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  • il y a 2 ans
"Nous, direct, on a pensé à Avatar…"
La plus grande mine de nickel au monde met en "danger de mort" un peuple autochtone. Ça se passe en Indonésie, mais cette mine appartient en partie à une entreprise française. Un projet dénoncé par l’ONG Canopée. Alors, entre l’exploitation d’un minerai essentiel à la transition écologique et la préservation de la forêt primaire, on a voulu interroger les différents acteurs.

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Transcription
00:00– Nous, tout de suite, on a pensé à Avatar, un peuple autochtone
00:02qui vit en harmonie avec cet environnement,
00:05qui l'a préservé pendant des centaines d'années, voire des millénaires.
00:09Et tout ça est menacé par l'avidité liée à l'exploitation d'un minerai
00:16qui est exploité par une entreprise française
00:17qui bénéficie déjà de fonds français
00:20et qui est en train de menacer la survie d'un peuple autochtone non contacté
00:24et de détruire des milliers d'hectares de forêts primaires.
00:27– Je ne vois pas d'ombre bleue ici, je vois juste des professionnels
00:33qui sont en train de travailler pour faire en sorte d'extraire
00:36les minéraux critiques pour la transition écologique
00:40et également qui sont préoccupés par les conditions de vie
00:44des populations environnementales.
00:46– La plus grande mine de nickel au monde, elle fait la taille de 5 fois Paris.
00:50Elle se trouve en Indonésie, sur une île assez reculée
00:53qui s'appelle Almahéra, que pas grand monde connaît.
00:56Et là-bas, ils sont en train de détruire les forêts existantes
01:01pour exploiter le nickel présent dans le sol.
01:03Il y a déjà 2000 hectares de forêts qui ont été déforestées
01:06et ça va continuer.
01:07Et ça se fait en plein sur un territoire autochtone
01:10et en partie d'un peuple autochtone non contacté, les Onganamanyawa.
01:14Ça veut dire qu'ils ont fait le choix de l'isolement.
01:17Ils ne sont pas en contact avec d'autres peuples autochtones
01:19ou avec des habitants de l'île.
01:22Toute leur vie dépend de l'existence de la forêt dans laquelle ils habitent.
01:27Et cette forêt est en train de disparaître.
01:29Mais l'autre problème aussi, c'est que comme c'est un peuple non contacté,
01:33de fait, ils n'ont pas développé l'immunité qu'on peut avoir, nous,
01:36face à des maladies bénignes comme un rhume.
01:39Et le contact qu'on appelle forcé avec des travailleurs de la mine,
01:43par exemple, les menace directement d'extinction.
01:46– Les études des 2010 n'ont jamais signalé l'existence
01:51de peuples non contactés à l'intérieur
01:54de la zone d'exploitation minière de Wadah Benikel.
01:58Les images qui ont été prises dans les vidéos qui sont montrées,
02:01elles ne concernent pas les activités minières de Wadah Benikel.
02:03– Là, sur le rapport, on peut lire qu'il y a au moins une douzaine d'individus
02:09qui résident sur l'aréa COW.
02:12– Il y a un groupe actuellement, c'est un groupe qui est contacté,
02:16qui a des interactions régulières depuis une vingtaine d'années
02:19et qui sont intégrés avec nous.
02:22Parmi ces groupes-là, il y a deux qui travaillent déjà
02:26avec des sous-traitants de la mine.
02:28Donc, il ne s'agit pas d'un groupe de personnes non contactées,
02:32mais d'un groupe qui est déjà intégré à la vie sociale des Andonésiens.
02:37Par ailleurs, l'État andonésien ne le considère pas comme un peuple autochtone.
02:43Donc, si les gouvernements andonésiens ne le considèrent pas comme un peuple autochtone,
02:50qui sommes-nous en tant qu'ONG française ou entreprise française
02:56opérant en Andonésie pour classifier un peuple d'une manière différente de l'État ?
03:00Il faut aussi respecter notre détermination des États
03:04à l'utilisation des ressources naturelles et de ce peuple aussi.
03:08– L'île d'Almeyra, elle est connue pour sa biodiversité.
03:11Pour une partie, c'est des forêts qui sont vraiment inestimables,
03:13qui sont millénaires, qu'on ne pourra pas retrouver.
03:15Et ce que nous dit Eramed, ils essayent de se donner un peu une bonne image
03:18en disant qu'après la mine, ils vont replanter, donc ce n'est pas grave,
03:21il va y avoir des nouvelles forêts.
03:22Ça n'a rien à voir.
03:23Ce qui sera perdu là, c'est perdu pour toujours.
03:25L'exploitation du nickel, elle a aussi de lourdes conséquences sur l'eau.
03:28Ça entraîne une pollution de l'eau qui va ruisseler et aller jusque dans l'océan.
03:33Et donc, ça a aussi un énorme impact,
03:35c'est aussi sur les communautés qui vivent de la pêche par exemple.
03:38Ça, c'est dramatique, mais le pire dans tout ça,
03:40c'est que c'est notre argent qui finance tout ça.
03:43Eramed, l'entreprise qui exploite cette mine,
03:46elle est détenue à 27% par l'État français.
03:48Mais ce qu'on a aussi identifié, c'est que ces financements pourraient augmenter.
03:52Le gouvernement est en train de créer un fonds d'investissement
03:55pour les minerais de la transition énergétique, donc typiquement le nickel.
03:59Et pour ça, ils ont pour projet de lever 2 milliards d'euros,
04:02donc 500 millions d'argent public.
04:04Et pour l'instant, il n'y a aucun garde-fou qui nous garantisse
04:07que cet argent-là, notre argent, n'ira pas financer des projets
04:11responsables de déforestation, de violation des droits humains,
04:14comme ce projet-là.
04:15D'abord, nous avons un plan d'action sur la biodiversité
04:19qui mise à la restauration écologique complète des opérations minières.
04:25D'ici la fin des opérations, donc dans une durée de vie de 20 ans,
04:31on aurait utilisé uniquement les 15% des territoires pour la mine,
04:38sachant que dès qu'on ouvre une zone, on revégétalise une autre zone.
04:42Aujourd'hui, scientifiquement, les gens qui travaillent sur les forêts
04:45expliquent qu'on est dans l'incapacité totale de recréer à l'identique
04:49des forêts primaires, de recréer des écosystèmes aussi complexes.
04:52Du coup, même en replantant des arbres, en revégétalisant,
04:55vous n'arriverez pas à cette même complexité.
04:57Alors, nous avons mené ce qu'on appelle des « forest integrity assessments »,
05:02ça veut dire des études qui permettent d'analyser les niveaux d'intégrité
05:08des écosystèmes forestiers.
05:10Et justement, nos activités de réhabilitation, mais aussi d'offset,
05:15vont permettre de compenser les pertes en biodiversité nette,
05:19notamment en conservant d'autres zones forestières.
05:22On doit faire les deux.
05:23On doit extraire les ressources nécessaires pour la transition écologique
05:29et faire en sorte qu'il n'y ait pas de pertes nettes en biodiversité.
05:32C'est pour ça qu'on s'ébat.
05:33L'exploitation minière, c'est la quatrième cause de déforestation au monde.
05:36Pour l'instant, ça représente un beaucoup plus petit pourcentage
05:39que l'agriculture ou l'élevage, par exemple.
05:41Mais ça, ça s'explique d'abord par le fait que c'est difficile
05:44de mesurer l'impact de l'exploitation minière,
05:46parce que ce n'est pas uniquement sur la concession que se situe l'impact,
05:49c'est en fait toutes les infrastructures qui vont être créées pour cette mine,
05:53toutes les personnes qui vont arriver,
05:54les terres qu'ils vont devoir cultiver pour se nourrir.
05:57Et puis surtout, le risque énorme, c'est que cette déforestation,
06:00elle se multiplie.
06:01La demande de minerais, notamment pour la transition énergétique,
06:05est en évolution croissante.
06:08Et donc cet impact risque de se démultiplier dans les prochaines décennies.
06:13– Et comment on fait justement ?
06:14Parce que pour construire des voitures électriques,
06:16pour construire des éoliennes, pour construire des panneaux solaires,
06:19il faut des minerais, il faut bien les exploiter quelque part.
06:23– Si on veut une vraie transition énergétique,
06:26elle ne pourra pas se faire au détriment de forêts qui sont des puits de carbone.
06:30Donc là encore, la clé, c'est la sobriété,
06:32c'est de limiter au maximum l'exploitation minière,
06:36et quand elle doit exister, et uniquement quand elle doit exister,
06:40ne pas le faire sur des territoires qui sont aussi précieux pour tout le monde,
06:43et pas juste pour les Onganamanyawa, et pas juste pour la nature sur place,
06:47mais aussi tout simplement pour le climat et le carbone qu'elle stocke.

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