00:00Ce week-end, on a récupéré en urgence sur un sauvetage 3 chèvres.
00:03On a appelé 7 ou 8 cabinets aux alentours pour la recevoir.
00:06Personne ne pouvait nous recevoir parce qu'au niveau de la formation sur ces espèces-là,
00:11ils n'étaient pas compétents.
00:13Notre propre vétérinaire était déjà sur une urgence ailleurs.
00:17Il a fallu donc qu'on transporte cet animal à plus d'une heure et demie de route.
00:21C'est pas toujours si facile.
00:22Oui allô ?
00:23Bonsoir, c'est le véto là.
00:26Allez loulou.
00:28Bah non, on attend que ça sèche.
00:29On a aujourd'hui des territoires où les vétérinaires sont de garde,
00:33assurent la permanence et la continuité des soins 24 heures sur 24.
00:37Et ça aujourd'hui, c'est une source de difficultés psychologiques
00:41et de fatigue professionnelle.
00:43Depuis plusieurs années pour Brut, je me rends régulièrement aux quatre coins de la France,
00:46notamment à la rencontre d'éleveurs, de vétérinaires
00:49et d'autres professionnels travaillant avec les animaux.
00:51Et un sujet revient très régulièrement, celui des déserts vétérinaires.
00:56Si une éleveuse ou un éleveur aujourd'hui se retrouve dans une urgence,
01:02ça peut être un vélage, ça peut être une grebille qui a un problème,
01:06ça peut être un veau malade.
01:08Si t'as pas de véto sous la main, ça peut remettre en cause la vie de l'animal.
01:13Donc ça peut créer du stress pour les animaux,
01:15mais aussi pour les éleveurs et les éleveuses.
01:17L'autre problème, c'est que pour les vétos, ça leur fait faire de plus en plus d'heures de voiture,
01:21des distances de plus en plus longues.
01:24Du stress aussi pour eux, et je pense, à mon avis, des difficultés pour recruter.
01:28Donc ça crée des problématiques d'avenir pour nos métiers respectifs.
01:35T'as pas la possibilité, comme en ville, d'avoir des réseaux de cliniques
01:38qui peuvent s'organiser entre elles pour faire des tours de garde.
01:40Nous, on est tous éloignés les uns des autres.
01:42On n'a pas la possibilité de fermer, de partir en vacances
01:45et de ne plus assurer la continuité de soins.
01:48On travaille de nuit et de jour 7 sur 7, 24-24.
01:56Alors moi, j'ai la chance, dans le Bourbonnet,
01:58nous avons un bassin laitant assez conséquent,
02:03ce qui permet de maintenir, on va dire, un certain nombre de vétérinaires.
02:06Mais il y a des zones où il y a des faibles densités d'élevage
02:10et où les vétérinaires vont se retrouver avec une clientèle très éparpillée
02:14et des fois, devoir faire des heures de route
02:17pour pouvoir aller soigner des bêtes.
02:19Il y a des secteurs vraiment de désertification
02:22où les cultures ont pris le pas sur l'élevage.
02:24Et pour soigner des bovins,
02:26des fois, les éleveurs sont obligés de les mettre dans la bétaillère
02:28pour revenir dans une zone de clientèle,
02:31de confrères qui exercent encore en rural.
02:36La problématique passe au manque de vétérinaires,
02:38se fait vraiment ressentir dans une structure comme la nôtre.
02:41Par exemple, Diana, quand elle est en crise
02:43et qu'il faut absolument qu'un vétérinaire intervienne en urgence,
02:47si notre vétérinaire référente pour les équidés,
02:50qui est toujours ultra réactive,
02:52n'est pas à dispo ou est en repos,
02:55parce qu'elle aussi, elle prend des repos, ça lui arrive,
02:57on n'arrive pas à avoir un vétérinaire qui puisse se déplacer rapidement.
03:01Bien ! Tu marchais bien !
03:03Bravo !
03:07Aujourd'hui, c'est quasiment l'ensemble des territoires
03:10qui sont touchés par cette difficulté de désert vétérinaire
03:15avec des intensités plus ou moins grandes.
03:17On a des territoires où la situation est véritablement dégradée.
03:21Et à l'époque de ce travail-là sur des diagnostics de territoires,
03:25on avait notamment trois territoires dans la liste
03:27qui étaient l'Aude, la Dordogne, l'Ardèche.
03:30Mais aujourd'hui, on a d'autres départements où ça se complique.
03:34Avec la démographie vétérinaire, la démographie des éleveurs,
03:38d'ici 5 à 10 ans, il va y avoir,
03:40dans des zones qui paraissent peu atteintes, de gros risques.
03:45Sur cette carte, on peut se rendre compte des zones de tension.
03:47Ici, c'est pour la filière bovine avec, dans les zones les plus claires,
03:51moins d'un vétérinaire pour l'équivalent de 10 000 vaches adultes.
03:54Et ici, c'est pour la filière porcine avec, en clair,
03:57moins d'un vétérinaire pour 200 exploitations.
04:00Le nombre de vétérinaires n'est pourtant pas en baisse en France.
04:02Il est passé d'environ 18 000 praticiens en 2015 à plus de 21 000 aujourd'hui.
04:07Mais selon l'atlas démographique de la profession vétérinaire réalisé en 2021,
04:12le nombre de vétérinaires exarçant auprès des animaux de production,
04:15donc les animaux d'élevage, est en baisse de 18,5%.
04:18Aujourd'hui, l'essentiel de la profession vétérinaire
04:21s'oriente vers une activité auprès des animaux de compagnie.
04:24On a des structures qui font un petit peu de tout en espèce,
04:28mais qui n'ont qu'une faible part de rural.
04:31Il peut se poser des fois la question économique,
04:33avec aussi les regroupements et les réseaux de chaînes de clinique,
04:38de se dire que quand 15% de l'activité engendre 50% des contraintes,
04:44on pourrait être amené dans une structure à lâcher cette partie rurale.
04:49On a eu un gros remplacement d'éleveurs et d'éleveuses dans les 5 à 10 ans qui viennent.
04:55Et c'est la même chose pour les vétérinaires.
04:57Il y en a beaucoup qui vont partir à la retraite et des difficultés à les remplacer.
05:02Ce qu'il faut, c'est recruter plus de vétérinaires.
05:03Le problème, c'est que pour recruter plus de vétérinaires, il faut en former.
05:08Il faut en former plus.
05:09Pour ça, il faut aussi que les jeunes vétérinaires s'installent et s'installent dans le monde rural.
05:14Ça veut dire qu'ils aient envie de faire de la pratique de vétérinaires
05:16pour les élevages bovins de chevaux ou de moutons.
05:20On a une génération qui parle à la retraite.
05:22Et l'équilibre vie privée-vie professionnelle, c'est une demande sociétale.
05:27Et donc la profession vétérinaire ne fait pas exception à cette demande.
05:31Au lieu de passer des semaines de plus de 90 heures,
05:33on va passer à des semaines qui sont plus adaptées au mode de vie, à la demande.
05:38Une étude commandée en 2022 par l'Ordre national des vétérinaires
05:41et l'association Vetto-Entraide a mis en évidence un certain mal-être dans la profession.
05:46Les vétérinaires sont 3 à 4 fois plus à risque de suicide que la population générale
05:50et 20% des vétérinaires auraient eu des idées suicidaires au cours des 12 derniers mois.
05:54Cela s'expliquerait par une surcharge de travail,
05:57mais également par l'exposition à la souffrance et la maltraitance animale,
06:01ainsi que la peur de faire une erreur ou la peur de se blesser.
06:04La dernière chose qu'on pourrait se poser, nous, en tant qu'éleveurs et en tant qu'éleveuses,
06:07c'est quelles sont les conditions qu'on propose pour attirer les jeunes vétos sur nos territoires.
06:16Ça fait 50-60 ans qu'on met l'activité d'élevage sous le coup de la productivité.
06:22Ça veut dire qu'on leur demande de plus en plus de performance,
06:25de présence, etc. parce qu'on veut de la productivité.
06:31Donc là, il faut aussi qu'on se pose la question,
06:33c'est qu'est-ce que nous, en tant qu'éleveurs et éleveuses,
06:36on doit mettre en place, il faut peut-être baisser un petit peu notre niveau de risque,
06:40notre niveau de productivité pour essayer de trouver un équilibre.
06:45Ce qui fait que nous, on sera moins tendus, nos animaux auront moins de problèmes
06:49et peut-être aussi que les jeunes vétérinaires seront peut-être plus enclin à venir dans le monde rural
06:53parce qu'on sera dans quelque chose de plus optimisé, de plus équilibré.
06:58Une cellule de surveillance a été montée avec tous les acteurs autour de cette problématique.
07:04Il y a déjà eu un travail de fait avec une loi qui a été publiée en 2020
07:09qui permet le financement, l'aide à l'installation à des stagiaires.
07:12Ça permet de faire venir des étudiants dans des territoires.
07:16Concernant la profession vétérinaire, il y a un engagement de l'État qui a été pris en 2017
07:20pour augmenter le nombre d'étudiants vétérinaires en France et l'augmenter de 75%.
07:27Donc, il y a de nouveaux schémas à découvrir.
07:31Il faut aussi que l'État nous appuie parce qu'on fait une veille territoriale et sanitaire.
07:37Je pense qu'on a un système sanitaire pour les animaux d'élevage en France qui est un des meilleurs.
07:42On arrive à contrôler de la grippe aviaire ou des épidémies, etc.
07:47D'une certaine façon, notre présence soutient cette agriculture.
07:50Mais on va demander aussi un retour d'être soutenu, épaulé et écouté.
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