00:00Le point de départ, c'est quelque chose de très réel.
00:03Il y a un moment de ma vie, il y a quelques années,
00:06tout le début du mouvement MeToo,
00:08j'ai eu une espèce de, comme dans le film,
00:10d'angoisse, d'étouffement, où du coup je me suis échappée de chez moi.
00:16Je vivais avec quelqu'un, avec un homme,
00:18et je peux le dire, j'ai eu beaucoup d'hommes dans ma vie,
00:22je n'ai jamais été célibataire.
00:24Et donc c'est la première fois que je...
00:27C'était après Portrait, de la jeune fille en feu,
00:29c'était donc tout le mouvement MeToo,
00:31et j'ai réalisé des choses, et ça n'allait pas.
00:34Et donc je me suis réfugiée chez mon amie Sandra Codreanu,
00:37qui joue dans le film.
00:39Pendant plusieurs mois, j'ai vécu comme ça avec des femmes,
00:41avec d'autres possesseurs.
00:43Dans la réalité, on était plusieurs chez elles.
00:46Et c'était un cocon, c'était...
00:48C'est la première fois où je...
00:51Je respirais.
00:53On avait énormément de dialogues
00:55sur justement le désir des femmes,
00:58sur la société, sur l'oppression, sur...
01:02Et en même temps, il y avait tellement d'humour entre nous,
01:05tellement de joie,
01:07tellement de relâchement dans nos corps.
01:09On a une connexion à nous-mêmes qui s'est faite assez forte.
01:13Et là, je me suis dit, je vais faire un film sur ça.
01:15Mais je n'avais pas l'histoire, j'avais juste cette sensation-là.
01:19Et en sachant que je voulais faire un film qui mélange les genres,
01:22et le gore.
01:23Les femmes avec qui j'écris le film,
01:25où on a toutes vécu des traumatismes,
01:27on s'est rendu compte que, nous, notre manière d'en parler,
01:30c'était par l'absurde, par l'humour.
01:32Et c'est ce qui nous permet de nous réapproprier nos histoires,
01:36de mettre à distance aussi.
01:38La violence, c'est aussi un moyen, dans le film,
01:43un moyen cathartique pour libérer des choses,
01:46pour s'emparer d'un sujet et de faire réfléchir.
01:51J'espère, en tout cas, d'ouvrir un dialogue.
01:59Merci au balcon !
02:13Comment c'était ? Comment tu te sens ?
02:15Beaucoup d'émotions, c'était hyper intense.
02:18Je ne m'attendais pas à ça.
02:21D'entendre les rires, d'entendre les silences,
02:24d'entendre les applaudissements pendant le film,
02:26c'était dingue.
02:28C'était magnifique.
02:30Le film parle de viols, de violences sexistes et sexuelles,
02:35des traumatismes que j'ai vécu,
02:38que mes amis ont vécu aussi.
02:41Donc j'avais le besoin d'en parler.
02:44On parle aussi du viol conjugal.
02:46Le viol conjugal, c'est le seul que je filme,
02:48parce que je pense qu'il n'est pas assez montré.
02:53Du coup, c'est un peu plou pour les gens.
02:57Qu'est-ce que le viol conjugal ?
02:58Parce que ça se passe parfois sans violence physique,
03:01sans violence verbale.
03:06Donc j'ai décidé, celui-là, de le filmer.
03:08J'ai l'impression que, de moins en moins,
03:10on voit des scènes de nudité, des scènes de sexe,
03:13parce que maintenant, on a peur.
03:14Et c'est normal, vu tout ce qui s'est passé.
03:18Mais je pense que...
03:22Il y a des femmes comme moi, par exemple,
03:24où je comprends qu'on ait envie de se cacher.
03:28Je comprends qu'il y en a qui ont envie, au contraire, de se...
03:31C'est pas de se montrer, mais juste d'être libre,
03:33comme un homme qui est torse nu dans la rue.
03:35Moi, j'ai envie d'être torse nu dans la rue quand il fait chaud.
03:38Et je comprends pas le problème avec la poitrine des femmes, en fait.
03:41Je n'arrive pas à comprendre le problème.
03:44C'est quoi ? Ça excite ?
03:47Moi, un homme torse nu, ça peut m'exciter,
03:49mais je garde ça pour moi.
03:50Donc pourquoi, nous, du coup, on devrait se cacher ?
03:54On a chaud, on a chaud, quoi.
03:55Ça reste de la peau, ça reste un téton,
03:57c'est la même chose, quoi.
03:58C'est juste que ça...
04:01Enfin, j'arrive pas à comprendre.
04:03Et j'ai envie de pouvoir, quand il fait chaud,
04:06me mettre torse nu, quoi.
04:08Et qu'il y ait pas de problème, quoi.
04:09Et j'ai envie, moi, qui ai commencé dans le mannequinat,
04:13où je me suis retrouvée à être vraiment mesurée chaque jour,
04:17à devenir anorexique, boulimique,
04:18alors que j'avais aucun problème avec la nourriture,
04:22à vraiment être vue comme un morceau de viande,
04:26j'avais envie de me réapproprier mon corps à moi.
04:30Donc c'est vraiment mon film, le premier film où...
04:35Parce que c'est moi qui filme aussi,
04:36où j'ai pas peur de me dire,
04:39j'ai pas besoin de me tenir droite,
04:40j'ai pas besoin de rentrer mon ventre,
04:42j'ai pas besoin de me dire,
04:43oh là, la lumière, on va voir ma cellulite.
04:46J'avais juste envie vraiment d'être moi,
04:47comme j'étais avec mes copines dans cet appartement,
04:49quand on était toutes les trois.
04:51En fait, entre nous, on s'en fout, quoi.
04:54Et même, on trouve ça mignon.
04:55Un corps, ça raconte tellement de choses.
04:59Chaque peau, chaque pli, chaque cicatrice,
05:03on voit aussi comment il se tient, comment il se pose,
05:07ça raconte énormément de choses,
05:08autant qu'un regard d'un acteur, un visage.
05:11Le corps raconte énormément de choses.
05:14Et donc, quand il est nu,
05:15il y a énormément de choses qui nous parviennent
05:17et qui nous parlent,
05:18et dans ces cas-là, on le sexualise pas.
05:21On voit un corps humain qui ressemble au nôtre,
05:24plus ou moins,
05:25homme ou femme,
05:26et qui raconte des choses très profondes, quoi.
05:30Et je voulais le libérer, ce corps.
05:31Donc, ça passe par des positions où elles sont nues,
05:35ça passe par des proutes.
05:37Pour moi, c'était primordial d'aller filmer
05:39une scène vulgarité chez les femmes, dans ce film,
05:44parce que c'est la seule manière d'arriver à une vérité,
05:46à une sincérité,
05:48et de leur autoriser une libération, quoi,
05:52par la vulgarité.
05:53La vulgarité, pour moi, peut...
05:57ça peut être de mauvais goût,
05:58mais en fait, c'est la vie,
06:01la vulgarité fait partie de la vie,
06:02et pour moi, ça raconte énormément de choses.
06:04Vous le disiez, ce film,
06:05il vient d'un endroit très personnel pour vous.
06:07Est-ce que vous avez l'impression
06:08d'avoir réparé quelque chose en vous,
06:11guéri quelque chose en vous, en faisant ce film ?
06:13Je pense avoir guéri quelque chose en moi.
06:19Peut-être pas guéri, mais je...
06:21Ça m'aide à avancer.
06:22Ça me permet d'avancer.
06:26Et surtout, ça me permet d'avoir des beaux dialogues
06:28avec les personnes avec qui c'est arrivé.
06:32De faire ce film m'a permis de leur en parler.
06:36Alors que je n'arrivais pas vraiment à le...
06:40à formuler clairement toute la complexité de...
06:45La complexité, au fond, c'est pas le mot,
06:47parce que parfois, c'est pas complexe,
06:48c'est juste qu'on devrait sentir
06:49que la personne n'a pas envie.
06:51Mais malgré tout, tous ces mécanismes-là,
06:53ça m'a permis de les mettre plus clairement,
06:56d'essayer de le faire entendre plus clairement.
07:00Et ça a été hyper intéressant,
07:02pour ces personnes-là, pour ces hommes-là
07:04qui l'ont entendu, j'ai l'impression.
07:08Et en fait, ça, c'était, au-delà de moi,
07:13l'avancée que ça m'a permis aussi de...
07:19De grandir.
07:21De m'apaiser.
07:22Ça a permis aussi, avec ces discussions,
07:25avec eux, de...
07:27d'avoir de l'espoir, que les choses avancent
07:29et qu'il y ait un dialogue.
07:31Parce que c'est primordial pour moi
07:34qu'il y ait un dialogue entre nous tous, quoi.
07:38Tout et tous.
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