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  • il y a 10 mois
Les résidents en Ehpad représentent près de la moitié des morts du Covid-19 d’après le ministère de la Santé.
Transcription
00:00Nous on doit se débrouiller avec nos résidents quand ils sont décédés.
00:03On doit prendre notre résident concrètement, plus de toilettes mortuaires,
00:09le mettre directement dans un sac, dans une housse mortuaire,
00:13on ferme et on doit noter le nom au marqueur du résident sur le sac.
00:18Et si on a un lit réfrigéré, on en a trois sur toutes les pads,
00:23on peut mettre dessus, si on n'en a pas, on doit mettre le résident en attente que le funérarium vienne.
00:28Donc là, on a eu des fois où jusqu'à quatre jours d'attente pour que le funérarium vienne récupérer.
00:34On n'arrive même plus à dormir la nuit en fait, on ne dort pas la nuit.
00:37C'est des images qui vous reviennent en fait dans la tête,
00:40et vous vous dites mais d'habitude voilà, on installe la personne,
00:44la famille vient, on met une ambiance dans la chambre,
00:47on va présenter nos condoléances à la famille, on pleure avec eux parfois,
00:52parce que ben oui, on a beau dire ce qu'on veut, mais il y a le professionnel et il y a l'humain,
00:57et en général, on est très attaché à nos résidents, vous voyez.
01:01Sur une année, en temps normal, on doit avoir une dizaine de décès.
01:06Là, actuellement, depuis le début du mois de mars, nous en sommes à 23 décès.
01:23Une fois qu'il est dans les pads, c'est trop tard.
01:26Il aurait vraiment fallu pouvoir ériger les pads en forteresse,
01:31et tout faire pour éviter que le virus ne rentre.
01:35La plupart du temps, on avait une bonne bataille de retard.
01:49Au début de la crise, les 15 premiers jours ou les 3 premières semaines,
01:52nous nous sommes retrouvés avec une situation quand même extrêmement complexe.
01:56Le problème, ce n'était pas seulement la réanimation,
01:58c'est qu'on nous refusait tout simplement l'hospitalisation,
02:01donc qu'il y ait besoin ou non de réanimation.
02:04On s'est très vite rendu compte qu'on allait devoir se débrouiller seul,
02:09sans les hôpitaux, donc seul dans les pads, sans possibilité d'hospitalisation,
02:14avec des difficultés en matériel aussi, donc souvent sans oxygène,
02:19sans médicaments très vite aussi.
02:21On a été confronté rapidement quand même à une pénurie de médicaments
02:25quand même essentiels dans cette situation-là, comme les sédatifs,
02:28et avec de grosses difficultés au niveau personnel aussi,
02:32le personnel soignant, le personnel d'une manière générale,
02:35puisque les pads sont déjà en sous-effectifs chroniques, en temps normal,
02:40et on s'est retrouvé avec du personnel aussi malade, aussi en arrêt maladie,
02:45et donc avec un manque d'autant plus criant de personnel dans nos pads,
02:49à un moment où on en avait encore plus besoin.
03:05Quand vous n'avez qu'une surblouse par poste,
03:08et que vous devez aller d'une chambre à une autre,
03:11donc forcément vous véhiculez le virus dans tout l'établissement,
03:14donc les zones contaminées, forcément elles allaient contaminer les zones saines,
03:19ou ce qu'on peut appeler saines,
03:21forcément on a contaminé des personnes qui ne l'étaient pas au départ.
03:26Je pense qu'on a mis du temps à se préoccuper de la situation
03:29qu'il y allait y avoir dans les EHPAD,
03:31alors que justement, on sait qu'on a un public qui est fragile,
03:35et que nous, pendant tout le début de la crise,
03:38on était en train de mettre en place beaucoup de mesures dans nos établissements,
03:41bien souvent avant le début de la crise,
03:44et donc on s'est rendu compte qu'il y avait beaucoup de mesures
03:47qui allaient être mises en place dans les EHPAD,
03:49et donc on s'est rendu compte qu'il y avait beaucoup de mesures
03:53dans nos établissements,
03:54bien souvent avant que les consignes nationales et régionales n'arrivent,
03:58et c'est vrai qu'on a eu le sentiment pendant le démarrage de la crise
04:01qu'on était un peu laissé de côté,
04:04alors que l'on savait qu'on avait le public qui était le plus sensible
04:08et qui risquait d'être le plus touché par la maladie.
04:10J'ai une de mes collègues, à qui je pense énormément,
04:14qui a eu un décès ennui,
04:19je sais qu'elle s'est confiée à moi,
04:21elle a l'image de cette personne,
04:24le regard de cette personne,
04:26mais là au quotidien devant elle,
04:28les yeux de la peur, un regard de peur,
04:31parce qu'elle savait qu'elle allait partir.
04:33Nos résidents qu'on voit partir, qu'on voit souffrir,
04:36parce qu'ils souffrent,
04:37il y en a certains qui souffrent,
04:38c'est une douleur je pense qui est...
04:43C'est insurmontable.
04:49C'est compliqué de pouvoir s'occuper des résidents
04:52comme on le fait d'habitude,
04:54et c'est surtout la présence des soignants qui manque aux résidents,
04:58donc les résidents se laissent,
05:00concrètement se laissent,
05:02arrêtent de manger,
05:03arrêtent de boire,
05:05on est obligé de les faire boire avec des subterfuges,
05:09c'est-à-dire de l'eau gélifiée,
05:11certains avec des seringues,
05:14pour les hydrater.
05:19J'imagine le soulagement qui sera celui des nombreux aidants
05:22et des nombreuses familles,
05:24quand ils pourront à nouveau rendre visite à leurs proches,
05:27souvent des personnes en perte d'autonomie,
05:29parfois désorientées,
05:31mais qui savent très bien
05:32ce que c'est que la valeur d'un regard d'une personne aimante.
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