00:00À 30 kilomètres de Damas, c'est un bâtiment de détention qualifié d'abattoir humain
00:06ou de camp d'extermination.
00:07La prison de Saïd Naya renferme les pires sévices du régime de Bachar al-Assad.
00:13C'est un abattoir ici, ça fait 13 ans que je n'ai pas vu mon fils.
00:17Des dizaines de prisonniers ont été libérés par les rebelles dimanche dernier, mais il
00:22en manque encore beaucoup à l'appel.
00:24Depuis cinq jours, des familles viennent sur ce site immense avec l'espoir de retrouver
00:29leurs proches, cachés dans des supposées geôles secrètes.
00:33Le cousin d'Ali et de Fouad a été kidnappé en 2013, ils sont persuadés qu'il a été
00:38emprisonné à Saïd Naya.
00:40On essaie de trouver n'importe quelle preuve, les noms des prisonniers qui sont passés
00:44par là.
00:45On va maintenant dans l'abattoir, venez.
00:53À l'intérieur, une scie à bois est au milieu de la pièce.
00:58L'odeur de cadavre est insupportable.
01:03Ils avaient l'habitude d'entreposer les corps ici et de les écraser.
01:06C'est une industrie du crime.
01:08Au sol, des avis d'exécution et la fiche d'identité des centaines de détenus, ainsi
01:14que le nom de leurs bourreaux.
01:15À quelques kilomètres de là, des ex-détenus de Saïd Naya ont été pris en charge en
01:20urgence à l'hôpital Al-Nafis.
01:25Comment vas-tu, mon cher ?
01:27Tu as pris tes médicaments ?
01:28Je suis un patient difficile.
01:31Ce n'est pas grave.
01:32Imad est malade de la tuberculose après cinq années passées dans une jôle de Saïd
01:37Naya.
01:38Cinq ans de torture, d'humiliation, physique et psychologique.
01:45Moi, on m'a brisé le dos pour un médicament donné à un détenu malade.
01:49Ils nous fouettaient et nous marchaient dessus avec leurs bottes.
01:52Trop de gens sont morts devant moi.
01:54Ils dormaient à côté de moi et quand j'essayais de les réveiller, ils ne bougeaient
01:58plus. Pourquoi ?
01:59Parce qu'on les battait à mort.
02:03Pour survivre, Imad s'isole le plus possible, ne parle plus à personne pendant
02:08des mois.
02:09La tuberculose adore l'obscurité et l'humidité et il y en a dans chaque prison
02:13en Syrie. Bien sûr, ils arrivent avec des séquelles psychologiques et des maladies
02:17nerveuses qui sont insupportables pour le patient.
02:22Cet homme de 48 ans s'en est sorti vivant et devient témoin malgré lui des
02:26horreurs. Une jeune femme arrive brusquement dans sa chambre.
02:34Vous êtes réveillé ? Vous vous souvenez des noms ?
02:36Quel est Dalmazeri ?
02:38Quelle année ? 2013.
02:40C'est fini ? Comment vous savez ?
02:44Il n'y a plus rien. Les plus anciens encore en vie datent de 2018.
02:48Et avant, je vous souhaite un bon rétablissement.
03:10Du matin au soir, depuis le début de la semaine, des dizaines de familles
03:13viennent vérifier les noms et les visages présents à l'hôpital avec le
03:18maigre espoir qu'ils soient à l'intérieur.
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