00:00C'est la beauté de la vie. Elle n'est pas linéaire. Il y a les joies, les doutes, les peines, les angoisses, les épiphanies.
00:06A 21 ans et 4 grands-je t'aime dans la besace, Carlos Alcaraz est déjà une légende du jeu,
00:10mais paradoxalement, il est aussi toujours un joueur en construction.
00:14On l'avait vu pleurer après une défaite brutale en finale des Jeux Olympiques contre le roi Djokovic,
00:18on l'avait vu s'énerver contre mon fils à Cincinnati, mentalement pas du tout remis de ses émotions estivales.
00:23Hier, contre Botic, 22 ans de choupe, on a vu un Alcaraz frustré, perpétuellement agacé, impuissant.
00:29Avec un taux de réussite de 28 sur 35 au filet, le néerlandais a asphyxié le prodige espagnol
00:35et ne lui a laissé aucun répit, comme en atteste un bien faible 60% derrière sa première balle.
00:40En bref, Botic a matraqué, Botic a pilonné, et Botic a développé ce fameux plan de jeu qu'Alcaraz redoute.
00:46Privé de temps et mentalement peu disponible pour le combat, Alcaraz a sombré dans des proportions étonnantes sur ce match.
00:52Car c'est bien son attitude à partir de la deuxième manche qui a interrogé.
00:56Souvent tourné vers Juan Carlos Ferreiro, agacé, pointant régulièrement sa tête comme pour y enfoncer les idées noires qui lui gangrenaient le cerveau,
01:03Alcaraz s'est effiloché à mesure que VDZ continuait de le pilonner à base de missiles sol-sol.
01:09« Aujourd'hui, je jouais contre mon adversaire autant que contre moi-même, dit-il. Il y avait beaucoup d'émotions que je ne pouvais pas contrôler.
01:15Je ne comprends pas pourquoi, j'ai réalisé un été spectaculaire à Roland-Garros et Wimbledon,
01:19et j'en suis sorti en pensant que j'avais fait un pas en avant.
01:22Et puis, je participe à cette tournée américaine et j'ai l'impression d'avoir fait un pas en arrière,
01:26d'être mentalement peu robuste et de ne pas savoir comment réagir aux problèmes. »
01:30Le tennis, c'est un sport de temps long, c'est un miroir parfois cruel qui expose les limites d'un joueur à un instant T,
01:37mais en même temps, cette défaite de Carlos Alcaraz, elle a presque un côté rassurant.
01:40Car Alcaraz n'est pas le cyborg qu'on nous vend à longueur de journée.
01:44Son titre à Roland-Garros passe déjà sur un fil entre Siner SVRF et son Wimbledon aurait pu franchement très mal tourner face à un Tiafo en lévitation.
01:52Mentalement et physiquement, on l'a vu cette saison, il y a un manque de continuité et son jeu ultra spectaculaire, flamboyant, en fait, c'est une demi-illusion.
01:59Car ses grands succès initiaux ont peut-être trop nuancé l'idée qu'un profil aussi créatif que lui ne devrait pas pouvoir autant gagner si jeune.
02:07Sa flamboyance ponctuelle cette saison en fait un objet fascinant et difficile à lire, mais Alcaraz est en réalité profondément humain.
02:14Tout gagner n'est pas normal, ce qu'on a vu avec le Big 4 entre 2008 et 2015 n'avait absolument rien de normal,
02:20et on ne peut pas non plus normaliser les quelques chefs-d'oeuvre qui ont déjà émaillé la carrière d'Alcaraz.
02:24Gommer la fragilité, gagner en jouant moche, parvenir à faire dérailler le rythme parfait de ses adversaires,
02:29les axes d'amélioration d'Alcaraz semblent nombreux, mais en fait à quoi bon ?
02:33Il se peut aussi que son génie ne soit jamais canalisé, et c'est très bien comme ça.
02:37Alcaraz est humain après tout, et même s'il sera peut-être difficile pour lui de rallumer la flamme d'ici la fin de la saison, il doit chérir cette fragilité, ce doute.
02:45Car sans la douleur, sans la solitude, sans la peine ni l'impuissance, les grands succès n'ont qu'une saveur éphémère.
02:52Et Carlos Alcaraz, lui, semble destiné à marquer l'histoire.
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