00:00Le contre-espionnage français s'est réellement interrogé. Pierre Maillard, le conseiller
00:09diplomatique du général de Gaulle, est-il Columbine ? S'il l'était, ce serait probablement
00:16le plus grand espion de la Vème République. Tout commence en 1961. Le colonel Golitsine
00:24du KGB passe à l'ouest. Il rejoint les Etats-Unis. Dans son sac, il va amener un certain nombre
00:31de révélations, un certain nombre de noms d'espions. En France, il va expliquer que
00:36jusqu'à l'entourage du général de Gaulle est pénétré. Les Américains prennent ça
00:42très au sérieux. John Fitzgerald Kennedy, le président des Etats-Unis, va écrire directement
00:47et personnellement une lettre au général de Gaulle pour lui expliquer qu'il y a de
00:52fortes suspicions à l'égard d'un membre de son entourage. Ce qui justifie les soupçons
00:58de la DST, c'est avant tout et premièrement les contacts réguliers que nous Pierre Maillard
01:04avec des diplomates de l'URSS en France. Ces diplomates ne sont pas n'importe quels
01:08diplomates, ce sont des officiers plutôt subalternes et en réalité des résidents
01:13ou des résidents adjoints du KGB. Bizarre, bizarre. La DST a aussi noté que Pierre Maillard
01:20est un ami de Georges Pac. En 1964, Georges Pac sera condamné à la prison à perpétuité
01:27pour avoir trahi au profit de l'Union Soviétique. Il faut aussi mesurer que Pierre Maillard,
01:33son coffre de voiture est fouillé. Il est mis sur écoute au téléphone. C'est un
01:38très grand dispositif qui est mis en place pour le surveiller. Ultime détail qui trouble
01:45le contre-espionnage français, en 1972, Pierre Maillard disparaît lors d'une visite
01:51à Helsinki. Il est dénoncé par un de ses compagnons de voyage français. La DST pense
01:58qu'il est allé à Moscou mais n'en aura jamais la preuve. Cela dit, ces soupçons,
02:04même mis bout à bout, ne font pas une culpabilité. 60 ans plus tard, le mystère reste presque
02:13entier. On ne sait toujours pas s'il y avait vraiment une taupe dans l'entourage du général
02:19de Gaulle et on ne sait pas non plus si Pierre Maillard était, oui ou non, cette taupe.
02:26Le mode de travail classique d'un espion, c'était d'abord le recueil de renseignements
02:34de son côté, au cœur même de l'Elysée, et puis, à intervalles réguliers, un rendez-vous
02:42avec l'officier traitant. Ils peuvent se rencontrer, il peut lui remettre un document,
02:46parfois contre une somme d'argent. La deuxième chose qu'on pouvait demander à ces espions
02:52français, c'est d'exercer ce qu'on appelle dans le jargon des espions, des mesures actives.
03:00Ce sont des opérations, soit de reprise de la propagande du KGB, soit de désinformation,
03:07soit d'intoxication des responsables politiques en leur livrant, par exemple, des informations
03:14tendancieuses. Un des hommes dont nous révélons l'identité, Jacques Bouchacourt, est cité
03:20dans les archives mitrauchines comme ayant été utilisé pour de nombreuses mesures
03:26actives. Ce qui était demandé à Jacques Bouchacourt, semble-t-il, dans cette relation
03:39avec le KGB, c'était de concourir aux intérêts de l'Union soviétique. Et ça tombait bien
03:47parce que Jacques Bouchacourt, sur le fond, pensait comme l'URSS, qu'il fallait lutter
03:53contre la soumission des Français et des Européens aux intérêts américains, et
03:57il pensait comme l'URSS, qu'il fallait s'élever contre toute intégration européenne.
04:04Ce qui est inscrit dans ces documents, c'est que Jacques Bouchacourt n'était pas payé
04:07en argent, il recevait, en échange de ses prestations, des cadeaux coûteux, on ne sait
04:14pas ce qu'ils sont, mais qui permettent souvent aux KGB, dans ce type de relation,
04:21de compromettre leur source, c'est-à-dire qu'une fois ces cadeaux acceptés, la source ne pourra
04:28plus dire qu'elle n'entretient pas de relation, y compris marchande, avec l'espion soviétique.
04:34L'argent, dans ce type d'enquête, c'est très important parce que c'est ce qui distingue
04:39une simple relation d'influence, un contact, et une relation d'espionnage. Quand on mène
04:48des opérations contre rien, est-ce qu'on est un espion ? Non, on est au mieux un agent
04:55d'influence. Quand on mène des opérations contre une rétribution, là, on bascule dans
05:02la sphère de l'espionnage puisqu'on est rétribué, c'est un travail. Et dans cette enquête,
05:08on est d'ailleurs tombé sur une affaire absolument extraordinaire, ce qui concerne
05:14l'argent, c'est que le chef du service politique de l'AFP, Jean-Marie Pelot, il écrit que de
05:211969 à 1979, il a collaboré avec le KGB, moyennant 1500 francs par mois. C'est pas tout,
05:31et c'est pas ça qui est le plus renversant dans cette histoire, c'est qu'il n'a jamais su qu'il
05:37travaillait pour le KGB. Lui était persuadé, c'est comme ça qu'il avait été recruté,
05:42qu'il livrait des informations sur les coulisses politiques à la multinationale italienne
05:48Olivetti. Bref, il était tout un espion, une taupe, à l'insu de son plein gré.
05:54Il y a un moment extrêmement délicat dans ce type d'enquête, c'est de contacter la famille.
06:01Contacter la famille pour leur dire votre père, votre grand-père, votre beau-père était un
06:06espion, ça a quelque chose de surréaliste, assez désagréable d'ailleurs. Les réactions se
06:14ressemblent assez, c'est que les gens généralement tombent de l'armoire.
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