00:00C'est une version un peu jazzy, club, new-yorkais, je ne sais pas quoi.
00:19Je ne sais pas qui chante ça.
00:20Aretha Franklin.
00:21Mais non.
00:22Si.
00:23Ah ouais.
00:24C'est le morceau que Clotaire va enregistrer une nuit sur la chenille de son père sans
00:28en avoir le droit.
00:29Il enregistre une cassette audio qui est un truc d'une autre époque que j'ai connu
00:35et que je faisais.
00:36C'est-à-dire des sortes de déclarations d'amour musicales.
00:38Je passais mes nuits à écouter la bande FM en évitant les jingles, en évitant les
00:41speakers, en évitant les animateurs, enfin bref.
00:44Et je faisais des espèces de petites compiles de musique que j'offrais à mes amoureuses,
00:47à mon amoureuse qui n'en avait pas des tonnes non plus.
00:49Et c'est une séquence dans le film importante puisque c'est une cassette qui va rester,
00:53qui va revenir plusieurs fois dans le film et qui va notamment alimenter la jalousie
00:56de certains.
00:57Daft Punk.
00:58Daft Punk ?
00:59Oui.
01:00Oui bon ça va.
01:01Je crois savoir que Thomas Bangalter, un des Daft Punk, a composé une B.O. pour le
01:05film.
01:06Non, alors non, il n'a pas composé de B.O.
01:07pour le film.
01:08Hélas.
01:09Non, Thomas a eu la gentillesse de voir le film deux ou trois fois, de m'accompagner
01:12dans mes réflexions musicales.
01:14Quand je lui ai montré le film, par exemple au début, le générique, j'avais mis un
01:17morceau de funk assez clinquant, assez dansant.
01:20Et Thomas, en voyant le film plusieurs fois, il m'a dit je pense que tu devrais te prendre
01:24un tout petit peu plus au sérieux que ça parce que si tu rajoutes, si tu opposes ce
01:27genre de musique à ton film, on va rentrer dans quelque chose d'un peu cartoonesque et
01:31je pense qu'il faut quelque chose de plus ample, de plus puissant.
01:34Il est allé chercher un morceau de Strauss.
01:36On l'a mis en ouverture et c'est vrai que tout d'un coup, le film avec le générique
01:45début, pour ceux qui verront le film, amène une sorte d'indiloquence, d'épopée, de
01:49ce côté fresque dont il parlait.
01:51Et il a vraiment eu la gentillesse de m'accompagner, de me donner des conseils qui m'ont été
01:54très précieux pour la suite.
01:56John Bryan, Eternal Sunshine, alors lui, pour le coup, a vraiment fait la musique.
02:01C'est un compositeur de génie dont j'estime le talent depuis très longtemps parce qu'il
02:05a composé, entre autres, Magnolia, qui est un de mes films préférés, Punch Run Club
02:09de Paul Thomas Anderson, les deux, Eternal Sunshine de Michel Gondry et John Bryan,
02:13il a composé la musique du Grand Bain, il m'a fait une grande BO et naturellement je
02:17me suis redirigé vers lui pour l'amour ouf.
02:20C'est marrant parce qu'il m'a appelé un soir en me disant j'ai vu ton film et il
02:23m'a dit quand j'ai découvert les six premières minutes, il m'a dit, je me suis
02:27dit mais comment je vais dire non à Gilles parce que je déteste les films de voyous,
02:31de gangsters.
02:32Je déteste la violence.
02:33Et puis, il a compris tout de suite quand le film a vraiment commencé qu'on n'était
02:36pas du tout là dedans.
02:37Et là, il m'a dit après, j'ai pris un pied monstrueux et je l'ai accompagné puisque
02:41je suis parti trois semaines à Los Angeles.
02:42J'étais dans son studio qui est une sorte de bordel absolu où il y a des fils dans
02:45tous les sens, des instruments qui s'entassent dans tous les sens et être au centre comme
02:49ça de son dispositif et de son antre, c'était vraiment, vraiment exceptionnel.
02:53Les gens du Nord, c'est beau ça, les gens du Nord, parce que j'ai tourné mon film
03:04en Nord.
03:05Bon, pour des raisons et des parties de prix, de prix d'abord esthétique, le livre dont
03:09je me suis inspiré est irlandais.
03:10Donc, j'ai voulu retrouver une esthétique anglo-saxonne, mais vraiment Angleterre, Écosse,
03:17Irlande même, ces briques rouges, les usines métallurgiques, enfin voilà, le décor pour
03:21moi et le cliché de dire ça, c'est vraiment un troisième personnage, c'est vraiment quelque
03:23chose qui les restreint tout en les valorisant.
03:26Et comme le dit Enrico, les gens du Nord sont absolument délicieux.
03:30C'est qu'on a passé un tournage vraiment formidable avec la moitié de l'équipe qui
03:34était donc des gens du Nord, les figurants, etc.
03:37Et c'est vrai qu'il y a une gentillesse, il y a un plaisir, un plaisir à vivre qui
03:41est assez exceptionnel.
03:43Etienne Dao, bien sûr, si je m'en vais avant toi.
03:47Etienne Dao, c'est mon idole, je suis absolument fan du chanteur, de l'homme, de l'artiste,
03:52de la discrétion, d'élégance, c'est vraiment quelqu'un qui a accompagné pour le coup
03:56toute mon adolescence.
03:57Je crois que j'ai commencé avec son album Pop Satori, j'ai acheté ça quand j'avais
04:01peut-être 14 ans.
04:02Et si je m'en vais avant toi, alors pour le coup, c'est vraiment, j'ai pensé à la mettre
04:05en générique de fin celle-là.
04:06C'est une espèce de déclaration d'amour, quoi qu'il advienne, quoi qu'il arrive, je
04:09serai là, à côté de toi, je penserai à toi, tu pourras compter sur moi.
04:13Je te laisserai les doigts.
04:15C'est que t'aimais quoi ?
04:16T'attends un moissonneuse batteuse.
04:20C'est un groupe qui s'appelle Tire le coyote, moissonneuse batteuse.
04:23Tire le coyote, moissonneuse batteuse.
04:25C'est pour parler d'une scène, une moissonneuse batteuse, qui n'est pas dans le film, qui
04:29est parlé, elle était cruciale à un moment dans le scénario.
04:31J'aurais cassé la tête à mes auteurs, tout le monde, avec cette histoire de moissonneuse
04:35batteuse.
04:36Mais en plus, j'ai bien fait de ne pas la tourner finalement parce qu'il y a toute une
04:38petite partie du film que j'ai soustraite au montage.
04:41Effectivement, pendant un moment, j'avais une idée comme ça, je voulais faire une sorte
04:45d'en-de-la-mer agricole, quoi.
04:47C'est-à-dire qu'il y avait un personnage qui était en slip et qui courait, éclairé
04:50par les phares d'une moissonneuse batteuse.
04:52Il avait les mains liées, comme ça, et il courait dans un champ de blé.
04:55Et la moissonneuse batteuse qui était derrière lui, comme ça, qui avançait jusqu'à sa
05:01mort, quoi.
05:02Et en fait, là, mes producteurs m'ont dit, tu vas un petit peu loin dans la violence.
05:06Mais je suis sûr que visuellement, ça ferait une scène démente.
05:08Il n'est pas exclu que je le fasse dans un autre film qui n'aura rien à voir, qui
05:11s'appellera peut-être Moissonneuse Batteuse.
05:13Avec cette chanson.
05:14Avec cette chanson de Thierry Lecoyatte.
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