00:00...
00:03Une fois par mois,
00:05durant une matinée à l'hôtel de l'Assez,
00:07dans les bureaux de la présidence de l'Assemblée nationale,
00:11Yael Brounpivet reçoit.
00:13...
00:17Je m'appelle Muriel Rouelet, je viens de l'Essonne.
00:20Je suis venue voir Yael Brounpivet
00:23pour lui parler de l'égalité hommes-femmes.
00:26Mon nom est Didar Ouech, j'ai 24 ans,
00:28consultant en fonds d'investissement.
00:30Je souhaite aborder le thème de la violence
00:33et de la délinquance chez les jeunes.
00:35...
00:36Je m'appelle Constance, j'ai 27 ans,
00:38je suis pâtissière, je viens du Pas-de-Calais.
00:40J'ai envie de parler de la montée de l'extrémisme
00:42avec Mme Brounpivet.
00:43...
00:44Clément Bonify, j'ai 32 ans, je viens de Oulain-en-Rhône.
00:48Je suis venu rencontrer la présidente de l'Assemblée nationale
00:51pour échanger sur le projet de loi sur la famille.
00:53...
00:54C'est parti ?
00:55...
01:01Musique inquiétante
01:02Cette jeune retraitée a été tirée au sort
01:05parmi les 600 Français qui s'inscrivent chaque mois
01:08sur le site de l'Assemblée nationale
01:10pour avoir 30 minutes d'échange...
01:12Bonjour, madame.
01:13...avec Yael Brounpivet.
01:16...
01:19Vous allez bien ?
01:20Ca va.
01:21Très bien, merci.
01:22De quoi vous vouliez que l'on parle ce matin ensemble ?
01:26Moi, je l'inscris pour l'inégalité.
01:28Oui, mais on parle de ce que vous voulez.
01:30Je suis une femme, donc j'ai eu...
01:33Alors, oui.
01:34...assez souvent dans ma vie professionnelle
01:37ou même dans la vie de tous les jours.
01:38Effectivement, les femmes, autrefois et même encore maintenant,
01:41je trouve, ne sont pas traitées...
01:43Vous allez bien ? Même vous, en politique.
01:46Oui, je vais bien.
01:47Les femmes en politique, elles n'ont pas les meilleurs portefeuilles.
01:52Souvent, elles ont des secrets derrière l'Etat.
01:54Oui, c'est un peu inégal.
01:56C'est un peu criant.
01:57Là, on voit bien,
01:58toutes les fonctions régaliennes sont occupées par des hommes.
02:02Armées, intérieurs, justice, affaires étrangères...
02:08Ca n'a pas toujours été le cas, mais c'est pas la majorité.
02:10Non, non, non.
02:11C'est facile de dire la parité quand c'est pas à des postes similaires.
02:16Hum, hum.
02:17Muriel Rouelet s'inquiète pour ses filles
02:20et pour ses petites-filles.
02:22Dans les autres pays,
02:23il y a une régression des droits des femmes.
02:25Claire.
02:26Nous, on a mis le droit à l'avortement dans la Constitution.
02:31Justement, c'est un truc que je me posais la question.
02:33Est-ce que quelqu'un peut arriver un jour, un autre élu,
02:37et dire qu'on l'enlève de la Constitution ?
02:39Là, on a réformé, on a ajouté quelque chose,
02:42donc on peut enlever quelque chose, on peut ajouter.
02:45Mais c'est plus difficile.
02:48Il faut que le texte soit approuvé,
02:50soit au Congrès, comme on a fait pour l'IVG,
02:53avec une majorité des 3 5e des parlementaires,
02:55soit par le peuple français, par référendum.
02:58Donc, en fait, oui, c'est pas irréversible
03:01lorsque vous le mettez dans la Constitution,
03:03ça peut toujours bouger.
03:04Mais franchement, pour réussir à faire bouger ça,
03:08à supprimer... Vous vous imaginez, il faut quand même...
03:11Je sais bien, mais vous savez, moi, je veux dire...
03:13C'était un autre sujet, la montée des extrémistes.
03:16Moi, je me doutais qu'on y allait de rien.
03:17C'est pour ça qu'il était hyper important de le constitutionnaliser.
03:21Ça protège quand même beaucoup les femmes,
03:24ça protège nos enfants, nos filles, etc.
03:26C'était super important, voilà.
03:28Bon, bah écoutez, madame, j'ai été ravie.
03:31Ça montre qu'on a encore un peu de boulot.
03:33Oui, bah oui, je me doute.
03:35Si on est égalité, il y a un peu de chemin.
03:38Merci beaucoup.
03:39A très bientôt. Prenez soin de vous.
03:41Au revoir, madame.
03:42J'ai certainement rabâché des sujets dont elle est au courant.
03:47Voilà.
03:48C'est quoi, l'intérêt, du coup ?
03:50Ah, bah, moi, c'était pour moi, pour la rencontrer.
03:53Parce que je trouve que, bon, j'aime bien la personnalité.
03:56Et puis je me dis que si on doit demander des choses
03:58pour l'égalité homme-femme,
04:00c'est plutôt à une femme qu'il faut s'adresser.
04:02On n'est pas sûrs, depuis des années,
04:04que les hommes soient très réceptifs à ce combat.
04:07C'est la raison pour laquelle la voir, elle, me paraissait importante.
04:11Deuxième citoyen et deuxième thématique.
04:15Mourad Idarouèche est analyste financier
04:18et habite aujourd'hui la chic Neuilly-sur-Seine.
04:20Mais il vient des quartiers populaires de Marseille
04:23et il tient à lui raconter une réalité crue.
04:28Bonjour, monsieur.
04:30Bonjour.
04:31Vous allez bien ?
04:32Ça va bien, merci.
04:33La raison de ma venue, c'était plutôt...
04:35Je suis pas un porte-parole.
04:38En revanche, je suis témoin d'une certaine situation
04:42que j'ai pu, malheureusement, voir et vivre à Marseille.
04:45J'ai assisté à un règlement de compte.
04:48Oui.
04:49Où des jeunes s'affrontaient...
04:53Avec des armes de guerre.
04:54C'est vrai.
04:55Un enfant de 14 ans a été touché à son arme d'arme.
04:58Il portait assistance à cet enfant.
05:01Il se vidait de son sang et...
05:03Je me disais, mais...
05:05Comment on a pu en arriver là ?
05:07La rentrée qui a suivi, le débat portait sur la baïa.
05:11Je me dis...
05:13Est-ce qu'on n'a pas aussi plus grave à traiter ?
05:16Les enfants qui étaient touchés, ils avaient entre 9 et 14 ans.
05:19Ils tenaient un point de dîme,
05:21au lieu d'être sur les bancs de l'Ecole de la République.
05:23Pour moi, le travail de fond,
05:26il se fait dans l'éducation.
05:28C'est à ce moment-là qu'il faut qu'on leur parle.
05:31C'est à ce moment-là qu'il faut qu'on leur explique
05:33que vous pouvez aller à l'Assemblée nationale
05:35et un jour, potentiellement, devenir député.
05:38C'est possible.
05:39C'est absolument possible.
05:40C'est pas limité à une certaine catégorie de la population.
05:42Il faut voir cette France comme une addition de communautés,
05:45fait qu'on s'inclue pas tous, en fait, dans le débat.
05:49Et on a l'impression que, finalement,
05:53on est soit ensemble ou soit on s'affronte.
05:55Aujourd'hui, vous vous sentez représenté à l'Assemblée nationale ?
05:59Pas du tout.
06:01Pas du tout. Vraiment, pas du tout.
06:03C'est vrai ?
06:04Je trouve qu'actuellement, c'est un désastre que...
06:08Vous êtes dur.
06:09Très honnêtement.
06:11Je trouve que c'est super compliqué de s'y retrouver.
06:13Ça a été très compliqué lors des dernières législatives.
06:16Et alors vous, on va terminer là-dessus,
06:19vous avez envie de vous engager ?
06:20C'est vrai que j'ai beaucoup d'idées,
06:22mais je me sens pas encore légitime aujourd'hui.
06:24Je pense que c'est aussi dû à toutes ces barrières
06:27que j'ai l'impression qu'on posait.
06:29Vous en avez franchi peut-être un certain nombre,
06:31de ce que je comprends.
06:32Un certain nombre aujourd'hui,
06:33mais il y en a encore beaucoup à franchir aujourd'hui.
06:36En tout cas, merci beaucoup.
06:37Je vous en prie. Merci à vous.
06:39À bientôt. Au revoir.
06:40Vous pensez que ça peut servir à quelque chose,
06:42votre rendez-vous d'aujourd'hui ?
06:43Je sais pas si ça va servir à quelque chose.
06:45En revanche, je sais qu'en faisant rien du tout,
06:47ça servira à rien.
06:48Donc au moins faire quelque chose,
06:50ça pourrait potentiellement servir à quelque chose.
06:52Donc on verra le résultat.
06:53Je sais qu'elle a pris ça en note.
06:56Ce sera un angle de vue qu'elle pourra adopter.
06:57Donc elle ne pourra pas dire qu'elle ne le sait pas.
07:01Et je ne pourrai pas dire que je n'ai rien fait.
07:06Le troisième interlocuteur, lui, travaille à l'hôpital.
07:09Et il a été frappé par le manque de solutions
07:12face à des patients en fin de vie.
07:15Bonjour.
07:16Vous allez bien ?
07:18Ça va bien, merci.
07:19Alors vous vouliez parler de quoi ? Dites-moi.
07:22Moi, c'était plutôt la loi sur la fin de vie.
07:25J'ai été un peu déçu, comme beaucoup de personnes,
07:27je pense que ça s'arrête.
07:29La discussion, en tout cas, s'arrête.
07:30Je trouvais que je m'y assistais à quelques séances.
07:34Qu'est-ce que vous en avez pensé des séances ?
07:36Moi, j'ai trouvé qu'au début, ça se passait très bien
07:38et que ça donnait, pour une fois, une très bonne image.
07:42Pour une fois, une très bonne image de l'Assemblée nationale.
07:45J'ai quand même assisté à une séance
07:47où il y a eu un moment un peu caricatural,
07:48des propos caricaturaux qui étaient tenus
07:50par un certain groupe politique très invoite.
07:56Comme moi, par exemple, on allait créer des machines
07:58à tuer des personnes et tout.
08:00Voilà, ça ne m'a pas étonné, mais j'ai trouvé ça dommage
08:03que, vu que ça se passait très bien au début,
08:05pourquoi ça n'a pas continué ?
08:07C'est très important que ça aille au bout,
08:09je pense, qu'on avance sur ce sujet.
08:11Je pense qu'il y a presque un consensus
08:14pour qu'on avance sur ce sujet-là.
08:15Oui.
08:16En tout cas, il y a une très large...
08:18Si on en croit les sondages,
08:21il y a une très large majorité pour qu'on avance sur le sujet.
08:24Moi, ce que j'essaie de faire, c'est de...
08:26Avec beaucoup, de remettre le débat
08:29à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale.
08:32J'ai obtenu, non sans mal,
08:34l'engagement du Premier ministre et de son gouvernement
08:36pour la réinscription en janvier 2025.
08:40Maintenant, on est en train encore de se battre
08:42sur savoir quel texte, etc.
08:44Moi, je pense qu'il faut arrêter.
08:46C'est le texte tel qu'il était,
08:48donc il a été redéposé par Olivier Falorni.
08:50Il y a 225 signataires de cette proposition de loi.
08:55Je pense qu'il n'y a pas...
08:57Ca ne fait pas débat.
08:58Il faut l'examiner dans l'hémicycle.
09:00Et puis, après, dans l'hémicycle, le débat doit se faire, en fait.
09:03Ce qui ne fait pas débat, c'est que le débat doit se faire.
09:05C'est exactement ça.
09:07Yael Brone-Pivet prend ses distances avec l'exécutif
09:11et rappelle les pouvoirs du Parlement.
09:14J'ai envie de vous dire, c'est un débat...
09:16C'est une question vraiment politique,
09:18dans le plus beau sens du terme.
09:20Et donc, il ne faut pas être freiné
09:23par un Premier ministre ou d'autres ministres
09:26qui pourraient être réticents.
09:27On a entendu, encore ce week-end, Bruno Retailleau dire
09:30qu'il n'était pas favorable à cette réinscription.
09:33Mais en fait, ce n'est pas lui qui a inscrit les textes.
09:35Mais nous, en tout cas, on a le souhait d'en débattre.
09:38Les Français nous le demandent.
09:40Merci beaucoup.
09:41Merci à vous.
09:46Bonjour, madame.
09:47Bonjour, madame Brone-Pivet.
09:48Comment allez-vous ?
09:50Je vous ai ramené un petit cadeau du Pas-de-Calais.
09:51C'est adorable.
09:53C'est quoi ?
09:54Je vous laisse regarder.
09:55C'est des petites sucreries, des petites douceurs.
09:57Oh, les fameuses crêpes !
10:00Les gaufres comme ça.
10:02J'adore.
10:03C'est adorable, merci beaucoup.
10:05Cette jeune pâtissière,
10:06qui milite au sein du parti d'Emmanuel Macron,
10:09entend de plus en plus de discours décomplexés.
10:12La montée de l'extrémisme,
10:13c'est un sujet qui me préoccupe beaucoup.
10:15Vous n'êtes pas sans savoir que le Pas-de-Calais
10:17est une terre RN.
10:18Et donc, c'est vrai qu'en 2022,
10:20il y avait six circonscriptions sur douze
10:22qui étaient RN.
10:25Et là, en 2024, cet été,
10:27il y en a dix sur douze.
10:29Donc, on sent vraiment une montée de l'extrémisme forte.
10:33Oui.
10:34Comment vous l'expliquez ?
10:36Pour autant, c'est vrai que moi,
10:37je vis dans une campagne périurbaine
10:40où il n'y a pas d'insécurité.
10:42C'est vrai que moi, je le ressens dans mon métier.
10:44Il y a beaucoup de mes collègues
10:46qui sont de plus en plus attirés vers ces parties
10:47parce qu'ils ont une forme de colère.
10:50Ils ont l'impression qu'il y a une forme d'élitisme
10:52des pouvoirs politiques parisiens.
10:54Ils ne se sentent plus forcément concernés
10:56par les grands discours.
10:58Ah, c'est ça.
10:59Ils sont attirés par des discours simplistes
11:02avec des vieux stéréotypes.
11:05Ça creuse le fossé.
11:07Et ils ont l'impression de ne pas être écoutés.
11:10C'est ça.
11:11Alors, comment on fait ?
11:13Je pense qu'on pourrait peut-être déjà changer
11:14la forme de communication,
11:16peut-être rendre les institutions plus accessibles
11:21ou mieux expliquer une partie des Français.
11:24Autour de vous, les gens regardent quoi ?
11:26C'est quoi, la source d'information ?
11:28Les réseaux sociaux, de manière générale.
11:30Oui.
11:31Du moins, pour ma tranche d'âge, pour les jeunes.
11:34Lesquels ?
11:35Beaucoup Instagram, TikTok, beaucoup aussi.
11:38Ça participe à cette montée de l'extrémisme.
11:42Je pense qu'il faut, après, mener le combat partout.
11:46Il faut le mener à l'Assemblée nationale,
11:48mais il faut le mener sur le terrain.
11:50C'est ce que vous faites.
11:51Il faut rien lâcher.
11:53Et puis, là, il va y avoir les élections municipales.
11:55Il faut s'engager, en fait.
11:57Très en amont, pour que ça soit crédible
11:59et pour qu'il y ait des chances de gagner.
12:01Mais je pense qu'il ne faut pas hésiter, en tout cas.
12:05Merci beaucoup. C'était adorable.
12:07Bon courage pour la suite.
12:09À bientôt. Au revoir.
12:11Ils ne se reconnaissent pas dans le personnel politique.
12:14Ils ne se reconnaissent pas dans nos débats.
12:16Et ça, c'est très préoccupant.
12:18C'est très préoccupant.
12:20C'est pour ça, d'ailleurs, que moi aussi,
12:21je fais souvent une ode à l'engagement.
12:23Venez, on a besoin de vous.
12:25On a besoin de vous en politique,
12:26on a besoin de vous dans les associations, etc.
12:30Parce que, justement, quand on ne se sent pas représenté,
12:32la meilleure des réponses, c'est de se présenter soi-même.
12:35Puis, ils attendent qu'après,
12:37les hommes et les femmes politiques qui les représentent,
12:39les représentent bien.
12:40Et donc, en considérant ce qu'ils disent,
12:42c'est ce que j'essaye de faire.
12:43À très bientôt.
12:44Moi, ça me permet de ne pas être hors sol,
12:47d'être en connexion avec les Français.
12:49C'est pour eux qu'on travaille.
12:50Je pense que ça leur apporte autant à eux qu'à moi.
12:52Et donc, c'est vraiment un échange.
12:54Et c'est ça qui est vraiment intéressant.
12:56D'après un récent baromètre politique,
12:5881 % des Français estiment que les responsables politiques
13:02ne se préoccupent pas de ce qu'ils pensent,
13:05nourrissant un sentiment d'abandon.
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