00:00Merci à tous les trois d'avoir accepté cet échange.
00:05L'enjeu c'est de se redonner aussi de l'espoir dans ce contexte hyper difficile
00:11où on entend parler de préférence nationale, de suppression du droit d'histoire,
00:16de peur d'autrui, de l'étranger, de celui qu'on ne connaît pas.
00:22Et donc c'est un vrai sujet de défendre nos droits humains dans cette campagne législative.
00:28Je pense que ça fait bien longtemps qu'il n'y a pas eu une campagne où ces sujets-là sont aussi, aussi importants.
00:34Et du coup, je vais me tourner vers toi Noël.
00:37Hier, tu as publié une tribune dans Libération
00:42où tu nous invites chacun à relire l'étrange défaite de Margot
00:48et de prendre conscience aussi de la responsabilité et de la lâcheté de certaines élites
00:55dans ce qui nous amène aujourd'hui à devoir faire campagne.
00:59Et la vraie question que j'ai envie de te poser, c'est un peu philosophique,
01:03mais comment faire pour élargir ce camp des justes ?
01:06Comment faire pour créer cette mobilisation pour défendre les droits humains
01:11et éviter de retomber dans cette étrange défaite ?
01:15La question est excellente et vertigineuse à la fois.
01:19Comment éviter de tomber dans cette étrange défaite ?
01:23Si l'on se réfère à ce qui s'est passé au moment du Front populaire,
01:27le Front populaire, ce ne sont pas les élites politiques qui l'ont décidé,
01:31c'est le peuple rassemblé, c'est l'exigence ouvrière principalement,
01:35c'est la mobilisation de la société.
01:37Et donc aujourd'hui, nous sommes face à une situation qui est à la fois tragique
01:42et qui peut aussi lever l'espoir si nous parvenons à retrouver ce que nous avons abandonné.
01:50Parce que je pense que dans des situations comme celles-ci,
01:53il faut savoir aussi quelles sont nos responsabilités collectives,
01:58de la droite comme de la gauche.
02:00Une gauche qui a finalement abandonné toute une partie de la population,
02:06qui s'est laissée entraîner, en tout cas qui a été laissée de côté par la mondialisation,
02:13mais aussi par trois moteurs et trois carburants du populisme qui est à l'oeuvre aujourd'hui,
02:20le mépris, le ressentiment et l'absence d'estime de soi.
02:26Quand ces trois éléments se cumulent, alors tout est prêt pour que les populismes prospèrent.
02:33Et c'est évidemment sur ces trois éléments que le Rassemblement national,
02:38l'extrême-droite, est en train de prospérer et qu'il exploite.
02:43Si vous avez regardé de temps en temps le représentant de l'extrême-droite,
02:49qui tout le monde appelle Jordan, comme s'il était une vedette de la télé réalité
02:55ou de la télé d'entertainment, vous vous rendez compte qu'en creusant un peu,
03:01Jordan Barbellas, c'est le vide. C'est la diagonale du vide.
03:06Il n'y a rien. C'est une création.
03:09C'est une création des réseaux sociaux et des médias
03:19qui se sont rendus complices de ces éléments de langage diffusés à la fois par les macronistes
03:26et par la droite, bien sûr, éléments de langage selon lesquels il y aurait aujourd'hui dans notre pays
03:32qui est déjà très cristallisé et qui n'a pas besoin que l'on verse un peu plus de vinaigre
03:37sur les plaies qui le divisent, ces éléments de langage qui consistent à dire
03:42qu'il y aurait dans ce pays deux extrêmes qui s'affronteraient.
03:45Non, non et non. Dans ce pays, il y a une extrême-droite
03:54et il y a deux autres.
03:56Deux autres qui, devant le vertige du précipice et du gouffre,
04:00se sont rassemblés pour éviter qu'advienne le pire.
04:03Et quand on regarde autour de nous en Europe ce que sont les régimes
04:07qui sont aujourd'hui conduits par l'extrême-droite,
04:10nous savons non seulement que c'est une catastrophe pour les plus vulnérables,
04:14pour les plus fragiles, mais nous savons aussi que ça peut être irréversible.
04:18On ne revient pas en arrière.
04:20C'est bien cela qu'il faut expliquer à celles et ceux
04:23qui, aujourd'hui, sont en train de se percer des illusions
04:30que leur vend l'extrême-droite.
04:32Il faut leur dire qu'ils se trompent
04:34et qu'en votant pour l'extrême-droite, ils votent contre eux-mêmes.
04:37Ils votent contre eux-mêmes.
04:39Comment allons-nous faire d'ici dimanche ?
04:41C'est très court.
04:42Comment allons-nous faire pour convaincre ces hommes, ces femmes
04:46qui, finalement, restent chez eux et que l'on ne trouve pas ici et ce soir
04:51et qui peuvent entendre les bêtises profilées comme des perles de l'extrême-droite
04:59qui ne changeront pas leur vote dimanche ?
05:01Il faut bien comprendre cela.
05:03Donc la grande obligation qui est devant nous,
05:06que ce soit la gauche et les écologistes,
05:09les écologistes font partie de la gauche,
05:12sont une nouvelle composante de la gauche
05:14depuis qu'ils ont posé des questions pertinentes
05:17sur le dérèglement climatique
05:19et sur ses effets sociaux, économiques, environnementaux, sanitaires, alimentaires
05:24et qui posent les questions de savoir comment nous allons modifier nos modes de vie
05:28parce que nous y serons contraints.
05:30Comment nous le ferons de manière démocratique et consentie ?
05:34Et plus nous attendrons et plus nous retarderons l'échéance,
05:38plus nous le paierons cher économiquement,
05:41plus nous le paierons cher en termes de diversité que nous perdrons.
05:46Parce qu'il va falloir des régimes autoritaires,
05:50des régimes quasiment militaires
05:53qui obligeront à une adaptation qui n'aura pas été délibérée entre nous tous.
05:58Voilà ce qu'il faut dire à celles et ceux
06:01qui pensent que les injustices dont ils sont victimes
06:05seront réglées par ceux qui finalement
06:08ne sont que les alliés objectifs du grand patronat.
06:11D'ailleurs, j'ai entendu le président du MEDEF
06:15nous expliquer que le programme du Nouveau Front Populaire était horrible,
06:20que celui du Rassemblement National l'était aussi, mais un peu moins.
06:25Eh bien, ça vous rappelle, si vous avez fait un peu d'histoire,
06:29et c'est la raison pour laquelle, dans cette tribune,
06:32j'ai fait référence à ce témoignage indépassable de Marc Bloch
06:36sur la faillite des élites avant la défaite de Carente,
06:40vous les regardez de l'autre côté de la frontière, en Allemagne,
06:44pour voir comment le grand patronat a été un allié objectif,
06:48dont les intérêts ont été servis par l'extrême droite et le nazisme.
06:53Comparaison de comparaison, certes, mais le projet est le même.
06:58Je crois qu'il faut dire à ceux qui pensent que leur vie sera moins mal demain
07:04que finalement c'était mieux avant,
07:07et qu'avec l'extrême droite, on va revenir dans une forme de nostalgie
07:11que nous regrettons tant, de cette vie qui était mieux avant.
07:15Eh bien, il faut leur expliquer que si demain, l'extrême droite arrive au pouvoir,
07:22ce sera un projet qui est contre le pacte républicain qui est le nôtre.
07:27Et je ne parle pas simplement du programme de la résistance, je parle de 1789.
07:33Car quand on place au sommet de ces priorités la préférence nationale,
07:39que Mme Le Pen, par euphémisme, prépare à appeler aujourd'hui la priorité nationale,
07:45ça doit faire moins peur, c'est plus doux à encaisser.
07:48Et quand vous ajoutez à la préférence nationale, qu'il y ait une rupture d'égalité devant la loi,
07:53qui fait que ceux qui sont passés avant moi et nous tout à l'heure,
07:57qui s'appellent Nourdine, qui s'appellent Naïma, ceux-là, je comprends qu'ils aient peur.
08:02Je comprends qu'ils se sentent fragilisés.
08:05Des Nourdines, des Naïmas, il y en a beaucoup dans notre pays,
08:08qui ont contribué à la richesse de notre pays.
08:19La France qui a accueilli avant nous des Polonais, des Italiens, des Espagnols,
08:24Ah, formidable ! Ils étaient blancs et ils étaient chrétiens, comme les Ukrainiens.
08:30Et pourquoi ne reconnaît-on pas qu'aujourd'hui, nous n'aimons pas les couleurs de l'immigration ?
08:35Pourquoi on ne se souvient pas de ce que disait Sarkozy en 2012,
08:40qui parlait des musulmans d'apparence, qui sont aujourd'hui ceux qui sont les plus menacés ?
08:46Oui, ces minorités, oui aussi la communauté juive, qui aujourd'hui est victime d'une flambée,
08:53parce que les voix se délient, parce qu'aujourd'hui, cet espèce de racisme latin, il est désinhibé.
09:01C'est contre ça qu'il faut lutter.
09:03Donc, ne pas s'attacher, s'il vous plaît, à comparer les programmes.
09:08Ce n'est pas le moment, ce n'est pas les programmes qui comptent aujourd'hui,
09:13de comparer celui du Rassemblement National d'Ensemble ou du Nouveau Front Populaire.
09:18Ce qui est en jeu, c'est la menace sur notre pays,
09:22et c'est la menace d'une France défigurée que nous ne reconnaîtrons pas le 8 juillet,
09:28si l'extrême-droite arrive au pouvoir.
09:30C'est ça qui est en jeu, c'est cette religion à nous.
09:33Alors, ça va être dit, et ça va être mieux dit que ce que je viens de faire par Mélanie et par Damien,
09:49mais je voudrais dire ici, en tant qu'écologiste, qu'il ne faut pas se tromper.
09:54Pendant plus de 40 ans, le libéralisme et le capitalisme
09:58nous ont enfermés dans un ghetto qui s'appelle l'environnement.
10:02Comme si nous étions parfaits pour parler d'environnement,
10:05mais incapables, et pas à notre place,
10:08lorsque nous parlions d'égalité des droits, de tolérance,
10:12de lutte contre les inégalités et de lutte contre les injustices.
10:16Eh bien, la lutte contre les injustices, la question de l'égalité des droits,
10:20c'est dans l'ADN des écologistes qui le montraient partout où ils étaient dans le monde,
10:25et qui aujourd'hui sont les principales victimes de tous ceux qui veulent que rien ne change,
10:30et de tous ceux qui veulent le statu quo.
10:32Il ne faut pas faire des écologistes les ennemis.
10:35Les écologistes aujourd'hui proposent, avec l'ensemble de la gauche,
10:39si on est capable de dépasser nos différences,
10:42proposent un projet de société dans lequel la solidarité sera une vertu,
10:47dans lequel l'entraide sera une vertu,
10:49dans lequel la tolérance sera une vertu,
10:51dans lequel le partage sera une vertu,
10:53dans lequel la redistribution sera une vertu,
10:56et dans lequel nous ne regarderons pas notre nombril de français ou d'européens,
11:01et nous serons dépassés les frontières
11:03pour voir quels sont ceux qui aujourd'hui sont les principales victimes du dérèglement climatique,
11:07ceux qui aujourd'hui ne peuvent même plus partir de chez eux,
11:10parce qu'ils n'ont plus à manger, parce qu'ils n'ont plus de terre.
11:14C'est aussi à cela qu'il faut penser.
11:16Le slogan des écologistes, c'était « Nous n'avons qu'un seul monde ».
11:20Alors ne fabriquons pas des mondes qui se battent les uns contre les autres,
11:23et ditons-nous que la seule solution, c'est d'être solidaires.
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