- il y a 2 ans
Le CSF, c'est le rendez-vous incontournable de Sport en France, le lieu de passage de tous les athlètes et de découverte de toutes les disciplines. Cette semaine, Maxime Gras vous fait découvrir une discipline époustouflante : le ski de vitesse. Simon Billy, double champion du monde et recordman du monde dans ce sport, se lance dans une nouvelle saison, toujours accompagné par son papa Philippe, ancien recordman du monde.
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00:00Bonjour à toutes et à tous, c'est ravi de vous retrouver dans le club, ce club qui
00:15vous ouvre ses ports depuis 4 ans maintenant, ce show des fédérations pour vous faire
00:19découvrir humblement mais sûrement toutes les disciplines qui composent le mouvement
00:25olympique et sportif français.
00:27Cette semaine, on part à la découverte d'une discipline qui vous permet d'accélérer
00:33tel une Formule 1 mais sans moteur, ça existe, et en plus Cocorico est incarnée à l'échelle
00:40française par un champion du monde et recordman du monde, Tricolore, et oui, on parle du ski
00:45de vitesse aujourd'hui dans Sport en France et spécifiquement dans le club avec un homme
00:50que vous avez vu plus largement et que l'on va voir de près, il est face à nous, Simon
00:55Billy, bonjour Simon, et ce chouette sourire qui nous accompagne, oui, vous incarnez
01:01cette discipline de manière française mais internationale évidemment avec ses records
01:07et ce titre de champion du monde, merci d'avoir répondu à notre invitation.
01:10Merci beaucoup pour l'invitation.
01:12Et vous n'êtes pas venu seul, vous êtes venu avec votre figure tutélaire et celui
01:18qui aussi, on aurait pu faire pomme C, pomme V comme on dit avec un ordinateur au niveau
01:23du palmarès, fut recordman du monde et champion du monde, votre papa Philippe, dans son chalet
01:30de Var s'il nous amène la neige, bonjour Philippe.
01:34Bonjour.
01:35Comment allez-vous ? Je vais très bien, je vais très bien et
01:39on est en pleine montagne à 2000 mètres et il neige aujourd'hui donc c'est super.
01:43Vénard que vous êtes Philippe, toujours prêt à faire connaître votre discipline
01:49et parler des exploits internationaux et familiaux parce que la famille a cet accent
01:55de performance internationale, on débute sans plus tarder cette émission à la découverte
02:01de ce ski de vitesse.
02:03Fait décodage et donc ce ski de vitesse qui sur le papier semble hyper simple, Simon,
02:15c'est des skis, une piste ou plutôt une pente avec une déclivité minimale évidemment
02:21pour atteindre des sommets de vitesse entre guillemets et puis un objectif, aller le plus
02:26vite possible.
02:27Dans les faits, Simon, ce n'est pas aussi simple que cela évidemment, une discipline
02:32extrêmement singulière, est-ce que vous pouvez nous la raconter brièvement ?
02:36Le ski de vitesse, ce n'est pas compliqué, on part d'un point A à un point B en ligne
02:41droite, l'objectif c'est d'être le plus rapide possible sur des skis.
02:45On a la chance à Vars d'avoir une piste extraordinaire avec des mensurations qui
02:49nous permettent de faire 0 à 200 kmh en 6 secondes et d'atteindre des vitesses assez
02:55incroyables, le record du monde aujourd'hui c'est 255,5 kmh et voilà on espère qu'on
03:00en battra d'autres.
03:01Et il vous appartient ?
03:02Oui, il m'appartient, c'est moi qui l'ai fait l'année dernière en mars et c'est
03:07beaucoup de travail pour arriver à ce niveau-là mais c'est que du bonheur et que du plaisir
03:11depuis.
03:12Cette vitesse, tel un radar, elle est inscrite sur le casque que vous avez à votre gauche
03:16pour découvrir votre discipline, quelques-unes de ses spécificités notamment et parmi ces
03:23spécificités, l'équipement, ce casque digne de Dark Vador, est-ce que vous pouvez
03:26le brandir, nous le montrer, nous le faire découvrir ? Je disais Dark Vador, effectivement
03:32il est beaucoup plus large et d'ailleurs que les casques de ski normaux, va-t-on dire
03:39pour partiquer l'alpin et à l'instar du casque, les skis, les bâtons, tout est
03:44finalement différent, la spécificité elle est finalement totale quand on s'intéresse
03:48précisément à votre discipline.
03:49C'est un petit peu comme la Formule 1, on a du matériel qui est développé sur l'aspect
03:54aérodynamique et qui est approprié, on se l'approprie, le skieur il a une morphologie,
03:59une manière de skier, une position, on travaille autour de ça, vous voyez le casque, une fois
04:04que je suis en position avec, ça fait un petit peu une forme de goutte d'eau.
04:06Vous pouvez le prendre si vous voulez nous le montrer de profil, voilà pour cette forme-là.
04:11Il a des formes assez spécifiques, ça fait une forme de goutte d'eau et sur l'aspect
04:15aérodynamique c'est plutôt performant, moi je viens me cacher entièrement derrière
04:20mon casque, je mets les épaules à l'intérieur et on fait cette position de recherche de
04:24vitesse et pour arriver à avoir une pièce comme celle-ci, c'est beaucoup de travail
04:31avec des ingénieurs en soufflerie, avec mon père, avec mon frère à la maison pour développer
04:35un casque parfaitement adapté à mon physique, à ma manière de skier, donc là vous avez
04:42le casque qui est assez spécifique, il y a aussi des ailes rondes derrière les mollets
04:46qui nous permettent d'être performant sur l'aspect aéros aussi, vous avez des bâtons
04:51qui sont plutôt tordus, qui viennent aussi, ce n'est pas des bâtons de ski alpin classique
04:55et on a une combinaison en latex, plastifié, c'est du lycra anhydride polyurethane, c'est
05:03une seconde peau, elle est faite sur mesure sur le skieur, vous avez aussi une paire
05:07de skis qui est très grande, très lourde, ils font 2m38, 10cm de large et à peu près
05:14une petite quinzaine de kilos, donc tout ça c'est le matériel spécifique pour faire
05:19du ski de vitesse.
05:20Il faut donc un matériel spécifique, il faut une pente aussi, vous avez parlé en
05:27préambule de Vars, cette station qui vous est chère, quelques images de cette station
05:33et de ce départ de cette piste de Chabrières qui est mythique, qui est dans la légende
05:38du ski de vitesse, qui consacre les records du monde, n'est-ce pas ? Vous pouvez, vous
05:44la famille Billy en témoigner, 98% d'éclivité au départ, en gros c'est un mur, moi j'ai
05:53envie de tomber dans les vapes rien qu'en voyant les images de drones, donc c'est quand
05:56même quelque chose d'impressionnant.
05:57Oui, la piste de Vars, de Chabrières, elle impressionne les skieurs, il n'y a aucun
06:00skieur qui vous dira qu'il n'a pas peur de partir de là-haut, à un moment donné
06:04il y a une petite pression, une petite peur qui est toujours présente et cette piste
06:10nous permet d'aller chercher des vitesses incroyables et moi j'ai la chance d'habiter
06:14sur place, après c'est un choix de vie, toute la famille est née à Montpellier et
06:17on est venu s'installer, mon père, on l'a suivi là-bas parce que c'est lui qui a ouvert
06:22le bal sur cette piste et du coup nous on perpétue la tradition et on entretient une
06:28relation particulière avec la piste de Chabrières.
06:30Effectivement, est-ce qu'il y a une déclivité minimale, codifiée d'ailleurs pour les pistes
06:35du circuit Coupe du Monde par exemple ? Non, non mais la piste de Vars c'est certainement
06:40la plus rapide, la plus pentue, la plus impressionnante et c'est là que les meilleurs skieurs du
06:44monde, les skieurs de vitesse du monde viennent se regrouper pour tenter d'atteindre des
06:48vitesses incroyables.
06:49Je ne m'en remets pas de ces images à chaque fois.
06:51Philippe, le cocktail donc, la pente, le matériel et puis l'athlète, le sportif, on pourra
06:58même parler de pilote à ces vitesses-là, quelle qualité, Philippe, il faut déployer,
07:05il faut avoir et quel profil physique également il faut avoir dans ce rapport vitesse aussi
07:12et puissance dans la discipline ? Qu'est-ce qu'on développe comme qualité et comme travail
07:17au quotidien ?
07:19Vous l'avez dit, il faut une piste, un organisateur et puis et surtout un athlète je pense aussi
07:27et il y a peu d'individus au monde qui sont capables de faire ce sport, qui est engagé,
07:33qu'il faut faire de manière réfléchie parce qu'il n'est pas dangereux en soi,
07:38ce n'est pas la vitesse elle-même qui est dangereuse mais les conditions dans lesquelles
07:41on va l'atteindre mais finalement quand on regarde les statistiques, il y a peu d'individus
07:46au monde qu'on franchit les 250 km heure, donc il faut avoir des qualités athlétiques
07:53hors normes, un mental d'acier, être prêt psychologiquement ce jour-ci à se transcender
08:00pour aller battre un record du monde et puis il y a aussi beaucoup de techniques, le ski
08:04de vitesse, Simon a dit que c'était simple mais c'est faux, c'est très très compliqué
08:09et il a oublié que pour départager les meilleurs du monde, c'est la vitesse moyenne sur les
08:14100 derniers mètres de l'accélération, il faut les chronométrer au millième de
08:18seconde, sinon au centième on a beaucoup d'ex aequo, donc c'est un sport de précision
08:24et il faut être très fort et surtout sur les runs de finale, en coupe du monde ou sur
08:30un record du monde, il va falloir faire le geste parfait, c'est un peu comme le pénalty
08:35en finale de la coupe du monde, le dernier qui tire et qui va faire gagner son équipe
08:40ou sera second, donc c'est des qualités mentales exceptionnelles, physiques exceptionnelles,
08:45un courage hors normes et un engagement personnel et humain, je ne dis pas qu'il est surhumain
08:53mais il est particulier, clairement moi aujourd'hui avec le recul, quand j'avais l'âge de Simon
09:00et que je faisais ce sport, j'avais le sentiment comme lui aujourd'hui que c'était banal
09:04et que ça n'avait rien d'extraordinaire et maintenant que je suis spectateur au bord
09:09de la piste et à la fois papa, parfois un peu inquiet, je me rends compte que c'est
09:14un exploit surhumain tout simplement.
09:16Rien de mieux que de compter le côté factuel justement pour faire sortir de la banalité
09:23que tout le monde comprenne un petit peu ce qui fait ce côté hors du commun.
09:27Justement dans votre routine au quotidien, pour atteindre ce profil type dont parlait
09:34votre papa Philippe à l'instant, qu'est-ce que vous vous infligez à votre corps et à
09:39votre mental aussi ? J'imagine qu'il y a beaucoup de mentalisation dans votre travail
09:43de saufreau, je ne sais pas, mais vous allez pouvoir nous en dire un peu plus.
09:46Il y a beaucoup de… le ski de vitesse et pour aller chercher des performances comme
09:50ça, à un moment donné c'est un choix de vie et donc on fait des sacrifices comme
09:55tout athlète de haut niveau forcément sur plein de choses et il y a beaucoup d'entraînement.
10:01Moi je passe mon temps à m'entraîner physiquement pour essayer de développer un physique abouti
10:06pour arriver là où je veux donc au quotidien, à l'intersaison, c'est beaucoup de préparation
10:10physique.
10:11On voit que vous êtes affûté d'ailleurs.
10:12Donc voilà, il y a l'aspect physique qui est super important, il y a énormément de
10:18travail sur l'aspect aérodynamique et j'ai la chance de développer ça avec mon père,
10:23avec mon frère à la maison et puis aussi en soufflerie avec des ingénieurs.
10:26C'est combien de temps de l'emploi du temps pour vous ? Sur la partie hors-saison ?
10:31Je ne saurais pas quantifier, c'est des milliers d'heures de travail au quotidien depuis
10:35toujours et c'est super difficile à quantifier ce truc-là.
10:38Mais une chose est sûre, c'est que c'est passionnant de faire ça en famille et de
10:42développer aussi cet aspect-là du sport aérodynamique.
10:45Ça apporte quelque chose, il y a une course qui s'effectue à l'intersaison, ce n'est
10:48pas que sur les skis.
10:49Donc tout ça, c'est beaucoup de travail et puis ensuite une fois qu'on a fait l'intersaison,
10:54le physique, la technique, l'aérodynamique, il faut tester ça sur la piste de Vars,
10:59il faut le mettre en place sur la neige, il faut réussir à le gérer, à le skier.
11:03Et donc là ensuite, c'est beaucoup de travail sur les skis, c'est de la répétition de
11:06gestes pour réussir à acquérir de l'expérience et aller chercher de belles vitesses.
11:11Cette commune de Vars dans les Hautes-Alpes qui est déjà revenue pas mal de fois dans
11:16ce début d'émission.
11:18Philippe, c'est le début de l'aventure familiale Vars.
11:22Comment vous, le pionnier de la famille, s'est arrivé le ski de vitesse dans vos veines
11:28et dans votre vie ?
11:29C'est arrivé aux Arcs.
11:32J'étais moniteur de ski au club Méditerranée aux Arcs 2000 et en 1988, il y a eu une coupe
11:38du monde et je me souviens vraiment de cet instant, j'ai vu passer les skieurs au niveau
11:44des cellules de chronométrage et en tant que spectateur, Michael Prufer avait fait
11:49un record du monde d'un peu plus de 223 km heure et j'ai découvert ce sport en
11:53tant que spectateur aux Arcs et puis j'ai commencé à le pratiquer à Vars un peu plus
11:59tard.
12:00Ma première compétition a été faite à Vars et cette piste est exceptionnelle.
12:04Donc, on s'est rapidement installé sur le site de Vars en 1992 et on n'est plus jamais
12:10reparti.
12:11Ce qui vous a plu tout de suite, est-ce que c'est cette adrénaline qui est à nul autre
12:20pareil ? On peut l'imaginer, on parlait de ces accélérations de Formule 1 mais sans
12:25moteur.
12:26Est-ce que c'est quelque chose que vous n'avez, vous qui êtes un peu un touche-à-tout sportif,
12:30que vous n'avez jamais retrouvé ailleurs ?
12:32Oui, j'aime le sport à sensation de plus que les sports physiques ou l'exploit et
12:40l'effort physique.
12:41J'aime que le plaisir prenne le dessus.
12:45J'ai fait du motocross, du ski, énormément de sports, de la plage à voile.
12:49Mais c'est vrai que le ski de vitesse, c'est juste énorme.
12:52Jamais je n'ai trouvé autant de plaisir et de sensations fortes et d'engagement dans
13:00aucune discipline.
13:01Et je vais même plus loin, c'est que 30 ans plus tard, ces instants, ces runs exceptionnelles
13:07que l'on a pu faire, ils sont en vous, vous ne les oubliez pas et vous y pensez quasiment
13:12tous les jours et vous les revivez au quotidien toute votre vie alors que j'ai oublié tous
13:18les autres sports.
13:19Ça, ça tombe bien.
13:20On aura l'occasion de vous les faire revivre et on a hâte.
13:22En termes d'émotions passées, quand on entend votre papa plusieurs années après,
13:30on ne va pas le vieillir non plus, est-ce que là, on a les serments de vous, ce qu'il
13:36vous a fait, non pas homme, quoique en partie, mais en tout cas, champion en devenir ? Vous
13:41avez goûté naturellement à la discipline, vous Simon ?
13:44Moi, si je fais du ski de vitesse aujourd'hui, c'est parce que mon père en a fait et parce
13:48que j'ai vécu sa carrière petit du bord de la piste et que j'ai vécu aussi ces moments-là
13:54à mon échelle, de l'extérieur et ça m'a donné envie.
13:58Et forcément, malgré lui, il nous a transmis sa passion, il ne nous a jamais poussé.
14:04Mon frère en a fait aussi à un moment donné, il a arrêté depuis, il coache avec mon père.
14:08Il a quand même réussi à descendre à 240 km heure.
14:11Oui, le petit frère, il a fait 241 km heure, il n'est quand même pas mauvais aussi.
14:16C'est une vraie histoire de famille, c'est une vraie passion qui nous vient de notre père.
14:22Et je pense que le sport, c'est une bonne école de vie.
14:25Et à ce titre-là, la reproduction sociale, Philippe, votre regard par rapport à ça,
14:31le sportif de haut niveau qui voit un nouvel adepte à la maison, il doit adorer.
14:36Mais le papa qui a pratiqué ce sport, éminemment à risque, est-ce qu'il a un peu flippé,
14:42si vous me permettez l'expression ?
14:44Non, il n'a pas un peu flippé, il flippe tout le temps.
14:48Il flippe tout le temps et c'est aussi pour ça qu'il l'organise.
14:53Alors, il l'organise par passion, par passion pour ce sport et je veux lui rendre tout ce
14:57qu'il m'a apporté.
14:58Et même quand Simon et Louis ne couraient pas, pendant une dizaine d'années, je suis
15:03resté impliqué dans la discipline et j'ai organisé des compétitions pour les autres.
15:07Mais c'est vrai que depuis qu'ils atteignent, je les ai vus tomber tous les deux devant
15:11moi, c'est difficile d'en parler parce qu'on sait que tout le monde tombe en ski
15:17de vitesse un jour.
15:18Et forcément, quand ça arrive, même si on sait que ce n'est pas très dangereux
15:23parce qu'il n'y a pas d'obstacles sur la piste, qu'elle a été bien préparée,
15:26on peut malgré tout s'attendre à quelques blessures.
15:29Donc oui, forcément, quand je suis au bord de la piste, je stresse et j'ai peur de
15:34le voir tomber.
15:35Mais bon, je suis tombé aussi, donc je sais que ça fait partie de la carrière d'un
15:41sportif de haut niveau.
15:42Il y a des incidents de parcours et il faut s'en relever et Simon a su le faire, il
15:46est tombé très vite.
15:47Il s'est relevé et il a gagné et je pense qu'il est meilleur aujourd'hui qu'avant
15:54sa chute.
15:55Et au-delà d'avoir reproduit la même discipline que son papa, il vous a aussi succédé à
16:02différents magnifiques palmarès, les plus beaux que puisse connaître le ski de vitesse
16:07d'ailleurs.
16:08Et de ces performances-là et de l'organisation un petit peu de votre circuit et de la performance
16:14en ski de vitesse, il en est question dans la deuxième partie de cette émission.
16:17Le ski de vitesse, on ne l'a pas mentionné précédemment, mais il fait partie intégrante
16:26des disciplines de la Fédération Française de Ski, évidemment, et Simon est organisé
16:31à l'international par la FIS.
16:33Est-ce que vous pouvez évoquer un petit peu cette fois le circuit Coupe du Monde, votre
16:39quotidien, comment il s'organise par exemple là dans cette période 2024 qui nous intéresse,
16:45en plein dedans, et un petit peu les climax, les points d'orgue de la saison ?
16:50On a cette année, c'est comme en ski alpin, on a un globe de cristal à disputer, on a
16:55des titres de champion du monde et nous en ski de vitesse, on rajoute le record du monde.
16:59On a l'ouverture de la Coupe du Monde à Varse fin janvier et ensuite, on va enchaîner
17:05sur la saison, on part à droite à gauche, on a plusieurs étapes de la Coupe du Monde
17:09et moi, il me tient à cœur aujourd'hui d'aller chercher un globe de cristal à
17:13la fin de la saison parce que ça fait deux années que l'Italien le récupère, le remporte
17:17et j'avais des cartes à jouer et on a fait quelques petites erreurs à certains endroits
17:23et on sait où on a pêché et justement, on veut aller chercher ce globe de cristal.
17:27Ensuite, on a le championnat du monde à Varse à la fin de l'hiver, pour moi, c'est la
17:33grosse échéance encore une fois de l'hiver parce qu'on va tenter de battre le record
17:36du monde et je veux défendre et garder mon titre de champion du monde à la maison.
17:41L'Italien c'est Simone Urigonet, elle s'exclut pour le champion du monde qui est aussi évidemment
17:47une légende de la discipline.
17:49C'est la légende.
17:50Effectivement, mais évidemment, il y a quelque chose que vous avez qu'il ne possède pas
17:55et dont on reparlera évidemment.
17:57Mentionné et précisé que ce circuit Coupe du Monde a été pendant un petit moment bridé
18:05en termes de vitesse, on avait limité les vitesses à 200 km heure que ce n'est plus
18:10le cas.
18:11Ça veut dire qu'on a vraiment sélectionné les pistes, les pentes les plus safe de la
18:17planète.
18:18Je pense que je vais laisser mon père répondre par rapport à ça parce qu'il fait partie
18:20des personnes qui ont fait sauter cette limitation de 200 km heure, donc il en parlera mieux
18:24que moi.
18:25Philippe, le modus opérandi, pourquoi l'avoir fait sauter et comment vous avez obtenu les
18:30gages de sécurité de la part des différents sites ?
18:33Elle a été instaurée, c'était la limitation de vitesse, en 1992 après l'épreuve de
18:41démonstration aux Jeux Olympiques d'Alberville.
18:43Avec un accident tragique qui avait eu lieu.
18:46C'était pour nous une aberration et donc on a mis du temps, mais on a réussi à la
18:52faire sauter l'année dernière.
18:53Accessoirement, je représente la Fédération Française de Ski à la Fédération Internationale
18:59de Ski pour le ski de vitesse et le comité restreint aujourd'hui du bureau ski de vitesse
19:05FISE est composé essentiellement d'anciens skieurs de vitesse, quelques-uns toujours
19:10en activité d'ailleurs, qui ont dépassé cette vitesse, tous, et pour nous, c'était
19:16logique de la faire sauter, on a eu le pouvoir de le faire et donc on l'a fait parce qu'encore
19:20une fois, ce n'est pas la vitesse qui est dangereuse en elle-même, c'est les conditions
19:24dans lesquelles on va l'atteindre.
19:25Parfois, c'est moins dangereux de skier à 240 à Vars qu'à 180 sur une piste où les
19:31conditions météo peuvent ne pas être exceptionnelles.
19:33Donc ce qui compte, c'est la gestion de la course, on a de grands professionnels aujourd'hui
19:39en tant qu'organisateur et puis à la direction de l'épreuve, il y a un contrôle qui est
19:43exercé par les fédérations, donc on atteint des vitesses en toute sécurité et la vitesse
19:49a sauté officiellement, ce qui est une bonne chose puisqu'on a enfreint la règle pendant
19:53quelques années.
19:54Pour ce qui est de votre record du monde, du côté de Chabrier, Philippe, qu'on a
20:01en image et qu'on va revoir, il avait donc dû être fait dans quel cadre ? Vous l'aviez
20:07réalisé dans quel cadre du coup si ce circuit était réglementé en termes de vitesse ?
20:11En fait, les bons skieurs de l'époque, nous étions 5, il y avait d'autres bons,
20:20mais les 5 qui avaient un potentiel de record du monde, ne pouvant plus le faire durant
20:25les épreuves organisées par la Fédération Internationale du Ski, avaient créé, mis
20:29en place un circuit parallèle pour pouvoir dépasser la limitation de vitesse et donc
20:35c'était une association en marge de la Fédération Internationale du Ski qui organisait ces épreuves.
20:41Ce qu'on appelait récemment le Speedmaster, c'est ça ? Jusqu'à peu ? Ça ne s'appelait
20:45peut-être pas comme ça ?
20:46Ça s'appelait France Ski Vitesse.
20:49D'accord, ok, très bien.
20:51Je vois, je vois, très bien.
20:53Arrivée chaotique sur ce record de 1997, 243,902 km heure sur cette piste de Chabrier.
21:03Aujourd'hui, cette marque a certes évolué, elle a très longtemps tenu.
21:08Vous nous disiez que vous vous souveniez d'absolument tout de ce moment-là.
21:13Philippe, la revoir, on l'a montré il y a quelques secondes, ça vous procure toujours
21:19les mêmes émotions ?
21:21Oui, et puis, vous dites que l'arrivée est chaotique, mais je le savais avant de
21:27partir.
21:29Sur cette épreuve-là, j'avais la grippe, je n'avais pas pu faire les runs de qualification,
21:33les précédents de course, et les meilleurs m'ont réintégré dans la compétition le
21:39jour de la finale.
21:40J'étais relativement fatigué, je savais que je n'avais pas la force de m'arrêter.
21:44L'heure d'arrivée était beaucoup plus courte avant qu'elle ne l'est aujourd'hui.
21:48Le run n'était pas terminé après les cellules de chronométrage.
21:52Je ne me souviens même pas, tous ces millièmes de secondes sont en moi et je pourrais vous
22:01raconter ce run les yeux fermés, c'est des sensations et des poignées de secondes
22:09qui sont gravées en vous pour le reste de votre vie.
22:12Pour graver un petit peu plus dans le marbre cette marque qui a été dépassée, le record
22:20reste en famille, dépassé par le fiston Simon, vous aussi vous vous reconnaissez
22:27dans les mots de Philippe sur la capacité, on va aussi vous montrer les images et vous
22:33amener à la capacité à plus de 200 km heure en étant hyper concentré sur le moindre
22:39geste.
22:40Vous nous disiez hors antenne, on bouge l'oreille, c'est 2 km heure qui part, donc vraiment
22:44on est sur quelque chose d'assez dingue en termes de précision.
22:47Vous vous souvenez exactement de chaque vingtaine, cinquantaine de mètres ?
22:52Oui, exactement, parce que ça fait partie du boulot du skieur de vitesse d'être dans
22:56l'instant présent, de visualiser et de gérer ce qui est en train de se passer.
23:02Et donc ça, c'est de la répétition de gestes au quotidien, on visualise les choses
23:07et quand on le vit, c'est gravé en vous.
23:11Ce run à record là, jusqu'à présent, c'est le run de ma vie, mais j'espère
23:15qu'il y en aura d'autres parce que j'ai encore d'autres objectifs.
23:19Mais ce run-là, il est gravé en moi, c'est mon record du monde, c'est un moment exceptionnel.
23:27Et les sensations qu'on vit à ce moment-là, elles sont dingues, j'ai vraiment le feeling,
23:34la sensation d'arrêter le temps et c'est quelque chose de grisant.
23:40Arriver dans les filets aussi, moins spectaculaire, mais c'est la mienne aussi, celle-là.
23:46Oui, chacun son moment de gloire ou comment retomber sur terre, c'est un petit peu la
23:53métaphore.
23:54Mais pour revenir à la performance, on est, comme pour Philippe en 1997, sur des vitesses
24:00qui sont donc inédites, qui n'ont jamais été parcourues.
24:02Personne n'a enterriné ou acté ces vitesses-là, dès lors, est-ce que le corps réagit un
24:09petit peu quand même différemment, même si vous êtes ultra bien préparé ?
24:12Est-ce que ça brûle à un moment donné ? Est-ce que la tête est en train un petit
24:17peu de partir ?
24:18Un run de ski de vitesse à 250 km heure, c'est éprouvant physiquement et mentalement
24:24parce qu'il y a une concentration extrême à ce moment-là.
24:27Donc, nous, quand on arrive en bas, physiquement, on est cuit, on est rôti, c'est sûr, mais
24:32la fatigue, elle est aussi mentale et on est vraiment vidé, c'est intense.
24:37Et c'est une sensation que vous avez toujours voulu connaître dans cette fameuse reproduction
24:44sociale-là, où c'était envisager les à-côtés que vous voyiez, bambins, pour
24:50faire comme papa.
24:51Où est-ce qu'il y avait cette idée-là, déjà, en créant vous, de performance, de
24:56record du monde ?
24:57Moi, depuis que je suis tout petit, depuis que j'ai commencé à faire ce sport-là,
25:00à pratiquer le ski de vitesse, j'ai eu envie directe d'aller chercher un record du monde.
25:04C'est un record.
25:05C'était hors de question de pratiquer le ski de vitesse sans aller chercher une performance
25:10et un record du monde.
25:11L'essence même de ce sport, c'est d'être l'homme le plus rapide du monde.
25:14Et donc, c'était mon rêve et ce rêve, voilà, c'est devenu un objectif.
25:17Ça m'obsédait.
25:18Combien de temps ça dure, vous allez, avec ce record du monde, chercher un deuxième
25:24titre de champion du monde ? C'est plus qu'une parenthèse, c'est très important de le
25:27signaler.
25:28Combien de temps dure le run ? Là, j'ai du mal à…
25:32Le run, il est très court.
25:33Ça dure 15 ou 17 secondes, pas plus.
25:36C'est très, très court.
25:37Mais au final, nous, quand on vit, on est dans l'instant présent et ça paraît bien
25:41plus long.
25:42Et vous choisissez votre moment, c'est ça ? Vous avez une fenêtre de tir.
25:45Les juges vous disent… C'est l'ordre de départ des skieurs qui
25:49est décidé par les résultats de la demi-finale la veille.
25:53Moi, du coup, je fermais la course chez les hommes, je passe en dernier.
25:57Et puis ensuite, voilà, mon père qui dirige la course choisit la bonne fenêtre pour envoyer
26:03les meilleurs skieurs au meilleur moment pour aller chercher ces performances-là.
26:07Philippe, vous êtes donc dans le cœur de la centrifugeuse à ce moment-là.
26:12Qu'est-ce que vous ressentez quand un concurrent pas comme les autres au niveau du cœur pour
26:18vous s'élance et que vous savez qu'au bout, il ne descend pas pour acheter du terrain,
26:25comme on dit ? Depuis 5-6 ans, même un peu plus, mais depuis
26:315-6 ans, je savais que Simon serait le prochain recordment du monde, que ce serait à Varse
26:40et qu'il fallait juste que toutes les conditions soient réunies.
26:43Le record était tellement élevé que ce n'était plus très simple de le battre.
26:49Avant, il suffisait de partir plus haut sur la piste ou à un meilleur moment pour établir
26:52un nouveau record du monde.
26:54Aujourd'hui, c'était beaucoup plus compliqué.
26:56Quand Simon est passé, juste avant lui, et qu'il a fait 254 km heure, je savais que Simon
27:04pouvait battre ce record par rapport à son avance sur les runs précédentes et le travail
27:09qu'on avait fait la veille ensemble.
27:11Maintenant, ça ne dépendait plus que de lui, mais j'avais confiance.
27:15J'avais confiance parce que, clairement, il était prêt, tout était au vert.
27:22Mais j'étais au sommet, je n'ai pas pu regarder son run.
27:27Je me suis mis en retrait et j'ai attendu que ça passe.
27:31Et quand j'ai entendu la foule en gros crier, j'ai compris qu'il avait battu le record du monde.
27:36C'est dingue.
27:37Et donc, vivre ça avec le crew au complet parce que Louis, on l'a dit, est dans votre staff, Simon, c'est ça ?
27:44Mon frère est ultra important dans ce trio parce que le ski de vitesse, cette histoire,
27:50elle nous vient de notre père.
27:51Et puis, c'est lui qui a ouvert la voie, il a un savoir incroyable.
27:55Donc moi, j'ai de la chance parce que je ne pars pas de zéro dans mon histoire.
27:58Je récupère toute l'expérience de papa là-dessus.
28:01Mais après, on avance ensemble maintenant, les vitesses augmentent et on a le père qui
28:06chapote, qui coache.
28:07Et moi, je suis le pilote et on a mon frère qui gravite autour, qui a une faculté, une
28:13capacité d'analyse qui est assez pointue, qui filme absolument tout.
28:17On analyse, on développe tous les trois, on échange.
28:20Et ça fait une belle histoire.
28:22La mayonnaise prend bien entre nous trois.
28:24Et ça fait que Vars, qui revient bientôt pour une nouvelle étape de championnat du
28:30monde, c'est la quatrième fois consécutive, je crois, qui se déroule à Vars, vous donne
28:35donc l'ambition ultime d'aller en ce printemps 2024, aller chercher un nouveau record, changer
28:42de casque en gros, ou en tout cas enlever la marque de 255,5, c'est ça ?
28:47Oui, l'objectif sur les championnats du monde, c'est de garder la médaille, de garder
28:52mon titre.
28:53C'est de ce qui est plus vite.
28:55On vise les 256, 257 km heure, les 260 km heure qui sont mon objectif ultime, attendront
29:03quand même, ça prend du temps.
29:04Et aujourd'hui, je veux repousser encore les limites parce que je sens sur ce run à
29:08255 km heure l'année dernière que la limite est encore loin.
29:13Je ne peux pas dire que j'étais facile, ce n'est pas vrai parce que c'était un run
29:16engagé et c'était quand même assez compliqué.
29:19Mais voilà, j'ai senti que la limite était loin et du coup, ma passion et mon envie me
29:25poussent à vouloir ce qui est plus vite.
29:27La question s'adresse à vous deux messieurs, à un objectif un petit peu plus long terme
29:32que ce record du monde.
29:33La France aura le bonheur d'accueillir les Jeux en 2030, Philippe Wittkette dans les
29:39arcanes du pouvoir du ski de vitesse, est-ce que la possibilité de revoir cette discipline
29:47qui était sport de démonstration, vous l'avez dit tout à l'heure en 1992, est-ce que cette
29:52possibilité de le revoir est là, est dans les cartons ? Est-ce que le lobby que vous
29:58incarnez porte ?
30:00Alors, je crois clairement que la Fédération internationale de ski et la Fédération française
30:08de ski vont oeuvrer pour que le ski de vitesse devienne olympique en 2030.
30:13Aujourd'hui, il y a un calendrier qu'il faut respecter.
30:16Le calendrier à respecter, c'est que pour l'instant, même s'il n'y a que la France,
30:21il faut attendre qu'elle ait officiellement les Jeux olympiques de 2030.
30:24Ce sera fait en juillet, à priori, juin ou juillet de cette année.
30:29Une fois que la France a officiellement les Jeux olympiques, avec la FISE, avec la Fédération
30:36française de ski et le Comité national olympique, il va falloir prendre la décision ou non,
30:43mais à priori, je pense qu'on va tous oeuvrer dans ce sens, d'introduire la discipline
30:49en tant que discipline olympique.
30:50En tout cas, on en parle et à ce moment-là, il faudra convaincre le CIO de l'accepter,
30:58mais réglementairement parlant, le pays organisateur a le droit d'introduire la discipline de son
31:03choix.
31:05Forcément, en France, avec les athlètes que l'on a, parce qu'il n'y a pas que Simon,
31:09il y a des filles aussi qui sont très fortes, et les pistes que l'on a, je crois qu'on
31:15va essayer de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour le faire.
31:18On ne peut pas le garantir, mais c'est un objectif en tout cas.
31:22Ça ferait changer l'objectif d'une vie, c'était un record du monde quand vous étiez
31:25Borbin, ça pourrait être autre chose ça ?
31:27Moi, depuis que je suis petit, le ski de vitesse, je me suis toujours interdit de rêver
31:32de penser au JO.
31:34Aujourd'hui, tout ça, on en entend parler, c'est dans les tuyaux, on voit passer des
31:39choses dans les médias.
31:40Je me mets à rêver et à croire qu'un jour, potentiellement, je pourrais participer au
31:46JO en ski de vitesse.
31:48En plus, si ça se fait à la maison, ce serait avare, c'est incroyable.
31:52J'attends de voir ce qui se passe.
31:54En tout cas, j'espère que ça arrivera.
31:56La bonne étoile du ski de vitesse avec vous, Dark Vador.
31:59Que la force soit avec vous pour ce printemps, ce record du monde et ce titre.
32:04On vous souhaite le meilleur en tout cas.
32:06Merci beaucoup.
32:07Simon, c'était un plaisir de vous accueillir sur ce plateau.
32:10Merci à Philippe d'être venu avec nous, avec votre expertise dans ce joli cadre des
32:17Hautes-Alpes qu'est le vôtre.
32:18A très bientôt, Philippe.
32:19A très bientôt, merci.
32:21Merci d'avoir été avec nous.
32:24Et puis évidemment, Simon, cette émission, vous pouvez la revoir sur l'application Sport
32:30en France et vous n'hésitez pas à nous suivre aussi sur les réseaux sociaux.
32:34On se retrouve dans 15 jours pour un nouvel opus.
32:37D'ici là, évidemment, portez-vous bien et faites du sport.
32:40C'est important.
32:53Sous-titrage Société Radio-Canada
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