00:00Quand on joue, en fonction du rôle, il y a des centres de gravité qui ne sont pas les mêmes.
00:03Pour les tusses, par exemple, c'est très en haut, c'est un truc qui est genre...
00:06Et là, c'est quelque chose qui est plus au niveau des épaules.
00:09Ça, voilà.
00:10C'est le centre de gravité qui bouge, en fait.
00:12Et donc, du coup, c'est pas...
00:14Ça, quoi.
00:15Ça s'apprend, ça ?
00:17Non, mais ça se sait.
00:18Moi, je ne savais pas ça avant.
00:19Il y a un gars qui m'a dit ça un jour.
00:20J'ai fait, ah putain, mais j'avoue, c'est vrai.
00:21Et du coup, après, j'ai appliqué le truc et ça marche.
00:23Quand on est boulanger, en général, on progresse.
00:25Le pain, il devient meilleur parce qu'on fait du pain.
00:27Sur le métier d'acteur, est-ce qu'on progresse ?
00:29Et en quoi ?
00:30On progresse si on aime ce qu'on fait, quoi.
00:32Et après, parfois, il y a des acteurs et des actrices qui deviennent un peu blasés parce que...
00:35Je ne sais pas.
00:36Mais...
00:37Vous, typiquement, qu'est-ce que vous faites mieux qu'avant ?
00:39Moi, je suis plus blasé qu'avant.
00:40Donc, j'arrive mieux à être blasé qu'avant.
00:42Non, je présente mieux qu'avant, moins fabriqué.
00:45Parce qu'avant, j'essayais de changer ma voix et tout.
00:46Je faisais des trucs complètement flingués, comme j'essayais de faire dans Lupin.
00:48Pour les tusses ?
00:50Oui, les tusses, c'est autre chose.
00:51La voix, elle a été...
00:52Oui, je ne suis pas cassé.
00:53Mais non, les tusses, c'est autre chose parce que c'est dans le comique.
00:55Pour moi, le comique, c'est encore un autre truc.
00:58Alors évidemment, le grand public, pour le grand public, vous, c'est les tusses.
01:01En fait, c'est assez à part dans votre carrière.
01:04Oui, oui.
01:05Ça vous embête, Lupin ?
01:06Non, je m'en fous. C'est génial, justement.
01:07Ça a changé quelque chose ?
01:08Non, j'imagine que oui, ça a changé votre salaire, les rôles qu'on vous propose, tout ça.
01:12Le salaire, oui.
01:13Mais...
01:15Oui, ça a changé quelque chose.
01:17Non, si je suis dans la rue, on m'en connaît par rapport à ça.
01:19Oui, après, j'ai fait un autre court-métrage qui était assez lié à ce que je fais maintenant.
01:24Mais ça a changé un truc.
01:28Oui, dans la rue, oui.
01:29Je suis connu ad vitam aeternam pour ça.
01:31Je peux faire n'importe quel film, quasiment, dans la rue, on m'en connaîtra pour ça.
01:35Mais je m'en fous parce que c'est un film qui...
01:38Vraiment, en plus, c'est un film qui fait du bien aux gens.
01:40Je ne suis pas le bien-pensant, tout ça.
01:44Mais les gens, ils partagent...
01:47Ça fait rire les gens, en fait.
01:48Les gens, oui.
01:49Mais les critiques de cinéma, pas tous, quoi.
01:51Oui, je m'en fous.
01:52Oui, je m'en fous.
01:53Parce qu'ils ne l'ont pas vu.
01:54Les acteurs du cinéma, les critiques, je m'en fous.
01:55C'est vrai ou c'est un peu une posture ?
01:57C'est vrai que c'est une posture.
01:58Non, je m'en fous parce que je me fais chier pour les plus petits trucs.
02:01Ça, c'est un truc assez énorme et qui pourrait prendre la tête.
02:04Non, je m'en fous parce que si je me prenais la tête pour ça, j'exploserais, en fait.
02:07Du coup, je suis obligé de vraiment me concentrer pour prendre la part du vrai et du faux.
02:11De ce qui est réel et ce qui n'est pas réel.
02:13Et de ce qui est justifié et pas justifié.
02:15Si on me dit que j'ai été pourri sur un rôle et que j'étais pourri sur le rôle,
02:17oui, je m'en fous.
02:18Après, c'est Marco Ferrucci sur Internet, je m'en fous.
02:20C'est comme quand les gens disent que je n'aime pas sa tête,
02:22c'est un acteur de merde, ça, ce n'est pas la vraie vie.
02:23Moi, je sais où j'en suis par rapport à ça.
02:25Je sais dans quel film je joue comme une merde.
02:26Je sais dans quel film je joue bien.
02:28Non, c'est moi qui fais le truc.
02:30Moi, j'ai beaucoup aimé le film.
02:31Et notamment, il y a un truc qui marche vraiment,
02:33et ça se voit visuellement quasiment, c'est le vote duo avec Benjamin Inverne.
02:37Vous le connaissiez avant ?
02:38Non.
02:39Comment vous avez travaillé ensemble ?
02:40Non, mais on s'est sentis avant.
02:41Avec Benjamin, on s'est sentis tout de suite.
02:42C'est que ça se fait assez rapidement.
02:45J'ai vu qu'il y avait de la bienveillance de mon côté et de son côté.
02:51Alors, ce n'est pas le même parcours aussi, la comédie française.
02:53Oui, c'est plus noble.
02:56Mais ça reste du bois.
03:01Je trouve que c'est vraiment un très, très bon comédien.
03:03C'est un très, très bon acteur.
03:04Donc, j'avais ce respect.
03:05Il le saura que en voyant l'interview.
03:08Mais j'ai beaucoup de respect.
03:10Parce que c'est quoi un très bon acteur ?
03:12C'est un mec qui a le sens de la rupture.
03:14C'est du rythme, quoi.
03:15Oui, c'est ça.
03:16Après, moi, je suis jeune.
03:17Il faut dire ça.
03:18Il faut demander ça à des anciens, en plus.
03:19Parce que je ne me sens pas légitime de dire qu'est-ce que c'est un bon acteur.
03:21Je trouve que ce serait de se la raconter, de dire
03:23que l'acteur, c'est ça, je connais tout.
03:25Mais pour moi, en tout cas, un bon acteur,
03:27c'est un mec qui est généreux, qui a le sens de la rupture.
03:29Et respectueux, aussi.
03:30Est-ce que vous, en tant qu'acteur, vous avez des trucs
03:32que vous avez l'impression que vous n'arriverez pas à jouer ?
03:34Est-ce que vous avez l'impression que vous avez des limites ?
03:35Non, non.
03:36Mais il y a des trucs qui vont me demander beaucoup de travail
03:38pour y arriver.
03:40Par exemple, j'aimerais vraiment jouer un Shakespeare du classique.
03:43Je sais que j'y arriverais.
03:44Si je le fais, je sais que j'y arriverais.
03:46Mais ça va me demander beaucoup de travail pour trouver le déclic.
03:48Ce n'est pas forcément des trucs par rapport au phrasé,
03:50parce que le phrasé, je peux le changer.
03:52Mais c'est trouver le travail pour trouver le déclic.
03:54Pour choper le truc, en fait.
03:56Pour trouver le code.
03:57Trouver le code du truc.
03:59Et c'est ça, justement, quand on prépare un rôle,
04:01à un moment donné, il y a un moment de bascule, c'est ça ?
04:04Ça dépend.
04:05Parce qu'il y a des rôles que j'ai beaucoup bossé,
04:07et quand j'arrivais sur le tournage, je ne comprenais pas.
04:09Et j'ai quand même tenu mon truc.
04:10À la fin, ils étaient contents.
04:11Ça fait chier, d'ailleurs.
04:12Parce que tu bosses deux mois, tu te plies en quatre.
04:15Parfois, tu pars dans d'autres pays.
04:18Là, c'était pour aller tirer avec des fusils,
04:20pour me faire tatouer partout.
04:22J'avais pris un rôle vraiment hacker.
04:25Et finalement, ce n'était pas si bien que ça.
04:28Parfois, j'ai fait très confiance à des réalisateurs,
04:29et je me suis retrouvé à jouer comme des merdes.
04:31Comme vraiment pas bien.
04:32Vraiment, vraiment pas bien.
04:34Tu n'en as pas le film ?
04:38Non.
04:42Quand je me suis fait confiance, ça allait.
04:45Mais ce n'est pas vrai.
04:46Par exemple, pour La nuit du 12,
04:48au début, je me suis dit que je n'avais pas confiance.
04:50Il y a Camille Rosaforte qui m'a dit que lui, il fait confiance.
04:53Du coup, j'ai un peu baissé la garde.
04:55J'ai fait confiance, on a fait un truc bien.
04:57J'adore les réalisateurs, mais c'est l'amour vache.
04:59Parce que les réalisateurs, ils pensent à nous aussi.
05:01Ils font chier, je ne sais pas quoi.
05:03Mais c'est l'amour vache.
05:04Il y a des réalisateurs, genre, énormément.
05:06Énormément.
05:08C'est quand même eux qui me prennent dans leurs films.
05:10Sur Enfant Phare, comment ça s'est passé dans cette préparation ?
05:12Est-ce qu'à un moment donné, vous avez dit
05:13que vous aviez pigé le rôle ?
05:17Non, parce que je voyais ce qu'il voulait.
05:19Il voulait un truc par rapport à ce que je sais un peu faire.
05:22Donc du coup, on savait où on voulait en venir.
05:25C'était quoi le truc ?
05:26J'ai ouvert une porte.
05:27Et c'est ça qui est cool, c'est qu'en ouvrant une porte,
05:29il a capté quel personnage ouvrait la porte, en gros.
05:32Puis moi, j'étais content parce qu'il a capté tout de suite.
05:34Comment on ouvre bien la porte, alors ?
05:36C'est un truc d'épaule, c'est un truc qui se fait dans le corps.
05:40Je ne sais pas, c'est les centres de gravité qu'on change.
05:43Parce que parfois, quand on joue en fonction du rôle,
05:45il y a des centres de gravité qui ne sont pas les mêmes.
05:47Pour les tusses, par exemple, c'est très en haut.
05:49C'est un truc qui est genre comme ça.
05:50Et là, c'est quelque chose qui est plus au niveau des épaules.
05:53Ça, voilà.
05:54Ça fait un mec qui s'y connaît grave.
05:58Mais c'est le centre de gravité qui bouge, en fait.
06:00Et donc du coup, c'est pas...
06:02C'est ça, quoi.
06:03Et ça, ça prend, ça ?
06:05Non, mais ça sait.
06:06Moi, je ne savais pas ça avant.
06:07Il y a un gars qui m'a dit ça un jour.
06:08J'ai fait, ah putain, mais j'avoue, c'est vrai.
06:10Et du coup, après, j'ai appliqué le truc et ça marche, quoi.
06:11C'est une question de sensation, un peu.
06:13C'est la sensation de ça marche ou ça marche pas.
06:15Et quand ça marche pas, il ne faut pas trop...
06:17Et comment on sait que ça marche ou ça marche pas ?
06:18Bah, tu sens.
06:19C'est comme la différence entre, je ne sais pas,
06:20le jus de fraise et le vinaigre.
06:23Tu sais quand c'est du jus de fraise,
06:24tu sais quand c'est du vinaigre, quoi.
06:25Putain, je suis philosophe, moi.
06:27Mais sur soi-même, c'est plus dur.
06:29Le jus de fraise et le vinaigre, je comprends.
06:30Mais soi-même, quand on joue,
06:32des fois, on n'a peut-être pas le recul nécessaire.
06:34Alors, ça, c'est...
06:36Quelle question je me suis posée pour quel film ?
06:38Et du coup, après, avec le recul, je me suis dit,
06:39bon, ça, je me suis posé une question comme ça
06:42pour ce film-là.
06:43Ça a marché, donc du coup,
06:44j'ai pris le même vecteur, en gros.
06:45D'accord, donc ça, c'est l'expérience, quelque part.
06:46Ouais, ouais, ouais, il y a ça.
06:48Parce qu'il y a des écoles d'acteurs.
06:50Je ne sais pas ce qu'on y apprend.
06:52Parce qu'il y a des gamins qui font des films...
06:54On apprend à ne pas faire plein de trucs.
06:56Du coup, ça apprend beaucoup, quoi.
06:58C'est-à-dire ?
06:59Ben...
07:01On s'influence tous un peu à jouer
07:03comme des merdes un peu à l'école.
07:06Les trois quarts, on ne joue pas bien.
07:08Parce qu'on est encore en train de chercher.
07:11On est intimidé par les acteurs, tout ça.
07:13On se dit, putain, jamais j'arriverai à faire ça.
07:15Là, on se prend la tête et tout.
07:17Et donc, du coup, quand on sort de ça
07:20et qu'on arrive vraiment dans le vrai milieu,
07:22on se rend compte de ce qu'il faut lâcher,
07:24ce qu'il ne faut surtout pas faire.
07:25Et du coup, comme on fait l'affaire d'un truc pas bien,
07:27on fait un truc bien.
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