00:00Pour moi, il n'y a pas vraiment de différence entre toutes ces disciplines.
00:05En tout cas, chez moi, elles sont complètement reliées,
00:09puisque les objets en volume que je fabrique toujours,
00:13toujours préalablement avant de faire un tableau,
00:16je l'ai fabriqué en volume.
00:19Tous les objets qui figurent sur le tableau,
00:22tout est préfabriqué quelque part.
00:25Donc je fabrique, et quelquefois la fabrication de ces objets
00:29qui figureront au tableau, j'insiste un peu,
00:32parce que c'est une démarche un peu particulière.
00:35Enfin, c'est une démarche qui est particulière, mais qui n'est pas rare.
00:39Parce que, je ne sais pas très bien en jingles comment ça se passe,
00:44mais en Occident, depuis au moins le XVIe siècle,
00:49quelques artistes ont procédé comme ça.
00:53Par exemple, il y a Le Greco,
00:59qui fait ses personnages très étranges, très filiformes,
01:04qui fabriquait des petites figurines en cire,
01:11qui lui permettaient de confectionner toutes ces grandes figures peintes.
01:17C'est peut-être une explication possible pour comprendre
01:22cette distorsion particulière qu'il y a dans l'œuvre du Greco.
01:26Il y a plus récemment Claude Monet,
01:30qui lui réalise un jardin entier dédié à la peinture.
01:41C'est comme des pré-tableaux, quelque part.
01:44Les exemples ne sont pas énormes, mais il y en a.
01:48Je ne suis pas seul à procéder de cette manière-là.
01:52J'ai une œuvre qui n'est pas installée,
01:55parce qu'il y a des artistes qui font des œuvres
01:59qui sont identifiables immédiatement.
02:02Certains m'aiment le son énormément.
02:06C'est presque des logos, pratiquement.
02:09Mais en ce qui me concerne, pas du tout.
02:12C'est une œuvre pas établie du tout.
02:16Elle est mouvante.
02:18Je crois que ça tient en partie au fait que la méthode,
02:25une des méthodes que j'emploie,
02:28qui consiste à fabriquer tous les objets qui vont être peints,
02:31m'entraîne quelquefois vers des histoires que je ne connais pas avant.
02:37Et c'est quelquefois la fabrication d'un objet,
02:40d'un accessoire à une histoire qui se produit après.
02:46Alors moi, ça me convient très bien, ça.
02:49Parce que je suis d'une nature un peu capricieuse, peut-être.
02:55Donc j'échappe très, très vite.
03:00Je n'ai pas de constance.
03:05Je n'ai pas de permanence dans mon approche.
03:09Donc je me laisse porter un peu vers ce que me racontent ces objets.
03:14Et puis je suis un peu le premier spectateur d'une histoire que je me fais à moi-même.
03:22Les Occidentaux ont rencontré l'art de Chine au XVIIe siècle,
03:26qui existait depuis bien avant.
03:30Et la Chine a immédiatement intéressé les Occidentaux.
03:37Et le XVIIIe siècle, effectivement, vous avez raison de signaler
03:43que quelques petits objets qui traînent par-ci, par-là,
03:47évoquent de manière un peu fantaisiste, je pense, la Chine.
03:53Donc moi, j'ai rencontré la Chine, je dirais très tôt,
03:59avant même que je m'en serve.
04:02J'ai perçu qu'il y avait là une espèce de gisement.
04:08J'ai eu le sentiment d'avoir eu affaire à une immense histoire.
04:14Et l'artiste saisit ce qui lui semble utile.
04:18On prend des choses et puis on les intègre dans notre histoire,
04:23et l'histoire devient une autre histoire.
04:25Voilà, c'est comme ça que les cultures se rencontrent.
04:28Et les artistes sont utiles pour ça.
04:31Ils prennent des choses parfois incongrues,
04:36des choses étranges, des choses qui ne semblent pas essentielles.
04:41Donc moi, j'ai utilisé beaucoup ça.
04:44J'ai utilisé ça, et notamment une chose qui me sert tout le temps,
04:50qui est une chose très permanente pour moi,
04:55c'est l'organisation des vides et des pleins dans la peinture chinoise.
05:00En Chine, et en Orient, me semble-t-il, en général,
05:05l'organisation des vides et des pleins se fait très, très différemment.
05:10L'ensemble du tableau, en haut à droite du tableau,
05:14en bas à gauche du tableau, est aussi important que le centre.
05:17L'intérêt du tableau est dispersé sur l'ensemble de la surface du tableau.
05:23Et donc, la quantité de vides est beaucoup plus importante que la quantité de pleins.
05:37En Occident, on parle d'espace positif et d'espace négatif.
05:42Et l'espace négatif, en Occident, est peu utilisé.
05:49Alors qu'en Chine, il a beaucoup, beaucoup d'effets.
05:52C'est un espace libre.
05:54C'est comme l'usage de l'obscurité, par exemple.
05:59La peinture du XVIIe siècle, en Occident, est très sombre.
06:04Elle change un goût aussi pour l'obscurité.
06:08Et l'obscurité, c'est comme un espace vide.
06:12On ne voit rien, on ne voit pas.
06:14Et ce qu'on ne voit pas, on doit l'imaginer.
06:17Le spectateur doit faire ce travail de remplacer, de remplir le vide, quelque part.
06:25L'obscurité, c'est remplir la même fonction, quelque part, que l'espace vide.
06:35Il est vide, mais c'est un silence assourdissant.
06:40Comme tout le monde, je crois que ce qu'on aime, c'est ce qui nous complète, plus que ce qui nous ressemble.
06:45Donc, je trouve par contre que l'art chinois s'autonomise.
06:52La Chine a maintenant des artistes qui sont authentiquement, véritablement chinois.
07:01C'est-à-dire qu'ils ne doivent avoir absolument rien à personne.
07:06Ils ont une approche du monde, ils ont un regard sur le monde,
07:11ils ont une manière de comprendre le monde, de le traduire, qui leur est propre,
07:16qui est quelque part un peu inimitable.
07:19Et je pense que l'art chinois est assez vite identifiable maintenant.
07:24Mais l'art chinois a une manière qui lui est propre.
07:32On le voit très clairement maintenant.
07:34Moi, j'étais frappé d'une chose qui m'a beaucoup touché,
07:38c'est l'extrême application des Chinois sur la peinture.
07:45On est quelquefois désespérés de voir le peu de temps qu'un spectateur passe devant un tableau comme ça.
07:53Alors qu'en Chine, j'étais très surpris, je ne suis pas le seul à le dire,
07:58beaucoup de gens sont très surpris du soin, de l'application des Chinois à observer, à regarder la peinture.
08:08Ils regardent, ils regardent, ils observent.
08:13Et ça, pour un peintre, c'est le premier des cadeaux.
08:17Alors moi, je crois qu'il y a quelque chose de très singulier chez les Chinois,
08:24chez les Français, chez les Allemands.
08:27Il y a toujours quelque chose de différent.
08:29Il ne s'agit pas de démontrer qu'il y en a une qui est supérieure à l'autre.
08:33Il s'agit simplement de faire apparaître les différences.
08:37Et les différences doivent être entretenues.
08:42Et c'est parce qu'il y aura des différences qu'on continuera à s'intéresser aux autres.
08:48Ce n'est pas quand tout le monde se ressemblera à tout le monde que ce ne sera plus à peine d'aller à Pékin,
08:53ce ne sera pas à peine de venir à Paris parce que vous verrez les mêmes choses partout.
08:56Donc c'est très important de communiquer sur le plan international
09:03en faisant très attention que les choses ne se confondent plus.
09:06Ce que je peux espérer, c'est que nos relations artistiques,
09:13il n'y a pas de raison qu'elles cessent.
09:16Je pense qu'elles sont parties.
09:18Elles ne cesseront plus.
09:19Ça va continuer.
09:20On va échanger de plus en plus.
09:22J'espère qu'elles vont s'amplifier.
09:26Tant que l'échange enrichit les heures d'art,
09:30il faut les continuer,
09:33il faut les entretenir,
09:35il faut nourrir,
09:37il faut en faire davantage.
09:39Pour l'instant, on est dans une phase très positive.
09:45Après, c'est l'intelligence des hommes et des femmes qui fera que tout ça va se bonifier.
09:56Comme ça, ça devrait pouvoir se passer.
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