00:00dans la vie meilleure, qui est ici, nous parle lui aussi de son enfance, mais par un drôle de biais, par la biographie d'un autre.
00:09Et pas n'importe quel autre, je suis sûr que vous le connaissez sans le connaître.
00:12C'est un pharmacien français de la fin du 19e siècle qui est devenu une superstar jusqu'aux Etats-Unis.
00:18Il s'appelle Émile Coué, et on lui doit évidemment la fameuse méthode Coué.
00:22C'est tard, vous savez, de se répéter une phrase positive pour s'en convaincre.
00:26J'ai des cheveux, en ce qui me concerne. J'ai une belle coupe de cheveux. Oui, je peux m'en sortir avec mes cheveux.
00:33Ça, c'est ce que je me dis, moi. Par exemple, Étienne Kahn, qu'est-ce qui vous fascinait, vous, chez Émile Coué ?
00:39Et d'ailleurs, Émile Coué pensait que par l'autosuggestion, on pouvait faire repousser ses cheveux.
00:43Il n'a pas été vérifié par la science, malheureusement.
00:45C'est peut-être pour ça que j'ai trop aimé votre livre, figurez-vous. Mais qu'est-ce qui vous fascinait chez lui ?
00:50Vous avez évoqué son destin absolument incroyable, parce qu'il n'y a rien de prédestiné, en fait, à se pencher sur le fonctionnement de notre esprit.
00:59C'est un pharmacien qui, d'un coup, s'invente avec une touchante incompétence psychothérapeute,
01:06et met au point cette méthode qui est fascinante de simplicité, qui part du principe que pour aller bien, il faut d'abord imaginer qu'on va bien.
01:15Et puis à un moment, assez miraculeusement, ça devient réel.
01:19Et ça marche du tonnerre après la Première Guerre mondiale, parce que cette parole tout simplement heureuse, positive,
01:27cette parole d'espoir est reçue après le traumatisme de la guerre, avec tant d'attentes que ça cartonne,
01:35et c'est l'un des hommes les plus célèbres du monde à la fin de sa vie.
01:38Et c'est délirant de penser à tout ça, et de se dire que presque immédiatement après sa mort, tout s'écroule.
01:45Le principe de réalité reprend le dessus, la psychanalyse contribue à démonétiser la méthode Coué, et aujourd'hui, on se moque plutôt de lui.
01:55Oui, et ça, c'est quelque chose que vous adorez, les héros oubliés.
01:58Je rappelle quand même qu'il y a trois ans, vous avez remporté le concours du premier roman avec ce livre qui s'appelait Les Envolés,
02:03qui racontait quand même le destin de l'inventeur du parachute, Franz Reichelt,
02:07qui s'est quand même tué en sautant du premier étage de la tour Eiffel pour le tester, son parachute.
02:12Je remarque votre goût quand même, c'est ça, pour les perdants, magnifique.
02:15Etienne Kern, ça fait partie de votre imaginaire.
02:18Oui, je pourrais même pas vous dire pour quelle raison, quel est le sens de cette fascination pour le personnage du perdant,
02:24mais je crois que, alors même si Franz Reichelt, l'inventeur de ce parachute pour aviateurs,
02:29a perdu de manière beaucoup plus inhabitable qu'Emile Coué, qui le sont vivant, une vie heureuse, bien remplie,
02:34mais c'est plutôt avec le recul du temps qu'aujourd'hui, on l'aborde avec une certaine distance.
02:40Mais ce que vous dites, c'est qu'Emile Coué, c'est un peu nous, au fond.
02:43Oui, c'est un peu nous.
02:46Donc, c'est devenu un perdant, et ce qui m'attire, je crois, vers les perdants, c'est que c'est un peu nous, précisément,
02:52parce que c'est comme un raccourci de la condition humaine.
02:55On parlait de la vie comme direction, comme sens, Marianne le rappelait, évidemment, la direction, c'est la tombe,
03:01c'est un combat qu'on va perdre, c'est une course qu'on va perdre, et ces personnages de perdants condensent ça,
03:10et permettent peut-être de transformer cet échec en quelque chose de tellement spectaculaire que ça devient magnifique.
03:16On parlait tout à l'heure d'échec qui est changé en autre chose.
03:20Et il a cette tendance, d'ailleurs assez attendrissante qu'on a tous, de changer un petit peu l'histoire,
03:25de se mentir un petit peu à nous-mêmes pour aller mieux, tout simplement.
03:28C'est d'ailleurs le principe de la méthode Coué.
03:30Oui, c'est une illusion heureuse.
03:34Je suis convaincu que les illusions sont nécessaires, qu'elles peuvent être bienfaisantes,
03:40que les mots ont un pouvoir bienfaisant, ou au contraire destructeur,
03:47la maîtresse des cols dans votre livre.
03:50Mais pour Émile Coué, il s'agit d'utiliser le langage de manière positive.
03:55Il y a quelque chose qui m'a beaucoup touché dans cet optimisme un peu naïf.
04:00L'une des phrases qu'on est censé répéter pour aller bien, qu'Émile Coué conçoit en 1913,
04:04c'est « tous les jours, à tout point de vue, je vais de mieux en mieux ».
04:08Et là, on revient vers cette direction.
04:10La vie est envisagée par Émile Coué comme une longue amélioration.
04:14Et c'est tellement éloigné de ce qu'est réellement la vie que ça devient fascinant.
04:18Ce refus magnifique, en fait, de refuser la vie telle qu'elle est, ça fait d'Émile Coué une sorte de poète.
04:24Vous écrivez, c'est très intéressant.
04:26Son époque parle à travers lui, la nôtre aussi, quand on y pense.
04:30C'est comme si, à vous lire, il était l'inventeur de ce qu'on appelle aujourd'hui développement personnel.
04:34Oui, je pense que le développement personnel a toute une généalogie d'inventeurs,
04:39et on pourrait peut-être remonter au philosophe grec qui s'interroge sur la possibilité du bonheur.
04:43Ou sur des pratiques religieuses.
04:45Mais on va dire que c'est l'un des précurseurs du développement personnel moderne,
04:49comme phénomène de masse.
04:51Son intuition première, qui veut que nous avons un pouvoir d'action,
04:56ou un certain pouvoir d'action sur notre propre vie.
04:59Et ce qui est très beau chez lui, c'est que ça ne passe pas par la volonté, ça passe par l'imagination.
05:04L'imagination est beaucoup plus puissante que la volonté, dit-il.
05:06Cette intuition, elle est reprise aujourd'hui par les coachs,
05:10elle est reprise par toute une série de sophrologues, de psychothérapeutes,
05:14la programmation neuro-linguistique, ce genre de choses.
05:16C'est la méthode Kui qu'on appelle un peu différemment.
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