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00:00De retour dans ce nouveau numéro de C'est à dire, toujours en compagnie, d'Aïssa Maïga.
00:04Alors qu'est-ce qui vous a motivée à passer derrière la caméra et d'actrice passer à réalisatrice ?
00:10C'est un vieux rêve. Au tout début, dès que j'ai commencé à rêver d'être actrice,
00:16je voulais aussi raconter des histoires, je savais que j'allais forcément écrire et la réalisation m'impressionnait beaucoup.
00:23Mais, alors, quand on a sorti le livre Noir n'est pas mon métier, qui parle de la condition des femmes noires dans le cinéma français,
00:32j'ai voulu aller plus loin à travers un documentaire qui s'appelle Regarde Noire, que j'ai co-réalisé avec Isabelle Simeoni.
00:39Et on est allées aux Etats-Unis, parce qu'évidemment c'est l'endroit où il y a plus de représentation,
00:46l'histoire des droits civiques des Noirs est connue dans le monde entier, elle s'est aussi jouée sur les écrans.
00:53Et puis on est allées au Brésil, parce que c'est l'endroit dans lequel il y a le plus de Noirs en dehors du continent africain.
01:00C'est le pays dans lequel il y a le plus de Noirs.
01:03Alors, il faut savoir quand même que les Noirs sont, je crois, 55% de la société,
01:11mais la tradition ségrégationniste est tellement encore ancrée profondément qu'on ne les voit quasiment pas sur les écrans.
01:19Alors là, c'est en train de commencer à changer, mais du coup c'était pour nous très intéressant d'aller dans un endroit
01:26où les Noirs ne sont pas une minorité et pourtant ils subissent la même chose.
01:30Et de déconstruire, de regarder à la loupe et de déconstruire les mécanismes qui font qu'une société arrive à visser chacun dans sa position.
01:40Voilà, donc ça c'était pour moi naturel de continuer au-delà du livre et de faire ce film.
01:46Et puis au même moment, on m'a proposé de réaliser un film sur le manque d'eau en relation avec le réchauffement climatique dans le Sahel.
01:55Et donc ça a donné le film Marché sur l'eau.
01:58Un sujet qui nous concerne tous d'ailleurs, avec toutes les intempéries qu'on voit dans la sous-région, la sécheresse.
02:06Mais je voudrais vous demander quels sont les plus grands défis que vous avez rencontrés en faisant cette transition passée de devant la caméra à derrière la caméra ?
02:17C'est d'abord un déblocage psychologique parce que parfois, en fait, rien ne nous empêche à part nous-mêmes.
02:24Et j'avais l'impression que parfois j'étais en panique et je ne dormais pas.
02:30Je me disais pourquoi j'ai dit oui pour aller faire ce film au Niger ?
02:33Comment je raconte le réchauffement climatique dans un film d'une heure et demie ?
02:37Et puis quand on va se retrouver là-bas...
02:40Le syndrome de l'imposteur.
02:41Voilà, c'est ça.
02:43Et en gros, toutes les expériences que j'ai accumulées au fil des ans ont fait que j'ai pu voir beaucoup de réalisateurs et de réalisatrices travailler.
02:53Et par capilarité, on est juste un peu contaminés positivement par la manière dont les uns et les autres travaillent.
03:03Et en fait, je me suis rendu compte que j'avais une vision.
03:06Le plus important, c'est ça.
03:07C'est d'avoir une vision, de savoir travailler en équipe et travailler en équipe tout en gardant sa place de leader.
03:16Ça, c'est compliqué.
03:17Non, je n'ai pas trouvé ça si compliqué en fait.
03:20Ah oui ?
03:20Non, je n'ai pas trouvé ça...
03:22Racontez-moi un petit peu.
03:23Alors, je n'ai pas trouvé ça compliqué parce que ce qui était important, ce n'était pas moi.
03:26C'était le projet final.
03:28C'était le projet.
03:30Et je pense que l'erreur qu'on peut faire quand on est en position de leadership, c'est de confondre sa position avec son égo.
03:38Et en fait, quand je travaille, je suis tellement focalisée sur ce qu'il faut faire, ce qu'il faut délivrer.
03:46Les films coûtent cher.
03:47Ça coûte de l'argent.
03:48C'est de l'argent qu'on ne met pas dans autre chose.
03:50Donc, il faut être à la hauteur quand même de cette opportunité.
03:54Et en fait, quand la vision du projet éclaire, même si on a des doutes à l'intérieur, quand cette vision-là éclaire, on sait qu'il faut maintenir sa place pour que les choses avancent.
04:07Parce que si vous ne maintenez pas votre place, si chacun d'ailleurs, si l'ingénieur du son ne capte pas bien le son, ou si les costumiers...
04:16Peu importe, il faut que chacun tienne sa place.
04:20Et à plus forte raison, la personne qui réalise, parce que c'est un travail de chef d'orchestre.
04:26Alors, c'est quoi votre patte?
04:28C'est quoi la patte à Issa Maïga, mais en tant que réalisatrice?
04:31Je ne sais pas.
04:32Comment ça, vous ne savez pas?
04:33J'ai fait que deux films.
04:35C'est suffisant.
04:36Comment ça s'est passé?
04:37Ah, dans le processus?
04:40Votre vision, comment vous avez abordé la chose?
04:42Ah, d'accord.
04:43Oui.
04:44Pas en tant que style, genre...
04:45Non.
04:47Moi, j'adore le travail en équipe.
04:50Et pour travailler en équipe, il faut que chacun se respecte.
04:54C'est...
04:56Mais enfin, voilà.
04:58Il faut vraiment qu'il y ait une atmosphère saine où chacun peut s'épanouir.
05:04J'adore l'intelligence collective.
05:07J'adore sentir que je suis plus intelligente parce qu'il y a d'autres cerveaux avec moi.
05:11Et donc, c'est très intéressant une fois qu'on a établi la vision.
05:16D'entendre.
05:17Alors, il ne faut pas que ce soit cacophonique.
05:20Mais de créer des espaces, des moments où chacun peut donner une idée.
05:26Et en fait, on...
05:27Et après, ça se fait de façon très fluide.
05:28Ce n'est pas un cérémonial.
05:30Bien sûr.
05:31Mais oui, ça vraiment, j'aime beaucoup.
05:34Il y a le travail préparatoire, l'écriture, les repérages.
05:39Quand on a la chance de pouvoir faire des vrais repérages, d'aller voir les décors.
05:44Voilà.
05:46Il y a évidemment la phase de tournage qui est celle finalement que je connais le mieux.
05:51Bien sûr.
05:52En tant qu'actrice.
05:52Et puis, ce que j'ai découvert qui était très nouveau et passionnant, c'est toute la post-production.
05:58Tout ce qui se passe entre le moment où on a fini de tourner et le moment où on livre le produit fini, le film.
06:04Et c'est un univers que je ne connaissais pas parce que nous, acteurs, actrices, on...
06:08Une fois que vous avez fini de tourner...
06:10Oui, on passe à un autre projet.
06:11Exactement.
06:12Et là, on découvre toute une autre partie de l'industrie avec tout le travail incroyable.
06:20C'est un travail de fourmi qui est fait sur le son et les différents départements.
06:25L'étalonnage.
06:26Voilà, l'étalonnage des images.
06:28Il y a besoin des effets spéciaux.
06:30Oui.
06:31Et puis ensuite, toutes les équipes de communication, de marketing, les distributeurs.
06:36C'est passionnant parce que quand on arrive à fédérer et faire partie de ce tout-là,
06:45en fait, à chaque fois que quelqu'un arrive, il arrive avec son expertise.
06:49Oui.
06:50Et avec sa dose de passion qui est liée à l'expertise et qui vous ouvre encore tout un tas.
06:57Alors, le plus dur, c'est de faire des choix.
06:59Parce qu'à chaque étape, il y a énormément de choix à faire tout le temps.
07:02Et on sait qu'un choix, parfois, va emporter le film dans une direction.
07:08Je fais des réponses très longues.
07:10Non, pas du tout.
07:11Ça va.
07:12Mais est-ce que vous n'avez pas l'impression que, d'une certaine manière,
07:15passer derrière la caméra, devenir réalisatrice,
07:17ça vous a permis de mieux affirmer, d'une certaine manière, votre vision ?
07:23Oui.
07:24Oui, c'est vraiment une question de vision.
07:26Parce que quand on est interprète, on épouse la vision du réalisateur, de la réalisatrice.
07:33Quoique, parfois, selon la manière dont on aborde un personnage,
07:38les acteurs et les actrices apportent une vision supplémentaire.
07:42Mais quand même, quand on est à la base du récit et quand on le maîtrise, c'est...
07:49Et d'ailleurs, je prépare un film sur mon père, un documentaire sur son parcours,
07:55sur l'empreinte laissée, pas uniquement par lui, mais par sa génération,
08:00à ma génération ou à votre génération.
08:03Et ensuite, j'aimerais bien passer à la fiction.
08:08Ouais, et venir peut-être...
08:09On va despoigner, ma question !
08:12Sur vos projets !
08:13Je vous écoute !
08:14Non, non, non, c'est pas grave, c'est pas grave, mais...
08:17Quel conseil vous donneriez aux réalisateurs et aux acteurs africains
08:21qui ont peur de se lancer dans ce domaine ?
08:24Je dirais qu'il faut suivre sa passion tout en étant rationnel.
08:29Suivre sa passion, ça veut dire, si on sent vraiment que c'est un désir qui est plus fort que tout,
08:36je pense qu'il faut y aller, on n'a qu'une vie.
08:37Ça, c'est vrai.
08:38Et en même temps, il faut essayer d'avoir une démarche qui est rationnelle.
08:43Donc pour moi, ça passe avant tout par la formation.
08:47S'il y a des endroits où vous pouvez vous former, là où vous habitez, là où vous vivez,
08:52allez-y, allez taper aux portes.
08:56Si vous n'avez pas l'argent, trouvez un petit boulot à côté, faites-vous sponsoriser par vos parents.
09:02S'ils pensent qu'ils peuvent !
09:04Voilà, s'ils le peuvent aussi !
09:07Se former, c'est important parce que c'est ce qui fait qu'on arrive prêt au moment où il y a une opportunité.
09:15Parce que ce n'est pas parce qu'on est passionné qu'on est bon.
09:17Ça, c'est parfait.
09:19La passion, c'est un moteur qui est vraiment très puissant et qui peut développer la volonté.
09:25Mais ça ne fait pas tout.
09:26Et je pense que si on ne passe pas par la formation, il y a des autodidactes.
09:35Mais ces personnes-là sont très rares.
09:37Et je pense qu'il faut se former soit de façon académique à travers des écoles, des stages,
09:43soit sur le tas, aller frapper à des productions, arriver avec un permis de conduire,
09:50c'est toujours mieux si vous voulez devenir réalisateur ou réalisatrice.
09:54Parce qu'en général, on est assistant.
09:55Et les assistants font un travail aussi.
09:58Mais bien sûr !
10:00Moi, sur les tournages, les gens qui font mon transport, c'est souvent soit les assistants mis en scène,
10:06soit les gens qui travaillent à la régie, c'est-à-dire dans la logistique des tournages.
10:10Donc avoir un permis de conduire, ça paraît éloigné du cinéma.
10:14Et pourtant, c'est très important.
10:16Si on veut travailler dans les aspects plus techniques liés à la machinerie,
10:22c'est-à-dire tout ce qui concerne l'équipe caméra avec tous les équipements qui peuvent être très importants,
10:28il faut avoir un permis poids lourd, par exemple.
10:31On n'y pense pas, mais ça, c'est une démarche très rationnelle.
10:35Et puis, suivre sa passion, ça veut dire regarder des interviews,
10:40regarder des films autant qu'on peut, des séries.
10:44Les interviews sont très intéressantes parce que ça permet parfois d'entendre les talents,
10:50comme on dit, parler de leur démarche artistique.
10:53En fait, il faut se développer une espèce de culture du métier comme ça
10:56pour s'imprégner de ce que c'est que la réalité de ce métier-là.
11:00Et puis, l'autre chose, c'est que moi, quand j'étais jeune,
11:06avoir une caméra, c'était cher.
11:08C'était il n'y a pas si longtemps.
11:09Oui, il n'y a pas si longtemps, mais quand même, le temps passe vite.
11:13C'était compliqué d'avoir une caméra, c'était un peu cher.
11:15Je ne parle même pas pour la génération de mes parents, par exemple.
11:18Mais aujourd'hui, avec un téléphone, on peut acheter un petit micro.
11:22Vous faites une tête idée, un collectif.
11:27Vous mettez à 10 et vous achetez un petit peu de matériel que vous faites tourner.
11:31Et puis, vous faites des petits courts-métrages.
11:33Court-métrage numéro 1, t'es la réalisatrice, je suis l'actrice.
11:37Court-métrage numéro 2, on est l'interverti.
11:39Et court-métrage numéro 3, je me mets au son.
11:41Et en fait, on peut trouver comme ça des écosystèmes
11:45dans lesquels on peut devenir créatif et avancer, faire grandir son réseau.
11:51Et puis, il ne faut pas hésiter aussi à interpeller les gens que vous pouvez rencontrer.
11:56Interpeller, tranquillement.
11:58Pas ça, pas ça, pas ça.
12:02Allez dans les festivals pour avoir des occasions de rencontrer des gens.
12:08Je pense que c'est à chacun de voir aussi en fonction de son caractère.
12:12En tant que femme, dans une industrie encore dominée par les hommes, très féministe,
12:17comment percevez-vous l'évolution des opportunités pour les femmes réalisatrices,
12:21mais aussi pour les actrices?
12:23Alors, je peux parler de la France parce que j'habite à Paris.
12:27Il y a eu un énorme travail qui a été fait depuis l'affaire Harvey Weinstein
12:33et le mouvement MeToo qui s'en est suivi.
12:37Les réalisatrices françaises et les productrices françaises
12:40se sont réunies au sein d'un collectif qui s'appelle 50-50 pour la parité homme-femme.
12:44Et c'est vraiment un collectif, et je le dis d'autant plus librement
12:47que je ne fais pas partie des membres fondateurs du tout.
12:50Mais ce que j'ai observé, c'est qu'elles ont fait un travail politique important.
12:54Elles se sont rapprochées des pouvoirs publics.
12:56Elles ont fait en sorte que certaines règles du jeu changent.
12:59Par exemple, le Centre national du cinéma, le CNC,
13:03délivre chaque année de l'argent pour soutenir l'industrie.
13:09Des aides remboursables ou des aides non remboursables.
13:12C'est un système assez solide.
13:16Le CNC a mis en place un système de bonification.
13:21Par exemple, tu es productrice, tu viens avec ton projet.
13:28Eh bien, si dans l'équipe, il y a au moins 50% de femmes à des postes décisifs,
13:35le CNC abonde de 15% ou 30%, je ne sais plus.
13:39On augmente cette aide de 15% ou 30%.
13:46Et ça, ça incite les producteurs et les productrices à se dire
13:50« 50% de femmes ? Attends, je peux le faire ! »
13:54Alors qu'avant, là, il y a plus d'argent.
13:57Ça a eu un effet immédiat et il y a de plus en plus de réalisatrices
14:01qui arrivent à faire leurs films grâce à ce système.
14:05Ensuite, je ne sais pas exactement comment ça se passe par exemple en Côte d'Ivoire,
14:09si les choses s'améliorent ou non.
14:11Je serais très intéressée de discuter avec mes consœurs.
14:14Quand vous viendrez habiter ici ?
14:16Tout à l'heure !
14:18Dernière question.
14:20Aujourd'hui, qu'est-ce que vous diriez à la jeune Aïssa Maïga ?
14:24Je t'aime.
14:28Je dirais ça.
14:29Parce que je pense qu'il y a des moments où, quelque part, je ne m'aimais pas.
14:36Pas suffisamment.
14:38C'est-à-dire que le respect que les autres ne vous donnent pas,
14:40l'amour que les autres ne vous donnent pas,
14:42le manque, tout simplement, que vous avez eu,
14:45vous êtes la meilleure personne pour les guérir.
14:47Donc, je dirais à la petite moi,
14:51je t'aime.
14:53Je suis là.
14:54Ne t'inquiète pas.
14:56Allez, fonce.
14:57Mais fonce vraiment, n'aie pas peur.
14:59On a vu ce que ça a donné.
15:02Aïssa Maïga, merci d'avoir répondu à nos questions.
15:04Je rappelle que vous êtes actrice, productrice, réalisatrice.
15:07J'espère n'avoir rien oublié.
15:09Voilà, c'est complet.
15:10Merci à vous, chers téléspectateurs, d'avoir suivi ce nouveau numéro de C'est-à-Dire.
15:14L'actualité se poursuit sur cette info et sur cetteinfo.ci.
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