00:00Il est 7h21 sur Europe 1, l'édito éco.
00:04Bonjour Agnès Verdier-Mollinier.
00:06Bonjour Dimitri, bonjour à tous.
00:07Alors on reparle ces derniers temps des aides aux entreprises,
00:10un maquis dans lequel on pourrait trouver des économies, pensez-vous Agnès ?
00:14Alors là Dimitri, je pense qu'il faut vraiment tirer la sonnette d'alarme très très fort et le dire au éclair.
00:20Il n'y a quasiment pas d'aide aux entreprises en France en réalité.
00:24Les 150 milliardaires dont tout le monde se gargarise et ce ne sont majoritairement pas des aides,
00:30mais des réductions d'impôts et des charges sociales.
00:33Le crédit d'impôt recherche, les allègements sur les bas salaires.
00:36Quand on regarde dans le détail, c'est quoi ?
00:37C'est 30 milliards d'allègements sur l'impôt sur les sociétés,
00:4064 milliards d'allègements sur les cotisations sociales
00:43et 27 milliards sur les taxes de production.
00:46En fait, j'ai envie de dire circuler, il n'y a rien à gratter
00:48car malgré ces allègements et exonérations d'impôts et de taxes et de charges,
00:52nos entreprises sont toujours les plus taxées de la zone euro,
00:56de plus de 150 milliards de fiscalité dans tous les ans
00:59par rapport aux autres entreprises de la zone euro.
01:01Et si on enlevait ces allègements, nous doublerions l'écart
01:05pour arriver à presque 300 milliards de prélèvements obligatoires en plus pour nos entreprises.
01:09Mais en fait, c'est totalement impensable.
01:11Mais dans ce qu'on appelle les aides aux entreprises,
01:13faussement, vous venez de nous le dire,
01:15est-ce qu'il n'y a pas quand même des subventions directes,
01:17de l'argent qui sort des caisses de l'État pour aller dans celles des entreprises privées ?
01:20Si, mais pas beaucoup.
01:22Une trentaine de milliards au plus sur les 150 milliards, soit moins d'un quart.
01:26Et d'ailleurs, l'Inspection Générale des Finances vient de publier un rapport sur les aides,
01:31les fameuses aides, dans lequel il passe en revue 17 milliards de subventions.
01:36Et quand on fait le compte de ces subventions listées dans le rapport,
01:3916 milliards sont en réalité des subventions versées pour missions de services publics,
01:44par exemple à la SNCF, La Poste, EDF.
01:47Donc c'est un peu l'État qui se verse des subventions à lui-même.
01:50Il faut ajouter à ça 10 milliards de subventions de l'Union européenne
01:53qui ne sont pas vraiment des dépenses de la France.
01:56Alors on a des soi-disant aides qui sont avant tout des baisses d'impôts
02:00et pour le reste des subventions de l'État à lui-même ou de l'Union,
02:03notamment à l'agriculture.
02:04Pourtant ce rapport-là que vous venez de citer s'intitule « Revue de dépenses ».
02:09J'insiste sur ce mot de dépense.
02:11C'est exact et c'est important de le dire et de le redire.
02:13Les dépenses publiques et les recettes publiques, ce n'est pas la même chose.
02:18Faire un rapport public qui s'intitule « Revue de dépenses »
02:21sur des dispositifs qui sont en fait des allègements d'impôts est un peu mensonger,
02:25surtout dans un pays surtaxé comme la France.
02:27Ça laisse penser qu'il y a des dizaines et des dizaines de milliards de subventions,
02:31alors que c'est faux.
02:33Dans la période actuelle où tout le monde cherche des économies,
02:35c'est un peu la vieille ficelle de Bercy.
02:37Proposer des économies sur ce qu'ils appellent les dépenses fiscales
02:40pour en fait augmenter les impôts sans vraiment l'afficher,
02:43au lieu de baisser les dépenses.
02:44À force de l'utiliser cette ficelle, elle devient vraiment très voyante.