00:00Il y a une vieille odeur d'urine, ça pourrait être du renard.
00:06Il y a quelques crottes, potentiellement des crottes de mouflons.
00:10Depuis que je suis toute petite, je pratique ce qu'on appelle le pistage animalier,
00:14qui est quelque chose qui est quand même sacrément ancré en nous.
00:17Je me connecte comme ça aux animaux et à la nature,
00:20vraiment en observant, en sentant, en cherchant des indices de présence.
00:24Là, t'as une trace de mouflons, juste ici.
00:29Là, il y a les deux ongles des savoirs.
00:32Quand j'ai grandi en Côte d'Ivoire, ma mère sauvait beaucoup les animaux.
00:36J'allais quasiment dans la piscine quand j'étais petite.
00:38J'ai eu cette connexion assez forte avec les animaux sauvages.
00:42J'ai un père qui était chasseur. Petit, il m'emmenait avec lui.
00:47Du coup, j'ai pris la tangente inverse, on l'a bien compris.
00:51Mais je pense que cet esprit de pistage, il est vraiment arrivé là.
00:56Très vite, pour observer les animaux, je me suis remise à aller chercher en pistant.
01:01En me disant, là, il y a des traces.
01:03Là, on le voit d'ailleurs, tu vois, dans les feuilles, il y a des traces de pas.
01:06Et j'adore ce que ça crée. Ton imaginaire travaille très fort.
01:10J'essaye un peu de me dire, tiens, qu'est-ce que ça pourrait être ?
01:12J'imagine un blaireau, là, qui est en train de marcher en pleine nuit.
01:16Juste avant, je m'imaginais les mouflons, un petit troupeau qui était en train de passer.
01:20En fait, les animaux t'habitent continuellement quand tu pistes.
01:26Là, il y a un chevreuil.
01:29C'est peut-être ça qui les perturbe.
01:32Donc là, on va monter sur le plateau de l'Espinouse, dans le Caroux.
01:37C'est une montagne sur laquelle vit un animal assez emblématique, ici, dans le sud de la France, le mouflon méditerranéen.
01:45Donc on va essayer d'aller se poster sur plusieurs endroits,
01:49où potentiellement, on peut voir des tout petits troupeaux.
01:54J'ai plusieurs casquettes, personnellement.
01:58Je vais faire des reportages.
02:00À côté de ça, je forme les gens.
02:03Je propose des stages de pistage ou d'apprentissage de la technique photo et du cinéma animalier.
02:09Je filme énormément, je fais du documentaire.
02:11C'est vraiment ces trois axes-là, aujourd'hui, qui font ma vie.
02:18Il y a des sangliers qui sont passés par là.
02:20Je passe souvent par de la cartographie, moi, en premier lieu.
02:23Donc, comme je le disais, je me mets vraiment dans la tête de l'animal.
02:27Tu as déjà des traces de mouflon.
02:30C'est une zone assez ouverte, et le mouflon a besoin de ça.
02:34Il a besoin de zones un peu dégagées pour manger, on va dire, assez sereinement.
02:39Il faut se mettre dans la tête d'une proie, quoi.
02:41Ou on se met dans la tête d'un prédateur.
02:45Tu sens la petite odeur, là ?
02:47Là, ça s'encarme, le mouflon, là.
02:51Et je pense qu'on va pouvoir même deviner un peu des pistes.
02:54Tu vois, regarde.
02:56À droite et à gauche, là.
02:58Là, on a une piste, tu vois.
03:00Là, on a du passage.
03:04Et ils vont continuer pour aller dans cette partie-là, pour manger.
03:07Et on voit que c'est une zone où l'herbe a été énormément consommée.
03:10Il y a déjà énormément de choses que les animaux nous rappellent.
03:14Il y a déjà énormément de choses que les animaux nous racontent dans le paysage.
03:22Vraiment moche, hein ?
03:25On a une belle mer de nuages, là-bas, dans la vallée.
03:28Là, je vais passer un petit coup de chumelle pour voir s'il y a du mouvement.
03:33Il y a des trucs qui bougent, là-bas.
03:37Ah, il y a des mouflons.
03:38Il y a des femelles en bas, il y en a une, deux, trois, quatre, qui sont en train de traverser.
03:45Ah, il y en a un, là-bas.
03:55À cette distance, c'est un peu compliqué de ne pas le perdre de vue.
03:59Ce que je trouve ultra intéressant, du fait d'avoir la possibilité et la chance de venir étudier les animaux pendant longtemps,
04:05c'est que tu vois les changements aussi qui s'opèrent.
04:10Il y a des changements dans la répartition géographique des troupeaux.
04:14Il y a des troupeaux qui sont beaucoup plus petits maintenant, ce qui est un énorme avantage pour l'espèce,
04:18parce qu'il y a moins de maladies qui peuvent se transmettre.
04:22Avant, tu avais des très gros troupeaux.
04:24Et puis, ils vont avoir un impact aussi moindre sur la végétation,
04:29puisque ce n'est plus un troupeau de 40 individus qui vient pâturer sur une zone pendant longtemps,
04:35parce qu'ils n'ont pas peur.
04:36En fait, on parle d'écologie de la peur.
04:39Là, je prends un risque à rester longtemps au même endroit.
04:43Je vais me faire débusquer, je peux me faire croquer.
04:50Je repasse un dernier coup pour être sûre qu'il n'y a plus personne,
04:53parce qu'évidemment, il ne faut pas y aller s'il y a encore des animaux.
05:09Là-bas, il y a un mâle.
05:11Il cherche vraiment à imposer sa force à d'autres mâles.
05:15Donc, il est en train de sentir un petit peu tout ce qui se passe autour de lui,
05:19d'observer s'il y a des femelles et s'il y a un autre prétendant qui ose venir sur son territoire.
05:25Du coup, il est assez agité.
05:27En cette saison, il va y avoir les mâles, environ entre octobre et novembre,
05:32qui se battent pour chercher à se reproduire avec les femelles.
05:37C'est vraiment la même chose que le prame du cerf qui se déroule à l'automne,
05:41à ce qu'on appelle le rut.
05:43Là, vraiment, ils reculent, ils se tapent, ils reculent, ils se tapent.
05:48Et c'est jusqu'à ce qu'il y en ait un qui faiblisse.
05:50Et c'est le mâle qui a gagné le combat, qui va rester et pouvoir se reproduire
05:53avec un petit troupeau, généralement, qui est autour, qui est en périphérie.
05:59Il essaie de voir si on les trouve, d'ailleurs.
06:01Mais je ne les ai pas vus pour l'instant.
06:03Pour l'instant, il a l'air d'être vraiment tout seul.
06:05Il est un peu en mode, je ne comprends pas pourquoi il n'y a personne.
06:08Venez vous battre.
06:15Et je crois que j'en ai vu un autre, normalement, au-dessus,
06:19qui était pile à la limite entre les chaînes et la partie dégagée.
06:25Voilà, 1, 2, 3, 4, 5.
06:30Ils sont là.
06:32Il n'y a plus qu'à se planquer et les laisser faire leur vie.
06:46Donc, ils sont là.
06:49On a un très beau mâle, vraiment.
06:53Un mâle vraiment bien en âge pour ce bête qui vient d'arriver,
06:57qui a l'air super déterminé, qui va sur la petite place.
07:01Donc, là, ça me fait un peu frémir.
07:05Je me demande ce qu'il va se passer.
07:07Il y a l'imaginaire qui est au taquet.
07:09Je le vois déjà se confronter à notre mâle.
07:17Il a décidé de trôner, là. Il s'est allongé.
07:20Il va rester là à surveiller le territoire.
07:32Ce qui me plaît le plus dans ce métier-là, je pense que c'est le contact avec l'animal.
07:36Peut-être aussi quelque chose d'égoïste, c'est que j'assouvis vraiment mon besoin de compréhension
07:40et ma curiosité du vivant.
07:44Quand on me propose un reportage, moi, je me dis « Waouh, youpi ! »
07:48Vraiment, je vais pouvoir passer du temps dehors à faire ce que j'aime,
07:52me creuser la tête sur pourquoi cet animal se comporte comme ça,
07:56quel est son lien avec l'environnement,
08:00comment il impacte les végétaux, quelle est sa relation avec ce piaf.
08:04J'adore tout comprendre, en fait.
08:07Je suis juste ultra curieuse.
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