00:00Vous vouliez devenir comédien à l'origine ?
00:02Absolument, absolument.
00:03C'était ça qui vous coulait dans les rêves ?
00:04Il n'y avait que ça, il n'y avait que ça.
00:07J'étais, paraît-il, dès que j'avais l'âge de 5 ans,
00:10je refaisais, c'est le début de ma vocation,
00:13on allait à la messe le dimanche dans ma famille
00:16et je refaisais le sermon du curé après le repas.
00:21Avec un certain talent.
00:22J'ai du mal à t'imaginer.
00:24Pas du tout, je suis désolé.
00:25Et voilà, c'est parti comme ça.
00:27Et donc des cours de théâtre,
00:29vous avez eu des rencontres avec vos frères d'armes à l'époque
00:32avec lesquels vous avez, je crois, partagé des moments de complicité fort.
00:35Michel Sardou, c'est ça ?
00:36Oui, ils sont arrivés, Michel Sardou et Michel Fugain,
00:39en même temps dans le cours de dramatique dont j'étais un peu,
00:42on appelait ça vedette de cour,
00:43ça faisait 3 ans que j'y étais, j'avais une bouteille,
00:46je connaissais un petit peu les ficelles de tout ça.
00:49C'était la vedette un peu.
00:50Un petit peu.
00:51Et Armand Jameau m'a dit, prends ces deux-là et monte-leur une scène.
00:54Donc je leur ai monté une scène de Tennessee Williams,
00:57c'est vraiment la peau de serpent.
00:59Et puis, très vite, on est devenus potes
01:02et on n'a plus du tout parlé de théâtre.
01:05On jouait aux cartes, on bouffait des pâtes, enfin ados à l'époque.
01:08Chez Sardou, qui était le seul à avoir un appartement convenable,
01:11on avait plutôt des chambres de bonne, comme on disait à l'époque.
01:14Et puis voilà, c'est parti comme ça.
01:15Et vous avez commencé à lui écrire des chansons ?
01:17Bah c'est-à-dire que Michel Sardou, lui, finalement, il y est revenu depuis,
01:20mais le théâtre, ça ne m'intéresse pas trop, je voudrais chanter.
01:22Oui, d'accord, mais tu as des matériels.
01:24Bah non, Fugain lui a dit, tu sais, moi, il y a longtemps que je gratte
01:28et que je fais plein de mélodies et tout, mais qui va écrire des paroles ?
01:32Mais avec moi, je n'avais jamais écrit de paroles de ma vie,
01:35et c'est parti comme ça.
01:36Et vous avez écrit combien de chansons alors pour Michel Sardou ?
01:38Dizaines, qui malheureusement n'ont pas marché du tout.
01:41Sinon, je suis désolé, je ne serais pas là,
01:43je serais dans ma propriété à l'Espagne-France.
01:46Mais pourquoi vous n'avez pas persévéré dans cette carrière de parolier ?
01:49Parce que je pensais que ce n'était pas un métier.
01:51Ah bon ?
01:52Parce que souvent, on écrivait des chansons dans un restaurant,
01:55sur un bout de papier, vous savez, des nappes en papier de l'époque.
01:58Je me suis dit, mais ce n'est pas un métier, ce truc-là.
02:00Quelle erreur j'ai faite.
02:01Ah, c'est vrai, vous le pensez de temps en temps.
02:03Si j'étais resté parolier, peut-être qu'aujourd'hui,
02:05je serais donc dans ma propriété, sublime.
02:07Absolument.
02:08Alors, comment vous avez débarqué à la télévision,
02:10entre ces moments où vous mangez des pâtes à Michel ?
02:12C'est formidable que je considère que mon deuxième papa,
02:14en tout cas mon papa de télé, monsieur Armand Jameau…
02:16Célèbre producteur de télévision.
02:17C'est un célèbre inventeur des dossiers de l'écran
02:19et entre autres des chiffres de lettres.
02:20Et qu'un jour, connaissant mon père,
02:22ça se passe toujours un peu par relation, je ne vais pas le nier.
02:26Il m'a dit, il vient, il parlait comme ça,
02:29il m'a dit, coucou, si tu faisais un petit tour
02:33dans une émission que je vais faire,
02:34qui s'appelle aujourd'hui « Mode homme »,
02:35je lui écoute moins la télé, ça ne m'intéresse pas vraiment.
02:37J'y suis allé, j'ai porté les cafés, j'y étais assistant,
02:39puis peu à peu, il m'a mis à l'antenne.
02:41Ça serait trop long.
02:42Mais non, ce n'est pas trop long puisqu'on est là pour ça.
02:43Et à l'antenne, vous ressentez quoi ?
02:45Vous ne vous inquiétez pas, c'est mon travail maintenant ici.
02:47Non, non, vous ne vous inquiétez pas.
02:49Quand on change et que je vous interviewe, on va monter au rang.
02:51Un jour, on le fera.
02:52Mais en fait, je dis ça parce que c'est vrai que vous auriez aimé faire un talk show.
02:55On plaisante, on plaisante, mais vous auriez aimé faire ce genre d'émission.
02:57J'adorais que ça.
02:58Et pourquoi ?
02:59Je pense que je vais arrêter ma carrière à cause de ça.
03:01À quel moment vous vous êtes dit que vous aviez cette fibre là
03:03de présenter un talk show
03:04et pourquoi vous avez été embarqué vers d'autres choses ?
03:06Je me suis toujours dit, parce que j'ai commencé,
03:07Armand Jameau m'a mis sur les chiffres et lettres.
03:09Il voulait un type jeune, pas trop mal.
03:11Dans son équipe, il n'y avait à peu près que moi
03:13parce que c'était tous des vieillards.
03:15Non, j'exagère.
03:17Mais je me suis retrouvé à présenter des jeux.
03:19Il se trouve que les jeux que j'ai présentés ont marché.
03:21Alors, avais-je du pif ou est-ce que c'était un coup de bol dément ?
03:25Et peu à peu, vous savez comment ça se passe,
03:27surtout en France, quand vous avez une étiquette,
03:29on ne vous l'enlève pas facilement.
03:30Donc, je suis devenu présentateur de jeux.
03:32Et j'ai fait plein de jeux qui ont tous marché
03:34et qui ont duré très longtemps.
03:36Lesquels vous avez pu vous épanouir ?
03:38Pas toujours, non.
03:40Nous, on s'est emmerdé très vite.
03:42Les chiffres et les lettres, notamment, ça vous a emmerdé ?
03:44Oui, au bout de 17 ans.
03:46Je veux bien, mais au début ?
03:48Au début, ça m'a amusé moyennement.
03:50Les deux jeux qui m'ont passionné, c'est Fort Boyard,
03:52parce que je crois avoir créé un peu un style d'acteur-animateur.
03:58Et puis, c'était tellement extraordinaire.
04:02La mécanique de pyramide m'a passionné.
04:05Je jouais plus que je me présentais, d'ailleurs.
04:07Vous jouiez en même temps que les candidats ?
04:09En même temps, et quelques fois, la caméra revenait sur moi,
04:11je ne savais plus quoi dire, parce que j'étais en train de me dire,
04:13mais pourquoi il a fait ça ? Il n'aurait pas dû faire ça.
04:15Je jouais.
04:16J'adorais. Vous vous souvenez de Pyramide, Laurent ?
04:18En deux ?
04:19Moi, c'était mes pauses de révision de médecine.
04:21C'est vrai, pour jouer à Pyramide.
04:23Je suis psychiatre, je suis venu vous psychanalyser.
04:25C'est vrai que je ne vous ai pas dit qu'il est professeur en psychiatrie, Laurent.
04:29Il est là pour analyser le fait que vous n'aimiez pas vous regarder à l'antenne,
04:33le rapport à la notoriété, tout ça, on va en parler.
04:35C'est intéressant, vous ne me l'avez pas dit.
04:37Pardon, c'est une erreur.
04:39Il est incontournable.
04:41Vous avez aimé, parce que là, vous me dites oui, je me suis laissée embarquer.
04:45Vous avez pris du plaisir avec Pyramide et avec Fort Boyard.
04:48Les grands plaisirs, oui.
04:49Mais surtout avec les émissions que j'ai produites, inventées et produites,
04:52qui n'ont pas été connues, vous ne les connaissez pas, vous n'étiez pas nés.
04:55Mais en 70, un magazine de l'après-midi pour les jeunes,
05:01qui s'appelait 1 sur 5, générique de Daniel Malavoine.
05:04Je le cite toujours parce que ça m'est resté.
05:06Et puis après, une grosse émission de direct que j'ai tournée,
05:10que j'ai produite pendant deux ans, qui s'appelle « Mes vues, mes raisons »
05:13et qui sont mes deux meilleurs souvenirs, parce que finalement,
05:16je préfère être producteur que présentateur.
05:18Tu oublies que maintenant, tu es producteur de lettres et que ça te passionne.
05:24Je voulais dire que tu étais très content de travailler avec moi.
05:27Non, mais on voit qu'en tant que producteur, ça t'intéresse.
05:32Ah, donc c'est lui qui vous paye.
05:36Non, je plaisante.
05:39Si je l'ai payé, ils seront nettement mieux payés qu'ils ne le sont pas.
05:42C'est un autre débat. Vous avez présenté les amours également.
05:46Absolument.
05:47Quels souvenirs vous en avez, Patrice ?
05:49J'en ai un très bon souvenir parce que c'est après les chiffres à lettres
05:52qui étaient à l'époque une espèce de grande messe un peu lourde.
05:56Tout d'un coup, je me retrouvais les amours.
05:58C'est l'ancêtre de l'émission, comment il s'appelle,
06:02qui présente maintenant ?
06:04Bruno Guion.
06:06D'abord, c'est marrant à faire.
06:09Je pouvais dire des choses que j'avais envie de dire
06:11parce que les chiffres à lettres, dès que je faisais un truc
06:13qui sortait des grottes des rails, je me cognais méchamment.
06:17Le mot « les lettres », cette émission est un examen
06:23et vous êtes un examinateur.
06:24Vous êtes un examinateur. Fermez votre gueule.
06:26Je le dis sincèrement, j'ai reçu plusieurs lettres comme ça.
06:28Donc, on vous engueulait en fait.
06:30On m'engueulait. C'était méchant.
06:32On vous empêchait d'être vous-même.
06:34Exactement. Dans « Les mariés de la deux », tout d'un coup,
06:37j'ai pu parler de mon expression, déconner et tout.
06:40Il y avait un truc en plus qui était très sympa.
06:42C'était des couples.
06:44Quand ça marchait bien, ils étaient tout le temps dans les bras l'un de l'autre.
06:48Après l'émission, ils restaient comme public.
06:51Et quand ça marchait moins bien, qu'ils s'étaient engueulés et tout,
06:54les femmes et les hommes se séparaient.
06:56Ils étaient chacun d'un côté du public.
06:58Mais pourquoi vous aimez bien ça ?
07:00Je draguais un peu.
07:03Vous avez emballé, pardon, excusez-moi, je ne devrais pas dire ça,
07:06mais vous avez séduit des candidates, ex-candidates, des amoureux avec leurs amoureux ?
07:10Oui, quelques-unes, oui.
07:11Mais non !
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