00:00Bonjour Jeanne. Bonjour Charles. Ça va ? Ça va et toi ?
00:04Ben oui très bien. Contente de t'accueillir. Très content d'être ici.
00:10Donc nous ici on fait 70 fruits, légumes, aromates différents.
00:14Donc là on est dans le carré des choux. Vous voyez qu'on a plein de sortes de choux.
00:18C'est un des légumes qu'on a en plus grande diversité.
00:22Nous pour fixer nos prix, alors on a calculé nos coûts de revient et puis les prix du marché en fait.
00:27Et c'est là où ça pêche. C'est quand on doit s'aligner et qu'on voit qu'en fait
00:31on nous demande souvent des prix qui nous permettent pas d'avoir une marge de sécurité
00:36pour pouvoir faire des investissements, pour se payer plus que le spick.
00:40Et malgré tout faudrait qu'on vende pas cher parce que l'alimentation faut que tout le monde puisse y avoir accès.
00:45On est tiraillé quoi. On a envie effectivement que tout le monde puisse goûter nos produits.
00:51Les solutions jusqu'à maintenant qui ont été de la réparation, c'est-à-dire quand un paysan a plus de revenus
00:55il va y avoir des aides exceptionnelles, quand il y a un problème climatique on va faire des aides exceptionnelles.
00:59On va pas résoudre les sujets de fond. Et puis de l'autre côté, tous les gens qui n'ont pas accès à l'alimentation
01:04se trouvent à avoir de l'aide alimentaire mais sans choisir ce qu'ils mangent, sans savoir ce qu'ils mangent.
01:09Et souvent c'est plutôt nos restes ou les produits transformés.
01:19Bonjour, je suis Charles Fournier, député écologiste d'Indre-et-Loire.
01:23Nous sommes ici à la ferme des 4 saisons pour parler de sécurité sociale de l'alimentation.
01:29Alors cette sécurité sociale de l'alimentation, pour la définir, le mieux c'est de vous montrer cette petite carte vitale.
01:34L'idée c'est d'élargir la sécurité sociale et d'intégrer dans cette sécurité sociale la question alimentaire,
01:39de permettre à chacun d'accéder à une alimentation de qualité, choisie,
01:44et puis aussi de permettre de garantir des revenus pour les paysans et d'améliorer notre santé.
01:50Donc c'est gagnant, gagnant, gagnant.
01:53Cette sécurité sociale de l'alimentation n'existe pas encore dans la circonscription de Charles Fournier.
02:01Mais un collectif local en teste les prémices avec une distribution alimentaire d'un nouveau genre.
02:09Là je prépare la commande du centre social Courteline, qui nous a fait une belle commande aujourd'hui.
02:17Il y a donc des endives, de la poire de terre, des carottes, choux fleurs, mâches, oignons, poireaux,
02:23et de la pomme de terre à chair ferme.
02:26Ces fruits et légumes bio vont pour la première fois être vendus à des prix accessibles aux plus précaires.
02:34C'est profondément injuste de ne pas choisir.
02:37On l'a tous fait quand on sort d'un supermarché et qu'on donne un produit à l'aide alimentaire.
02:41C'est pas le produit bio de qualité.
02:44Ce qu'on donne, c'est ce qu'on a trouvé dans un rayon, une boîte de conserves diverses et variées.
02:49Et là, justement, on dit que c'est aussi une forme de redistribution pour que chacun ait accès à une alimentation de qualité.
03:01Direction le centre social de Courteline, à moins de 6 kilomètres.
03:07Dans ce quartier prioritaire de la ville, un collectif d'habitants et d'associations a créé un conseil local de l'alimentation.
03:26Et ici, ce sont les bénéficiaires qui décident de tout.
03:30Chaque distribution alimentaire est précédée d'une réunion du collectif.
03:37Allez, on s'installe.
03:40Prix, quantité de légumes, tout est choisi collégialement.
03:451,50 euro le kilo de fruits et légumes bio, 1 euro les 6 oeufs.
03:54Si on repart sur la semaine dernière, par rapport au produit qu'on avait eu,
03:58on avait pris 2 kilos pour une personne seule et 4,5 kilos pour une famille.
04:04Est-ce qu'on reste là-dessus ou est-ce qu'on...
04:08On a énormément de demandes parce que là, je pense qu'on va être autour de 50 personnes aujourd'hui.
04:13A peu près, oui.
04:15Ce qui fait que, du coup, là, nous, les oeufs, on a doublé par rapport à la dernière fois.
04:20Et ça n'a l'air de rien, mais si les oeufs partent vite, ce n'est pas un hasard.
04:34Ben oui, c'est ça, pour avoir des protéines, ben oui.
04:37C'est un des effets, c'est une des explications du fait que les gens mangent moins de viande.
04:41Ce n'est pas tant seulement les changements, parce qu'il y a des changements quand même,
04:45la mentalité, mais c'est aussi le prix.
04:47Ce n'est pas accessible, c'est vrai.
04:49C'est luxe.
04:51C'est hors de prix.
04:53Moi, si je veux m'acheter de la viande, je vais regarder dans les antigaspies.
04:58On a souvent tendance à dire que les gens mangent mal,
05:01mais sauf que pour pouvoir manger bien, il faut avoir les moyens.
05:04Je vais vous donner un chiffre, je ne sais pas ce chiffre, parce qu'il est vertigineux.
05:07Les dépenses publiques liées à la malbouffe, c'est 19 milliards par an.
05:11Oui, bien sûr.
05:14Plus de 100 kg de fruits et légumes à répartir.
05:17Et 2 kg de légumes, pardon.
05:19Mais du coup, tu peux mélanger, si tu as envie, tu fais comme tu le sens.
05:22OK ? Et c'est 1,50 € le kilo.
05:24C'est la troisième distribution alimentaire seulement du collectif,
05:28et le centre social ne désamplie pas.
05:30Des familles monoparentales, beaucoup.
05:33Des résidents en emploi précaire, souvent.
05:36Là, je l'ai dit ce matin en chaud, je n'ai rien acheté.
05:39Je ne pouvais pas.
05:41Et là, en plus, c'est bio, ici.
05:43C'est moins cher et bio.
05:451 kg de poire, pour moi.
05:47Et 6 oeufs.
05:51Vous pouvez choisir.
05:53Il n'y a pas de problème.
05:55J'en ai jamais dégusté d'aussi bon le poire que ces poires.
05:59Non seulement qu'elles sont délicieuses,
06:02mais elles sont juteuses, et puis c'est bien sucré.
06:06Donc il n'y a pas que la consommation.
06:08On peut aussi faire des gâteaux avec, sans rajouter trop de sucre.
06:14Loin des aides alimentaires,
06:16ici, chaque bénéficiaire choisit ce qu'il veut manger.
06:19Des produits bio, 2 fois moins chers que dans le commerce.
06:24Pour avoir ses prises attractives et un prix juste aux producteurs,
06:28la mairie de Tours subventionne l'expérimentation,
06:31à hauteur de 15 000 euros.
06:34Les gens cotisent le côté qui participe à 1,50 euro.
06:38Du coup, ça permet de racheter d'autres produits aussi.
06:41Mais on aimerait que ça devienne pérenne.
06:43En tout cas, c'est notre objectif, c'est de travailler là-dessus.
06:46C'est pour ça qu'on se bat pour que ça devienne quelque chose d'assez pérenne.
06:49Vous faites quoi du vert ?
06:52Dans sa proposition de loi, le député Charles Fournier
06:56demande l'attribution d'un fonds public de 15 millions d'euros
06:59pour soutenir ces expérimentations.
07:07Il veut même aller plus loin,
07:09créer une caisse commune nationale que chacun alimenterait en fonction de ses moyens
07:14pour être ensuite redistribuée équitablement.
07:18A Lyon, c'est ce que teste un collectif d'habitants.
07:27Il y a encore 5 mois, Francis Massamba, sans emploi et père de 4 enfants,
07:32n'aurait jamais pu fréquenter ce magasin bio.
07:49Ça coûte cher, mais je peux me le permettre avec ce que j'ai dans mon budget.
07:56S'il peut se le permettre, c'est grâce à la caisse alimentaire du 8e arrondissement.
08:01110 foyers, dont la moitié de précaires comme Francis, ont été sélectionnés.
08:07Francis cotise 15 euros par mois et reçoit 450 euros pour lui et ses 4 enfants.
08:14Et ça a changé ses habitudes alimentaires.
08:18Mes enfants aiment bien le pain de mie,
08:21et j'essaie de leur prendre ce qui leur fait plaisir.
08:28Je me sens au même niveau que les autres.
08:31Contrairement à ce que les gens peuvent prendre dans les réseaux du cœur,
08:36ils prennent parfois ce qu'ils ne veulent pas prendre.
08:40Ils n'ont pas de choix, mais ici j'ai le choix de prendre ce que je veux
08:44et je sens que j'ai quand même de l'importance dans la société.
08:49Et au moment de passer en caisse, ils ne déboursent rien.
08:53Et du coup, pour le montant, ça ferait un total de 64,61.
08:57Vous le réglez comment ?
08:59Je le règle par l'appli Calim.
09:01Ça marche.
09:02Le montant est directement déduit des 450 euros mensuels de son compte Calim 8.
09:10Est-ce que vous souhaitez le ticket ?
09:12Oui, s'il vous plaît.
09:14Cette épicerie fait partie des 19 magasins sélectionnés par les bénéficiaires eux-mêmes.
09:20Il y a une partie de la clientèle qui ne serait pas venue chez nous,
09:23à savoir que la caisse de sécurité sociale de Lyon 8 a choisi de réserver des places à 50%
09:29pour des personnes qui étaient en situation de précarité.
09:32Et c'est un public qu'on a du mal à toucher, qui a du mal à passer la porte de nos magasins.
09:36On est très proche des trois principes qui étaient inscrits dans l'article 1 de la proposition de loi,
09:41le principe d'universalité, le principe de conventionnement et le fonctionnement démocratique des caisses.
09:48Donc on est au bon endroit et je pense que c'est une des expérimentations qui nous raconte
09:52ce que nous pourrions vivre demain si la loi était adoptée à l'Assemblée nationale.
09:58Chacun contribue en fonction de ses revenus.
10:01Les cotisations vont de 1 à 300 euros par mois.
10:05La métropole de Lyon finance 200 000 euros.
10:09Bonjour !
10:10Mais pour pérenniser ce dispositif, le collectif cherche de nouveaux financements.
10:17C'est l'objet de ce groupe de travail.
10:21L'équilibrage aujourd'hui, s'il n'y avait pas de subvention, il ne pourrait pas se faire
10:25puisqu'on est 60% sur une fourchette qui cotise moins que ce que les personnes reçoivent,
10:31que 10% qui peuvent abonder beaucoup plus.
10:34Il faut chercher des riches aussi.
10:37Chacun ramène un riche à la prochaine réunion.
10:41Ramène ton riche.
10:44C'est vrai, mais vous avez raison.
10:50Mais comment convaincre les hauts revenus de participer à cette solidarité alimentaire
10:55alors qu'ils recevront moins que ce qu'ils donneront ?
10:59Le principe aussi c'est de changer les représentations qu'on a
11:04et de se dire que les gens qui ont des hauts revenus,
11:08ce n'est pas forcément ceux qui contribuent à un système vertueux alimentaire et agricole.
11:13Donc on a aussi tout intérêt à les amener à contribuer à ces expérimentations-là
11:18pour que demain le système change dans son entièreté.
11:22Je pense qu'il faut qu'on se batte pour avoir des sous, pour le dire un peu clairement,
11:25pour accompagner les expérimentations.
11:28Ce serait une autre étape.
11:29Moi j'avais écrit à la ministre de l'Agriculture qui avait répondu plutôt de manière ouverte.
11:34Donc comme elle a répondu comme ça, on va aller la voir.
11:37Et puis avec plein d'élus locaux qui se battent là-dessus
11:39pour voir comment on pourrait faire avancer le sujet.
11:41C'est vrai que c'est l'une des expérimentations peut-être les plus grosses
11:43qui existent en France en termes de volume financier engagé.
11:46Et donc c'est aussi important pour un parlementaire de venir parmi nous.
11:51Parce que derrière, il faut aller pousser au niveau national du droit à l'expérimentation.
11:56Je crois que Charles l'a poussé récemment.
11:59Et merci à lui d'avoir enfin amené culturellement ce sujet.
12:03Alors que beaucoup de gens ne connaissent pas du tout le concept.
12:05Vraiment plaisir de vous revoir. Un grand grand merci.
12:08Le concept est déjà testé dans une trentaine de communes en France.
12:12Mais pourra-t-il être étendu un jour ?
12:17Si je vois le cheminement de la sécurité sociale depuis 1945,
12:20tout le monde a acté à intégrer l'idée que ça faisait partie de la solidarité nationale
12:25dans la forme de redistribution.
12:26On est dans un moment où la question de la redistribution est posée de nouveau.
12:30Et donc oui, la question est sur la table.
12:33Je crois qu'un certain nombre de personnes le font déjà,
12:35de participer à des systèmes solidaires comme celui-là.
12:37Il faudra convaincre les très très riches sans doute de se dire
12:40que leur contribution doit être plus forte que celle qu'elle est aujourd'hui.
12:43Et que le système qui repose simplement sur l'aide alimentaire n'est pas satisfaisant.
12:48Il faut un système structurant.
12:51Sa proposition de loi pour accompagner ces expérimentations locales n'a pas abouti.
12:57Mais Charles Fournier travaille déjà à une nouvelle version du texte.
13:01Une version qu'il espère transpartisane.
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