- il y a 2 ans
François Bayrou, président du Modem, haut-commissaire au Plan, était l'invité d'Apolline de Malherbe dans "Face-à-Face" sur BFMTV et RMC, ce mercredi 10 juillet 2024.
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00:00BFM TV face à face. Apolline de Malherbe.
00:09Il est 8h32 et vous êtes bien sur AMC et BFM TV. Bonjour François Bayrou.
00:13Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions.
00:15Vous êtes le président du Modem, vous êtes haut-commissaire au plan, vous êtes maire de Pau.
00:19Et vous faites partie de cette poignée de proches du président qui a participé à toutes les réunions à l'Élysée
00:25avant et après les résultats de chacune des trois dernières élections.
00:29Le Nouveau Front Populaire n'arrive pas à se mettre d'accord sur une proposition de premier ministre
00:34et dans le même temps on commence à voir un nouveau scénario, peut-être se dessiner celui d'une alliance ensemble
00:41plus la droite républicaine. Est-ce que cette option est sérieuse ?
00:47Je vais passer les sérieuses. Il y a sûrement des gens qui pensent toujours dans toutes les situations à refaire les anciens clivages.
00:57C'est-à-dire à imaginer que la majorité de la France, après un scrutin qui pourtant dit exactement le contraire,
01:04on va y revenir, c'est-à-dire qu'on puisse faire le gouvernement de la moitié du pays contre l'autre moitié.
01:12D'abord, c'est exactement le contraire de ce que cette élection a dit. Cette élection n'avait qu'une question au deuxième tour.
01:21C'était est-ce que nous, citoyens français, nous sommes prêts à donner une majorité absolue à l'extrême droite ?
01:28C'est ça la question qui était dans tous les esprits et pour répondre à cette question, on a construit un...
01:40Un front républicain ?
01:42Un ensemble républicain, une alliance républicaine en disant on va prendre le mieux placé à chaque tour,
01:50enfin au premier tour pour lui apporter tous nos suffrages de manière à écarter ce risque dont nous ne voulons pas.
01:57Ce risque est écarté ?
01:59Ce risque est écarté et donc croire ou faire croire ou tenter de faire croire que les électeurs ont choisi un camp contre l'autre, c'est évidemment absurde.
02:09Vous pensez à qui, là ? Vous pensez à qui ? Parce que les seuls qui ont vraiment revendiqué une victoire, c'est la gauche.
02:13Et vous leur dites non, vous n'avez pas gagné.
02:15Non, je dis, cette élection, vous n'avez pas obtenu le suffrage des Français sur votre étiquette, sur votre programme, sur vos options.
02:25Vous avez obtenu le suffrage des Français parce que vous vous êtes, comme les autres, comme vos collègues, présentés comme ceux qui pouvaient faire barrage.
02:35Et c'est ça qui s'est passé, puisque des électeurs de gauche très nombreux ont apporté leur suffrage à nos candidats,
02:43et nos électeurs très nombreux ont apporté leur suffrage aux candidats de gauche.
02:47Pas en tant que gauche, pas en tant que centre, pas en tant que droite républicaine pour les LR,
02:55mais parce qu'ils étaient ceux qui construisaient la digue contre le pire.
03:01Mais une fois qu'on a dit ça, François Bayrou, on fait quoi ?
03:04On fait quoi ? On revient aux institutions.
03:08On essaie de comprendre ce que ce régime, à mon avis, génial, que le général de Gaulle a bâti,
03:14et il l'a bâti parce qu'il avait traversé des temps très très difficiles.
03:18L'idée du général de Gaulle, c'était ce n'est pas les partis qui vont faire une majorité.
03:24On assiste exactement au contraire.
03:26On n'a jamais autant parlé des partis, on n'a jamais eu autant de réunions de chefs de parti.
03:32Ce n'est pas moi qui vais vous dire que les partis, ce n'est pas intéressant ou important,
03:36puisque c'est ma responsabilité depuis longtemps.
03:41Mais la question des institutions, c'est ce n'est pas les partis qui feront la majorité.
03:48C'est le président de la République, dans ses fonctions,
03:51qui décide quelle est la personnalité qui peut rassembler le plus largement,
03:57en tenant compte, dit le général de Gaulle lorsqu'il a fait son grand discours à Bayeux en 1946,
04:03en tenant compte des nuances de l'Assemblée Nationale.
04:07C'est ça exactement la question.
04:09Donc tous ceux qui, depuis des jours, 3 jours, passent leur temps à dire
04:18on va faire une majorité de gauche, sans avoir évidemment l'aval des Français.
04:26Il n'y a pas eu de vainqueur à cette élection.
04:28Il y a eu la mise de côté de l'hypothèse du Front National majoritaire.
04:34Mais il n'y a pas eu de vainqueur puisque nous étions alliés.
04:38On est un peu en train de passer quand même, François Bayrou, du tout sauf l'URN au tout sauf LFI.
04:42C'est-à-dire que désormais, ça discute, et notamment avec une hypothèse,
04:47je reviens quand même à celle-ci, parce que c'est ça la nouveauté depuis hier soir.
04:51Vous avez Édouard Philippe qui appelle à une alliance.
04:54Il parle d'un bloc central autour d'une dizaine de textes.
04:57Vous avez Olivier Barlex, qui était dans la précédente mandature,
05:01le chef des députés Les Républicains, qui dit désormais
05:04la priorité c'est de ne pas laisser s'installer un gouvernement du Nouveau Front populaire.
05:08Nos électeurs ne nous le pardonneraient pas.
05:10Sous-entendu, il ouvre la porte à l'idée de faire un gouvernement
05:14avec une alliance au moins ponctuelle avec le centre, avec vous notamment, François Bayrou.
05:19On a le président LR des Hauts-de-France, Xavier Bertrand,
05:22qui plaide pour la nomination d'un Premier ministre issu de son camp
05:26et qui prendrait la tête d'un gouvernement de rassemblement
05:29pour mettre un coup d'arrêt à la France insoumise.
05:33Vous voyez, ce sont des personnes...
05:35Beaucoup a changé, c'est-à-dire que tout ça, il ne le disait pas il y a deux jours.
05:37Il y a deux jours. Bon, ils le disent maintenant.
05:40Ma vision, ce que je crois du plus profond de cette élection
05:45en laquelle j'ai participé beaucoup, comme vous avez observé tout ce qui a été dit.
05:52Ma vision, c'est que tous ceux qui voudront faire un gouvernement
05:57et une majorité d'un côté contre l'autre se trompent.
06:01Il n'y a aucune surprise dans ce que vous avez dit, qui est parfaitement exact.
06:05Nous avons dit depuis le début que le programme de LFI
06:09et les attitudes que Jean-Luc Mélenchon et ses amis ont propagées
06:13pendant des années à l'Assemblée nationale,
06:15ça ne pouvait pas être considéré comme appartenant à cet ensemble
06:21qui veut qu'on progresse dans le respect des autres
06:26en refusant les fractures de la France et l'antagonisme,
06:30la guerre des uns contre les autres.
06:32Jean-Luc Mélenchon a théorisé la guerre des uns contre les autres.
06:35Il a dit, vous vous souvenez, il faut tout, je cite exactement,
06:39il faut tout conflictualiser.
06:41Ça veut dire qu'il faut faire un sujet de guerre
06:43de tous les sujets que nous avons devant nous.
06:45Je pense que cette attitude-là est contraire à l'idée
06:49que nous nous faisons de l'avenir du pays.
06:51Mais tous les autres peuvent et à mon sens doivent
06:55un jour ou l'autre se retrouver pour travailler ensemble.
06:58Quand vous dites tous les autres, j'essaie quand même de traduire
07:00et de comprendre en termes d'efficacité qu'est-ce que ça donne.
07:03Ça veut dire que les LR soient pour une sorte de grande alliance,
07:09tant mieux, mais il faut qu'il y ait aussi le PS, c'est ça ?
07:11Oui, le PS et pas seulement lui.
07:14Sauf que si le PS dit non.
07:15Pour l'instant, en trois jours, les choses ont quand même changé.
07:18Effectivement, du côté des LR, ils disaient non, pas question.
07:21Puis pourquoi pas ? Puis depuis hier, allons-y.
07:24Du côté du PS, en revanche, ils n'ont pas varié.
07:27Pour l'instant, ils restent amarrés, je dirais, à LFI.
07:31Vous voyez bien, c'est un processus, comme disent les Anglais,
07:37c'est work in progress.
07:39On est devant quelque chose qui est en train d'évoluer.
07:43Moi, je vous parle de ce que ça devrait être au bout du chemin.
07:48Et au bout du chemin, il y a dans ce nouveau front populaire
07:53et étiquette qui a réuni tout le monde,
07:57il y a des gens qui sont parfaitement avec des nuances politiques,
08:03mais sur le fond civique.
08:05Ils sont d'accord sur les grandes lignes du pays.
08:08Par exemple, ils sont d'accord tous pour qu'on poursuive
08:11la construction européenne.
08:13Ils sont d'accord tous pour qu'on poursuive,
08:16et Dieu sait qu'on en a besoin, l'aide à l'Ukraine
08:18au moment où Poutine, lui, a pris position ouvertement
08:22pour le Rassemblement national, comme vous vous souvenez.
08:26Et donc, il y a des gens qui partagent le grand socle de valeurs
08:32que j'appelle central.
08:34– Ça veut dire le PC, le PS ?
08:36– Les communistes, parce qu'ils ont évidemment beaucoup bougé…
08:38– Les communistes, d'ailleurs, qui ont assez vite,
08:40par la voix de Fabien Roussel, laissé entendre
08:42que pourquoi pas discuter ?
08:44– Eh bien, vous voyez, vous avez là un grand,
08:47on a dit un arc républicain.
08:49Vous avez des valeurs communes.
08:51– Vous pensez à Raphaël Glucksmann ? Vous pensez à Olivier Faure ?
08:54– Tout cela, je n'exclus personne.
08:56– Enfin, vous excluez LFI, si je comprends bien.
08:58– Je pense que LFI ne correspond pas à ces valeurs-là.
09:02Et d'ailleurs, ils l'ont dit et manifesté de toutes les manières.
09:06Après, c'est à l'intérieur de l'alliance de gauche
09:08que tout le monde a compris ça, et accepterait bien que ça bouge,
09:12mais ils ne veulent pas emporter la responsabilité,
09:14ni les uns, ni les autres.
09:15– C'est quoi ? C'est une question uniquement d'affichage ?
09:17En fait, ce que vous nous dites, c'est que sur le fond,
09:19on n'est pas contre, mais personne n'ose le faire,
09:21n'ose porter une sorte de faute morale.
09:23– Je pense que c'est exactement ça.
09:25Donc chacun élude les positions.
09:27Mais quand on comprendra qu'il n'y a pas de vainqueur dans cette élection,
09:32il y a eu la mise de côté d'une hypothèse
09:35qui était une hypothèse dangereuse pour l'avenir du pays,
09:38mais il n'y a pas de vainqueur.
09:39Personne a voté pour le Nouveau Front Populaire contre le Centre.
09:43– Mais pendant ce temps-là, pardon,
09:45on reste quand même dans une forme de fantasme,
09:47parce qu'hier encore, le Nouveau Front Populaire
09:49a mis, je cite, « solennellement en garde Emmanuel Macron »
09:54sur le maintien de Gabriel Attal au poste de Premier ministre
09:57et appelle Emmanuel Macron à immédiatement faire appel
10:00au Nouveau Front Populaire pour constituer un gouvernement.
10:02– Tout ça, c'est… on roule des mécaniques.
10:05– D'accord, en fait, chacun montre ses muscles.
10:07– Voilà, on essaie d'impressionner.
10:10Mais la situation du pays, ce n'est pas celle-là.
10:13Alors je reviens aux institutions.
10:14Comment fait-on ?
10:15– Ça peut durer combien de temps ?
10:17– J'espère que ça ne durera pas trop longtemps.
10:19– Mais ça peut durer un certain temps ?
10:21– Je suis pour que ces choses soient clarifiées.
10:24Je vais vous dire comment je crois qu'elles peuvent être clarifiées.
10:26– Alors, quelles sont les étapes ?
10:28– Ça ne se fera pas par des accords de parti.
10:32D'abord, ce n'est pas nos institutions,
10:34ce n'est pas l'esprit des institutions.
10:36Et c'est impossible, puisque les accords de parti,
10:38chacun va mettre des lignes rouges, n'est-ce pas ?
10:40En disant, moi, j'exige que…
10:43Il va faire une liste d'exigences qui ne pourront pas être satisfaites.
10:48– Il y a une date importante qui arrive très vite,
10:51qui est le 18 juillet, le vote de l'élection du président
10:56ou de la présidente de l'Assemblée nationale.
10:58Est-ce que c'est une étape importante ?
10:59– Très importante, mais vous ne m'avez pas laissé finir…
11:02– Pardon, allez-y François Bayot.
11:03– …le mécanisme que je crois être le seul possible en Vème République.
11:07Je dis, ça ne se fera pas par des accords de parti.
11:10Et il est bien qu'il en soit ainsi.
11:12Parce que les accords de parti, on a vu dans des républiques précédentes
11:15à quel point c'était pénalisant pour le pays
11:18et à quel point on était constamment au bord de la rupture.
11:21Tu ne respectes pas mon exigence, donc je m'en vais,
11:24donc je te censure, je renverse le gouvernement,
11:26enfin toutes ces choses-là.
11:28Il y a une démarche que la Constitution décrit précisément.
11:32Quand on est dans une situation comme celle-là,
11:35le Président de la République choisit un Premier ministre
11:38en fonction de l'équilibre qu'il souhaite.
11:41Ça n'est pas des accords de parti, c'est une personnalité qui est choisie.
11:44– Donc ça ne viendra pas des partis, ça viendra d'Emmanuel Macron ?
11:47– Ça viendra de la décision que le Président de la Vème République prend
11:53quand il nomme le Premier ministre.
11:56Et c'est le Premier ministre qui fait ensuite des propositions
11:59au Président de composition du gouvernement.
12:02Évidemment, les personnalités qu'il pressent pour participer au gouvernement
12:09représentent des nuances de l'Assemblée.
12:11– Ça veut dire que ce serait une composition
12:13avec des différentes sensibilités de gauche, de droite, du centre.
12:16– Mais il représente aussi non seulement des sensibilités,
12:21il représente des compétences.
12:23Il choisit des gens dont il croit qu'ils peuvent avoir entre eux de l'estime,
12:30qu'ils peuvent parler au pays, signifier quelque chose
12:34et prendre ensemble les décisions qui s'imposent.
12:36– Mais je trouve ça encore un peu théorique.
12:38– Non, ce n'est pas du tout théorique.
12:40C'est exactement le contraire.
12:42Ce qui est théorique, c'est ce que vous décrivez.
12:44Des accords de partis qui se mettent…
12:47– C'est ce qui se fait en ce moment, ce n'est pas ce que je décris.
12:49– Non, ce n'est pas ce qui se fait, c'est ce qui ne se fait pas.
12:51Parce que ça ne peut pas se faire.
12:53– Ça n'aboutit à rien, on est bien d'accord, mais il le tente.
12:55– Mais c'est très important qu'on fasse le constat ensemble.
12:58Vous faites une observatrice aviser que ça n'aboutit à rien
13:01et moi je vous dis que ça n'aboutira à rien.
13:04Ce n'est pas comme ça que la Ve République marche.
13:06Mais on l'a oublié depuis très longtemps, tout le monde l'a oublié.
13:10Je suis certain qu'il n'y a qu'ainsi qu'on peut réunir des gens compétents
13:17qui se respectent et qui soient capables de parler au pays
13:21à partir de la constitution d'un gouvernement.
13:24Et après c'est le jeu normal, on propose des textes,
13:26l'Assemblée les vote ou ne les vote pas.
13:29Mais il faut aller beaucoup plus vite qu'on ne le croit,
13:31parce qu'il y a le budget.
13:33– Le budget c'est à l'automne.
13:34– Le budget c'est à partir du mois de septembre et ça se prépare aujourd'hui.
13:38Et vous voyez bien que les principales options politiques
13:41elles sont dans le budget du pays.
13:43– François Bayrou, est-ce que vous pourriez être cet homme qui rassemble ?
13:46– Non, moi je suis là, je suis là avec une seule idée en tête.
13:51Je veux aider notre pays à sortir de cette ornière.
13:55Tout ce que je pourrais faire pour l'aider à sortir, je le ferai.
14:00J'apporterai mon aide.
14:02– Mais pas ça, pas diriger un gouvernement.
14:04– Je n'ai pas dit non, personne n'écarte des hypothèses comme celle-là.
14:10C'est trop important quand vous êtes engagé dans la vie politique du pays
14:14depuis longtemps pour faire naître des solutions de ce genre.
14:19– Mais vous avez toujours cru à cette…
14:20– J'ai toujours cru et j'y crois encore et je suis certain qu'on peut y arriver.
14:24Mais je ne présente pas de candidature parce que je trouve que tout ça est ridicule.
14:30– Mais j'ai devant moi, François Bayrou, un homme qui ne nie pas
14:35pouvoir incarner éventuellement ce que vous venez de décrire.
14:38– Tout ce que je pourrais faire pour aider, je le ferai.
14:41– François Bayrou, le problème c'est que si la gauche continue à dire
14:46qu'il n'en est pas question, si le parti socialiste continue à dire
14:50qu'on prend tout le Nouveau Front Populaire ou on ne prend personne,
14:54votre scénario ne fonctionne pas.
14:56– Et le programme ? Vous, vous croyez qu'il ne fonctionne pas,
14:59moi je crois qu'il fonctionne.
15:01Nous avons, parce que vous vous placez dans l'hypothèse ou dans le scénario,
15:06dans la mécanique des accords de parti.
15:09– Vous pensez qu'un certain nombre d'individus, d'élus de gauche,
15:14on a entendu du parti socialiste, des écolos ou du parti communiste,
15:18peuvent à un moment rejoindre…
15:20– Et de la totalité du centre et de la droite.
15:22– Et de la droite, la droite on a entendu que pour l'instant
15:24il y avait des actes de… effectivement il y avait rien d'entendu.
15:26– Et là vous avez exactement la configuration qui peut permettre au pays
15:30d'être gouverné, de s'en sortir.
15:32– Et avec ça on fait quoi ? C'est-à-dire que quels sont les textes
15:34sur lesquels vous pourriez vous mettre d'accord ?
15:36Si vous, vous étiez Premier ministre, on va quand même tirer le fil jusqu'au bout,
15:39quels sont les textes qui seraient prioritaires à vos yeux ?
15:41Et sur lesquels vous pensez pouvoir trouver une majorité ?
15:45– Je pense que la question principale du pays, aujourd'hui, c'est l'école.
15:51C'est l'éducation nationale, de la maternelle à l'université.
15:55– On fait quoi ? 3 000 postes qui manquent ? On fait quoi ?
15:58– Oui, parce que vous entrez dans les revendications des uns et des autres.
16:03La question de l'éducation nationale, ça n'est pas principalement les postes,
16:07puisque comme vous le savez, le nombre des élèves diminue chaque année.
16:10– Oui, mais alors si vous commencez à dire ça à vos futurs camarades de gauche…
16:14– Laissez-moi expliquer quelques choses.
16:18Quel est le principal problème de l'éducation nationale ?
16:22C'est qu'il existe des enseignants qui réussissent admirablement bien,
16:27dont les élèves progressent bien.
16:30Personne ne sait qui ils sont, personne ne les repère,
16:34personne ne réfléchit à la démarche pédagogique
16:36qu'ils ont mise au point, patiemment, au cours des années.
16:39– Donc vous les valorisez ?
16:41– Je veux qu'on en revienne à l'observation, à la précision de ces enseignants
16:48qui font progresser leurs élèves, parce qu'il y a deux enjeux derrière tout ça,
16:52c'est que vous venez d'une classe sociale ou d'un endroit dans le pays défavorisé,
17:01et vous êtes condamné à vie à rester là.
17:03– Donc c'est la question de la censure sociale, c'est la question de la méritocratie.
17:06– Et du niveau du pays.
17:08– Et j'ai encore deux questions assez précises à vous poser François Bayrou,
17:11la première c'est votre réaction aux propos d'Adrien Quatennens
17:14qui laisse entendre qu'il faudrait en quelque sorte marcher vers Matignon,
17:18Macron veut nous voler la victoire,
17:20il manœuvre pour faire barrage à l'application du programme du Nouveau Front Populaire,
17:23le seul souverain c'est le peuple, pourquoi pas une grande marche populaire
17:27en direction de Matignon, comment vous réagissez à ces propos ?
17:30– Vous voyez, c'est exactement ce que j'indiquais,
17:33je disais qu'il y a des forces politiques qui ne respectent pas
17:36les valeurs démocratiques élémentaires, qui ne respectent pas les institutions,
17:40qui ont dans l'idée qu'une révolution violente peut imposer au pays sa loi,
17:47et bien c'est exactement la preuve que ce camp-là, ce clan-là,
17:54n'a pas sa place dans le gouvernement du pays comme j'imagine qu'il doit être,
18:00c'est exactement cette phrase-là qui est une phrase, employons les mots, factieuse,
18:05dire qu'une faction décide qu'elle imposera sa loi par la violence,
18:10alors monsieur Cadenas, évidemment vous voyez bien que ceci est le contraire
18:16de ce que nous voulons et de ce qu'il faut au pays.
18:19– François Bayrou, vous avez déjà dîné avec Marine Le Pen vous ?
18:21– Non.
18:22– Vous avez vu qu'Edouard Philippe a avoué avoir dîné avec Marine Le Pen,
18:27qu'il aime rencontrer des gens, qu'ils ont approfondi leur désaccord,
18:32dit-il, ça vous choque ?
18:34– J'essaie de ne pas me mêler de l'emploi du temps
18:39ni aussi des convives que se choisissent les uns et les autres,
18:44mais en effet je pense moi qu'il y a entre nous et l'extrême droite
18:51un fossé qui est infranchissable parce que ce qu'il y a de plus profond
18:57dans l'extrême droite, ça n'est pas les mesures annoncées
19:01qui sont déjà pour un certain nombre d'entre elles choquantes,
19:04c'est les arrières-pensées derrière tout.
19:06– Sauf qu'il n'y a pas que Edouard Philippe qui a dîné avec Marine Le Pen,
19:09le journal Libération révèle également que le ministre des Armées,
19:12en exercice, ministre des Armées, Sébastien Lecornu,
19:16a lui aussi dîné avec Marine Le Pen et Jordan Bardella, c'est acceptable ça ?
19:19– Je ne suis pas Président de la République, autrement vous le sauriez,
19:23je ne suis pas Premier ministre, autrement vous le sauriez.
19:25– Mais vous-même François Bayrou, vous avez dit à l'instant
19:27et vous avez rappelé que Vladimir Poutine souhaitait, espérait
19:32la victoire de Marine Le Pen, soutenait l'extrême droite,
19:36le fait qu'un ministre des Armées partage un dîner…
19:40– Je vais le dire à ma manière, en essayant de ne pas faire de procès
19:45qui seraient déplacés ou excessifs, c'est un mauvais signal,
19:50c'est à l'égard du pays, c'est un mauvais signal,
19:55ça veut dire au fond, peu ou prou, on peut imaginer que c'est la même chose
20:01et qu'il y ait des rapprochements, je ne crois pas ça,
20:03non pas que j'ignore les 10 millions de Français
20:06qui ont voté pour le rassemblement national,
20:09personne n'en parle ou on n'en parle pas souvent,
20:12moi je considère qu'il faut les avoir évidemment comme interlocuteurs,
20:17les Français, les citoyens, essayer de comprendre,
20:22et ça sera difficile et long, pourquoi le pays a dérivé dans ce sens-là,
20:27quelle est la place du sentiment d'abandon,
20:31quelle est la place du sentiment que l'immigration provoque,
20:36quelle est la place de ce brouillard qui donne à penser qu'on n'est pas chez nous,
20:43que l'avenir ne sera pas comme hier, qu'on ne peut pas transmettre aux enfants,
20:46tout ça sont des choses absolument essentielles,
20:49mais l'appareil politique qui porte ces provocations-là,
20:57qui a invité très souvent à ce qu'une partie des Français,
21:02en raison de leur origine, ne soit pas regardée comme des Français à part entière,
21:07cela c'est un mauvais signal que de multiplier les signes qui vont dans leur sens.
21:15Merci François Bayrou, merci d'avoir répondu à mes questions,
21:19on a bien compris que vous ne disiez pas non à être cet homme du rassemblement,
21:23il est 8h53 sur AMC BFM TV.
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