculture qui satisfasse les consommateurs.
04:42C'est le point de départ et c'est essentiel à rappeler.
04:45Sans la politique agricole commune, eh bien, on n'aurait pas réussi dans le début des années 60
04:51ce formidable pari qui était de nourrir tous les européens correctement et à des prix acceptables
04:57tout en garantissant à l'époque aux paysans des revenus.
05:02Le problème, c'est qu'effectivement les choses ont évolué.
05:05Et là, dans le cas du lait, puisqu'on est parti sur la question du lait,
05:08il y a une véritable responsabilité, non pas de la commission, comme certains souverainistes voudraient nous le faire croire,
05:15mais bien des responsables politiques.
05:17Parce que M. Barnier, qui était à l'époque président du Conseil des ministres de l'Agriculture,
05:22a participé à la décision de démantèlement des quotas laitiers
05:28et donc au fait qu'on puisse augmenter la production au-delà des quotas laitiers de 1% chaque année
05:34jusqu'en 2015, qui était la date annoncée pour la suppression des quotas laitiers.
05:39Là, je crois qu'il y a effectivement une responsabilité politique très lourde
05:42de la part de M. Barnier, mais de l'ensemble des ministres de l'Agriculture européenne,
05:47puisqu'ils ont décidé pour l'ensemble des productions qui étaient organisées
05:52de démanteler toutes les formes de ce qu'on appelle dans le jargon européen
05:57les organisations communes de marché, qui sont des outils de régulation sur les volumes.
06:02Et c'est parce qu'il y a eu pendant plus de 20 ans des outils de régulation sur les
06:06volumes,
06:07donc le quotas laitiers notamment, depuis 1984,
06:10qu'il y a eu à la fois un volume produit qui correspondait aux besoins de l'agroalimentaire,
06:17mais surtout, ça a permis qu'il y ait un prix qui soit stable pendant plus de 20 ans.
06:21Or, à partir du moment où on a une offre qui est supérieure à la demande,
06:27eh bien, on se retrouve avec des prix qui s'effondrent
06:29et qui arrivent directement là aussi en concurrence avec le prix du marché mondial.
06:34Et là, il y a un vrai souci, c'est qu'il faut qu'au niveau européen,
06:38on soit en capacité de remettre en place des outils de maîtrise des productions.
06:44On a eu des scandales il y a quelques années sur les fruits et légumes,
06:48c'est quelque chose qu'on connaît bien et donc ça permet de répondre à la question sur les fraises.
06:51On a eu ce scandale quand l'Espagne est rentrée,
06:55eh bien, l'Europe n'a pas voulu, les ministères agriculteurs européens,
06:58mettre des outils de maîtrise de production sur les fruits et légumes.
07:02Eh bien, ça a donné des crises avec des concurrences, évidemment, inacceptables,
07:06qui ont amené les gens dans une situation de ruine au niveau agricole.
07:10C'est pour ça que l'agriculture ne peut fonctionner qu'avec des outils de maîtrise de production
07:15qui permettent de garantir des prix aux agriculteurs.
07:18Et ça, ça ne peut se faire que dans un cadre européen.
07:19Donc de la réglementation, de la régulation, est-ce que c'est aussi l'avis du Parti Socialiste, Jean Gaubert
07:24?
07:24Oui, bien sûr, ça a toujours été d'autres avis et je me réjouis en entendant ce débat.
07:29Et d'ailleurs, en entendant les débats qu'on connaît depuis un certain nombre d'années autour des quotas laitiers,
07:33que le quota laitier soit paré d'autant de mérite aujourd'hui,
07:39alors qu'en 1984, le ministre de l'époque, Michel Rocard, se faisait lyncher
07:43quand il est revenu de Bruxelles en ayant participé à la mise en place de ces quotas.
07:47C'était d'ailleurs beaucoup plus vrai à droite qu'à gauche,
07:49et c'était en particulier la FNSEA qui était violemment opposée.
07:53Je suis content que vous le rappeliez.
07:55Ah mais je crois que c'était nécessaire effectivement de rappeler.
07:57Je voudrais aussi dire, pour aller vite, que je marque tout à fait mon accord avec ce qu'a dit
08:01en particulier José Bové
08:02dans le début de son intervention sur la capacité que l'Europe a eue d'acquérir une forme d'autonomie
08:10ou d'indépendance alimentaire.
08:11On l'appellera comme on veut en tous les cas.
08:13L'objectif de la PAC, c'était bien de nourrir les Européens en quantité et en qualité.
08:17Alors sur les qualités, on pourra discuter, mais je crois qu'on ne discute pas trop sur les qualités sanitaires.
08:21Vous avez l'impression, Jean Gaubert, qu'aujourd'hui, on peut justement faire cohabiter la dimension nationale et la réglementation
08:28européenne.
08:28On ne peut pas faire autrement. Il faut qu'on soit clair là-dessus.
08:33Et on ne l'est pas ?
08:33Dans ce pays, on parle beaucoup de nos exportations.
08:36Mais nos exportations, c'est essentiellement sur le marché européen.
08:39S'il n'y avait pas le marché européen, nous n'exporterions pas le lait.
08:42Il y a 10% du lait qui fait l'objet des tractations mondiales.
08:45C'est celui-là qui déstabilise le marché.
08:47Et donc là-dessus, il faut trouver des réponses.
08:49Mais la réalité, c'est que si nous n'avions pas les marchés allemands, italiens, espagnols,
08:54l'économie française, l'économie agricole, mais l'économie française en général, n'y survivrait pas.
08:58Donc je crois qu'il ne faut pas remettre ça en cause.
09:00Vous êtes tous en train de, en tout cas José Bové et Jean Gaubert,
09:04en train de vanter les mérites de la politique agricole commune.
09:07C'est quand même 43% du budget de l'Union.
09:09Et puis on a publié la liste des bénéficiaires.
09:12On se rend compte qu'Elisabeth II, le groupe LVMH, pour son cognac, reçoit des subventions.
09:17Ça peut un petit peu choquer quand même José Bové.
09:19Oui, moi je voudrais, attendez, pardon, je n'ai pas fini.
09:22Jean Gaubert termine et après José Bové.
09:23On a toujours le sentiment quand on parle qu'on est moins long que les autres,
09:26mais j'ai le sentiment que j'avais été moins long.
09:27Donc je voudrais quand même dire autre chose.
09:31La crise estière d'aujourd'hui, parce que c'était le début de votre question.
09:33Elle n'est pas liée pour le moment à l'augmentation des quotas qui a été obtenue.
09:38Elle est liée au fait qu'en 2003, on a baissé les prix d'intervention sur la poudre de lait
09:42et sur le beurre.
09:44Et ce sont ces prix d'intervention qui déterminent en cas de crise le prix plancher du lait.
09:47Et comme en 2003, on l'a baissé, je l'avais dit à Guémard, qui est à l'époque ministre
09:51de l'Agriculture,
09:52qu'il y avait là le germe d'une crise grave en matière de production laitière.
09:56Je ne savais pas quand.
09:57La réalité, c'est qu'il est aujourd'hui.
09:58Oui, l'histoire veut qu'avant-hier, j'ai retrouvé un enregistrement vidéo de ce que je disais dans un
10:03commissaire agricole en août 2003,
10:05où je disais strictement ça.
10:07C'est ça la réalité.
10:08Et là, l'un et l'autre, on parlait du démantèlement des outils, des régulations, c'est à ça qu
10:13'il faisait référence.
10:14Alors maintenant, José Bové, les subventions qui sont distribuées,
10:18notamment à des gens dont on a le sentiment, comme Elisabeth II, qu'elle n'en a pas forcément besoin.
10:22Alors là, on est en train de payer un véritable problème.
10:26C'est qu'effectivement, les aides dont elles sont distribuées, jusqu'à présent, ont été faites sans aucune transparence
10:32et ont été faites sur des critères qui étaient des mauvais critères.
10:36Il faut tout changer ?
10:37Alors, moi, je pense qu'il faut tout changer, puisqu'on n'est pas assez au départ d'aides au
10:41volume.
10:42C'est-à-dire que plus on produisait, plus on avait d'aides.
10:43Ensuite, il y a eu en 1992 une première modification de la politique agricole.
10:47On est passé aux aides à l'hectare, mais on a plus aidé les grandes productions,
10:52par exemple, entre quelqu'un qui faisait de l'herbe pour nourrir ses vaches
10:56et quelqu'un qui faisait du maïs irrigué pour l'ensilage.
10:59Eh bien, ça allait les aides de 1 à 10.
11:01Et la dernière modification a amené qu'on a fait des aides,
11:06où on a pris les meilleures aides que chacun touchait,
11:09sans compter le nombre d'hectares.
11:11Donc, on a des très grandes disproportions qui sont très importantes,
11:15puisqu'on a à peu près 80% de ces aides à 20% des agriculteurs.
11:18Mais ce qu'a fait apparaître la transparence que nous, on réclamait depuis plus de 15 ans,
11:24ce que ça a fait apparaître, c'est qu'il y a encore aujourd'hui énormément d'industries agroalimentaires
11:29qui reçoivent des subventions aux exportations.
11:33Alors, effectivement, on a des entreprises de l'agroalimentaire.
11:36On a parlé tout à l'heure du poulet.
11:38Une entreprise comme Doux, qui est en Bretagne,
11:41aujourd'hui touche 65 millions d'euros de subventions à l'exportation.
11:45Et on connaît les dégâts que ça a fait, notamment sur les pays d'Afrique.
11:49Alors là, je crois que si on va réformer la PAC,
11:51et nous, nous disons qu'il faut réformer la PAC,
11:53et ça va même être un des principaux enjeux de la prochaine session du Parlement européen,
11:59et là, c'est sûr que je vais m'y engager de manière très forte,
12:02eh bien, il va falloir faire en sorte de modifier les règles du jeu de la politique agricole,
12:07qu'on ait une PAC qui s'appuie sur, premièrement, la création, le maintien et la création d'emplois agricoles,
12:14donc des aides à l'actif, la qualité et la diversité des produits,
12:18donc la défense d'une agriculture qui soit une agriculture paysanne,
12:24avec des produits de plus en plus liés à des territoires,
12:27pour qu'on sorte de cette agriculture industrielle.
12:30Et troisième proposition, une agriculture qui se reconvertisse,
12:34pour que l'agriculture ne pollue plus ni l'eau, ni la terre,
12:38et quatrième pilier, ça sera...
12:39Très rapidement, parce qu'on arrive au terme de ce débat, je débrouille.
12:42Voilà, quatrième pilier, que l'agriculture européenne ne tue pas les paysans au sud.
12:48Alors, 30 secondes, Philippe de Villiers.
12:50Ah bah écoutez, bon, merci pour l'instant.
12:52Vous avez été très long, hein, pour votre première intervention.
12:55Et puis alors, sur les aides, c'est très simple.
12:56Pendant que l'Europe est en train d'abandonner les agriculteurs européens,
13:01et notamment français,
13:02les Etats-Unis, avec le Farm Bill,
13:03sont en train d'augmenter leurs aides à l'agriculture américaine.
13:06Donc il y a deux poids, deux mesures.
13:08Donc vous, c'est toutes les aides pour les français ?
13:10Et donc, moi, je souhaite que l'agriculture européenne soit aidée,
13:15comme l'est l'agriculture américaine.
13:18Il est bien évident qu'il y a là une inégalité,
13:21et qui met nos agriculteurs...
13:22Renoncez-vous sur les subventions aux exportations, monsieur de Villiers.
13:24Et... Non, non, mais ça, vous savez,
13:26sur l'affaire Doubs, vous avez tout à fait raison.
13:28Il faut faire attention à ce que, par exemple,
13:31ça n'encourage pas Doubs, c'est ce qu'a fait Doubs,
13:33à aller chercher le poulet chloré du Brésil,
13:35pour faire concurrence à lui-même,
13:37parce que c'est ce qui s'est passé au détriment
13:38des travailleurs français, d'ailleurs,
13:40et notamment des travailleurs bretons.
13:42Moi, ce qui me choque beaucoup,
13:43c'est que les aides...
13:54pour garder leur dignité,
13:56doit rester ou redevenir un producteur
13:59avec des prix rémunérateurs,
14:02rémunérés sur des marchés protégés.
14:04C'est ça, l'agriculteur de demain,
14:06si on veut sauver notre agriculture.
14:08Merci à tous les trois d'avoir été en direct
14:10avec nous sur France Info
14:12pour ce débat consacré à l'agriculture.
14:14Demain, Marie-Ève, nous continuons à parler d'Europe,
14:16nous parlerons Europe et culture.
14:18France Info, 10h30.
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