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  • il y a 2 ans
Le 22 avril 1988, à deux jours du premier tour de l'élection présidentielle, débute en Nouvelle-Calédonie une des pages les plus tragiques de l'histoire du Caillou. 35 ans après ce drame, un documentaire retrace cette affaire et revient sur le contexte des années 80 en Nouvelle-Calédonie, contexte qui a mené à cette prise d'otages, puis à l'assaut sanglant du 5 mai 1988, avant d'aboutir à la signature des Accords de Matignon, le mois suivant.

Les témoignages
Plusieurs acteurs du drame ou témoins de l'époque évoquent leurs souvenirs dans "Grotte d'Ouvéa, le prix du sang". Il y les protagonistes directs de la prise d'otages : l'indépendantiste Benoît Tangopi ou l'ex-gendarme du GIGN Alain Guilloteau. D'autres personnalités témoignent également : Emmanuel Tjibaou, Christian Blanc, Walles Kotra, Olivier Houdan ou encore Roger Galliot.

Catégorie

Personnes
Transcription
00:00 (bruit de la mer)
00:07 (musique)
00:23 Moi je fais partie du comité de lutte OUVA.
00:26 Je vois qu'il y a un système qui est là, la colonisation.
00:31 Et voilà, c'est contre ce système là que j'ai...
00:34 qui m'a poussé à être un indépendantiste.
00:37 (musique)
00:41 Faire partie du GGN, c'était pour moi,
00:44 prendre service aux concitoyens et puis servir l'État, la patrie.
00:49 (musique)
00:53 Le bip sonne, donc on se pose pas de questions.
00:56 On sait pas sur quelle opération on va.
00:58 On sait pas du tout que l'on va en Nouvelle-Calédonie à ce moment là.
01:02 (musique)
01:05 C'est un petit groupe qui s'est réuni
01:07 et qui a décidé qu'OUVA va occuper la gendarmerie.
01:13 Mais là, le truc a mal passé, quoi.
01:17 Ça a mal passé.
01:18 (musique)
01:21 On apprend que les Kanaks ont fait un coup de force.
01:26 Ils ont tué quatre gendarmes.
01:28 (musique)
01:30 L'objectif, c'est de trouver la grotte
01:32 où sont détenus les gendarmes en otage.
01:35 (musique)
01:37 C'est une triste histoire de notre histoire, de France.
01:41 (musique)
01:44 Trois gendarmes ont été abattus ce matin à OUVA
01:47 et 27 autres sont à l'heure actuelle détenus en otage
01:50 par des indépendantistes.
01:51 OUVA, c'est-il que l'on dit proche du paradis,
01:54 a basculé dans le cauchemar.
01:56 La prise d'otage d'OUVA est le point culminant
01:59 d'une décennie de tensions extrêmes en Nouvelle-Calédonie.
02:02 Dans les années 80,
02:04 le dialogue entre les indépendantistes et l'État français est rompu.
02:08 C'est une guerre civile qui a été jusqu'à OUVA.
02:13 Pour la République de Kanaki, pipip !
02:16 Ouais !
02:17 Pipipip !
02:18 Ouais !
02:19 La mort, ça fait partie du combat.
02:22 Vous irez avec des armes ?
02:23 Nous n'irons pas avec des bouquets de fleurs.
02:25 La mission, c'est de rétablir l'ordre,
02:27 car nous sommes entrés dans un processus insurrectionnel.
02:31 (bruits de la guerre)
02:34 La gendarmerie a reçu l'ordre de répondre aux armes par les armes.
02:39 La tragédie d'OUVA restera dans l'histoire française
02:43 un drame révélateur des violences
02:45 liées au statut de la Nouvelle-Calédonie.
02:48 (musique)
02:52 (musique)
02:55 (musique)
02:58 (musique)
03:01 (musique)
03:04 (musique)
03:07 (musique)
03:10 (musique)
03:13 (musique)
03:16 (musique)
03:19 Pour comprendre le drame d'OUVA,
03:22 il faut comprendre l'histoire de la Nouvelle-Calédonie
03:26 et remonter le temps.
03:28 La Nouvelle-Calédonie est une île deux fois grande comme la Corse,
03:32 à 20 000 km de la métropole, exactement aux antipodes.
03:35 Si vous prenez un globe terrestre et une aiguille à tricoter
03:38 que vous plantez dans le centre de la France,
03:40 eh bien cette aiguille sortira dans l'hémisphère sud,
03:43 en Nouvelle-Calédonie.
03:44 Une seule grande ville, ici, Nouméa, 60 000 habitants,
03:47 soit la moitié de la population totale de la Nouvelle-Calédonie,
03:50 qui a été l'une des dernières terres découvertes au monde.
03:54 -Cet archipel a été colonisé par les Français au milieu du XIXe siècle.
04:00 D'abord terre de bagnes, la Nouvelle-Calédonie est ensuite
04:03 peuplée par des colons sous l'impulsion du gouvernement.
04:07 -Ce sont les Européens, aujourd'hui au nombre de 36 000,
04:11 qui ont introduit les mammifères en Nouvelle-Calédonie,
04:14 où l'élevage se fait en plein air, sous l'œil des Stockmanns,
04:18 semblables à ceux du Far West.
04:21 -Ces colons doivent cohabiter avec les Kanaks,
04:25 peuple mélanésien, originaire de l'île.
04:28 -Les 43 000 autochtones de l'île, ou Kanaks,
04:31 restent très attachés à une vie simple et naturelle.
04:34 -Cette cohabitation a un prix pour les Kanaks.
04:38 On va enseigner à leurs enfants une culture lointaine,
04:42 celle de la France.
04:44 -Vous habitez dans un pays du Pacifique.
04:47 Est-ce qu'ils sont réellement vos ancêtres, les Gaulois ?
04:50 -Oui. -Oui.
04:52 -Vous êtes sûrs ? -Oui.
04:54 -Comment vivaient-ils, les Gaulois ? -Sauvages.
04:57 -Donc, comme vous autres ? -Oui.
05:00 -Dans les années 70, un vent nouveau souffle sur l'île.
05:07 C'est le réveil de l'identité Kanak.
05:10 -Le monde Kanak était un peu marginalisé.
05:16 Mais il y avait une sorte de prise de conscience
05:19 de l'importance de la culture Kanak,
05:22 avec notamment un grand festival qui s'est déroulé ici,
05:26 qui s'appelle le festival Melanesia 2000.
05:29 -Melanesia 2000 reconquête de la dignité Kanak.
05:34 -Pour la 1re fois, un festival de la culture Kanak
05:38 a lieu en Nouvelle-Calédonie.
05:41 Il est organisé par Jean-Marie Chibau.
05:45 -La société Kanak est une société de la complexité,
05:49 de la diversité.
05:51 Il y a 27 langues, des airs culturels, des chevreries, etc.
05:55 Et je crois que Jean-Marie Chibau a été le 1er visage commun
05:59 et la 1re parole commune.
06:02 -Si nous voulons faire Melanesia 2000,
06:06 c'est pour que les Gauls sachent qu'il y a une culture dans ce pays.
06:10 -Sinon, qu'est-ce qu'ils vont devenir ?
06:13 Des héros ?
06:15 Ils vont aller à l'école ?
06:17 C'est bien, pour connaître l'extérieur.
06:20 Mais ils oublieront la racine, parce que la racine, c'est vous.
06:24 -C'est cette force-là, les forces de la parole,
06:27 qui a donné une sorte de fierté au monde Kanak,
06:31 qui a commencé par la culture,
06:34 et ensuite, qui s'est traduit par une sorte d'itinéraire politique.
06:40 -Jean-Marie Chibau devient la figure de proue de ce réveil culturel.
06:45 En 1977, son parcours prend un tournant politique
06:52 quand il devient maire de Yangen.
07:07 -Je m'appelle Emmanuel Chibau.
07:09 Je suis le fils de Jean-Marie Chibau et Marie-Claude Chibau.
07:13 J'ai plein de souvenirs avec mon père,
07:18 même si c'était quelqu'un qui était très pris
07:21 par ses engagements politiques.
07:24 Ici, à la tribu, quand on était à la tribu,
07:28 c'était beaucoup le travail au champ.
07:32 Papa Kanak, c'est ça, son travail.
07:35 C'est apprendre à ses enfants à faire les ignames,
07:39 faire les plantations,
07:41 et puis l'accompagner dans les cérémonies coutumières.
07:45 Je dirais que j'ai compris que c'était un responsable politique
07:49 à partir du moment où on voyait sa figure à la télé.
07:53 -Les institutions françaises,
07:55 c'est elles qui légitiment le pouvoir colonial ici.
07:59 C'est cela qui est la situation conflictuelle,
08:02 et qui emmènera toujours le conflit.
08:05 La paix, désormais, s'appelle l'indépendance kanak.
08:09 -Cette volonté d'indépendance du peuple kanak
08:12 va recevoir un écho jusqu'en métropole.
08:15 -François Mitterrand est élu président de la République.
08:19 -Parmi ses promesses de campagne,
08:21 François Mitterrand inscrit la reconnaissance
08:24 de l'identité des peuples d'outre-mer.
08:27 Pourtant, le statut le moine qu'il va proposer
08:30 pour la Nouvelle-Calédonie va profondément décevoir
08:33 les indépendantistes.
08:35 -Pendant 3 jours, dans une atmosphère de conglave,
08:43 les indépendantistes hostiles au statut le moine
08:46 ont mis en place leur nouvelle structure, le FNLKS.
08:49 C'est donc aujourd'hui l'officialisation de la rupture
08:52 du dialogue avec le gouvernement
08:54 et la mise en place de structures parallèles.
08:58 -Le FNLKS, il s'est créé pour s'établir
09:01 en tant que mouvement de libération,
09:04 Front de Libération National Kanak et Socialiste.
09:08 Chaque comité devait présenter,
09:11 en prévision de l'accession du pays à la souveraineté,
09:15 les éléments qui participent de la construction,
09:19 une constitution, un drapeau, un hymne, etc.
09:22 Donc, eux, ils ont travaillé
09:24 sur ce projet de drapeau.
09:27 -Le vert, symbole du Kanaki,
09:30 le vert du pays kanaki.
09:33 Le rouge, symbole de la lutte du peuple kanaki,
09:37 symbole de notre unité.
09:40 Le bleu de la souveraineté,
09:43 le soleil est aujourd'hui au rendez-vous,
09:46 rendez-vous de l'histoire du peuple kanaki.
09:49 -Ca y est, le truc, il claque là-haut dans le...
09:52 dans le ciel bleu, puis...
09:55 C'est un peu comme un espoir qui...
09:58 En même temps que le drapeau, il se lève,
10:01 c'est une part de nous qui...
10:04 On relève la tête, on regarde un pays nouveau
10:08 qui se lève en même temps que le drapeau.
10:12 (Applaudissements)
10:15 -Notre pays, mon pays, je te salue.
10:18 Ton peuple souverain est fier pour proclamer
10:23 face au monde, face à l'histoire,
10:28 ta souveraine liberté.
10:32 Oh, Kanaki, mon pays!
10:36 Et vive Kanaki!
10:39 (Applaudissements)
10:42 (Musique rythmée)
10:45 -C'est une affirmation politique.
10:48 C'est-à-dire que, finalement,
10:51 les Kanaks n'ont pas disparu.
10:54 Ils sont toujours là.
10:57 Et je crois que c'est ça, la signification symbolique.
11:01 (Musique rythmée)
11:04 (...)
11:07 (...)
11:10 (...)
11:13 -Le gouvernement provisoire de Kanaki est né.
11:17 Un pays non reconnu par l'Etat français.
11:21 Le dialogue est alors rompu.
11:24 -Les indépendantistes du FLNKS veulent l'annulation du vote
11:28 qui donne la majorité aux Blancs à l'Assemblée territoriale
11:32 et l'organisation d'un vote réservé aux seuls Kanaks.
11:36 -La tension règne aussi chez les Kaldosh,
11:40 cette population d'origine européenne
11:44 qui représente alors 37 % des Calédoniens.
11:48 -Je suis né à Thiau.
11:51 J'ai passé toute mon enfance à Thiau.
11:55 Mon arrière-grand-père est arrivé en tant que colon.
11:59 En 1980, il y a eu un débat.
12:02 J'ai été élu en tant que colon.
12:06 En 1980, j'étais maire de Thiau. C'était mon 3e mandat.
12:10 -C'est à Thiau, cette bourgade à l'est de l'île,
12:14 investie depuis plus de 2 semaines par les militants kanaks,
12:18 que la situation reste la plus tendue.
12:21 -Les allépolentis ont désarmé certains Européens,
12:25 récupérés 200 fusils.
12:27 -Thiau a été visé parce que c'était le seul centre de la côtesse
12:31 où il y avait un maire européen qui n'était pas indépendantiste.
12:35 Les Alpes veulent absolument l'indépendance.
12:38 Nous sommes opposés parce que nous savons très bien
12:42 que ce pays-là, indépendant sur le plan économique
12:46 et dans d'autres secteurs aussi, ne pourra pas marcher.
12:49 -Ils ont tout saccagé, souillé. Ils sont pas très intelligents.
12:53 C'est pas comme ça quand on construit un pays.
12:56 On a 2 enfants, on peut pas se permettre de risquer leur vie.
13:00 -Ils ont terrorisé la population de Thiau d'abord.
13:03 Ensuite, les Européens étaient chez eux, bougeaient pas.
13:06 Ils étaient seuls parce qu'en dehors, il y avait des exactions,
13:10 des armes et tout ça.
13:12 D'autre part, il y a des autorités qui sont là pour établir l'ordre
13:16 qui n'ont pas fait leur travail.
13:18 -Ca fait plus d'un mois et demi, nous sommes menacés
13:21 et nous devons ramasser des coups à chaque fois.
13:24 Maintenant, ça ne peut plus durer.
13:26 Si les autorités refusent de faire leur travail,
13:29 on n'a pas une réaction légitime.
13:31 -Vous irez avec des armes ? -Non, pas avec des bouquets de fleurs.
13:35 -A Paris, la situation en Nouvelle-Calédonie
13:41 se retrouve au coeur des débats parlementaires.
13:44 Laurent Fabius, alors Premier ministre de Mitterrand,
13:47 est poussé à réagir.
13:49 -Est-ce que le gouvernement a effectivement perdu
13:52 le contrôle de la situation
13:54 ou bien a-t-il choisi la politique du pire
13:57 pour pousser les Calédoniens loyalistes à la révolte ?
14:01 -Vous avez en face de vous un gouvernement indépendantiste
14:05 qui s'érige d'une manière illégale
14:07 contre l'autorité de la République.
14:09 Qu'est-ce que vous allez faire ?
14:11 -Qu'est-ce que le gouvernement souhaite dans cette affaire ?
14:15 Éviter les affrontements.
14:17 Trouver une solution
14:19 qui respecte les droits légitimes de chaque communauté.
14:24 -La solution s'appelle Edgar Pizani.
14:27 Il est désigné par le gouvernement
14:29 pour faire un état des lieux
14:31 et des propositions pour la Nouvelle-Calédonie.
14:34 -Il s'agit de sortir d'une crise pour créer un destin.
14:38 Je ne connais pas chose plus enthousiasmante,
14:42 mais je sais qu'elle sera difficile.
14:45 -C'était un samedi après-midi.
14:49 J'étais un préfet heureux dans les Hautes-Pyrénées.
14:53 Je reçois un appel téléphonique du ministre de l'Intérieur.
14:58 Il me dit que la situation est grave en Nouvelle-Calédonie.
15:03 Edgar Pizani part le lendemain matin pour Nouméa
15:08 avec une condition, c'est que je l'accompagne.
15:12 La mission, c'est de rétablir l'ordre.
15:15 Nous sommes entrés dans un processus insurrectionnel.
15:19 ...
15:25 On ne peut pas dire que l'ambiance était chaleureuse
15:30 vu les événements.
15:32 Je me souviens encore au moment où nous saluons le monument aux morts.
15:39 Pizani fait cette remarque au commissaire en disant
15:46 que pendant la guerre, il n'y a eu que des colons qui sont morts.
15:53 Au moment, le commissaire dit qu'il y a eu des canards aussi,
15:59 mais qu'ils sont de l'autre côté de l'obélisque.
16:03 Nous comprenons à ce moment-là le drame profond
16:07 dans lequel nous sommes inscrits.
16:12 Le racisme, c'était essentiellement des insultes.
16:17 Quand on va dans nos cours, on décroche pas dans les escaliers.
16:24 C'est ça, l'enculé de canard, c'est ça qu'il nous disait.
16:29 Les insultes sur mon père.
16:32 On va mettre une balle dans sa tête.
16:39 Ce que nous disait le vieux, c'était de ne pas répondre.
16:45 Faut convaincre par le travail.
16:50 Je me souviens, les gens à côté de chez nous passent
16:55 et jettent des grenades.
16:57 Il y a eu coup de feu aussi, carabines.
17:00 À chaque fois, nous, on est dans la maison,
17:03 on se retourne, on attrape les petits frères
17:06 et on se baisse.
17:09 On doit marcher vite, vite, vite jusqu'à la salle de bain.
17:13 Dans ce contexte de guerre civile,
17:18 une embuscade meurtrière a lieu à deux pas
17:21 de la tribu de Jean-Marie Thibaut.
17:24 Cette fois, en Nouvelle-Calédonie, c'est le drame.
17:29 10 indépendantistes sont morts après être tombés dans une embuscade.
17:33 Les auteurs des coups de feu sont toujours en fuite
17:36 dans la chaîne montagneuse.
17:38 Les gens étaient éparpillés partout,
17:43 défigurés, tous tués, morts,
17:46 plus les autres qui étaient en bas dans la rivière.
17:49 La rivière était rouge, avec le sang des gens.
17:52 Parmi les jués, on a retrouvé les corps de deux frères
17:56 du président du gouvernement provisoire, Jean-Marie Thibaut.
18:02 L'enquête montrera que Jean-Marie Thibaut
18:05 était visée par cette attaque.
18:07 J'espère que la réconciliation viendra assez vite,
18:17 mais je pense que ce sera dur.
18:20 Qu'avez-vous dans votre cœur ce matin, monsieur Thibaut ?
18:23 J'essaie de ne pas avoir de haine.
18:26 Cette phrase de Jean-Marie Thibaut, "j'essaie de ne pas avoir de haine",
18:30 me poursuit jusqu'à aujourd'hui encore.
18:33 Souvent, ça revient.
18:35 C'est quelque chose qui nous a bousculés.
18:37 Il y a eu l'attentat de Jengen,
18:40 et malgré ça, il a décidé de confirmer
18:44 sa décision de lever les barrages.
18:46 Et pour nous, je pense que, les canidoliens,
18:49 je pense que ça va au-delà du mont de Canapes,
18:52 il est devenu un homme d'État.
18:54 Les auteurs de la fusillade de Jengen
18:56 viennent de se livrer à la justice
18:58 après une semaine de fuite dans la Brousse.
19:00 Cet homme en tout, il avoue avoir tendu l'embuscade meurtrière.
19:04 Notre grand souci, c'était de faire en sorte
19:07 que l'on retrouve la paix.
19:09 Et Bizani pensait, à juste titre,
19:12 qu'il fallait qu'il y ait une reconnaissance
19:15 de l'identité canaque.
19:18 La France, ou bien l'indépendance,
19:22 l'indépendance, ou bien la France,
19:27 il est possible d'associer
19:30 ce que l'on avait jusqu'ici opposé.
19:33 Edgar Bizani propose un nouveau statut
19:37 pour la Nouvelle-Calédonie,
19:39 l'indépendance-association.
19:41 Son projet prévoit des apports matériels importants
19:44 et un découpage en régions du territoire.
19:47 Il y a la volonté, à la fois de décentraliser
19:51 et en même temps de faire en sorte
19:54 que les indépendantistes, les canaques du Nord et des îles
19:58 puissent avoir également une partie du pouvoir.
20:01 C'est-à-dire décentraliser et déconcentrer ensuite.
20:04 Au moment où ceci se produit,
20:11 il y a l'assassinat d'un jeune garçon qui s'appelle Tual.
20:15 Un jeune homme de 17 ans,
20:17 fils d'un des plus gros éleveurs caldoches de l'île,
20:20 a été tué d'une balle dans la tête par des inconnus
20:23 dont on croit être des Mélaniciens.
20:25 Yves Tual, le jeune homme assassiné,
20:27 était le neveu de Roger Galliot, le maire de Thiau.
20:30 J'ai appris par téléphone que mon neveu venait d'être tué.
20:35 Avec ma voiture, j'ai été aussitôt sur les lieux.
20:39 J'ai commencé par mettre tout le monde à l'abri
20:41 parce qu'ils étaient là, exposés,
20:43 ils ne savaient pas ce qui leur arrivait.
20:46 J'ai pris des mesures de précaution, j'ai rentré tout le monde.
20:50 Ils étaient autour, je savais qu'il y avait quelque chose,
20:53 mais je ne savais pas la situation, je ne la connaissais pas.
20:56 J'ai pris une arme et j'ai tiré des différents coins de la maison
21:01 pour faire croire qu'il y avait beaucoup de monde arrivés.
21:04 C'était de la dissuasion en réalité,
21:07 mais la mort de mon neveu n'était qu'un commencement.
21:10 Dans la journée, cela va provoquer une émeute colossale sur Nouméa.
21:19 Assassins, pisoliers ! Assassins, pisoliers !
21:30 Après une nuit d'émeute, le GIGN encercle la propriété
21:34 sur laquelle se trouveraient les responsables de la mort du jeune Kaldosh.
21:38 Elouah Machoro, le numéro 3 du FLNKS, est tué.
21:48 Assassins politiques. J'ose le dire, l'affirmer et le proclamer.
22:02 Voilà quelle était effectivement la situation à ce moment-là.
22:06 C'était donc très grave.
22:09 Je crois que c'est une guerre civile qui a été jusqu'à ouvert.
22:16 J'ai décidé de déclarer l'état d'urgence à partir d'aujourd'hui 12 janvier 1985 à 12 heures.
22:27 Tous les camps s'opposent autour du statut Pisani.
22:35 Pour le FLNKS, ce n'est toujours pas l'indépendance.
22:39 Pour les loyalistes, les anti-indépendantistes,
22:42 ce premier pas va trop loin vers l'autonomie.
22:45 Mais le destin de la nouvelle Calédonie va se jouer une fois de plus à Paris
22:52 au gré d'un changement de gouvernement.
22:55 Il y a des élections législatives.
22:59 Chirac devient Premier ministre.
23:04 Il y a une cohabitation entre François Mitterrand et Chirac.
23:12 Ils sont sur des visions radicalement différentes.
23:17 L'arrivée de Ponce, il s'agit de tout casser à nouveau.
23:24 Le gouvernement de Jacques Chirac, avec Bernard Ponce sur place,
23:34 veut aussi faire la démonstration d'une reprise en main de la situation calédonienne
23:40 par un afflux massif de militaires, de membres des forces de l'ordre
23:45 et puis une politique de pacification à l'échelle du territoire.
23:50 Du jour au lendemain, tu vois apparaître dans les tribus des camions militaires
23:55 avec des gendarmes qui débarquent, qui installent les campements,
23:58 qui font la gymnastique à 6 heures du matin, qui donnent des bonbons aux gamins.
24:03 Finalement, on gérait la nouvelle Calédonie sans les indépendantistes.
24:08 Et donc sans la communauté canaque.
24:11 C'est perçu comme une sorte de posture coloniale.
24:17 Et effectivement, le FLNKS avait le choix entre ne rien dire et disparaître
24:24 ou se révolter. C'est ce qu'ils ont fait.
24:27 Et ce qui a donné la suite qui va déboucher sur Ouvéa.
24:34 6 mois avant la prise d'otage d'Ouvéa, une étincelle finit d'allumer le feu
24:39 de la colère canaque. Le verdict du procès des accusés de l'attaque de Yengen tombe.
24:45 Les 7 hommes qui avaient pourtant avoué quelques années plus tôt sont acquittés.
24:50 Après 2h30 de délibération, les jurés, 7 européens, 1 walisien et 1 mélanésien,
24:55 ont prononcé l'acquittement, une réponse à l'avocat général
24:58 qui demandait de 7 à 9 ans d'emprisonnement.
25:00 Retenant la thèse de la légitime défense, le tribunal a pris en compte
25:04 la situation de tension de la Calédonie lors de la fusillade.
25:07 Ce rendu de justice fait au nom du peuple français est considéré
25:19 par les indépendantistes comme un permis de tuer du canaque.
25:23 C'est ça le point de non-retour.
25:26 Finalement, la vie des canaques c'était un peu comme les chiens.
25:29 Tu peux tuer, tu n'as rien à craindre de la justice.
25:32 C'est dans cette atmosphère que l'année 1988 commence.
25:38 La campagne présidentielle bat son plein.
25:41 Les deux favoris sont Jacques Chirac et François Mitterrand.
25:45 En Nouvelle-Calédonie, les élections régionales liées au nouveau statut Ponce
25:51 sont organisées en même temps que les présidentielles.
25:55 Pour l'occasion, le FLNKS prépare des actions pacifiques dans tout l'archipel.
26:00 Le nouveau statut devra être voté.
26:05 Le FLNKS avait demandé un boycott actif des élections.
26:09 Un certain nombre d'actions avaient été décidées,
26:12 comme d'occuper toutes les gendarmeries, de faire baisser le drapeau tricolore
26:17 et de lever le drapeau indépendantiste.
26:22 Deux jours avant le vote, le 22 avril 1988,
26:26 une soixantaine de canaques indépendantistes
26:29 entrent dans la gendarmerie de l'île d'Ouvéa.
26:32 Normalement, on fait une occupation pacifique jusqu'au dernier tour des présidentielles.
26:41 Le matin, on doit attendre le lever de drapeau.
26:47 Les gendarmes vont aller déposer les armes à l'armerie.
26:52 Et c'est quand ils vont ressortir, c'est là qu'on va intervenir.
26:57 Le mec qui avait donné le signal,
27:01 il a donné le signal avant que les gendarmes ressortent de l'armerie.
27:06 Et les mecs, comme ils sont encore dans l'armerie, ils nous ont tirés dessus.
27:13 Après, c'est là que les gars, nous, on a riposté.
27:18 On s'est réunis vite fait, on a divisé les otages en trois groupes.
27:27 Dans la forêt, on a marché et on a trouvé la grotte.
27:32 C'est là qu'on s'est installés.
27:35 Comme il y avait un peu de pluie aussi, après il tombait la pluie,
27:38 on a décidé de rester dans cette grotte.
27:42 Trois gendarmes ont été abattus ce matin à Ouvéa
27:45 et 27 autres sont à l'heure actuelle détenus en otage par des indépendantistes dans le nord de l'île.
27:50 Des renforts ont immédiatement été dépêchés sur place
27:53 et une opération est actuellement en cours pour récupérer les otages
27:57 et pour arrêter les auteurs de cette agression.
28:00 La prise d'otage d'Ouvéa a été un choc.
28:06 Attaquer une gendarmerie, prendre en otage des gens,
28:09 mais on n'est jamais allé jusque là, ce sont des faits de guerre.
28:13 Quand on arrive sur place, l'ambiance est calme, plutôt calme.
28:21 On nous apprend un petit peu ce qui s'est passé.
28:24 Comme première mission, on a eu déjà de faire des ouvertures de voies
28:31 parce qu'il y avait des barrages qui avaient été faits par les canards
28:35 sur les routes, sur les pistes, avec des abatis, des arbres qu'ils avaient mis en travers, etc.
28:41 Donc on a déjà dégagé les voies et puis on est allé un peu au renseignement
28:46 pour savoir où se trouvaient les otages et la grotte.
28:50 On faisait attention aussi parce que dans les sous-bois,
28:55 il pouvait y avoir des canards avec des fusils de chasse.
28:58 Cinq jours après le début de la prise d'otage,
29:02 six membres du GIGN, dont Alain Guilloteau, sont capturés par les canards.
29:07 On avançait comme ça tous les six par un petit sentier au milieu de la cuvette
29:13 et là, ils sortaient des canards de partout.
29:16 Ils descendaient des arbres avec un pistolet dans une main, une hache dans l'autre.
29:20 Ils avaient des bandeaux de kamikazes dans les cheveux.
29:22 Et là, on avançait comme ça jusqu'à l'entrée de la grotte.
29:25 Donc on a été attaché avec des menottes, des manchettes, des coutures,
29:30 donc on a été attaché avec des menottes de gendarmes que les canards avaient pris.
29:34 Et on est descendu dans la grotte comme ça,
29:36 tel des pandas moyens parce que c'était des branches d'arbre pour descendre dans la grotte.
29:40 On ne dormait pas très bien, on ne mangeait pas beaucoup.
29:45 Voilà, donc on attendait.
29:48 On savait qu'il y aurait une opération en force.
29:50 On l'envisageait, on la souhaitait parce qu'il n'y avait pas d'autre moyen.
29:56 Malheureusement, les canards étaient vraiment très déterminés
29:59 au bout de leur opération.
30:01 Nouvelle-Calédonie, renfort dans l'île d'Ouvéa pour rechercher les 27 gendarmes enlevés.
30:07 Les ravisseurs posent trois conditions pour leur libération.
30:10 Une annulation de l'élection régionale,
30:12 une discussion sur un référendum d'autodétermination
30:16 et un retrait des forces de l'ordre de l'île d'Ouvéa où est eu lieu le drame.
30:20 Fait unique dans l'histoire de France, les militaires gèrent l'île à huit clots.
30:26 Depuis ce matin ici à Ouvéa, c'est un va-et-vient de Puma et de Transal,
30:31 les avions militaires, de nombreux gendarmes en armes
30:34 et des cinq journalistes qui ont fait le déplacement de Nouméa ce matin
30:37 ont été littéralement enfermés dans un hangar tout près de la piste,
30:41 impossible naturellement dans ces conditions de filmer quoi que ce soit et de rapporter des images.
30:45 Journalistiquement, la période d'Ouvéa a été une période de grande violence
30:50 puisqu'on se retrouve dans une situation où une région de France,
30:56 parce qu'Ouvéa est une région de France,
30:58 est mise sous l'autorité des militaires, du général,
31:01 avec les téléphones coupés, les communications téléphoniques,
31:05 plus d'avions, plus de bateaux et avec comme seule source d'informations le ministre.
31:11 On ne pouvait pas avoir les responsables du FNNKS puisqu'ils n'avaient pas d'informations eux-mêmes,
31:15 on ne pouvait avoir personne et donc finalement c'est une couverture très particulière.
31:23 Je pense que de toute mon expérience de 30 ans ou 40 ans de journalisme, je n'ai jamais connu ça.
31:29 Ce n'était pas la dictature, mais ce n'était plus la démocratie.
31:33 A Paris, la prise d'otages fait la une de tous les journaux
31:39 et devient un enjeu de la campagne présidentielle.
31:43 Ouvéa est véritablement un écueil dans la politique française de l'époque.
31:48 Vous imaginez l'intensité médiatique de ce fait politique majeur
31:54 qui va avoir des répercussions sur une élection présidentielle
31:59 puisque le sujet numéro un, c'est ce qui se passe à Ouvéa, à 20 000 km de Paris.
32:06 Nous avons assisté, nous assistons actuellement,
32:08 et c'est dramatique, à l'échec absolu de votre politique
32:12 en constatant ce que j'ai constaté, à savoir qu'on ne pouvait insurer l'harmonie
32:18 dans l'injustice et l'oppression.
32:22 Vous savez, monsieur Mitterrand, si l'on n'avait pas systématiquement encouragé le FLNKS et Chibaud,
32:28 nous n'en serions pas là.
32:30 Chibaud disait, il y a quelque temps, que la France nous dise combien elle veut que l'on fasse.
32:36 La France nous dise combien elle veut de mort.
32:39 Moi, je ne respecte pas quelqu'un qui est devenu un terroriste.
32:43 Et je ferai tout pour que ce groupe terroriste soit réduit,
32:48 comme j'ai tout fait pour qu'il soit réduit ailleurs.
32:51 Deux visions de la Nouvelle-Calédonie.
32:54 Mais c'est Jacques Chirac, alors Premier ministre, qui gère la crise d'Ouvéa.
32:58 Le ton est donné par son émissaire sur place, Bernard Ponce, ministre des Dom-Tom.
33:05 La gendarmerie a reçu l'ordre d'utiliser tous les moyens,
33:09 et en particulier de répondre aux armes par les armes.
33:14 Alors la stratégie a été de laisser croire aux Canaks
33:23 qu'une équipe de télévision viendrait pour filmer leurs revendications.
33:27 Et ils ont dit que les journalistes, ils vont venir le 5.
33:32 C'est pour le 5.
33:34 5 le matin, c'est là qu'on a commencé les hélicos à nous survoler.
33:45 Et nous, ah, mais c'est les journalistes, quoi.
33:52 C'est des journalistes.
33:54 Et moi, en voyant ça, j'ai dit, je crois pas, c'est pas les journalistes.
33:59 C'était pas les journalistes.
34:01 J'ai couru pour aller récupérer mon fusil.
34:07 Ça commence à tirer dans tous les sens,
34:10 et ça a duré de 6 heures le matin jusqu'à 14 heures.
34:13 Donc là, il a été tiré des milliers de cartouches.
34:16 Ils tirent, nous aussi on tire.
34:19 C'est un mélange d'odeurs, de poudre, de fusils, de sang, de la peur aussi.
34:28 Ça a une odeur, la peur, la sueur, et puis la fumée.
34:34 C'est un peu l'apocalypse.
34:37 Après, ils ont noyé la grotte de l'acrymogène.
34:45 Et derrière nous, il y avait une petite cheminée,
34:47 comme une petite canalisation qui nous permet d'évacuer dans la deuxième pièce.
34:51 Et là, on est sortis à 14 heures, mais on pleurait d'émotion,
34:54 mais aussi par l'acrymogène qu'on avait eu.
34:57 On a réussi.
34:59 Tous les fusils qu'on avait, on a tous laissés dans la grotte,
35:05 et on est sortis comme ça, sur la tête.
35:11 C'est là que j'ai réagi, j'ai dit "mais purée,
35:16 on est les seuls survivants, on est les derniers,
35:20 tous les autres ils sont en bois".
35:24 C'est un outil pour la République.
35:27 C'était la première fois que je vivais ça comme ça au groupe,
35:30 avec autant de tirs dans l'intervention.
35:34 Et puis des morts, 25 morts dans une intervention,
35:38 ça c'est jamais vu.
35:40 L'opération Victor permet la libération des 23 otages.
35:46 Un triste bilan viendra mettre un point final à cet épisode tragique.
35:50 Six militaires et 19 canards sont tués entre le 22 avril et le 5 mai 1988.
35:57 Dans cette affaire il y a l'œil de l'honneur de la France,
36:02 de l'honneur de l'armée française,
36:04 de l'honneur de la gendarmerie nationale,
36:06 mais surtout de la vie de 23 otages.
36:08 C'était ça qui nous a guidés.
36:10 Je pense que c'est le problème de la façon la plus coloniale possible,
36:15 et ce n'est pas parce qu'ils ont tué les canards qu'on vient,
36:20 que le problème de la revendication d'indépendance sera mort.
36:27 15 jours après la fermeture de Lille à la presse,
36:32 l'armée organise une opération de communication avec les médias.
36:36 Elle permet aux journalistes de filmer l'intérieur de la grotte
36:41 et encadre l'information autour de l'assaut.
36:45 Ce sont les armes volées à Fayahoué le 22 avril,
36:49 les famasques, les détenus, les gendarmes mobiles.
36:51 Leur détermination est totale.
36:53 Ce sont des gens qui manifestement voulaient aller jusqu'au bout,
36:56 et qui malgré les différentes négociations,
36:58 les différentes interpellations et les différentes formations,
37:00 n'ont jamais voulu se rendre.
37:02 Peu à peu, des voix s'élèvent pour dénoncer les méthodes utilisées par les militaires.
37:11 On est assis en rond, avec la main derrière la tête.
37:15 Le mec était juste derrière moi, il a appelé la vélo.
37:21 C'est toi le Rambo ?
37:23 Maintenant tu vas descendre pour nous montrer l'intérieur de la grotte.
37:27 On est là-haut, on a écouté un coup de feu.
37:32 On a écouté le coup de feu, et le mec il est revenu.
37:36 A quel tour ? A quel tour pour descendre pour nous montrer l'intérieur de la grotte ?
37:42 Même entre nous, quand on discute comme ça, ça revient.
37:50 Avec mes frères, chaque fois que je discute avec eux, j'ai toujours les larmes.
38:00 Ça coule, voilà.
38:02 J'ai toujours...
38:05 Chut...
38:07 La mort de Vincenceslas Lavelois et deux autres preneurs d'otages
38:15 va faire l'objet d'une enquête qui aboutira à un non-lieu.
38:19 Ça restera une cicatrice, cette affaire d'Ouvea.
38:24 Ça a été une sorte de limite, c'est-à-dire qu'on ne peut pas continuer.
38:28 Il faut trouver des solutions.
38:30 On a été jusqu'au bout d'une sorte de grabuge, à la fois humain, culturel, politique, etc.
38:38 Et je crois que ça a traumatisé notre pays.
38:41 Ces événements vont complètement mettre à mal notre idéal de vivre ensemble.
38:48 Le bain de sang qui conclut cette terrible tragédie
38:52 montre ô combien le problème calédonien n'est absolument pas réglé.
38:56 C'est pour cela d'ailleurs qu'on peut qualifier la mission du dialogue
39:00 qui sera envoyée par Michel Rocard, le Premier ministre du second septennat de François Mitterrand,
39:07 comme d'un véritable miracle.
39:09 Je vous rappelle que la mission est composée de trois hauts fonctionnaires,
39:17 d'un prêtre, d'un pasteur et d'un franc-maçon.
39:20 Six hommes en quête de réconciliation.
39:22 La mission du dialogue est bien partie, c'est ce que vient de déclarer le préfet Christian Blanc,
39:27 qui mène, vous le savez, cette mission qui a été dépêchée sur le territoire par le Premier ministre Michel Rocard.
39:33 Dans un premier temps, personne ne voulait nous rencontrer.
39:38 Les Canacs étaient aux abonnés absents, les Caldoches aux abonnés absents.
39:46 Quand on voit des gens qui, pour des raisons que l'on peut comprendre,
39:52 en sont prêts à se tuer les uns les autres, vous n'avez pas le choix.
39:59 Plus que ça, il fallait réussir.
40:02 Et on comprend que c'est à Ouvéa que le drame est devenu irréconciliable
40:14 et que c'est donc là qu'il faut aller.
40:17 Le petit aéroport est entouré de sacs de sable avec quelques militaires qui sont là pour tenir ce petit aéroport.
40:29 Et là, il n'y a pas question de s'installer quelque part.
40:36 On se met à l'ombre et puis on s'assied par terre et puis on commence à discuter.
40:43 J'ai la photo.
40:45 C'est bête, mais des images où ils sont assis sur une natte à Ouvéa,
40:52 je pense que ça a débloqué beaucoup de choses.
40:56 Et puis qu'ils se mettent en position d'écoute,
41:00 c'est un grand pas par rapport à ce qu'étaient les discussions qui avaient eu lieu auparavant.
41:09 Que les gens se mettent en face d'écoute, il y avait un truc aussi de bienveillance
41:15 parce qu'on se place sur le plan de la fraternité des hommes.
41:19 Et puis nous voilà partis.
41:22 L'ombre d'un petit chemin jusqu'à la tombe immense avec des fleurs partout.
41:29 Moment de recueillement auprès des 19 tombes d'indépendantistes
41:34 pour restaurer la confiance des Kanaks en la France.
41:36 Les six membres de la mission ont partagé leur douleur pendant quelques instants.
41:41 Et puis là, silence et tout le monde est pris par ce moment.
41:49 La mission du dialogue ira à la rencontre des anti-indépendantistes
41:54 représentés par Jacques Lafleur, député du RPR calédonien.
41:58 Puis de Jean-Marie Chibau à Yingen.
42:04 Les six missionnaires resteront près d'un mois en Nouvelle-Calédonie.
42:08 Donc la mission du dialogue est incontestablement une réussite.
42:12 Tous les groupes constitués, associations, clubs sportifs, clubs de service,
42:18 associations communautaires, patrons, chefs d'entreprise, etc.
42:22 qui veulent la rencontrer, la rencontrent.
42:25 Et elle permet de conclure qu'il est possible de ramener la paix dans les esprits
42:31 et d'ouvrir une nouvelle page de l'histoire de la Calédonie.
42:34 Le traumatisme d'Uvea a permis de mettre sur les rails les accords de Matignon.
42:43 À l'hôtel Matignon à Paris, un nouveau chapitre s'ouvre pour la Calédonie.
42:56 Christian Blanc fait venir Jean-Marie Chibau et Jacques Lafleur pour négocier ce nouvel accord.
43:02 Lafleur est arrivée à Paris, Chibau est là depuis quelques jours.
43:08 Ils sont arrivés dans le plus grand secret,
43:11 c'est-à-dire que personne ne sait qu'un rendez-vous est prévu à Matignon.
43:15 Je reçois l'appel téléphonique du directeur de cabinet de Michel Rocard
43:24 disant qu'il y a une imprévue terrible,
43:26 c'est que Michel ne peut pas recevoir l'un et l'autre, l'un des collègues néphritiques.
43:31 J'expliquais carrément la situation, j'ai dit écoutez, de toute façon, il n'y a rien de changé.
43:39 Depuis le début, votre interlocuteur, ça a été moi.
43:44 J'ai agi au nom du Premier ministre qui est à côté, donc voilà.
43:51 Et là, pour la première fois, depuis fort longtemps, il se parle.
43:55 Accord sur un début de règlement du problème calédonien,
44:00 signé ce matin par le Premier ministre, M. Michel Rocard, et les deux partis intéressés.
44:05 Principaux points du document, le retour à l'administration directe du territoire par Paris
44:10 pour une durée de 12 mois, un an.
44:12 Enfin, dans un délai de 10 ans, nouveau référendum d'autodétermination sur le territoire.
44:19 Une page nouvelle va pouvoir s'écrire, non par les armes, mais par le dialogue,
44:23 par la tolérance, par le travail, par la volonté.
44:26 Ceux qui, ici à Paris, ont parlé en votre nom, ont fait preuve de courage et de responsabilité.
44:37 On était tous heureux, sachant que ce serait difficile après.
44:45 Mais déjà, il y avait eu la rencontre, il y avait eu un accord, il y avait eu une signature.
44:53 C'est une date éminemment historique, puisque quelques mois auparavant,
44:58 Jacques Lafleur disait à ses interlocuteurs que jamais il ne négocierait la paix
45:05 avec un groupe de 200 terroristes. C'est comme ça qu'il qualifiait le FLNKS.
45:09 Et moins de 4 mois plus tard, il sert la main de Jean-Marie Thibaut,
45:13 c'est véritablement un miracle.
45:18 Les accords de Matignon, c'est le pari de l'intelligence, c'est de dire que finalement,
45:25 on sort un peu des slogans et de tout ça, et on essaie de construire quelque chose
45:30 qui soit une décolonisation, et là, ce n'est pas un gros mot,
45:35 parce qu'il y a eu une colonisation, il faut une décolonisation,
45:39 mais il faut le faire ensemble.
45:43 L'avenir de cette terre du Pacifique se retrouve au cœur de l'actualité.
45:47 Un référendum est organisé pour demander l'approbation de tous les Français
45:52 aux accords de Matignon.
45:54 Un peu plus de 38 millions d'électeurs en France métropolitaine
45:58 et dans les territoires d'outre-mer et départements d'outre-mer
46:01 sont invités à participer demain au référendum sur l'avenir institutionnel
46:05 de la Nouvelle-Calédonie.
46:06 Je vais voter non. Pourquoi ? Parce que je viens d'Algérie,
46:11 je ne voudrais pas que la Nouvelle-Calédonie fasse comme l'Algérie.
46:15 Personne ne s'intéresse pas, ils ne savent pas qu'il y a des Français là-bas,
46:19 ils ne savent pas que c'est un territoire qui appartient à la France.
46:23 Malgré une abstention de plus de 60%, le "oui" l'emporte
46:28 et enterrine les accords de Matignon définitivement.
46:32 Pourtant, l'horizon se voile.
46:37 Le drame d'Ouvéa et les accords de Matignon restent une plaie toujours ouverte pour certains.
46:43 Un an plus tard, lors de la cérémonie d'hommage aux Kanaks
46:51 morts pendant la prise d'otage d'Ouvéa, un militant opposé aux accords de Matignon
46:56 assassine Jean-Marie Chibahou et son bras droit, Yeweneh Yeweneh.
47:01 La terre d'Ouvéa semble alors maudite.
47:05 La communauté Kanak perd un leader généreux,
47:09 la Nouvelle-Calédonie un homme de réconciliation,
47:13 et moi un ami.
47:15 Après on entend dans le village quelqu'un qui pleure, après c'est une autre,
47:20 après c'est une autre, puis c'est...
47:22 Dans le noir, plein de gens qui pleurent dans la nuit.
47:25 C'est ma mère qui sort et qui nous dit,
47:28 "Eh voilà, on va... quelque chose qui est arrivé à papa là-bas à Ouvéa."
47:34 Pourquoi mon père perd la vie à cause d'une poignée de mains ?
47:39 Ce que je peux dire, c'est que le prix du sang, on connaît.
47:46 9h ce matin, le cortège part de la morgue de Nouméa.
47:53 Des milliers de personnes, encadrées par un service de sécurité,
47:56 commencent la grande marche vers la cathédrale.
47:59 La mort de Jean-Marie Thibaut a ouvert une sorte de boîte de pendants,
48:05 des angoisses, est-ce que la violence, est-ce que le processus est maintenu ?
48:11 Il y a presque eu un effet christique dans la mort de Jean-Marie Thibaut,
48:15 qui est de dire finalement, il n'y a plus eu de débat ensuite.
48:20 L'exutoire de cette inquiétude, c'est que le processus s'installe,
48:25 et se met en marche.
48:29 Le regard que lui avait sur l'émancipation du pays,
48:34 c'était vraiment un regard qui était un pays juste,
48:38 un pays libre, un pays émancipé des modèles,
48:41 un pays dans lequel on participe chacun là où on est,
48:45 à la valorisation de notre patrimoine, et de nos identités.
48:49 Et que l'histoire qui a forgé le pays,
48:52 dans la violence, soit aussi une histoire qui puisse être assumée.
48:57 Je dirais qu'aujourd'hui, cette poignée de main,
49:13 c'est un héritage qui nous engage.
49:18 ...
49:28 ...
49:38 ...
49:48 ...
49:58 ...
50:08 ...
50:18 ...
50:28 ...
50:38 ...
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