00:00Je sais pas si je savais que ce serait d'avoir si froid.
00:04Il fait froid tout le temps, il fait froid la journée, il fait froid la nuit.
00:07Quand on est en permanence soumis à une pression du froid énorme, il faut bien imaginer une
00:30chose, c'est que s'il fait moins 60°C dehors, moi dans ma tente, il fait moins 55°C.
00:36Donc je suis dans un froid inimaginable, le congélateur d'une maison, quand vous mettez
00:41votre main dedans, il est à moins 18°C.
00:43Je ne suis pas certain qu'on survive vraiment bien à un milieu comme ça.
00:48Cet impact du froid est tel que le corps est soumis à une pression qui est peu imaginable.
00:54Chaque geste, chaque instant est une mise en danger.
00:57A l'instant où une vapeur d'eau chaude va dans l'air, elle gèle instantanément.
01:02Ce qui veut dire qu'à chaque fois que vous sortez de l'air de votre bouche ou de votre
01:05nez, ça devient du gel quasiment instantanément.
01:08Donc quand vous dormez, vous créez une couche de gel partout autour de vous.
01:11Quand vous marchez, vous avez cette même problématique.
01:13Votre air qui rentre dans votre voie respiratoire n'a pas le temps de se réchauffer avant
01:18d'arriver au poumon.
01:19Et plein de contraintes comme ça qui font que vous êtes quand même dans une condition
01:22qui n'est pas du tout faite pour l'humain.
01:24Ce qui a été le plus dur et qui n'était pas du tout prévu, c'est de marcher sur
01:28la rivière.
01:29Il fait moins 50°, moins 60° et pourtant sous la rivière, sous la glace, courent
01:34des courants géothermiques extrêmement chauds qui sont capables de faire fondre la glace
01:38à une vitesse qui est hallucinante.
01:40Je pense que j'étais trop fatigué, je n'étais plus assez attentif, je marchais
01:43sur la rivière et j'ai un de ces trous d'eau qui s'est ouvert sous mes skis et
01:47je suis tombé dans l'eau.
01:48Et là, c'est un moment qui est forcément d'une intensité extrême où on sait qu'on
01:56vient de basculer de la vie à une mort non pas certaine mais probable si l'action
02:02qu'on a n'est pas la bonne.
02:03Donc il faut avoir cette sorte de réflexe, cet instinct de rester dans l'eau parce
02:08que l'eau elle est chaude et que j'y suis bien et de prendre le temps de réfléchir
02:12quelle sera ma prochaine action, qu'est-ce que je vais faire.
02:14Et je savais qu'à quelques kilomètres, 4-5 kilomètres de là, il y avait une de
02:18ces cabanes.
02:19Quand j'étais dans l'eau, j'avais deux solutions, soit je devais sortir et monter
02:22ma tente pour allumer un réchaud et me réchauffer à l'intérieur de ma tente, soit tenter
02:26de rejoindre cette cabane.
02:274 kilomètres, c'est une heure à peu près dans les conditions où on est.
02:30C'est-à-dire que pendant une heure, je vais être mouillé dans cet environnement
02:33à moins 50 degrés.
02:34Je ne sais pas si c'est la meilleure solution mais c'est celle que j'ai prise.
02:36Et j'ai marché là pour le coup avec une énorme intensité pour justement transpirer
02:41cette fois, pour créer de la chaleur autour de moi, pour éviter que la glace ne me gèle
02:45trop et j'ai pu rejoindre cette cabane.
02:52On sait par exemple qu'en Yakussi, je quitte ma capacité d'avoir de la mémoire à court
03:05voire même long terme, à savoir je ne me souviens pas de ce que j'ai dit ne serait-ce
03:08que dix minutes avant.
03:09Je vais redire trois fois les mêmes choses, je vais utiliser les mêmes mots, je vais
03:12appauvrir mon vocabulaire.
03:13Ça, c'est un point qui est assez édifiant et qui montre que la mémoire à court terme
03:16est impactée.
03:17Yakussi a été très très éprouvante pour mon corps, c'était aussi la dernière étape
03:22d'adaptation 4x30 jours, donc j'avais accumulé pendant des mois une fatigue qui là ressortait
03:27totalement et donc je suis revenu vraiment, comme on dit, sur les rotules.
03:31J'ai mis d'ailleurs pratiquement une année à retrouver à peu près un niveau normal
03:36de physique.
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