00:00Là, on est au plein cœur de Marrakech, à l'entrée de la Médina,
00:03entre la Koutoubia, qui est derrière, et la plage Jamal Al Fna, qui est devant.
00:25Je mettrais une grande scène centrale et ronde
00:29au milieu de la place.
00:31Où Touda danse.
00:32Exactement.
00:34Je ramènerais l'orchestre et j'irais à Nisrine.
00:37Vas-y.
00:38Et là, on aurait la preuve que tout le monde aime Touda.
00:41On est venus au Festival de Marrakech pour présenter Touda au public marocain.
00:48C'était un public qui est le public naturel du film, évidemment,
00:52qui a vibré au son de la haïta que chante Nisrine dans le film,
00:57au son de ces shikhats, qui sont des personnages très proches de nous,
01:02ici, dans la culture marocaine.
01:09Chaque fois qu'on va dans un événement, un mariage, un baptême,
01:14une circoncision, ou un mausème,
01:19et bien, il y a une shikhat qui chante, tout le monde se lève,
01:23et ça relève presque d'une forme de trance.
01:26C'est dans les gènes, et donc, le public, en découvrant le film,
01:31quelque part, il s'est aussi, comment dire, rapproché de ces femmes
01:37qu'il a l'habitude de côtoyer dans sa vie de tous les jours,
01:39mais qui sont des femmes avec une relation assez ambivalente,
01:43parce qu'à la fois, on les adore et en même temps, on les déteste.
01:47Pourquoi ?
01:48Parce que c'est des femmes indépendantes, libres, fortes, puissantes,
01:52et parce qu'elles vont chanter dans des lieux, des cabarets,
01:57des lieux où il y a de l'alcool, de l'argent qui circule à flot,
02:00et que petit à petit, leur image, à travers le temps, s'est pervertie.
02:04Et là, Touda, un personnage qui interprète Nisrine dans le film,
02:10quelque part, leur redonne un statut et leur redonne une dignité.
02:12Voilà, on va rentrer dans le centre culturel Les Étoiles de la Médina.
02:16C'est un riad du XIXe siècle,
02:19qui date de l'époque des shikhats dans Everybody Loves Touda,
02:22qu'on a complètement retapé pendant un an et demi
02:25pour arriver à ce résultat que vous allez voir.
02:27C'est magnifique.
02:28Vraiment, c'est magnifique, l'espace.
02:30Alors, ce centre, c'est un centre culturel qui ressemble
02:34comme deux gouttes d'eau à la MJC de mon enfance,
02:37où j'ai grandi à Sarcelles, en banlieue parisienne,
02:40et où j'ai appris à regarder le monde à travers les arts et la culture.
02:44Et en m'installant au Maroc, il y a 25 ans,
02:48j'avais toujours ce rêve de pouvoir rendre ce qu'on m'avait donné
02:51quand j'étais gamin.
02:52Là, les cours, l'école n'est pas terminée,
02:55mais dès que c'est le cas, à partir de 5 heures,
02:58le riad se remplit.
03:00Le samedi, le dimanche, mercredi après-midi,
03:03c'est plein de gamins qui viennent apprendre la peinture,
03:07qui font des graphes, qui font de la musique.
03:14Pour moi, c'était magique avec Nabil,
03:15parce que la relation, c'était s'installer toute seule.
03:19On n'avait pas une manière pour travailler sur le plateau.
03:23On complétait l'un à l'autre.
03:25Il y a une relation qui passe beaucoup par l'écoute.
03:29J'ai appris à connaître Nisrine, j'ai appris à l'écouter,
03:34à savoir qui elle était au fond,
03:37et un pacte de confiance est né entre nous.
03:39On a appris à construire quelque chose d'assez fort,
03:43qui ne passait plus par les mots, forcément,
03:45mais qui passait juste par une espèce de compréhension
03:48de qui on était l'un l'autre et de ce qu'on voulait.
03:50Des fois, on se retrouvait sur le plateau pendant que ça tournait.
03:53J'espérais quelque chose, j'attendais quelque chose,
03:56et je pense que, d'une certaine manière, je le lui transmettais par des ondes.
03:58Elle le recevait, mais sans même que j'aie besoin de lui dire,
04:01et elle y allait.
04:03Et puis, Nabil, c'est quelqu'un qui travaille bien avec les acteurs.
04:05Et je pense qu'il a un truc qui est très fort,
04:10c'est qu'il maîtrise la direction d'acteurs.
04:14Et puis, il m'a maîtrisé, moi aussi.
04:16Et ce n'était pas facile.
04:20J'ai l'impression qu'avec tous les films que j'ai faits,
04:24j'ai essayé de construire un puzzle
04:28qui explore toutes ces thématiques identitaires,
04:31qui donne de la place à des gens qu'on n'a pas envie de voir,
04:34qu'on n'a pas envie d'entendre, des gens qui sont un peu à la marge.
04:37Et quelque part, à la fois de me mettre réconcilié avec moi-même,
04:41avec cette identité multiple, plurielle, qui me constitue,
04:44et puis d'avoir permis à des gens,
04:47une espèce d'armée de l'ombre qui vit autour de moi dans ce pays,
04:51de s'exprimer, d'apparaître avec fierté, avec dignité.
04:55Et ça, ça me rend heureux.
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