00:00C'est un village qui est très calme en temps normal et malheureusement cette histoire,
00:04cette affaire Pellicot a eu des retombées assez négatives autour de moi.
00:08Quand je dis que je viens de Mazan, on me dit « Ah Mazan, effectivement, on connaît quoi ».
00:11Parfois j'hésite en fait à dire que j'habite Mazan, ouais, réellement.
00:15Tous les habitants de Mazan ne sont pas forcément des violeurs,
00:16c'est comme ça qu'on laisse transparaître un peu la chose et c'est vrai que nous c'est un peu dérangeant.
00:19Et puis globalement le sujet est embarrassant parce qu'on est tous plus ou moins un peu concernés
00:26et que parler ça peut être délicat.
00:28Ils ont peur qu'il y ait un amalgame entre Mazanais égal maltraiteurs ou violeurs, enfin voilà.
00:35Ça fait bizarre de se dire que le nom du procès soit « Viole de Mazan » en fait.
00:40Ça fait bizarre parce qu'il y a un nom derrière ça,
00:44il y a une vraie victime qui a un nom aussi derrière.
00:46Ce n'est pas le « Viole de Mazan », c'est le « Viole de Gisèle Pellicot ».
00:51Je suis habité Mazan, je suis né à Carpentras, j'ai vécu Mazan depuis toujours
00:55et c'est vrai que depuis ce procès-là, ça met Mazan en avant très très vite,
01:01mais sur des mauvais points alors qu'en soi c'est une ville touristique,
01:03il y a des beaux paysages, c'est très touristique, il y a le château de Mazan,
01:08des villages autour, le monde en tout.
01:09C'est un village tranquille, paisible, on est de 6000 habitants,
01:13on n'est pas connu et d'un coup de voir des caméras partout,
01:16un procès hors normes, hors du commun, ça part dans le monde entier,
01:19c'est vrai que c'est un petit peu embêtant.
01:20Après bon, on fait avec.
01:22J'habite Mazan depuis peu, j'ai emménagé le 1er septembre
01:26et le procès a commencé le 2 septembre.
01:28Je ne pense pas que ça ait changé la vie du village.
01:30Les premiers jours, c'est vrai qu'on avait tendance,
01:33moi en tout cas j'avais tendance à dévisager un peu les hommes dans le village,
01:38mais après en sachant, en ayant plus d'informations quand même au fil du procès,
01:45on sait que ce n'est pas forcément les gens qui habitent vraiment le village
01:50qui sont concernés et donc je pense que la vie après a repris son cours,
01:55aussi douloureux que ça puisse être, parce que ça reste un choc.
01:58Après moi, je n'ai pas été de ce genre de personne qui avait ce vise
02:03d'aller voir où est-ce qu'ils habitaient ou des choses comme ça.
02:05Je trouve ça vraiment très très glauque en fait.
02:08Donc il y a toujours ce poids quand on se balade dans le village,
02:12on se dit mais donc il s'est passé vraiment ça ici quoi.
02:15Je sais que j'ai des amis qui me disent,
02:17tiens ça m'est arrivé de voir un nom sur la liste et que j'étais à l'école avec lui en fait.
02:23Il y a un peu ce questionnement de savoir qui était dedans, qui n'était pas dedans,
02:26donc ça met un petit peu le doute dans le village,
02:28ça a mis un petit peu une pression aussi au niveau des habitants entre eux,
02:33je trouve ça un peu dommage.
02:34En général, je pense qu'il y a plus de suspicions mais pas que à Mazan.
02:38On se rend compte en fait, moi j'ai toujours dit cette phrase autour de moi,
02:42on connaît tous une victime, au moins une, et on connaît tous au moins un agresseur.
02:48Et je pense qu'on a pris conscience de ça parce que quand on voit le profil des accusés
02:52qui sont des messieurs tout le monde, des bons pères de famille,
02:56il n'y a rien en fait qui peut suggérer que cette personne-là est complètement déviante.
03:03Il y a 30 personnes sur les vidéos qui n'ont toujours pas été reconnues.
03:08Qu'est-ce que ça vous fait ?
03:10On se dit que ça peut être notre voisin, quelqu'un de notre famille,
03:12on se dit qu'on ne connaît pas forcément les gens non plus malheureusement,
03:18et que ça serait bien qu'ils retrouvent ces personnes aussi pour mettre un visage,
03:22un nom sur ces personnes qui ont fait des choses horribles.
03:29Est-ce que vous, vous avez suivi le procès ?
03:31Oui, sur les réseaux, à la télévision.
03:35Et l'histoire, on la connaît depuis le début, ça s'est su assez rapidement.
03:40Je pense que Mazan, c'est un exemple.
03:44Des affaires comme ça, je suis certain que ça se passe partout.
03:47Je pense que justement ça a sensibilisé,
03:49et quelque part aussi les gens devront être plus méfiants,
03:52je pense, avec les gens qui peuvent côtoyer.
03:55Par rapport à ce qui s'est passé, oui, il y aura un avant et un après.
03:58Je trouve qu'elle a un courage formidable, cette dame.
04:01Dire qu'il n'y a pas d'après, ça serait mentir.
04:04Je ne sais pas si c'est très français de le dire,
04:06mais au traitement globalement de la femme, de la dignité humaine,
04:11forcément, c'est quelque chose en France qui restera une date assez noire.
04:15J'espère que c'est la fin de l'impunité.
04:17Est-ce que maintenant, les choses vont changer ?
04:19Est-ce que les victimes vont être mieux prises en charge ?
04:22Ça, on n'en sait rien.
04:23Mais en tout cas, je pense que c'est Gisèle Pellicot,
04:27à travers son courage et d'avoir ouvert la porte aussi du procès,
04:32a changé quelque chose dans la mentalité des gens.
04:34Cette phrase, elle m'a marquée et elle me marquera,
04:36je pense pour toujours, la honte doit changer de camp.
04:40Et c'est tellement fort, c'est tellement vrai.
04:43Ce n'est plus aux victimes de baisser les yeux et d'avoir peur, d'avoir honte.
04:48Elles ont le droit de pousser la porte d'un commissariat.
04:51J'espère qu'avec ça, les victimes vont pouvoir enfin être mieux prises en charge
04:56et mieux entendues aussi, qu'elles ne soient pas repoussées,
05:01qu'elles ne se disent pas que pour pouvoir porter plainte,
05:02il faut avoir des preuves.
05:04Ce n'est pas à elles de faire des enquêtes.
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