00:00Voici Elisabeth Moitier, vous n'auriez pas adapté le livre de Jean-Claude Grimbert comme ça ?
00:08Si, si, vraiment, moi j'adore ces moments dans ma carrière où je dois faire des blagues
00:12sur un film traitant de la Shoah, vraiment, qu'est-ce qui pourrait mal se passer ? Vivement
00:16Demain avec Zep, je vous l'ai demandé, dis donc, une carrière bâtie sur un petit garçon
00:19et son disque sexuel, vous êtes auteure de BD ou quoi ? En tout cas, on m'a dit qu'on
00:22vous adore.
00:23Comment je fais rire avec des sujets comme ça, moi, je veux blesser personne, en plus
00:28c'est dangereux sur France Inter, ça peut te coûter ton job.
00:30On a l'usine, Michel, un Kitemfou dans la mer, votre prochain film, vous n'avez qu'à
00:33le faire directement sur la circoncision, vous avez déjà un film qui s'appelle Coupé.
00:37C'est vrai, parler de l'Holocauste frontalement, c'est quand même toujours très délicat,
00:42d'où la beauté, d'ailleurs la poésie et la pudeur de votre film, Michel, qui passe
00:45par le dessin pour en parler.
00:47Le dessin permet une distance qui adoucit et qui fait tout passer, personne ne s'offusque
00:51sur un dessin.
00:52J'en parlais justement au mec de Charlie Hebdo, mauvais exemple, mais quand même le
00:56dessin a en commun avec l'humour de permettre de faire un pas de côté pour parler notamment
00:59de l'Holocauste, de parler des nazis, bon moi je ne m'y connais pas en dessin, mais
01:02parlons d'humour, ça je connais un peu.
01:04Moi une de mes répliques de films préférés c'est dans Manhattan Murder Mystery, quand
01:07Woody Allen sort d'un concert et dit « je ne peux pas écouter de Wagner, ça me donne
01:10envie d'envahir la Pologne ». C'est très drôle et ça parle d'Hitler quoi.
01:13Ce qui est fou avec cette chronique, c'est que j'ai peur de me foutre dans la merde
01:16avec des blagues sur la choix, mais au final ce qui va me faire tomber, c'est que je viens
01:19de dire que l'une de mes répliques préférées a été écrite par Woody Allen.
01:21Ne baisse pas la gare Lisa, ça peut venir de tous les côtés.
01:25Il y a plein d'humoristes juifs très drôles qui se sont emparés de ces sujets-là, comme
01:28Sarah Silverman par exemple, que j'adore, et qui parle de l'antisémitisme qu'elle
01:31subit, de la parano sur les juifs qui contrôleraient le monde alors qu'ils sont si peu nombreux.
01:35Elle explique qu'elle a même demandé à Siri « dis Siri, combien il y a de juifs
01:38sur Terre ? » et il a répondu « trop ». Elle a aussi une blague qui dit « c'est
01:42fou qu'il y ait autant de juifs qui conduisent des voitures allemandes, et c'est encore
01:44plus fou que les Allemands aient tué autant de juifs alors que c'est leur meilleur client.
01:47N'importe quel juif te le dirait, l'Holocauste c'est juste du mauvais business ».
01:51Je me remets à compte que je suis en train de gagner des droits d'auteur sans me mouiller
01:54sur le sujet, mais en citant les blagues d'une humoriste juive, mais ça, c'est juste du
01:57bon business.
01:58L'humour peut être un moyen de parler de sujets sensibles, au même titre que le dessin,
02:02donc avec votre conte « Michel, la plus précieuse des marchandises sur un bébé jeté d'un
02:06train » à l'époque de la Deuxième Guerre mondiale.
02:08Aujourd'hui, ce serait juste parce qu'il chiale trop dans un Wego, mais ça fera un autre film.
02:12Mais là, c'est un bébé juif sauvé par un couple de jus, donc ça reste une histoire
02:15lumineuse quand même, même si c'est un conte, et les contes servent toujours à parler de
02:18sujets sensibles.
02:20J'ai beau adorer mater Catherine Deneuve faire du gâteau, j'ai le droit d'importuner.
02:24Mais bon, à la base, c'est quand même l'histoire d'un père qui veut sauter sa fille.
02:27Et quand j'ai écrit cette blague, hier, mon correcteur automatique a voulu corriger en
02:30« sauver sa fille ». Google Docs, je t'ai expliqué la vraie vie, mon p'tit.
02:34Bon voilà, je suis arrivée à la fin, on avait fait de la Shoah, de l'inceste, de
02:38la pédophilie, mais Inch'Allah, je suis pas virée.
02:40Ah putain, en plus j'ai dit « Allah ».
02:49A demain, à Namur.
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