00:00 J'ai arrêté de boire, j'ai arrêté de fumer.
00:01 Ah vous êtes devenu chiant.
00:02 C'est marrant parce que dès qu'on dit qu'on arrête de boire, on devient chiant.
00:06 Alors que putain c'est bien de ne pas boire de l'alcool forcément.
00:09 Oh là là dis donc !
00:11 Mais quoi ? Je vous emmerde ?
00:13 Quand je vois cette vidéo, ce qui me vient à l'esprit c'est qu'en 2024,
00:19 ça m'étonne qu'on en soit encore là.
00:20 Qu'on émette à quelqu'un qui a fait ce choix-là d'arrêter de boire
00:24 que ce n'est pas drôle en fait.
00:26 Alors qu'on voit bien que cette personne, Artus, a envie de dire qu'il va mieux, etc.
00:31 Et cette petite moquerie, elle lit beaucoup je trouve.
00:34 Alors qu'il n'y a rien à juger, il n'y a rien à justifier en fait.
00:37 Je trouve ça hyper dommage.
00:39 Ces réactions qu'on voit sur le plateau, elles sont assez gênantes.
00:43 Mais en fait, moi ce qui me choque surtout,
00:45 c'est qu'on nie complètement une éventuelle souffrance.
00:48 C'est pour ça que j'ai été assez choquée par cette séquence sur le service public.
00:51 Parce que j'ai l'impression que les mentalités ont beaucoup évolué.
00:54 C'est vrai qu'on ne sait pas vraiment quoi répondre à ça.
00:56 Parce que c'est tellement stupide en fait.
00:59 Ça n'a aucun fond.
01:00 Ça véhicule des clichés, des carcans sur une francité qu'on essaye de nous imposer.
01:05 Beaucoup de gens, il faut le dire, arrêtent de boire parce qu'ils en souffrent.
01:08 L'alcool, ça peut être de la douleur, ça peut être des parents qui sont violents et qui boivent.
01:13 Ça peut être vous-même qui vous détruisez.
01:15 En fait, l'alcool n'est pas justement que amusant pour beaucoup de personnes.
01:19 Quand même, quand on sait que l'alcool est présent sur un féminicide, sur deux.
01:22 Quand on sait que l'alcool accélère les violences conjugales, les violences envers les enfants.
01:26 Je pense que c'est un vrai sujet de société.
01:28 Ce n'est pas qu'une tendance du sans-alcool.
01:31 Moi, je n'ai jamais interdit quiconque de boire.
01:34 Et tout le monde est libre de boire.
01:35 Et c'est super si les gens arrivent à boire et s'amuser, etc.
01:39 En fait, ce n'est pas la question, ce n'est pas le sujet.
01:41 La question est comment on fait pour vivre ensemble, avec des gens qui s'amusent en buvant,
01:46 d'autres qui s'amusent sans boire ou qui essayent en tout cas d'arrêter de boire pour plusieurs raisons.
01:50 Et juste apprendre à se solérer les uns les autres.
01:52 Ce qui est choquant dans cette séquence,
01:55 c'est qu'à aucun moment, Léa Salamé se dit que peut-être la personne qu'elle a en face d'elle,
02:00 ce qu'elle essaye d'imposer, la fait souffrir.
02:02 Réduire ce combat à une sorte de, comment dirais-je, d'esprit rabat-joie,
02:08 c'est vraiment nier la souffrance de beaucoup de personnes.
02:11 Aujourd'hui, on essaye d'ostraciser les sobres.
02:15 Et aussi, on n'en a pas parlé, mais on peut être sobre pour des raisons médicales,
02:18 parce qu'on a des troubles psy, parce que ça fait partie de notre culture, de notre religion.
02:23 Et donc, exclure toute une partie de la population parce qu'elle ne boit pas,
02:26 c'est quand même hyper violent.
02:28 Il y a, oui, un sentiment d'exclusion sociale.
02:30 Et je pense que cette exclusion, elle s'arrête quand on arrête de mettre des clichés faux derrière la sobriété,
02:38 quand on arrête justement d'exclure les gens et de leur faire des petites remarques qui paraissent rien,
02:43 mais en fait, qui sont hyper excluantes et stigmatisantes.
02:48 Si j'avais dit que j'arrêtais la coke, tout le monde aurait dit "putain, bravo".
02:51 La drogue et l'alcool, c'est très différent dans le sens où l'alcool, ça fait partie d'un patrimoine français.
02:57 Ça fait partie du terroir et ça fait partie de notre économie aussi.
03:00 Là où la drogue, c'est illégal,
03:02 donc tout d'un coup, il y a aussi une espèce de vision encore plus sulfureuse des choses, etc.
03:08 et que c'est très mal vu.
03:10 Donc encore une fois, je pense que l'alcool, ça fait participer aux choses
03:15 qui maintiennent une sorte de mythe un peu, je dirais, réactionnaire et masculin aussi,
03:20 masculiniste, enfin viriliste en tout cas, de la France.
03:23 Et c'est pour ça que, comme dans beaucoup d'autres secteurs, on peine à le déconstruire.
03:26 Mais qu'on y arrive, je crois, de plus en plus, tous ensemble,
03:29 et que c'est pour ça que c'est dommage que ce genre de séquences arrive sur le débat public.
03:35 Rire d'une personne qui essaie d'aller mieux,
03:38 je pense que c'est peut-être symboliquement et pour plein de raisons
03:41 quelque chose qu'on peut essayer d'éviter en France.
03:43 ♪ ♪ ♪
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