00:00 Je suis force de proposition et je ne me contente pas de faire de la politique politicienne.
00:05 Je fais ici des propositions qui sont aujourd'hui des propositions pour eux.
00:09 C'est grâce à la commission d'enquête, M. Terlier, que je sache que ce n'est pas Renaissance
00:12 et qui a proposé une commission d'enquête sur ce dossier et qui permet, ce faisant,
00:16 que vous rencontriez des collectifs que vous n'aviez jamais rencontrés.
00:19 Bonjour, je suis Christina Righi, je suis députée de la 9e circonstitution de Haute-Garonne
00:40 et rapporteur de la commission d'enquête sur l'A69, chantier sur lequel nous sommes.
00:45 Ma question est la question que se posent les écologistes et évidemment tous celles et ceux
00:49 qui ne sont pas favorables à cette autoroute, c'est la pertinence d'une infrastructure en 2023,
00:55 en 2024, à l'heure du dérèglement climatique qui pourrait être évité.
01:01 Bonjour, Jean Terlier, député de la 3e circonscription du Tarn.
01:04 L'autoroute A69 va permettre de désenclaver le sud du Tarn.
01:08 Elle va pouvoir redonner de l'attractivité à ce territoire qui en manque cruellement.
01:13 Les forces vives du sud du Tarn demandent la réalisation de cette infrastructure autoroutière depuis plus de 30 ans.
01:21 Leurs circonscriptions sont à une cinquantaine de kilomètres l'une de l'autre.
01:26 Jean Terlier est député du sud du Tarn dans la région de Castres.
01:30 Christina Righi est élue de Haute-Garonne au sud de l'agglomération toulousaine.
01:35 Ces deux circonscriptions devraient bientôt être rapprochées par l'autoroute A69,
01:40 actuellement en construction.
01:42 Elle mettra Castres à 35 minutes de Toulouse contre 55 aujourd'hui.
01:47 Jean Terlier et Christina Righi s'investissent tous les deux sur ce dossier.
01:51 Ils sont respectivement présidents et rapporteurs d'une commission d'enquête parlementaire
01:57 qui étudie le montage juridique et financier de la future autoroute.
02:01 Le travail se fait surtout à l'Assemblée au fil des auditions.
02:06 Mais ce jour-là, les parlementaires débarquent sur le chantier pour une visite de terrain.
02:14 Les deux députés vont pouvoir confronter leur vision du projet.
02:19 - Voici.
02:20 - On a en réalité deux viaducs qui sont identiques, côte à côte.
02:27 Un viaduc pour le sens Toulouse-Castres et un viaduc pour le sens Castres-Toulouse.
02:31 Donc aujourd'hui, on est en train de construire les murs-gares de grève.
02:34 Ensuite, il y aura du remblai.
02:35 On devrait pouvoir circuler dessus à l'horizon de cet automne.
02:38 - On a, voilà, une mise en circulation qui est prévue pour l'année 2025.
02:43 Est-ce que c'est un timing qui va pouvoir être respecté ?
02:47 - Des fois, les conditions de travail ne sont pas toujours simples,
02:49 parce qu'on a des fois de l'obstruction quand même à notre chantier,
02:52 ou même des fois des agressions vis-à-vis de nos personnels.
02:55 On a eu 4 engins qui ont brûlé, donc on a effectivement des obstructions de ce type-là.
02:59 Néanmoins, comme il y a un tracé sur 53 km, il y a de quoi travailler partout.
03:02 Donc on peut néanmoins avancer.
03:04 - Faire avancer les travaux, un défi,
03:07 tant la construction de cette autoroute suscite des contestations.
03:11 Des dizaines de collectifs ont vu le jour et organisent régulièrement des manifestations.
03:17 On y vient de toute la France et même de plus loin.
03:20 L'activiste suédoise Greta Thunberg s'est même rendue sur place.
03:24 Si la plupart de ses actions se sont déroulées pacifiquement,
03:27 certaines n'ont entraîné d'erreurs avec la police,
03:30 notamment sur cette voie ferrée qui se trouve juste à côté du chantier
03:34 que visitent les députés.
03:36 - C'est important de voir comment les opposants à l'autoroute
03:39 ont la capacité de bloquer une voie ferrée,
03:41 alors que de l'autre côté, vous êtes les premiers à promouvoir le rail.
03:45 C'est le paradoxe de...
03:46 - Mais si vous cherchez la polémique, M. Tavanzerlier,
03:49 vous ne la trouverez pas avec moi, donc c'est pas la peine.
03:51 - Non, c'était pas la polémique.
03:52 - Non, non, si, si, vous cherchez la polémique permanente.
03:54 - Simplement vous interroger sur la cohérence.
03:55 - Non, mais je vous le dis, ne cherchez pas la polémique avec moi,
03:58 vous ne la trouverez pas.
04:00 Non, parce que je ne veux pas répondre, je ne cherche pas la polémique,
04:02 et donc vous ne me trouverez pas sur cette polémique.
04:04 - Vous avez quand même entendu le directeur de Tosca venir vous dire
04:07 qu'il y avait eu, dans les 15 derniers jours,
04:10 4 engins de chantier qui ont été brûlés.
04:11 - Non, je pense que c'était ça.
04:12 - Donc on ne peut pas nier cette réalité que les anti-autoroutes
04:14 usent de manière violente.
04:16 - Puisque pour la 53e fois, je vous dis que je dénonce les actions violentes.
04:19 Si ce chantier donne lieu à de vives tensions politiques,
04:24 c'est d'abord en raison de son impact sur l'environnement.
04:28 Devant les parlementaires, à Tosca, l'entreprise concessionnaire
04:32 se veut rassurante.
04:34 - C'est une autoroute qui a été vraiment adaptée
04:36 au dernier standard de ce qui peut se faire en termes d'environnement.
04:39 Aujourd'hui, vous avez, par exemple, des ouvrages de franchissement
04:41 pour la faune, pour la grande faune, pour l'hydraulique.
04:44 Je pense qu'effectivement, il y a des personnes
04:45 qui souhaitent aller vers une transition écologique,
04:48 une transition énergétique à marche forcée,
04:51 et qui ont pris cette autoroute comme symbole, peut-être,
04:54 et qui ne connaissent pas ce projet.
04:56 Un projet symbolique, sans doute parce qu'il pose cette question.
04:59 Peut-on encore construire des autoroutes en 2024 ?
05:03 - C'est un chantier qui n'a pas de sens.
05:05 Si on n'arrive pas à se réinterroger à chaque fois
05:08 sur la pertinence de ce type de projet,
05:10 eh bien, nous continuerons à avoir +1,5, +2.
05:14 Et on sait très bien qu'est-ce que c'est que d'avoir une France à +4 degrés.
05:19 - Je pense que dans le choix du concessionnaire qui a été fait,
05:20 il a été fait parce qu'il était le mieux disant
05:22 d'un point de vue des compensations environnementales.
05:25 On sait que demain, cette autoroute,
05:26 elle permettra de désenclaver le sud du Tarn, enfin.
05:29 - Le désenclavement, c'est le principal argument
05:34 mis en avant par les défenseurs de l'A69.
05:37 Aujourd'hui, la circonscription de Jean Terlier n'est reliée à Toulouse
05:41 que par une route nationale et une ligne TER.
05:44 A la sous-préfecture de Castres,
05:48 le député a voulu que les membres de la commission
05:51 rencontrent des partisans du projet.
05:53 - Ce qu'on voudrait, c'est quand même profiter un peu
05:58 de l'expansion de Toulouse.
06:01 Donc, si on n'a pas de voie de communication moderne,
06:04 on n'attirera aucune entreprise sur notre territoire ou très peu.
06:08 Et en plus de ça, il y en a qui partiront.
06:10 On en a besoin.
06:11 Et si on veut faire vivre notre territoire,
06:12 il faut qu'on l'ait rapidement et dans la sérénité.
06:16 - Nous, en tant que transporteurs routiers,
06:19 cette autoroute, elle est plus que vitale.
06:21 Elle va nous apporter en premier temps de la sécurité.
06:24 Sur autoroute, il y a beaucoup moins d'accidents que sur la nationale.
06:26 Elle va nous apporter un gain de temps.
06:28 Pendant 30 mois, j'ai dû aller sur les trois plateaux hospitaliers
06:32 de Toulouse et ça quotidiennement.
06:34 Et quand vous êtes malade, je peux vous dérentir
06:36 que c'est un sacré parcours du combattant.
06:38 - Cette majorité silencieuse aujourd'hui qui s'est exprimée,
06:45 c'est des habitants de ce territoire.
06:47 On ne fait pas une autoroute par coquetterie,
06:49 mais on fait une autoroute parce que c'est devenu nécessaire
06:51 pour les salariés de ce territoire,
06:52 pour les habitants de ce territoire,
06:54 pour les entreprises de ce territoire
06:55 qui l'attendent depuis plus de 30 ans.
06:57 - Castre est relié par une route nationale,
07:00 par une route, par une voie ferroviaire et par un aéroport.
07:04 Donc comme territoire enclavé, il y a pire en France.
07:07 Plutôt qu'une autoroute, Christine Arrigui aurait préféré
07:12 une modernisation de la route nationale existante
07:16 et une amélioration de la liaison ferroviaire.
07:19 Mais maintenant que le chantier est bien avancé,
07:22 avec plus de la moitié des engagements financiers
07:24 déjà réalisés, la rapporteure de la commission se bat
07:28 pour limiter l'impact environnemental.
07:30 C'est elle qui a inscrit à l'agenda la visite suivante.
07:37 Le cortège parlementaire s'enfonce dans une forêt
07:42 pour accéder à une zone humide.
07:45 Ces terres, qui y abritent une précieuse diversité biologique,
07:48 pourraient être affectées par l'autoroute
07:50 qui passera à proximité immédiate.
07:54 C'est sur ces endroits-là qu'il y a une population de jacinthe de Rome.
07:59 Alors la jacinthe de Rome, c'est une plante protégée en France
08:02 qui vit essentiellement en Occitanie et dont on a sur ces deux parcelles
08:07 les populations les plus importantes du Tarn.
08:10 Pour ce scientifique qui a mené une contre-expertise,
08:13 l'autoroute bloquera en amont les eaux souterraines qui irriguent ces terres.
08:17 Une analyse qui donne lieu à discussion.
08:20 Il y a quelque chose qui est très clair,
08:22 c'est qu'aujourd'hui il y a un contentieux
08:24 qui est devant les juridictions administratives
08:26 et qui va déterminer si les arguments de M. Thaubat sont probants.
08:30 Ils sont en tout cas contestés, ça nous a été dit par le concessionnaire.
08:34 Je voudrais aussi rappeler que dans le cadre des compensations environnementales
08:38 il a été prévu qu'on restaure deux fois plus de zones humides
08:42 que celles qui ont été impactées
08:43 et que cette restauration de deux fois plus de zones humides
08:46 sera contrôlée dans le cadre d'un comité de suivi
08:48 des mesures compensatoires et environnementales.
08:51 Vous prenez vos réalités, vos désirs pour des réalités
08:56 parce que 50% des zones humides de la compensation
08:59 ne peuvent pas devenir zones humides
09:00 tout simplement parce qu'il y a une incohérence dans l'arrêté préfectoral.
09:04 L'arrêté préfectoral dit...
09:06 Il y a un comité de suivi qui permettra de vérifier si oui ou non...
09:08 Le comité de suivi des compétences PIPO...
09:09 Ah bah voilà, tu veux commencer à contester l'autorité de l'État ?
09:12 Tu veux commencer à contester l'autorité de l'État ?
09:14 Les membres qui commencent le comité de suivi,
09:16 ça va être compliqué.
09:19 Ces désaccords techniques alimentent les débats
09:22 au sein de la commission d'enquête.
09:25 Dans ce contexte, la rapporteure écologiste Christine Arrigui
09:29 entend bien se montrer intraitable face aux concessionnaires de l'autoroute.
09:35 Le sujet, c'est que si tout le monde,
09:36 toutes ces personnes-là en termes d'activité productiviste
09:40 avaient raison, on ne serait pas dans la situation
09:42 de dérèglement climatique dans laquelle nous sommes.
09:44 Et comme nous sommes dans cette situation
09:47 par le fait de ces erreurs accumulées,
09:49 nous disons attention à partir du moment où on touche à la nature,
09:53 on touche à la terre,
09:56 eh bien soyons le plus respectueux possible.
09:59 En fait, nous ne faisons que promouvoir ce qui est mis en œuvre dans la loi
10:03 et qui a été porté, y compris ce gouvernement.
10:06 Éviter, réduire, compenser.
10:09 Avant de rentrer à Paris,
10:13 les députés ont une dernière visite sur un site bien spécifique du chantier.
10:18 C'est ici que sera installée dans quelques mois
10:21 une centrale à enrober temporaire.
10:23 Elle produira le bitume qui couvrira la route.
10:27 Des membres de collectifs inquiets des possibles nuisances
10:30 pour la santé et l'environnement ont été conviés.
10:34 Le patron d'Atosca va tenter, une nouvelle fois, de rassurer.
10:39 Aucun risque pour la santé, aucun risque en termes de pollution
10:44 ou en termes de santé pour les riverains.
10:46 Et ce à quoi nous nous sommes engagés dans ce contexte d'écoute du territoire,
10:52 c'est mettre en place un programme de contrôle renforcé
10:55 par rapport à ce qui se fait traditionnellement.
10:57 Une précision complémentaire,
11:00 on voit que les premières habitations sont très éloignées.
11:03 Est-ce que vous avez évidemment répertorié
11:05 tout ce qu'il y avait autour de cette centrale à enrober ?
11:08 Je ne peux pas vous laisser dire
11:09 que les habitations les plus proches sont très loin.
11:13 Mes amis habitent cette maison qui est à 200 mètres
11:16 et qui subissent déjà des nocivités à l'heure actuelle.
11:22 Là, on n'est pas du tout à 200 mètres.
11:24 Entre la fin de la montagne noire et le jardin de mes amis.
11:32 Et ce quartier qui subissent déjà les poussières
11:35 et qui ne peuvent plus ouvrir la fenêtre de leur cuisine.
11:40 Ce que je veux redire quand même ici clairement,
11:42 c'est que des centrales à enrober,
11:44 il y en a 500 qui fonctionnent en France.
11:45 500 qui fonctionnent un peu partout.
11:48 C'est des techniques qui sont quand même aujourd'hui reconnues
11:50 et qui fonctionnent.
11:51 À nous maintenant de mettre en place
11:53 les programmes de contrôle qui vont bien.
11:55 On ne peut pas préjuger aujourd'hui
11:56 que cette installation, elle dysfonctionnera.
12:00 Les crispations autour de ce chantier
12:02 auront jalonné toute cette journée de visite,
12:05 à l'image des tensions récurrentes
12:07 qui apparaissent entre Christina Righi et Jean Terlini.
12:12 C'est un classique des commissions d'enquête parlementaires.
12:15 Présidents et rapporteurs sont souvent sur des positions différentes
12:18 afin de garantir une forme d'équilibre dans les travaux.
12:23 La vivacité d'une démocratie,
12:24 c'est justement que nous puissions débattre.
12:26 Évidemment, quand on ne partage pas le même diagnostic sur un projet,
12:31 ça donne lieu à des contradictions
12:33 et à des éléments évidemment qui ne sont pas forcément consensuels.
12:38 Mais la vivacité d'une démocratie, je pense que c'est celle-là.
12:40 Si on avait des commissions d'enquête qui étaient simplement à charge
12:44 et sans aucune contradiction, sans aucun débat,
12:46 et avec que des accords, ce serait peut-être fade.
12:50 Et donc c'est bien que sur des sujets aussi importants que l'autoroute A69,
12:54 dans le cadre du chantier qu'on a pu constater aujourd'hui,
12:57 qu'on ait ces échanges qui sont toujours les bienvenus.
12:59 Les travaux de la commission vont se poursuivre jusqu'à la remise du rapport.
13:05 Elle est prévue pour la mi-juillet
13:07 et pourrait bien donner lieu à de nouvelles tensions
13:10 entre députés pro et anti A69.
13:13 [Musique]
Commentaires