00:00ça rencontre quelque chose que moi-même j'ai vécu.
00:02C'est pas mon histoire à moi mais l'histoire que j'ai rencontré
00:05c'est quelque chose qui est visuel en fait.
00:07Avec ces deux prix reçus au dernier festival de Cannes,
00:09vous avez sûrement entendu parler de l'histoire de Suleyman,
00:11un film retraçant le destin d'un migrant à Paris obligé d'être livreur.
00:14Derrière ce film se cache Abu Sangaré,
00:16un incroyable acteur, pareil récompensé à Cannes,
00:18qui est lui-même un migrant guinéen sans papiers,
00:20qui ne se prédestinait pas du tout à cette carrière.
00:22Il nous raconte.
00:23Je suis arrivé en France le 5 mai 2017 par la voie clandestine.
00:27Je suis venu par Mali, par Algérie, par Libye
00:31et ensuite j'ai résumé en Italie.
00:34Ensuite je suis rentré en France.
00:35Ça a commencé comme ça, je suis arrivé à l'âge de 16 ans,
00:38j'ai demandé à être reconnu mineur.
00:40Ça a été rejeté, j'ai passé par pas mal de chemins.
00:44Ensuite j'ai commencé mes études dans la mécanique.
00:49Maintenant je véhicule transport routier.
00:51J'ai passé un CAP, ensuite mon bac.
00:54Ensuite j'ai commencé un BTS.
00:55Je fais une année et ensuite ce projet de film est tombé.
01:00J'étais bénévole dans une association.
01:02Un jour ils m'ont appelé, comme quoi il y a des gens
01:06qui allaient venir pour un casting.
01:08C'était la première fois qu'ils attendent le mot casting.
01:11On était environ 25 jeunes Guinéens.
01:15Ils nous ont fait passer des entretiens de 5 à 10 minutes chacun.
01:18Plus tard, ils m'ont proposé de venir ici à Paris.
01:24On a répété quelques petites scènes avec un autre acteur
01:29qui joue dans le film.
01:30Une semaine, deux semaines plus tard,
01:32on m'a appelé pour me dire qu'ils veulent que je sois le heureux du film.
01:38J'étais entre les deux, entre un sentiment positif et un sentiment négatif.
01:43Parce que le sentiment négatif, c'est que j'étais en situation irrégulière.
01:47Et le sentiment positif, c'est que j'ai cherché un travail
01:49et on m'a proposé un travail.
01:51J'ai posé pas mal de questions à Boris.
01:55Je lui ai dit, mais attends, là, vous m'avez sélectionné.
01:58Mais comment ça se passe ? Moi, je n'ai pas de papiers.
02:00Et en ce moment-là même, ma demande était déjà en cours à la préfecture.
02:06Et le monsieur, dans un premier temps, il m'a répondu, il m'a dit,
02:08dis-toi que ce travail, ce n'est pas un travail au noir.
02:11C'est un travail qui sera déclaré, rémunéré.
02:15Et qu'à ce niveau-là, je ne dois pas m'inquiéter,
02:17que tout se passerait comme il faut.
02:19Et ça a été fait comme ça.
02:20Ensuite, je suis venu à Paris.
02:22On m'a présenté le scénario.
02:24J'ai lu le scénario.
02:25En plus, ça dit, j'ai eu des motivations,
02:29puisque le sujet du film déjà,
02:31ça rencontre quelque chose que moi-même, j'ai vécu.
02:34C'était bien d'ailleurs, j'ai eu deux semaines de stage de la livraison
02:37avec un autre jeune Guinéen qui joue dans le film.
02:40Je ne sais pas si vous avez regardé le film.
02:42C'est le jeune qui joue dans La Babo, qui s'appelle Mamadou.
02:44Et lui, il se connaît bien dans la livraison.
02:46Il m'a appris à des points techniques,
02:48genre les EPS, genre l'application,
02:51et s'est déplacé, comment parler avec les clients.
02:56Le mec, il m'a appris ça en deux semaines.
02:58Et après aussi, on a eu deux mois de répétition
03:00dans lesquelles on a comparé tous les acteurs,
03:04chacun son rôle.
03:05Et au final, tout le monde était vraiment prêt.
03:07On était là, chacun connaissait ce qu'il devait faire,
03:10chacun connaissait son rôle, ses mots.
03:12Et voilà, les émotions maintenant,
03:14il y avait Boris qui était là, tout en présent.
03:16Allez, fais-ci. Pousse-toi là.
03:19Bouge comme ça. Allez, fais ça.
03:21Jouer, sortir des émotions en étant face à la caméra,
03:25sans les regarder, c'est quelque chose que j'ai eu du mal à apprendre.
03:29Et au final, le tournage, c'est comme si c'était naturel.
03:33Tout était naturel, voilà.
03:34En plus, j'ai travaillé avec une équipe super professionnelle.
03:39Je ne connaissais pas du tout l'histoire des camps.
03:41Après, il m'a appelé.
03:42Il m'a dit, aujourd'hui, je suis très, très content.
03:44Je lui ai dit, mais qu'est-ce qu'il t'a ?
03:45Toi, t'es tout seul content.
03:47Il m'a dit, mais je vais t'annoncer une nouvelle.
03:50Ce qui est bien pour toi, pour le film et pour toutes les équipes.
03:53J'ai dit, ah bon ?
03:54Il m'a dit que le film a été sélectionné à Cannes pour un certain Vega.
04:00Du coup, je me suis dit, OK.
04:02Je lui ai dit, mais ça sert à quoi, ça ?
04:03Mais ça veut dire que le travail, on a réussi, quoi.
04:07Si le film part à Cannes, ça dépend maintenant, voilà.
04:11Après, tu viendras à Cannes.
04:12Direct, il m'a proposé ce jour qu'il faut que tu t'apprêtes.
04:15Après, tu viendras à Cannes.
04:16Quand je suis arrivé à Cannes, c'est là que j'ai compris
04:19que vraiment, il y avait un autre monde ici dont je n'avais pas découvert.
04:24Et là, je l'ai découvert.
04:26Pour moi, c'était un peu stressant.
04:28C'était angoissant, c'était pas bien ce jour.
04:32Puisque moi, honnêtement, je ne m'attendais pas à tout ça.
04:34Tout ça, pour moi, c'était une surprise, en fait.
04:36Mais sauf que le problème, je m'attendais à quelques jours.
04:38Vu que je n'ai pas regardé le film, du coup.
04:40D'ailleurs, j'étais bien, bien, bien.
04:42Je me disais, je me préparais, même de ce que je vais dire devant le public.
04:48Mais la seule chose que j'ai pu dire devant mon public,
04:51c'était juste des larmes sur les yeux.
04:54C'est la seule chose que j'ai pu faire.
04:55Je n'ai même pas pu dire salut, je n'ai même pas pu passer bonjour à ces gens-là.
04:59Tellement pour moi, c'était lourd, c'était fort.
05:03Très, très fort émotionnellement.
05:04Après Cannes, on est rentré, tu vois, le cinéma.
05:08C'est comme si tout, ils faisaient tout par surprise.
05:11On est rentré, Boris me dit, c'est bon, tout va bien.
05:15Après, on est rentré à Amiens.
05:18Et encore, Boris m'a rappelé encore, il m'a dit,
05:21mais vraiment, horizon, il m'a dit, viens, on va à Cannes.
05:26On arrive là-bas, la salle était déjà pleine.
05:30Ils avaient déjà commencé à faire les présentations.
05:34Après, je viens, je m'installe, les gens passent,
05:37ils appellent les gens, ils donnent leurs prix.
05:39Ensuite, moi, on m'appelle pour me présenter, c'est-à-dire pour me remettre ces prix.
05:43Je me suis dit, ah, OK, Dieu merci.
05:46Tout le stress que j'avais, toute la peur que j'avais,
05:50tout ce que j'ai rencontré, mon vraie histoire,
05:52c'est-à-dire que je l'ai offerte à mon public.
05:56Et en leur disant que voilà, c'est mon histoire,
05:58vas-y, vous faites ce que vous voulez avec.
06:01Moi, je vous ai donné mon histoire, c'est mon histoire,
06:03je n'ai rien rencontré de bêtise.
06:05Pour répondre à votre question, moi,
06:07je n'ai jamais rêvé de faire du cinéma.
06:10Même là où je suis assis là,
06:12mon rêve dans ce monde, c'est d'être mécanicien poids lourd.
06:15Le cinéma, c'est quelque chose qui me viendra.
06:18Mais honnêtement, je ne me déplacerai pas à aller chercher quoi que ce soit.
06:22Mais si l'occasion se présente et que les gens m'appellent,
06:27comme ça a été le cas déjà, j'ai passé deux castings
06:31dans lesquels j'attends la réponse, comme ça.
06:34Mais la seule chose que je vais faire après,
06:36une fois que j'aurai mes papiers,
06:38je vais quand même m'inscrire dans une école,
06:41mais uniquement qui est française, en fait.
06:43Je vais juste appliquer le français parce que là, aujourd'hui,
06:46c'est très très dur de répondre à votre question,
06:49de dire que oui, je vais m'engager dans le cinéma
06:51et que pour moi, là, c'est parti, là, non.
06:53À mon état, je vous dis ça, là, je parle français,
06:55mais pour être un grand acteur,
06:57il faut un certain niveau
07:02pour pouvoir aller en avant.
07:04Et je pense que oui, après, je vais le faire.
07:07Ensuite, quand j'aurai ces niveaux,
07:08je vous répondrai votre question pour dire que oui,
07:10je vais être un grand acteur.
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