00:00On a tous une épée de Damoclès au-dessus de la tête,
00:02sauf que du jour au lendemain, moi je l'ai vue, la mienne.
00:05Et ça fait bizarre.
00:07C'est vraiment bizarre.
00:08D'autant que j'ai cru qu'elle allait tomber très vite.
00:10Bon, finalement,
00:13pas encore.
00:14La première question que j'ai envie de vous poser, c'est comment est-ce que ça va ?
00:17Ça va plutôt bien.
00:20J'ai des hauts, des petits bas,
00:21mais je me concentre sur les hauts.
00:24Non, ça va hyper bien en fait.
00:26Je viens de tourner,
00:27je fais la promotion d'un film que j'adore.
00:32Le fait de sortir du parcours hospitalier,
00:35c'est la plus belle chose qui pouvait m'arriver.
00:38Donc, je me concentre là-dessus.
00:41Justement, ce film, il s'appelle Survivre.
00:43Et je combats des crabes.
00:47Eh oui, c'est un truc de fou.
00:56Ils attaquent pour se nourrir.
01:01Je me vois
01:03avec cette arme dégommée des crabes.
01:06Je me dis, putain, c'est pas possible.
01:09C'est pas possible.
01:10La vie, elle est bizarre.
01:11J'ai découvert le film
01:14une fois malade.
01:16Avant, je l'ai tourné,
01:17j'avais aucune idée de ce qui m'arrivait.
01:21Ça m'a mis par terre.
01:23J'étais en pleurs.
01:24C'était le fait de vous voir avant
01:26ou c'était qu'est-ce qui vous a mis par terre ?
01:30Oui, le fait de me voir avant.
01:34Le fait de me dire que peut-être
01:35je ne ferai plus jamais un film comme ça.
01:36Peut-être, je dis bien peut-être.
01:39Parce qu'il faut une sacrée force physique.
01:43Et que là, je l'ai perdu.
01:45Les traitements que j'ai
01:48font qu'il y a des choses
01:50que je suis moins capable de faire physiquement.
01:53Je ne me suis pas encore vraiment remise au sport.
01:55Tout ça, c'est difficile.
01:56Il y a un autre parallèle qui est saisissant, je trouve,
01:58entre votre personnage, ce film, votre parcours.
02:01Cette femme qui, tout d'un coup,
02:02est confrontée à quelque chose
02:03auquel elle ne pouvait pas s'attendre
02:05et qui est contrainte de déployer une force
02:08qu'elle ne se connaissait peut-être pas
02:10pour se sauver elle-même et sauver ses enfants.
02:15Ça, c'est sûr.
02:16Ça, c'est évident.
02:17Je vais essayer d'être la plus honnête possible.
02:20Je me retrouve aujourd'hui
02:22avec une maladie chronique, maintenant.
02:27Ce n'est pas seulement un cancer, mais une maladie chronique.
02:31On parle toujours de rémission,
02:33mais il n'y a pas jamais réellement de rémission.
02:37Ce que j'ai est ultra rare.
02:38Alors, j'ai la chance d'être suivie à Gustave Roussy,
02:41où ils font plein de recherches.
02:43Il y a un vrai pôle dédié aux corticosurénalomes
02:47qui touche la glande surrénale et pas le rein.
02:49Ça touche une à deux personnes
02:51sur un million par an dans le monde.
02:53C'est hyper rare et c'est hyper dur.
02:55Ça change la vie.
02:57Donc, il y a un moment donné où
03:00moi, je suis vraiment passée par un processus de deuil de ma santé,
03:03d'une certaine manière.
03:05Sauf que,
03:07il y a plein de gens qui
03:09perdent un membre, des membres,
03:12qui ont un diabète
03:14et qui vivent leur vie très bien malgré ça.
03:17Donc, c'est comme ça que j'ai décidé de le vivre.
03:22J'ai eu la chance de faire un métier que j'adore.
03:24Donc,
03:26quand je dis que je retravaille,
03:27je travaille et en même temps,
03:29je n'ai pas l'impression de travailler.
03:31Et au contraire, une fois que je tourne,
03:32là, je viens de tourner,
03:35j'ai tout oublié, je n'ai tellement pas l'impression de...
03:39Pour moi, il n'y a plus rien.
03:41J'ai des séquelles de ma chimio,
03:42j'ai des picotements dans les pieds, dans les mains et tout ça.
03:44Mais quand je suis occupée à faire ce que j'aime,
03:46je ne sens plus rien.
03:47On vous a revu officiellement pour la première fois à Cannes,
03:51de vous voir à Cannes avec vos petits cheveux qui repoussaient.
03:55Ça m'a bouleversée parce que je n'ai pas été capable de faire ça moi.
03:57C'était évident pour vous de ne pas vous couvrir la tête ?
04:01Ah bah oui, j'avais des cheveux quand même.
04:03Il n'y en avait pas beaucoup,
04:04mais il n'y en a toujours pas énormément.
04:07Mais il y en a de plus en plus.
04:10Ah, et puis je m'en fous en fait.
04:12J'ai toujours beaucoup souffert de mon apparence physique.
04:16J'ai toujours été très dure avec moi-même.
04:18Je me suis toujours trouvée trop ci, pas assez ça.
04:22Surtout avec le poids et tout ça.
04:24Une sorte de diktat un peu compliqué.
04:26Et je suis la première à avoir souffert de ça,
04:28à m'être privée genre zéro sucre, zéro gras, zéro machin, j'ai tout fait.
04:35J'ai vraiment toujours été hyper, hyper dure.
04:40Je me suis toujours trouvée vraiment pas assez ça ou trop ça.
04:44Je me suis toujours comparée aux uns, aux autres.
04:47Vraiment, pour être honnête, ça a toujours été une vraie difficulté.
04:51J'ai l'impression d'être chez mon psy.
04:56Justement, je suis en train de revivre une séance chez mon psy.
05:04Et d'un coup, je me suis rendue compte que le truc le plus important au monde,
05:08c'était d'être vivant.
05:10Donc je m'en fous de mon poids, de mes cheveux.
05:13J'étais heureuse de monter les marches, d'être là 25 ans plus tard.
05:22Et aussi, effectivement, pour les personnes et les personnes malades
05:26et les personnes qui sont proches de personnes malades.
05:30Je trouve que c'était une forme de message d'espoir.
05:34Alors après, j'ai lu plein de trucs, genre quel courage, quel truc.
05:37Rien de courage, j'étais invitée par le Festival de Cannes.
05:40On m'a habillée, coiffée, maquillée.
05:43Moi, je n'ai pas trouvé que c'était très courageux de me montrer avec mes cheveux.
05:48Enfin, je n'ai rien vu de spécial.
05:51J'ai juste la chance d'avoir une visibilité plus forte que d'autres.
05:56Et donc, il doit y avoir plein de gens très courageux,
06:01mais à qui on ne donne pas la parole.
06:02Et si ça peut donner de la force à d'autres personnes,
06:09notamment d'autres femmes, parce que les cheveux et la féminité,
06:12c'est quand même étroitement lié,
06:14de retirer leur perruque plus tôt que prévu, tant mieux.
06:19Si ça leur donne l'espoir qu'on peut se faire belle
06:26en dépit de la maladie, tant mieux.
06:30L'idée, c'est de dire que chaque seconde est importante.
06:33Si je peux donner ce message-là aux gens,
06:35qui est de vivre chaque seconde à fond,
06:40tant mieux.
06:42C'est tout ce que je voulais faire, en fait.
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