00:00Je sais que je n'aurais pas eu forcément ma place dans un lycée traditionnel.
00:03En tout cas, je ne saurais pas où j'en suis aujourd'hui, ça c'est sûr.
00:06Et voilà, j'aimerais qu'il y ait d'autres élèves qui aient la même chance que moi à l'avenir.
00:11Je suis très touchée parce que, en fait, pour moi, ça a eu beaucoup d'importance dans mon parcours.
00:16Et je suis assez triste de voir ce projet et ce lycée disparaître.
00:23Il y a deux ans, pour Brut, j'avais suivi les élèves du lycée autogéré de Paris
00:26pour comprendre ce fonctionnement un petit peu particulier.
00:28C'est un endroit particulier parce que c'est un lycée autogéré.
00:31Donc les élèves vont tout faire ensemble, il n'y a pas vraiment d'administration,
00:36il n'y a pas de personnel de ménage, il n'y a pas de personnes qui nous font à manger.
00:41On n'a rien de tout ça et c'est les élèves et les professeurs ensemble qui vont tout faire.
00:45Cet établissement va fermer ses portes après 42 ans de fonctionnement suite à une décision du rectorat.
00:50Aujourd'hui, les élèves et les professeurs sont réunis pour demander une modification de cette décision.
00:55Alors le lycée autogéré, il est fini en fait.
00:57Le rectorat nous a annoncé il y a 15 jours la création d'un nouvel dispositif
01:02qui s'appellerait le lycée innovant parisien,
01:05où ils suppriment les trois préjugés, l'autogestion, la libre-présentation et la coopération des enseignants.
01:11En juin 2022, le rectorat a commencé à remettre en question notre fonctionnement
01:16en refusant de ressigner une convention qui, jusque-là, approuvait notre fonctionnement particulier.
01:23Et donc, à la suite de ça, l'année dernière, le lycée a traversé une crise importante
01:29puisque des élèves ont mis en accusation un enseignant sur des questions de violences sexistes et sexuelles.
01:35Et c'est clairement cette affaire qui a été instrumentalisée par le rectorat de Paris.
01:39Dans tous les établissements de France, en France, il y a des questions liées à ce sujet
01:43et on ne ferme pas les établissements pour autant.
01:46Pour mieux comprendre la situation, j'ai contacté le rectorat de Paris.
01:49Selon eux, cette affaire de violences sexistes et sexuelles n'est pas la raison principale
01:53de l'enquête administrative mandatée par le ministère de l'Éducation nationale,
01:57mais c'est principalement l'arrivée à son terme de la précédente convention en 2022
02:02et plusieurs dysfonctionnements.
02:04Dans son enquête, l'inspection générale a constaté de nombreux dysfonctionnements
02:09et un climat délétère au sein du lycée autogéré de Paris,
02:12un défaut de sécurité des élèves qui ne peut demeurer en l'état
02:15et des manquements aux obligations des fonctionnaires.
02:18Moi, ce que je défends, c'est avant tout le lycée.
02:21C'est vrai qu'il y a beaucoup d'enjeux et d'histoires personnelles
02:24qui peuvent rentrer en compte dans ce problème,
02:26mais en fait, ce à qui je pense, c'est avant tout les élèves.
02:30Je sais que moi, il m'a beaucoup offert le lycée autogéré de Paris.
02:32Je veux dire, il m'a fait grandir, il m'a fait ne pas avoir honte de certaines choses,
02:38il m'a fait...
02:40Enfin, il a changé vraiment beaucoup de choses,
02:41surtout que j'étais dans une période très compliquée à cette époque.
02:44Tu sais, il n'est pas fait pour tout le monde, mais moi, il était fait pour moi
02:47et je m'en suis sortie et je suis très contente.
02:49J'ai réussi ce que je voulais, je voulais avoir mon bac, je l'ai eu.
02:53C'est des élèves qui ont des parcours scolaires très chaotiques pour beaucoup.
02:57Pour certains, aussi, une volonté de travailler autrement.
03:00Ce n'est pas juste des élèves à problème.
03:01Il y a aussi des élèves qui viennent au lycée autogéré
03:03parce qu'ils ont envie d'une autre façon d'apprendre.
03:07S'ils sont au lycée autogéré, c'est qu'ils ont des bonnes raisons d'y être
03:10et que ça fait compliqué pour eux d'être ailleurs.
03:13Ils vont pouvoir rester, les élèves vont pouvoir rester
03:16s'ils acceptent le nouveau fonctionnement.
03:17Et c'est des élèves qui, par exemple, la libre fréquentation,
03:20le fait de ne pas être sanctionné quand ils sont absents,
03:23pour certains, c'est la condition sénéco-anonyme pour pouvoir reprendre les études.
03:27Ils ont tellement souffert de leurs années précédentes
03:31que ça, ça leur donne la possibilité de revenir un peu.
03:35Et ça, ça n'existera plus.
03:36J'étais une élève qui avait des soucis.
03:38J'avais une dyslexie assez importante.
03:40Et donc, arrivé à un certain stade, à l'époque où j'étais au collège,
03:44j'ai eu beaucoup de décrochages.
03:45Je suis allée au lycée autogéré.
03:47J'ai continué à faire des études par la suite.
03:50Ça m'a donné envie de continuer à là où, à un moment donné,
03:52dans mon parcours, l'école m'a absolument détruit le système.
03:56J'ai fait un long parcours, j'ai souhaité en fait aller dans l'enseignement.
04:00J'ai été postulée, j'étais recrutée là en octobre 2023.
04:04Et je suis très fière, pour moi, c'est une revanche aussi
04:06sur cette scolarité qui a été difficile.
04:09Et vraiment, je pense que le lycée m'a donné aussi cette envie d'enseigner.
04:14Voilà, je crois que le lycée autogéré aussi, il apporte ça dans nos vies.
04:17C'est un enseignement qui est réparateur, qui est formateur,
04:21qui nous permet de savoir où on peut aller, où on a envie d'aller aussi.
04:27Enfin, il y a beaucoup de choses à dire.
04:29Suite aux préconisations des inspecteurs généraux,
04:31le Rectorat de Paris a engagé des procédures disciplinaires
04:34à l'encontre de plusieurs enseignants
04:36et a décidé de remplacer le lycée autogéré par un nouveau projet.
04:40Le principe d'autogestion ne fait pas partie des principes retenus pour ce projet,
04:43mais le Rectorat affirme que les personnels impliqués
04:46bénéficieront toutefois d'une large autonomie dans le domaine pédagogique.
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