00:00Elle a été médecin, notamment dans un club de rugby professionnel.
00:03Geneviève Dariosex s'est lancée tardivement en politique, élue députée Modem en 2017.
00:08Elle a participé à plusieurs gouvernements et vient d'être nommée ministre de la Santé.
00:13On va revoir ensemble ce numéro de La Politique et moi qui a été enregistré en octobre 2023.
00:31Bonjour, Geneviève Dariosex.
00:33Bonjour.
00:34Quand vous vous êtes engagée en politique aux côtés de François Bayrou,
00:38beaucoup de gens à Mont-de-Marsan, dans votre ville, vous connaissaient déjà,
00:41mais alors pas du tout pour vos idées politiques ou pour un engagement politique.
00:45Ils vous connaissaient parce qu'ils vous voyaient sur le bord du terrain tous les dimanches
00:49au stade Montoy, le club de rugby de la ville, parce que vous étiez le docteur chargé de soigner les joueurs.
00:55On va revoir d'ailleurs un extrait d'une prise de parole de vous à cette époque.
01:00Je crois que souvent les joueurs ont besoin, surtout, c'est d'être entourés, effectivement,
01:04de sentir que personne ne baisse les bras autour, dans le club mais aussi à l'extérieur du club.
01:13Je crois qu'il faut sentir qu'on est soutenu par le public, qu'on est soutenu par d'être la ville dans laquelle on vit.
01:21Là, quand on vous entend, à l'époque, c'était une période un peu difficile pour le club.
01:24On a l'impression que vous étiez presque plus la psy des joueurs que la médecin.
01:29Écoutez, les médecins sont toujours là, dans les clubs en particulier, pas que pour soigner le physique.
01:35Ils sont aussi là pour soigner le moral, pour écouter les joueurs, écouter quelques fois les détresses, écouter les questions.
01:44Donc, ça fait partie du job.
01:46Moi, j'ai fait ça de façon bénévole pendant dix ans, en structurant l'équipe médicale d'un club professionnel, devenu professionnel.
01:54Donc, c'était très passionnant.
01:56En plus de mon activité de médecin, par ailleurs, allergologue, je faisais ça et ça a été très passionnant.
02:03Dans une ville comme Mont-de-Marsan, il faut savoir qu'à Mont-de-Marsan, le rugby, ce n'est pas rien, ça compte énormément.
02:10J'imagine que soigner un peu les héros de la ville, c'est un peu la rampe de lancement idéale quand on veut faire de la politique.
02:16Écoutez, oui, vous avez de la notoriété, ça aide, effectivement.
02:21Et puis, la notoriété, ce n'était pas que moi, c'était aussi mon mari, ancien joueur, qui naît de l'équipe, une grande figure locale.
02:31Donc, si vous voulez, il a aussi participé avec moi à toute cette aventure, ou j'ai participé avec lui à toute cette aventure.
02:39Là, on vous voit au milieu des joueurs.
02:42Oui, en définitive, ça, c'est l'esprit festif et puis c'est toujours quand on gagne.
02:47C'est une montée en top 14, ça, que nous avions gagnée contre Pau, d'ailleurs, en 2012.
02:53Moi, j'étais très heureuse. François Bayrou n'était pas heureux, mais moi, j'étais très heureuse.
02:57François Bayrou est venu vous chercher en 2004, c'était à l'occasion des régionales.
03:01Et à l'époque, il vous a proposé d'être tête de liste de l'UDF dans votre département des Landes.
03:06Mais il faut savoir qu'à l'époque, vous n'aviez jamais fait de politique, vous n'aviez même jamais mis les pieds, je crois, dans une salle de meeting politique.
03:12Quand on y réfléchit, c'est quand même assez incroyable qu'il vous ait fait cette proposition.
03:17Pourquoi vous a-t-il choisi ?
03:19Tout simplement parce qu'il cherchait un profil, quelqu'un qui était connu dans sa ville, qui était engagé dans le mouvement associatif,
03:28et puis, voilà, qui avait une profession médecin, c'est souvent...
03:33Il cherchait une femme aussi ?
03:34Il cherchait surtout une femme.
03:35C'est ça.
03:36Donc, pour être tête de liste dans les Landes.
03:38Donc, je devais cumuler un petit peu tout cela.
03:40Et, bon, les choses ont fait que nous nous sommes rencontrés et que je n'ai pas pu résister à sa demande.
03:46Vous aviez une petite notoriété liée au rugby, mais vous avez quand même été surnommée par vos adversaires, pendant cette élection, Madame X.
03:52C'est vrai ?
03:53Oui, Madame X, bon.
03:55Et puis, une femme, forcément, elle ne sait pas faire.
03:59Elle n'a pas de compétences.
04:01Si elle n'a jamais été là, elle ne va pas y arriver.
04:03Alors ça, c'est ce qui s'est passé pour vous quatre ans après.
04:05C'est-à-dire que vous êtes attaquée à la mairie de Mont-de-Marsan, qui était quand même un bastion de la gauche depuis presque un demi-siècle,
04:11aux mains du même homme politique depuis combien, depuis ?
04:1424 ans.
04:1524 ans, Philippe Labéry.
04:16Et là, vous l'avez emportée contre toute attente.
04:18Et, après votre élection, vos adversaires étaient convaincus que vous n'alliez pas réussir, que vous alliez démissionner.
04:25C'est vrai, ça ?
04:26Oui, mais parce que, très simplement, mes adversaires, c'était le Parti Socialiste.
04:31Oui.
04:32Ben, ils étaient très machos.
04:34Ils pensaient qu'une femme ne pouvait pas y arriver et qu'une femme sans expérience, dans le domaine, n'y arriverait pas.
04:42Moi, je dis à tous et à toutes ceux qui veulent s'engager qu'il faut beaucoup travailler.
04:48Il ne faut pas croire que les choses sont arrivées comme ça.
04:50Donc, c'est aussi beaucoup de travail, beaucoup d'investissement.
04:53Peut-être des capacités à comprendre les situations et à faire les choses,
04:57mais, en tout cas, bien sûr que j'y suis arrivée et j'ai été réélue en 2014 au premier tour.
05:03Et à quel moment vos adversaires ont commencé à changer de regard sur vous ?
05:08Ben, écoutez, je pense que M. Emmanueli, qui était président du Conseil départemental
05:12et la figure tutélaire du Parti Socialiste dans les Landes,
05:17a reconnu que j'avais bien travaillé quand j'ai été réélue au premier tour en 2014,
05:24donc que j'ai fait mes preuves.
05:26Alors, il a dit de vous, elle est sans doute plus tranchante que moi,
05:30et dans la bouche d'Henri Emmanueli, on peut se dire que c'est un compliment.
05:35Je ne sais pas si c'est un compliment. Oui, peut-être.
05:38Oui, parce que lui, il avait quand même la réputation d'avoir un très fort caractère
05:41et c'était sa façon à lui de faire de la politique.
05:44C'est peut-être un compliment, mais je pense que je ne fais pas de la politique comme lui, par contre.
05:49Vos différences ?
05:51Ben, écoutez, lui, c'était un petit peu de la coercition au niveau du département,
05:57qui existe encore un peu, bien qu'il ne soit plus là,
06:00de la coercition vis-à-vis des élus, des maires,
06:03tous liés automatiquement au Conseil général ou au Conseil départemental aujourd'hui
06:10et ne pouvant pas dévier des trajectoires qui leur étaient dictées.
06:14Moi, justement, c'est exactement l'inverse.
06:16C'est-à-dire que je pense que chacun, dans une démocratie,
06:19à partir du moment où il est élu, il est légitime et il peut s'exprimer
06:22et il faut que les personnes travaillent ensemble dans une bonne intelligence.
06:26En 2017, à peine élue députée, tout s'est accéléré pour vous.
06:30Alors, là encore, de façon un peu imprévue, on va dire,
06:34personne n'avait vraiment misé sur votre entrée au gouvernement, pas même vous.
06:39Racontez-nous un peu l'histoire.
06:41Écoutez, ça, je n'y ai pas pensé une seconde.
06:44C'était très simple. Je venais m'inscrire à l'Assemblée nationale.
06:48J'avais fait la moitié du chemin.
06:50C'était un 21 juin.
06:52J'avais fait la moitié du chemin.
06:54Et puis, à 13h, j'ai un message du cabinet d'Edouard Philippe
06:59qui me demandait de passer à Matignon parce qu'Edouard Philippe voulait me rencontrer.
07:04Donc, j'ai rencontré Edouard Philippe.
07:06Le soir, j'ai été nommée secrétaire d'Etat auprès de la ministre des Armées.
07:10Et je vous avoue que j'étais partie de chez moi avec un sac à main pour la journée
07:16et que j'ai dû rester quelques jours.
07:19Et tout ça était totalement imprévu.
07:22C'était imprévu parce qu'en fait, à l'origine,
07:25il était plutôt prévu que François Bayrou et Marielle de Sarnez soient au gouvernement.
07:29Les choses n'ont pas pu se faire en l'Etat.
07:31On a un peu l'impression que c'est l'effet papillon appliqué à la politique,
07:35c'est-à-dire que deux petits événements ont des répercussions en chaîne
07:39et finissent par déterminer votre propre destin pour six ans.
07:43Oui, mais je reconnais qu'il y a eu un concours de circonstances.
07:47Un concours de circonstances, pour moi, assez incroyable
07:51et qui m'a propulsée dans un dégouvernement en définitive pendant six ans.
07:56Eh bien, voilà, donc j'ai donné tout ce que j'avais,
08:01tout ce que je pouvais faire et j'étais à la fois très honorée,
08:06très fière de servir mon pays
08:09et aussi très concentrée dans la tâche, dans le quotidien,
08:14mais aussi dans l'avenir qu'il faut que l'on dessine
08:17quand on est dans un gouvernement.
08:19Je trouve, bien entendu, que tout cela a été tout à fait passionnant.
08:22Alors, passionnant pendant six ans.
08:24D'abord, vous l'avez dit, secrétaire d'Etat auprès de la ministre des Armées.
08:27Après, vous avez été ministre déléguée en charge de la mémoire
08:30et des anciens combattants, puis en charge des personnes handicapées.
08:33Quand l'aventure a pris fin, qu'est-ce qui a dominé chez vous ?
08:35Est-ce qu'il y avait une part de frustration que ça s'arrête,
08:38de ne pas pouvoir aller au bout des choses,
08:40ou une part de soulagement,
08:41peut-être s'il y a une fatigue accumulée au fil du temps ?
08:44Ni l'un ni l'autre.
08:45Non ?
08:46Frustration, peut-être, parce que quand on...
08:51Par exemple, pour les personnes handicapées,
08:53j'ai mis en oeuvre la Conférence nationale du handicap,
08:56toutes les annonces qui ont été faites par le président de la République,
08:59et maintenant, il faut les décliner sur les cinq ans à venir.
09:02Mais en fait, je me dis que, bon, c'est bien,
09:04la feuille de route, elle a été écrite et financée.
09:07Donc vous avez fait le plus important.
09:09Le plus important, je ne sais pas, parce qu'il faut le mettre en oeuvre.
09:12C'est ça, le plus important dans les politiques.
09:14Mais au moins, voilà, nous avons fait ce travail.
09:16Et ensuite, fatiguer, oui, c'est usant.
09:20C'est usant d'être dans les gouvernements,
09:22de faire beaucoup de déplacements.
09:24Voilà, les choses sont usantes.
09:26Mais bon, donc, ni l'un ni l'autre, je crois que j'ai pris ça
09:30comme je prends toutes les choses dans ma vie.
09:32Je me dis que j'ai eu la chance de faire ce que j'ai fait
09:35et que maintenant, j'ai d'autres objectifs.
09:37Alors, vous avez visiblement pris beaucoup de plaisir
09:39à la fois dans vos fonctions de maire,
09:41puis de membre du gouvernement.
09:43Tout ça, c'est l'exécutif.
09:44Aujourd'hui, vous êtes à l'Assemblée,
09:46du côté du pouvoir législatif.
09:48Est-ce que ça correspond autant à votre tempérament ?
09:52Beaucoup moins.
09:54Beaucoup moins dans...
09:56L'exécutif est très passionnant.
09:59Beaucoup moins, mais en définitive,
10:01ce qui peut être intéressant, c'est la bataille politique.
10:04Parce que c'est là qu'elle se joue.
10:06Et la bataille politique, aujourd'hui, elle est rude.
10:09Elle est rude parce que nous sommes en majorité dite relative
10:13et puis que nous avons des oppositions extrêmes
10:16qui sont excessivement virulentes,
10:18qui sont même très violentes, à mon avis,
10:22dans leurs expressions.
10:24Et je crois qu'il ne faut pas se laisser faire.
10:26Il ne faut pas se laisser faire parce que, d'abord,
10:29c'est bien injuste, bien entendu,
10:31et ensuite, je pense que dans ces moments troublés,
10:35la France aurait besoin d'un peu plus de modération
10:38que de radicalité et de propos violents.
10:43Donc, il ne faut pas se laisser faire.
10:45Vous êtes prête à mener cette bataille politique à l'Assemblée ?
10:48Il y a un sujet dont on n'a pas encore parlé,
10:50c'est votre attachement aux traditions locales du Sud-Ouest.
10:52Ça peut être la feria, mais pas seulement.
10:54Il y a aussi la défense de la corrida,
10:56le gavage des oies, des canards, les chasses locales.
10:59Vous comprenez que ça puisse faire débat,
11:01tous ces sujets-là, dans la société ?
11:03Je comprends que tout puisse faire débat.
11:06Ce que j'ai plus de mal à comprendre,
11:08c'est une espèce d'acharnement
11:11sur, tout simplement, les habitants de nos régions.
11:14Pour vous, ça cible les habitants ?
11:16Oui, bien sûr. Bien sûr.
11:18Ils sont discriminés.
11:20On les prend pour des ploucs, excusez-moi,
11:22pour des gens qui n'ont pas de cervelle,
11:24avec une cruauté...
11:26Bon, c'est pas ça du tout.
11:29Notre coin est un pays des cocagnes,
11:31avec ses traditions, certes,
11:33avec ses modernités, aussi,
11:35avec ses évolutions, également.
11:37Je m'inscris en faux
11:39quand on décrit la façon
11:41dont sont décrites les choses.
11:43Vous dites qu'il faut ficher la paix aux gens.
11:45Vous avez peur que ça nourrisse un vote populiste
11:47d'interdire la corrida ?
11:49C'est une accumulation, si vous voulez.
11:51Des accumulations d'interdictions,
11:53ou de projets d'interdictions
11:57sur des pratiques locales,
11:59qui sont, en fait, tout simplement
12:01des pratiques traditionnelles
12:03ou des pratiques culturelles locales.
12:05Les cultures locales, il faut les maintenir.
12:07Si on fait tous la même chose,
12:09si on mange tous la même chose,
12:11eh bien, le monde n'aura plus beaucoup d'intérêt.
12:14On va passer à notre quiz, à présent.
12:16Je vais commencer des phrases,
12:18vous allez devoir les terminer.
12:20Redevenir maire de Mont-de-Marsan en 2026,
12:22c'est quelque chose...
12:24De possible.
12:27Pourquoi pas ?
12:29Très bien, c'est noté.
12:31J'ai l'air austère, mais...
12:33En fait, je ne le suis pas du tout.
12:35Je me marre, comme disait Jospin,
12:37un austère qui se marre.
12:39Et je trouve qu'on ne se marre pas assez, d'ailleurs.
12:41Enfin, jaune et noir sont nos couleurs.
12:43Oui, vos supporters sont là, debout.
12:45Oui.
12:47Mont-de-Marsan est dans nos cœurs.
12:49C'est l'hymne d'Yves Saint-Baptiste.
12:51Nos supporters seront là jusqu'au bout.
12:53On voit la réponse affichée.
12:55C'est l'hymne du club du Stade Montoie.
12:57Voilà.
12:59Vous y êtes tous les week-ends, non,
13:01mais à chaque match, vous y allez ?
13:03J'essaie.
13:05Mais pendant mes six ans de gouvernement,
13:07j'ai loupé beaucoup de matchs.
13:09Heureusement qu'ils sont télévisés.
13:11Vous allez pouvoir vous rattraper, maintenant.
13:13Oui, je vais me rattraper.
13:15Merci beaucoup, Geneviève Dariussek,
13:17d'être venue dans La Politique et moi.
13:19Merci à vous.
13:21Mont-de-Marsan est dans nos cœurs.
13:23Nos supporters seront là jusqu'au bout.
13:25Mont-de-Marsan est dans nos cœurs.
13:27Nos supporters seront là jusqu'au bout.
13:29Mont-de-Marsan est dans nos cœurs.
13:31Nos supporters seront là jusqu'au bout.