00:00 J'accueille Sonia Lagarde. Bonjour, merci d'être avec nous. Vous êtes la maire.
00:02 Renaissance de Nouméa. Est-ce que vous nous confirmez ces, de nouveau, ces tragiques événements
00:08 dans la partie nord de la Nouvelle-Calédonie, à un barrage, un mort et deux blessés graves ?
00:13 Oui, je confirme. Ça s'est passé en Brousse, à 300 km de Nouméa.
00:20 Visiblement, il y a des gens qui ont tenté de forcer un barrage.
00:24 Et bien voilà, il y a eu un échange de tirs, donc il y a un mort du côté européen,
00:31 un blessé aussi et il semblerait qu'un blessé du côté mélanésien.
00:36 Voilà ce que je sais pour l'instant. Ça ne s'est pas passé dans la commune de Nouméa,
00:39 mais fort loin, à environ 300 km.
00:42 Ce qui frappe, c'est qu'il y a deux volets. Il y a des violences, et je voudrais évidemment
00:46 votre analyse là-dessus, et aussi des dégâts extrêmement importants.
00:50 Concernant les violences, on a le sentiment que même s'il y avait un début de retour au canne
00:54 depuis hier, ce qui s'est passé au nord de la Nouvelle-Calédonie prouve qu'on est loin d'un retour à la normale.
01:00 On est loin d'un retour à la normale, vous avez raison. On est loin d'un retour à l'apaisement,
01:06 même si tout le monde appelle de ses voeux, bien évidemment, à ce que tout ça cesse.
01:11 Si on a passé les deux dernières nuits, on peut dire qu'elles étaient plus calmes.
01:16 Par contre, les jours se ressemblent, avec 100 lots d'incendies.
01:19 Et là, au moment où je vous parle, il y a des barricades qui sont montées dans un quartier
01:24 est de la ville de Nouméa, qui sont tenues, et qui seront tenues, ces barricades, ces barrages,
01:30 par les indépendantistes. On a des dégâts qui sont incroyables, en particulier des biens privés,
01:36 mais aussi des biens publics. Moi, j'ai mes ateliers municipaux qui ont totalement brûlé.
01:42 Au moment où je vous parle, nous avons tellement de dommages sur nos caméras de vidéosurveillance
01:47 qu'il est aujourd'hui impossible de voir, parce qu'on est des zones qui sont dans le noir.
01:52 Et donc, on a une mairie annexe en quartier Nord qui, visiblement, aujourd'hui,
01:58 au moment où je vous parle, semble être attaquée. Peut-être qu'il y aura le feu.
02:03 Donc, voilà, la situation ne s'améliore pas, bien au contraire, malgré tous les appels à l'apaisement.
02:09 – Comment on fait pour vivre à Nouméa et dans le reste de la Nouvelle-Calédonie,
02:11 mais Nouméa, puisque vous êtes la maire de la ville ?
02:15 – Écoutez, tout ça est extrêmement difficile. Moi, je suis dans une tristesse infinie,
02:20 parce que ça fait 10 ans que je suis en mairie et que j'ai fait beaucoup pour essayer d'améliorer la ville,
02:26 amener une qualité de vie, quels que soient les quartiers.
02:28 Et quand je vois tous ces dégâts, et que ce soit les biens privés ou les biens publics qui partent en fumée,
02:34 on ne peut être… c'est la désolation. Est-ce qu'on peut dire qu'on est dans une ville assiégée ?
02:42 Oui, je pense qu'on peut le dire, parce qu'aujourd'hui, on n'a plus la possibilité…
02:48 alors les renforts sont arrivés, mais on n'avait pas de possibilité de pouvoir passer,
02:53 rentrer dans la ville, sortir de la ville, puisqu'il y a des barrages de partout.
02:58 Donc les services de l'ordre qui sont arrivés vont faire bien évidemment leur travail,
03:03 il faut laisser un petit peu de temps et je crois qu'il faut qu'on ne perde pas patience.
03:07 Mais en tout cas, la vie est extrêmement difficile et c'est un spectacle de désolation
03:13 dans une ville que tout le monde disait qui était fort belle.
03:16 Eh bien, voilà, on ne peut que constater tout ça. Je suis d'une tristesse infinie.
03:20 La Chambre de commerce et d'industrie évoquait des dégâts à hauteur de 20 milliards d'euros.
03:26 Ça semble énorme. Et quand on voit les images, on dit que c'est sans doute cela.
03:31 Alors je pense qu'on a minimisé les chiffres.
03:35 Aujourd'hui, il est très difficile d'accéder dans certains quartiers,
03:39 puisque de toute façon, on ne peut pas passer, il y a des barrages.
03:42 Donc c'est un peu compliqué à chiffrer, mais je pense qu'on sera bien au-delà de ça.
03:47 Ça va être sans doute de l'ordre de 400 milliards plutôt que de 200 milliards.
03:54 Quant à la commune de Nouméa, les dégâts sont infinis.
03:58 Moi, aujourd'hui, je ne peux pas chiffrer, je suis dans cette impossibilité,
04:00 puisqu'il y a des tas de structures municipales qui ont brûlé, des médiathèques, des écoles.
04:05 Il y en a peut-être une qui est en train de brûler au moment où je vous parle.
04:09 Et donc, tant qu'on ne peut pas passer, on ne peut pas chiffrer les dégâts.
04:15 Mais je ne sais pas comment on va faire.
04:16 Pour reconstruire, comment on va faire pour payer tout ça ?
04:19 Et il est grand temps que ça s'arrête.
04:22 – On parle de velléité indépendantiste, on parle de crise sociale,
04:27 on parle de beaucoup de choses complètement différentes.
04:29 Quelle est, vous, votre analyse de la situation que vit l'île ?
04:33 – Alors, la situation, elle est aujourd'hui, sur le plan politique,
04:37 elle est purement politique, avec une revendication,
04:39 vous le savez depuis fort longtemps, que les indépendantistes appellent de leur vœu,
04:43 c'est-à-dire accéder à la pleine souveraineté.
04:48 Ensuite, est venu se greffer là-dessus,
04:51 ça c'est une vieille revendication qui n'échappe à personne,
04:54 mais en-delà de ça, est venu se greffer le dégèle du corps électoral.
04:59 Vous savez qu'on a ici…
05:02 on ne peut pas voter tant que vous n'avez pas…
05:04 c'était dans l'accord de Nouméa, si vous n'avez pas 10 ans de résidence,
05:07 c'est-à-dire qu'on avait un corps électoral glissant.
05:09 Ça a déchaîné un peu les passions,
05:12 mais l'État avait consulté, vous le savez, le Conseil d'État,
05:16 qui avait dit "mais cette situation ne peut plus durer,
05:19 l'accord de Nouméa c'est fini, il faut trouver un nouvel accord,
05:22 et donc tout doit rentrer dans l'ordre".
05:24 Donc, apparemment, des accords avaient été passés 10 ans,
05:29 parce qu'on était exactement dans l'accord de Nouméa,
05:33 et puis les choses se sont envenimées.
05:35 Alors, dire qu'il y a une crise sociale, vous avez raison,
05:39 parce que la Nouvelle-Calédonie n'a plus d'argent, vous le savez,
05:41 on a des problèmes avec les mines, et en tout cas les usines,
05:46 il n'y a aujourd'hui pas de recruteurs, donc la situation est compliquée,
05:49 et quand on a un problème social comme ça,
05:51 c'est aussi le terreau de la revendication.
05:55 Voilà, donc le climat était déjà suffisamment anxiogène
06:00 avec cette crise du nickel, avec un pacte nickel
06:02 qui n'a pas trouvé preneur ici,
06:05 on est toujours en train de disputer,
06:07 donc cette revendication avec ces barrages,
06:10 qui a été organisée par le FNLKS,
06:13 avec une cellule de coordination de terrain qu'on appelle la CCAT,
06:16 et qui a amené dans la ville de Nouméa aujourd'hui,
06:19 plus de 4000 émeutiers, qui sont des jeunes de quartier,
06:23 qui ont entre 15 et 25 ans,
06:26 qui sont assez désœuvrés, avinés,
06:30 avec du cannabis derrière, le plus jeune âge,
06:34 et donc on a dans nos quartiers aujourd'hui des jeunes délinquants
06:38 qui n'ont demandé que ça.
06:39 Leurs pères, leurs grands-pères...
06:41 – Je vous interroge juste parce que j'ai Naïla Latrouz,
06:43 sachée du séries Poétique BFM TV, qui est sur le plateau,
06:45 et qui a une question directe pour vous, Naïla, pardon.
06:47 – Bonjour Madame Lagarde, une réunion se tenait hier à Matignon,
06:51 avec des parlementaires notamment,
06:53 qui ont réclamé le report de ce dégel du corps électoral,
06:56 que vous venez d'évoquer, le report en tout cas de la convocation du Congrès,
07:00 c'est-à-dire ce qui doit enterriner ce texte qui dégelle le corps électoral.
07:04 D'abord, est-ce que vous y êtes favorable à ce report ?
07:06 Et ensuite, est-ce que cela suffirait à ramener le calme aujourd'hui
07:08 si Emmanuel Macron disait "je vous ai entendu, ça ne se fera pas tout de suite" ?
07:13 – Alors, je crois que le Président de la République
07:15 a effectivement raison de faire une pause,
07:17 moi c'est ce que j'appelle de mes voeux depuis maintenant plusieurs semaines,
07:22 régler la situation et ramener l'apaisement dans le pays aujourd'hui,
07:26 ça ne peut être que ça,
07:27 nous n'avons plus d'autres solutions dans cet espace institutionnel,
07:32 et donc je suis assez d'accord avec ça, il faut faire une pause,
07:36 et cette pause permettra sans doute de remettre les gens autour d'une table
07:39 afin de retrouver les voies du dialogue parce que c'est absolument nécessaire,
07:44 et de trouver dans cet espace temps, et il faut lui donner un peu de temps,
07:47 ça ne peut pas être indéfiniment mais en tout cas dans cet espace temps,
07:51 il faut se donner le temps effectivement de pouvoir se remettre autour d'une table
07:55 et de trouver dans un accord global qui doit définir un nouveau statut
08:00 pour la Nouvelle-Calédonie, et bien de définir dans cet accord global
08:03 quel sera le temps imparti à ceux qui arrivent ici
08:10 et qui veulent voter et qui sont là depuis 10 ans,
08:13 alors il appartiendra aux politiques qui discuteront
08:15 et bien de définir si c'est 10 ans, si c'est 5 ans,
08:19 parce que le Président de la République a tout loisir effectivement d'attendre
08:23 et puis essayer à travers ces discussions
08:26 qui devront déjà être partagées localement,
08:29 puis étendues à l'État, et bien de trouver la bonne solution
08:33 pour que l'on ramène le calme,
08:34 nous n'avons pas d'autres solutions aujourd'hui que celle-là.
08:37 – Merci beaucoup Sonia Lagarde d'avoir été avec nous,
08:39 vous laissez retrouver vos administrés parce qu'on a vu la situation,
08:41 ils ont besoin de vous, maire de Nouméa.
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