00:00Comment vont les maires de France ? C'est la question que l'on peut se poser aujourd'hui, Guillaume.
00:04Il y en a un tiers qui se disent épuisés, figurez-vous.
00:06Voyons voir, on va en parler avec Olivier Torres, bonjour.
00:09Bonjour.
00:10Président de l'Observatoire à Maroc.
00:15Vous étiez déjà venu nous parler il y a quelques temps de l'épuisement des chefs d'entreprise,
00:21l'épuisement des agriculteurs aussi, il me semble.
00:23En fait, vous vous intéressez à l'épuisement du dirigeant, on va dire,
00:28de ceux qui dirigent une entreprise, de ceux qui dirigent une commune,
00:30et là vous venez de faire une nouvelle étude qui révèle effectivement
00:33qu'un tiers des maires se disent épuisés.
00:35Et 70% d'entre eux seront très satisfaits aussi de leur mandat d'élu, on le dira.
00:41Le verre à moitié vide et à moitié plein.
00:42Exactement.
00:43Mais un tiers c'est beaucoup ou c'est pas beaucoup ?
00:45Quand on compare à la population des dirigeants de PME
00:49et le maire d'une petite commune, c'est un entrepreneur de situation.
00:53C'est à peu près les mêmes chiffres, c'est assez sidérant de voir le parallélisme qu'il y a
00:56entre un entrepreneur et le maire d'une commune à taille humaine.
01:00Entrepreneur d'une PME, encore une fois, pas un grand groupe.
01:03Non, c'est une différence entre le maire d'une grande commune
01:06et celui d'une commune à taille humaine.
01:08Il y a tout un tas d'équipes de services autour de lui.
01:10Un direcom, un direcab, le maire d'une petite commune, il est en management frontal.
01:15Et il s'occupe de tout parfois.
01:17De tout.
01:18Mais pardon Olivier Torres, ils se disent épuisés.
01:21Est-ce qu'on peut faire à ce stade la nuance entre l'épuisement et la fatigue ?
01:25Parce que pour moi, l'épuisement, c'est quelque chose.
01:26On est au bord de la rupture.
01:30On est tous plus ou moins épuisés par les métiers que l'on exerce.
01:33Ce qui est le plus gênant, c'est l'épuisement sévère.
01:35C'est-à-dire quand vous répétez sans cesse « j'en ai marre »,
01:38« je suis déçu par mon environnement », « je me sens impuissant »
01:42pour répondre aux tâches qui m'incombent.
01:44C'est ça qui devient gênant.
01:46Et ça, c'est 3% des maires que vous avez sondées ?
01:483,5%, oui.
01:50Presque 4.
01:51On a fait un calcul rapide tout à l'heure.
01:53Ça représente à peu près une dizaine de maires par département.
01:55C'est ça, entre 1100 et 1200 maires.
01:57Là, on parle de l'épuisement sévère.
01:59Et l'épuisement sévère, c'est quoi derrière ?
02:00C'est des pathologies ?
02:01Alors, ça ne veut pas dire que le maire va tomber demain.
02:04Mais ça veut dire que s'il continue comme ça, il peut tomber.
02:07Et c'est pour ça qu'il faut être extrêmement vigilant.
02:09Moi, ce que je découvre dans cette étude,
02:11et il faut le dire, c'est que les maires sont les grands serviteurs de la République.
02:15Ce sont des hommes et des femmes extrêmement vaillants.
02:17Ils consacrent entre 27 heures et 37 heures.
02:19En plus de leur métier,
02:21parce que beaucoup d'entre eux travaillent.
02:23C'est pas l'indemnité de maire de quelques centaines d'euros qui leur permet de vivre.
02:26Et en plus, ils ont une vie personnelle.
02:27Donc, ce sont quand même des hommes et des femmes, il faut le dire,
02:29qui sont entre 60 et 65 heures par semaine,
02:32dévoués à leur commune.
02:34Alors, je dirais qu'il y a une forme de sacerdoce républicain chez les maires.
02:38Et ça, ça les protège.
02:40Ça, ça les protège.
02:42— Comment vous avez procédé ?
02:43Vous avez envoyé, je crois, un questionnaire à 2000 maires, c'est ça ?
02:45— Alors, je remercie l'association des maires ruraux de France,
02:48qui a 13 000 adhérents.
02:49On les a interrogés.
02:51On a eu au total 1 700 réponses en deux collectes.
02:54C'est du jamais vu pour nous.
02:55— Mais c'est quoi les... Alors, vous leur avez posé...
02:57Comment vous avez posé les questions ?
02:58— Alors, on leur pose des questions sur...
02:59— Ils vont parler spontanément ?
03:00— Quels sont les événements stressants et satisfaisants auxquels ils sont confrontés ?
03:03Ça, ça nous a permis de créer des outils qui vont nous être utiles d'eux-mêmes,
03:07parce qu'il s'agit pas que de faire des mesures, on va aussi agir.
03:10Et puis, on leur a posé des questions sur comment ils se sentent,
03:12comment ils dorment, sur la qualité du sommeil.
03:16Et ça permet de voir quels sont les liens entre ce que je vis au quotidien
03:20et ce que je ressens dans mon corps et dans mon esprit.
03:23— Et alors, ils vous racontent quoi ? Ils vous disent quoi ?
03:25Ceux qui, effectivement, en ont un peu ras-la-carpelle.
03:27— Vous savez, tout à l'heure, on a entendu François Riau,
03:30maire de Saint-Jean-de-Vedasse, que je salue parce qu'il m'a aidé dans cette étude.
03:33Bon. Et je l'ai eu comme étudiant, en plus. C'est un jeune vaillant.
03:36Il a parlé de quoi ? Il a parlé de ses projets.
03:39Festin des Arts et les Halles de Saint-Jean-de-Vedasse.
03:42Ce sont des hommes et des femmes de projets, les maires.
03:45Et c'est ça qui les fait tenir.
03:47D'ailleurs, on le voit bien dans les verbatims qu'on a collectés.
03:50Mais par contre, à côté de ça, la lourdeur et la complexité administrative,
03:54les conflits quand ça arrive parfois au conseil municipal.
03:57Ça, c'est terrible. Et puis, la charge et le manque de temps.
04:01— C'est particulièrement vrai, je crois, pour les maires ruraux.
04:03On entendait aussi ce matin un témoignage de la maire de Sussargue,
04:07qui, elle, ne se disait pas dans une situation d'épuisement,
04:10mais qui reconnaissait avoir beaucoup de choses à gérer.
04:12Et le problème, c'est que plus la commune est petite,
04:15plus on s'adresse, évidemment, en priorité aux maires pour tout régler,
04:18y compris les problèmes de chiens qui aboient.
04:20Est-ce que c'est pas un peu de notre faute aussi ?
04:22— Tout à fait. Et c'est pour ça que je parle de sacerdoce.
04:24Si vous n'avez pas chevillé au corps cette envie de servir la communauté de vos citoyens,
04:28vous tenez pas. Mais c'est comme ça qu'ils tiennent.
04:31Et c'est comme ça que, du sacerdoce, on passe au sacrifice.
04:34Et les deux mots renvoient au sacré.
04:36Sacerdoce et sacrifice, c'est quelque part le rapport au sacré.
04:38— Je reviens à ma question. Si ces maires sont épuisés,
04:40c'est pas que de leur faute non plus. C'est peut-être aussi un peu...
04:42— Je dirais même que c'est jamais de leur faute.
04:43C'est bien l'environnement qui crée des contraintes
04:46et qui fait qu'à un moment donné, ils sont débordés, ils n'en peuvent plus.
04:48— Alors c'est quoi la solution ?
04:49Puisque je vous ai entendu dire à un moment donné, Olivier Therese,
04:52on va faire des propositions.
04:53— Oui. Comment on les a faites ?
04:55— Est-ce qu'il faut déjà changer le statut de l'élu ?
04:57— Alors je rentrerai pas dans ce débat parce que ça, c'est intéressant.
05:00Il faut en parler à la MRF. C'est leur cheval de bataille.
05:02Moi, je me cantonne à ce que je sais faire, c'est-à-dire suivre la santé
05:06des hommes et des femmes vaillants dans ce pays qui travaille beaucoup.
05:09— Et donc, en une minute, pour résumer ?
05:10— Alors en une minute, on va créer demain un dispositif,
05:13comme je l'ai fait pour les agriculteurs et les entrepreneurs,
05:15qu'on appellera Amarok e-Santé Maire,
05:17qui permettra aux maires de répondre de manière anonyme, très importante,
05:21à ce qu'ils vivent.
05:22En fonction des événements auxquels ils sont confrontés,
05:25nous, comme on a les mesures, on va pouvoir faire un diagnostic.
05:28Il y en a une grande majorité qui seront très satisfaits
05:31de ce qu'ils font. Continuez comme ça.
05:32Pour ceux qui sont stressés, on fera un test de dépistage du burn-out.
05:36Et parmi ceux-là, ceux qui dépassent la code alerte,
05:39eh bien, on leur proposera ce que j'appelle la politique de la main tendue,
05:42une écoute bienveillante. Ils la saisiront, ils la saisiront pas.
05:46Je n'en sais rien pour l'instant, mais en fonction des résultats,
05:48je reviendrai vous voir, M. Rouland.
05:50— Vous nous direz, oui, mais l'écoute, ça peut suffire à régler le problème de l'épidémie.
05:53— Je peux vous garantir que quand vous n'en pouvez plus
05:55et que vous avez quelqu'un qui accepte de vous écouter sans vous juger,
05:57ou vous videz le sac, bien sûr que ça fait du bien.
06:00— Ça va déjà mieux après.
06:01— Bien sûr, parce qu'on reconnaît votre situation.
06:04Vous savez, quand il y a une souffrance, reconnaître la souffrance des autres,
06:08c'est déjà une façon de la compassion, c'est partager la souffrance des autres.
06:12— Merci, Olivier Tourès, président de l'Observatoire à Maroc,
06:15d'être venu nous parler de tous ces mères épuisées ce matin.
06:18Et puis, on se tient au courant, alors, pour la suite. Merci.
06:20— Il est 7h50 sur...
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