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  • il y a 2 ans
BRUT MENTAL. À 37 ans, il est une star mondiale de l'ultra-trail. Il a parcouru le GR20 en 31 heures… Mais comment fait-il pour continuer à courir pendant des heures, même quand son cerveau et ses jambes lui disent de s'arrêter ? François D'Haene raconte où il trouve sa force.
Transcription
00:00J'ai toujours couru et je cours après le fait de découvrir des chemins, de me découvrir,
00:06de passer du temps en montagne avec la sensation d'être libre et face à cette belle nature.
00:11C'est une façon que le corps a travaillé avec le moral, avec l'état d'esprit
00:15et l'un est lié à l'autre en permanence sur des temps de course qui sont très longs,
00:19c'est-à-dire que souvent sur des distances 100 miles, là comme je fais,
00:22ça va entre 20 heures et des fois 60 heures pour les derniers,
00:25donc c'est vraiment des distances qui sont très très longues.
00:27Et si on ne sait pas pourquoi on est là, les gens ne comprennent pas pourquoi on est là.
00:31En même temps, si les gens ne sont pas prêts à être là, la tête à beau vouloir être là,
00:35ça ne marche pas non plus.
00:36Donc c'est vraiment les deux qui travaillent ensemble,
00:38mais l'un et l'autre sont vraiment vraiment indispensables.
00:44Souvent les gens me disent « comment tu fais pour te remotiver quand tu as un coup de mou ?
00:49Ce n'est pas possible, c'est trop dur.
00:52À quoi tu penses ? Comment tu fais pour surmonter tout ça ? »
00:55En fait, c'est un petit peu naturel chez moi.
00:57Je me dis que j'ai choisi d'être là, personne ne m'a forcé d'être là.
01:00C'est un plaisir, c'est une envie d'être là, je l'ai choisi.
01:03J'ai même galéré des fois pour pouvoir être là au départ.
01:07Je me dis que c'est une chance.
01:08Évidemment, si je me lance un défi de 20 heures ou même plus,
01:13forcément je vais avoir mal aux jambes, forcément je vais avoir soif,
01:15forcément je vais être fatigué, forcément je vais taper mon pied contre un rocher,
01:18je vais avoir mal à un onglet.
01:19Je me dis « bah oui, tu t'attendais à quoi ? »
01:21J'essaie toujours d'avoir un petit peu de recul, un peu de second degré,
01:24puis de rigoler un petit peu des fois de mon état qui est un petit peu limite.
01:28Souvent on me pose la question « qu'est-ce que tu écoutes comme musique ?
01:30Qu'est-ce que tu fais pendant la course ? » ou des choses comme ça.
01:33Et non, en fait, j'écoute rien et vraiment pour moi, c'est un moment de réflexion
01:39où j'essaie de me connecter à la nature au maximum, à mes sensations, à pourquoi je suis là.
01:45J'ai vraiment le temps de penser et de méditer pendant ces épreuves.
01:47Et d'ailleurs, j'aime ça, j'aime me retrouver un peu seul et tranquille dans mon épreuve.
01:52Je suis là où j'ai envie d'être et je suis là où je suis bien.
01:54Des fois, ça peut paraître fou, mais même si je n'y vois rien,
01:57que je suis sous la neige, dans le brouillard ou dans la pluie ou sur une arête,
02:01l'idée, c'est de me dire « je suis bien, je suis moi-même et je me nourris intérieurement ».
02:07Et c'est ça qui est important pour moi.
02:09Le temps, à des moments, c'est bizarre.
02:11Des fois, au début, oui, on a du mal à se mettre dedans,
02:14on trouve que ça passe doucement, les kilomètres ne défilent pas.
02:16Puis après, il va y avoir des périodes de 5h, 6h qu'on ne voit pas passer,
02:19qu'on ne se souvient presque pas.
02:22Par exemple, la nuit, souvent, j'aime bien parce qu'on se retrouve encore plus seul,
02:27il y a encore moins de bruit autour,
02:29soit jusqu'à la fin du mois d'août, c'est des nuits qui font quasiment 8h
02:33et je ne vois pas le temps passer.
02:34Pour moi, c'est une erreur quand on a des sentiments d'hallucination.
02:39Ça peut être marrant, ça peut aller faire chercher que certains s'amusent
02:42et que certains se retrouvent presque sur chaque course,
02:45mais pour moi, ça veut dire qu'on a fait une petite erreur en termes d'alimentation,
02:51en termes de sommeil, en termes de préparation.
02:53Si on en arrive dans cet état-là, ça veut dire qu'on n'est plus tout à fait lucide,
02:56on se laisse un petit peu entraîner par la fatigue, par une hypoglycémie,
03:00par des choses comme ça.
03:01Donc voilà, j'essaie vraiment d'éviter ces moments et ces effets-là.
03:05Concrètement, en fait, on s'imagine ailleurs de là où on est vraiment.
03:09Alors il y en a, ils vont s'imaginer sur un vélo,
03:11ils vont s'imaginer dans un lit en train de dormir au bord d'une plage
03:14ou complètement ailleurs ou en train de faire autre chose.
03:16Moi, oui, c'est presque une projection,
03:18je me retrouve un petit peu ailleurs ou à un autre moment de ma vie,
03:21alors qu'en fait, je suis sur le chemin et je suis en train de courir.
03:24Et en fait, je me suis laissé emmener presque un petit peu comme un début de sommeil,
03:29un début de rêve.
03:31Et en étant quand même vigilant sur le sentier, c'est-à-dire qu'on ne va pas tomber,
03:33on va continuer d'avancer, on va continuer de courir, mais on est ailleurs.
03:36J'ai redoute encore plus ces moments d'euphorie
03:39que les moments de moins bien ou de petites hallucinations ou des choses comme ça.
03:43Parce que les moments d'euphorie, souvent, ils n'ont rien à faire là non plus.
03:47C'est impossible d'être super bien au bout de 120 kilomètres et 20 heures ou 15 heures
03:52et de se dire, voilà, je vole, tout va bien, je n'ai pas faim, je n'ai pas soif, je n'ai pas chaud.
03:56Ce n'est pas normal.
03:57Donc en fait, souvent, quand il y a un moment d'euphorie comme ça,
03:59derrière, il y a un énorme moment de moins bien.
04:02Donc souvent, quand j'ai le moment d'euphorie, je me dis,
04:04ouh là là, tout de suite, il faut que je ralentisse,
04:06tout de suite, il faut que je comprenne ce qui se passe et ce qui va m'arriver derrière.
04:09C'est une discipline qui est vraiment passionnante et qui est très prenante
04:13et qui peut être obsessionnelle, effectivement,
04:15parce que pour courir autant de temps en montagne,
04:17on se dit qu'il faut passer autant, autant, autant de temps à l'entraînement.
04:20Et parfois, c'est là où on va dépasser certaines limites.
04:25Certains vont penser plus qu'à ça, vont vivre que pour ça, vont se lever et s'entraîner que pour ça.
04:30Tout le reste va paraître un petit peu désuet et inutile.
04:33Donc c'est pour ça que l'entourage est très, très important.
04:37Le fait de courir à plusieurs, le fait de parler un petit peu de ses objectifs,
04:40ne serait-ce que même à des gens non sportifs, autour de soi, au travail, dans sa vie sociale,
04:45et d'écouter un petit peu le ressenti des gens,
04:49je pense que c'est très important pour garder les pieds sur terre,
04:52pour garder une discipline qui est saine, un équilibre de vie qui est normal et constant.
04:58On ne peut pas passer du jour au lendemain de deux entraînements à sept entraînements,
05:01de sortir trois fois par semaine avec ses amis et ne plus jamais les voir,
05:05ne serait-ce qu'une fois par an, parce que ça pourrait nuire à la performance.
05:09Je pense qu'il faut garder une certaine constance,
05:12et cet équilibre de vie est hyper important dans le fait de ne pas tomber dans l'obsession,
05:18dans la blessure ou même dans la dépression derrière.
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