00:00Bonjour, ça va ?
00:02Ça va, et moi je suis très content de vous avoir...
00:03J'ai eu peur, j'ai eu peur.
00:05Vous avez eu peur ?
00:06Mais peur, parce que je vous voyais un tout petit peu en retard là.
00:08Non, je suis là. Est-ce que je suis en retard ? Non.
00:10Non, vous êtes là, c'est parfait, c'est parfait.
00:12Je suis ravi de vous avoir en tout cas avec moi en plateau ce matin.
00:15Je lisais enfin vous raconter votre vie, toute votre vie,
00:18dans ce livre libre aux éditions Le Duc.
00:21Alors il y a beaucoup de glamour, il y a beaucoup d'amour, il y a beaucoup de paillettes.
00:24On va en parler évidemment.
00:25Il y a aussi pas mal de choses sombres aussi, on va le dire, on va y revenir tout de suite.
00:29Les violences de votre père, la fameuse page 126,
00:33qui fait beaucoup parler depuis deux jours maintenant,
00:35parce que vous portez des accusations contre un réalisateur français.
00:38On va y revenir.
00:40Libre, le titre, parce que vous êtes enfin libérée.
00:43Vous avez pu tout raconter là ce matin, ça va mieux d'une certaine manière ?
00:46Quand on écrit, quand on pose les mots sur le papier,
00:50c'est vrai que c'est une espèce de libération.
00:53Oui, je pense qu'il faut extérioriser ce qu'on a en soi.
00:57Cette fois-ci, c'est un récit qui est quand même positif vers la fin.
01:02C'est quelque chose, c'est mon histoire que je voulais écrire pour ma fille.
01:06Du coup, j'ai vraiment pris le temps et c'est sans filtre.
01:10Pour Nina, à qui vous dédiez ce livre, c'est sans filtre effectivement.
01:13Libre, heureuse, on va raconter les moments heureux,
01:16les rencontres qui ont bouleversé votre vie.
01:18Mais si on revient au début, on parlait des choses sombres.
01:21Vous êtes née en 71, je ne me trompe pas, en Tchécoslovaquie.
01:24Régime communiste très dur.
01:26Vous grandissez d'abord loin de votre mère,
01:28qui pendant plusieurs années va faire ses études de médecine.
01:31C'est votre starka, je prononce bien.
01:34Starka, ça veut dire grand-mère en Slovaque.
01:36C'est la grand-mère qui va en grande partie vous élever à ce moment-là.
01:39Votre père, lui, est d'une cruauté terrible.
01:42Il y a des pages absolument terribles sur votre père.
01:44Qu'est-ce qu'il vous fait subir quand vous êtes petite ?
01:47C'est souvent des humiliations,
01:54des remarques que je suis nulle,
01:57que je suis bonne à rien,
01:59que ma vie va être terrible.
02:04J'ai l'impression que je n'existe pas,
02:07et que je ne devrais pas exister.
02:09Quand on est un enfant, c'est compliqué de se défendre.
02:12En fait, on ne peut pas.
02:14Surtout que je l'ai cru.
02:18Je pensais vraiment à quoi ça sert d'être là,
02:22puisque mon futur est tellement pitoyable.
02:27J'ai ressenti, pas la haine contre lui,
02:31mais plutôt la peine pour moi-même pendant longtemps.
02:36Vous parlez d'humiliation, vous donnez des exemples.
02:39Je lis vos mots.
02:42« Si j'ai le malheur d'oublier d'éteindre la lumière en quittant une pièce,
02:45il me fait écrire 200 fois cette phrase interminable.
02:48Aujourd'hui, 12 février, quand je suis sorti de ma chambre,
02:51je n'ai volontairement pas éteint la lumière et je suis parti dans la salle de bain.
02:54Ce n'est pas bien. »
02:55Ça, c'était tous les jours ?
02:56Non, pas tous les jours.
02:59Je savais qu'il rentrait à 15h50.
03:03Jusqu'à l'arrivée de ma maman à la maison,
03:06c'était une atmosphère tellement pesante.
03:11La crainte soit d'humiliation, soit de rabaissement, soit de violence physique.
03:19Pas tous les jours, mais cette attente entre deux événements
03:22qui était finalement la plus compliquée.
03:25L'arrivée de votre mère, vous racontez à quel point elle vous soulage tous les jours à 15h50, me semble-t-il ?
03:30Mon père, il arrivait à 15h50 et elle arrivait à 18h30.
03:34Ça, c'était le soulagement.
03:36Vous dites qu'il n'y avait pas de haine contre votre père.
03:38Il n'y avait pas de haine à l'époque.
03:40A l'époque. Aujourd'hui, vous ne citez jamais son prénom.
03:43Et vous dites, par exemple, quand votre fille Nina arrive,
03:47vous espérez qu'elle n'aura absolument pas les traits de son grand-père.
03:50Ça, je n'avais pas envie qu'elle le voie.
03:53Parce que le mal qui m'imposait, je n'avais pas du tout envie qu'elle croise son regard.
04:01C'est terrible.
04:02Mais cette haine est revenue avec la naissance de ma fille.
04:05Parce que c'est là où je me suis rendue compte à quel point c'est abominable
04:10d'avoir ce genre de comportement envers son propre enfant.
04:13Je ne comprenais plus. Là, j'avais la haine.
04:17Je le disais, il y a la page 126 dont on va parler.
04:22J'ai retenu ce chiffre-là.
04:24Mais vous racontez votre arrivée en France, vos années, vos débuts dans le mannequinat.
04:30Dans le mannequinat, vous n'avez pas vécu, pas connu de choses sexistes, d'agressions.
04:37Dans ce monde-là, dans ce milieu-là, vous ne l'avez pas vu, vous ne l'avez pas vécu ?
04:40J'avais énormément de chance.
04:42Je me dis avec le recul, mais pas du tout.
04:45Ma carrière était plutôt tranquille.
04:49Je n'avais pas de rencontres négatives, sauf une.
04:56On parle de cette rencontre.
04:58Vous racontez qu'on vous conseille de rencontrer un réalisateur de cinéma qui est connu en France
05:04pour vous lancer éventuellement dans une carrière au cinéma.
05:08Qu'est-ce qui se passe ce jour-là ?
05:10J'ai rencontré un réalisateur pour un film.
05:13Je ne sais même pas s'il est connu. Je n'ai pas son nom.
05:16J'ai oublié, ça fait il y a 20 ans.
05:18C'est une tentative peut-être de quelque chose, mais ça n'allait pas jusqu'à l'enfer.
05:31Je me suis défendue.
05:34Je n'avais pas 20 ans, j'avais entre 30 et 35 ans.
05:37Je me suis défendue, je trouvais ça dégueulasse et je suis partie.
05:41J'ai mis cette histoire de côté, ce que je regrette aujourd'hui.
05:45À l'époque, je me suis dit « c'est un pauvre type, ce n'est pas grave ».
05:49Je suis quelqu'un qui a une carapace, donc j'ai mis de côté.
05:55J'ai pris une douche et j'ai mis de côté.
05:57Je précise, il n'y avait pas d'acte.
05:59Mais aujourd'hui, je me dis que c'est déjà un geste de trop.
06:02C'est déjà quelque chose qui ne devrait pas du tout arriver à personne.
06:06Je regrette de ne pas le dire.
06:08Je pensais à ma fille aussi, ou à toutes les jeunes filles qui peuvent se retrouver dans la même situation
06:12et qui n'ont pas forcément un caractère comme moi,
06:17et qui auraient pu mal vivre, très très mal vivre.
06:21Vous racontez dans le livre qu'il pose d'abord une main sur votre genou,
06:26qu'il se jette sur vous, qu'il vous embrase de force,
06:29vous donnez l'espace de quelques lignes, des détails,
06:33et vous dites à l'instant « c'était une tentative de quelque chose ».
06:36Dans le livre, vous posez des mots.
06:38Vous dites « c'était une tentative de viol ».
06:40Puisque je me débat, on n'en a pas jusqu'au acte.
06:44Mais peut-être qu'il y avait ce but-là.
06:47Vous ne donnez pas son prénom ?
06:49Parce que je ne l'ai pas.
06:51Vous ne l'avez pas ?
06:52Je ne l'ai pas.
06:53Comme j'ai balayé l'histoire, j'en ai parlé à mon agent de l'époque,
06:56mais 20 ans plus tard.
06:58Donc elle me dit « je ne sais plus qui c'était,
07:00mais je me souviens que j'ai entendu des histoires après toi similaires ».
07:04Avec le même réalisateur ?
07:06Ce que je regarde aujourd'hui, il y a un prédateur qui est en liberté.
07:10Peut-être qu'il a fait des choses similaires à d'autres personnes.
07:14Je regrette de ne pas le dire, vraiment.
07:17Vous dites « c'est pour ma fille ».
07:19C'est à ce moment-là que ces choses-là sont ressorties.
07:22C'est pour elle aussi que je le raconte.
07:24Vous dites « j'avais 35 ans et pas 20 ».
07:26C'est ça qui vous a permis d'avoir la force de résister, de le repousser ?
07:30Repousser, parce qu'à 35 ans,
07:32je suis une femme beaucoup plus forte que ce que j'étais à 20 ans.
07:35Et aussi parce que dans mon enfance,
07:38j'ai une sorte de résilience en moi
07:43où j'enlève les choses négatives parce que ça m'est déjà arrivé.
07:47Des choses désagréables ont déjà croisé mon chemin.
07:51Donc peut-être que je me défendais plus facilement que quelqu'un d'autre.
07:55Ce réalisateur français, vous l'avez recroisé quelques jours plus tard ?
07:58Oui, à peu près trois semaines plus tard,
08:00au restaurant où je suis avec mon ex-mari.
08:03Il avait vraiment l'audace de venir et de me dire « bonjour » avec un gros sourire.
08:08Je n'en ai même pas parlé avec mon mari de l'époque.
08:12Et là je me dis « non seulement il m'a fait du mal,
08:17mais je le protège de nouveau ».
08:19Parce que si mon mari était au courant,
08:21ça aurait été toute une autre histoire.
08:23Mais c'est aussi qu'il osait venir
08:26parce qu'il savait quelque part que j'étais faible.
08:30Votre mari, c'était Christian Carambeau.
08:32Oui.
08:33Je vous vois sourire à ce moment-là.
08:35C'était Christian Carambeau.
08:37Il y a un mouvement, le mouvement dans la suite de MeToo.
08:42On a un certain nombre de témoignages.
08:43Judith Gaudrech, par exemple, ces derniers temps.
08:45Et l'Assemblée nationale, par exemple, qui a décidé de lancer une commission d'enquête
08:48justement pour étudier les abus, les violences dont sont victimes les mineurs, les majeurs
08:53dans les secteurs du cinéma, de l'audiovisuel, du spectacle, de la mode également.
08:57Est-ce que vous dites là aussi « il était temps » ?
08:59Mais il était temps il y a longtemps.
09:02C'est encore un peu trop tard, mais heureusement, j'ai l'impression de dire.
09:06Parce qu'on s'habitue, on se dit, même moi à l'époque, on se dit « ouais, c'est pas grave ».
09:11Mais si, c'est grave.
09:13Donc heureusement que le MeToo est arrivé.
09:15Vous vous dites, vous vous sentez féministe ?
09:17J'ai toujours dit que pas vraiment, parce que grâce à mon métier,
09:22c'est un des rares métiers où la femme gagne plus que les hommes, déjà.
09:27Et puis dans mon parcours, j'avais tellement d'autres choses à régler,
09:32à arranger pour mener ma vie normale, tranquille.
09:36Mais quand on regarde mon parcours, c'est un parcours d'une féministe, finalement.
09:41Parce que c'est de veiller sur son chemin, de se battre,
09:46de défendre ses libertés, ses droits.
09:50En fait, c'est exactement ça.
09:52Et quel regard vous posez sur ce qu'on appelle les néo-féministes,
09:55les nouvelles féministes qui sont arrivées ces dernières années en France,
10:00et qui vont, pour certains, parfois très loin dans la dénonciation,
10:03dans l'opposition face aux hommes,
10:05face à ce que peuvent représenter le patriarcat, la culture du viol, etc.
10:09Comment vous vous positionnez par rapport à ça ?
10:11Moi, je suis une femme, j'aime les hommes.
10:14J'ai beaucoup de respect pour les hommes.
10:16Je suis peut-être éduquée un peu à l'ancienne.
10:18J'aime m'occuper de mon homme.
10:21Certains gestes ne me dérangent pas.
10:23J'aime bien la coquetterie.
10:25J'aime bien que les hommes me donnent des compliments.
10:29Donc voilà, chacun a ses moyens de s'exprimer, ses opinions.
10:36Je défends mes droits.
10:38En revanche, ils devraient être les mêmes que pour les hommes.
10:42Ça, je suis d'accord.
10:44Les hommes de votre vie, Adriana, il faut en parler.
10:47Il n'y a pas de relation intime derrière ça,
10:51mais il y a un homme qui change votre vie.
10:53Quand vous êtes à Prague, troisième année de médecine,
10:56qu'il vous voit dans la rue, qu'est-ce qu'il vous dit ?
11:00Je ne sais pas vraiment parce que je ne parle pas anglais ni français.
11:03Vous n'avez rien compris.
11:05J'ai compris parce qu'il y avait une file de filles
11:08qui attendaient dans la rue pour assister à un casting.
11:11Donc j'ai à peu près compris.
11:13Il me prend la main, il m'amène vraiment jusqu'au lieu.
11:16C'était plein de journées.
11:18C'est là où je me retrouve devant un espèce de jury
11:21et il me demande de marcher.
11:23J'ai à peu près compris.
11:25Quelques semaines plus tard, j'ai reçu ce fameux billet d'avion pour Paris.
11:30C'est là où mon destin change complètement.
11:33Quand vous faites ce casting-là,
11:35c'est ce jour-là que vous comprenez que vous êtes incroyablement jolie
11:38parce que tout le monde vous le dit à ce moment-là
11:40et tout le jury est d'accord.
11:42Incroyablement jolie, c'est gentil.
11:44Merci pour le compliment.
11:47Non, parce que dans mon pays,
11:50on n'apporte pas beaucoup d'attention sur le physique déjà.
11:54C'est quelque chose qu'on ignore presque
11:57ou même c'est mal vu.
11:59C'était mal vu si une femme s'apprête de trop.
12:05L'accent est sur l'éducation,
12:07de la manière dont on se comporte.
12:11Le métier de mannequinat n'existait pas chez nous à l'époque.
12:16Encore une fois, vous êtes communiste.
12:18J'arrive en France et je suis habillée terrible,
12:22avec des vêtements qui n'existaient pas en France.
12:26Je suis un peu humiliée
12:28et je vois cette jolie fille autour de moi,
12:30des mannequins qui faisaient des castings avec moi.
12:33Je me suis dit que ça allait être très dur pour moi.
12:38Et ça a été très dur.
12:39Vous racontez à quel point c'est difficile
12:42parce que les premiers contrats, il n'y en a pas.
12:43Vous ne gagnez pas d'argent.
12:45Je vais très vite, je passe,
12:46mais vous racontez l'épisode du Nutella
12:47où pendant 15 jours, avec votre coloc,
12:49vous vous nourrissez uniquement avec un pot de Nutella
12:51parce qu'il n'y a plus d'argent.
12:52On n'avait pas d'argent.
12:53Cette période où vous dites que c'est compliqué,
12:55c'était compliqué.
12:56Ça a duré six mois.
12:57Donc vraiment, ce n'est pas non plus hyper lent.
13:00Ça allait plutôt rapidement.
13:04Ensuite, vous vous battez,
13:05vous décrochez les premiers contrats.
13:07Il y a notamment la pub Wonderbra.
13:09Vous racontez comment vous vous battez
13:10parce que la France entière vous connaît,
13:12pardon, pour cette pub-là aussi,
13:14et le monde entier vous connaît aussi.
13:16Ne dites pas pardon.
13:17Je suis très fière.
13:18Oui, oui, c'est vrai.
13:19Je retiens le pardon.
13:20Vous avez raison.
13:21Et là, il y a une chose sur laquelle vous insistez.
13:23Vous en avez marre que certains pensent
13:25que votre carrière a décollé
13:27une fois que vous vous êtes rapprochée de Christian Carambeu.
13:30Vous dites dans le livre,
13:31attendez les mecs,
13:32j'étais déjà connue, célèbre
13:34et j'avais déjà beaucoup de succès
13:35avant Christian Carambeu.
13:37Parce que c'est vrai.
13:39Parce que c'est vrai, je travaille énormément en Italie
13:41et je suis tout à fait indépendante.
13:43Je gagne très, très bien ma vie.
13:46Mais je pense que ces liens avec Christian,
13:49c'était aussi tellement sentimentale
13:51pour beaucoup de Français.
13:53C'était une époque...
13:55C'est 1998.
13:56Voilà, c'était une époque,
13:57c'était tellement incroyable pour tout le monde.
13:59Et nous, on sort comme un couple un peu phare
14:02parce que déjà on est un couple mixte,
14:04parce qu'un couple du monde,
14:05parce qu'on était beau, je ne sais pas,
14:07il y a un truc...
14:08On voit les photos, oui, je confirme.
14:11Mais c'était tellement chouette.
14:13Vous racontez toute la vie avec Christian Carambeu,
14:16la technique de drague un peu moyenne
14:17qu'il utilise au départ.
14:18Mais il s'est bien débrouillé, je trouve,
14:20malgré cette phrase.
14:22Il vous dit, qu'est-ce que vous êtes grande ?
14:24Pas très originale.
14:26Non, pas très originale.
14:27Mais bon, les coups de foudre,
14:28ça fonctionne très, très rapidement.
14:31Et la vie avec lui, pardon,
14:33est absolument dingue derrière,
14:35votre vie à l'époque.
14:36C'est à lire dans ce livre,
14:38libre en tout cas aux éditions de Luc.
14:40Ou le Duc, pardon.
14:42Le Duc, oui, je ne me trompe pas.
14:43Le voilà, ce livre.
14:44Merci beaucoup Adriana Carambeau
14:45d'être venue chez nous.
14:46Avec grand plaisir.
14:47Ce matin, c'était un plaisir de vous avoir
14:48sur le plateau du live.
14:49Merci à vous.
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