00:00 Mathieu Croissando, vous nous reparlez ce matin des Gilets jaunes. Pourquoi ?
00:05 Parce qu'il y a pile 5 ans, Emmanuel Macron devait prendre la parole.
00:08 Le pays sortait alors péniblement du mouvement des Gilets jaunes.
00:11 Et le président de la République devait prononcer un discours pour restituer ce qui retenait du fameux débat qu'il avait mis en place, vous vous souvenez,
00:17 et des milliers de cahiers d'oléances qui avaient été remplis par les Français pour l'occasion.
00:21 Mais vous vous souvenez de ce qui s'est passé le 15 avril 2019 ? Notre-Dame brûle, le discours passe à la trappe.
00:27 Alors on ne peut pas dire qu'il n'y a rien eu après le mouvement des Gilets jaunes, Nicolas Deoz nous le répète assez souvent, 17 milliards d'euros,
00:32 il y a eu une convention citoyenne pour le climat, mais les fameux cahiers d'oléances, eux, ont été purement refermés.
00:38 Mais où est-ce qu'ils sont ? Qu'est-ce qu'ils sont devenus ?
00:39 Eh bien justement, hier soir, dans le journal Le Monde, un collectif d'élus a publié une tribune pour que ces cahiers d'oléances soient mis en ligne
00:45 et rendus accessibles à tous, ainsi que le président de la République s'y était engagé.
00:50 Il y a des députés qui avaient demandé la même chose, et entre nous, on les comprend parce que c'était du jamais vu depuis la Révolution.
00:55 Mais aujourd'hui, les 19 899 cahiers citoyens qui avaient été ouverts dans les mairies, les comptes rendus des 11 258 réunions publiques,
01:04 tout ça, c'est consultable dans les archives départementales, aux archives nationales, mais les pouvoirs publics ne les ont jamais mis en ligne.
01:10 Mais pourquoi ?
01:11 Parce que ça coûte, évidemment. En plus, il faudrait reprendre les cahiers, parce qu'il faudrait anonymiser, notamment, certaines contributions,
01:16 les gens ne veulent pas forcément voir leur nom. Peut-être aussi parce que ça gêne, au fond, de rassembler et de mettre en ligne ce catalogue des mécontentements.
01:23 Peut-être, enfin, parce qu'on s'en fiche. Et c'est sans doute le plus désolant dans cette affaire, parce que les rares chercheurs qui s'y sont penchés
01:30 ont trouvé ça, au contraire, très intéressant.
01:32 Et justement, qu'est-ce qu'on peut y lire ?
01:34 Tout. Tout ce qui préoccupe les Français, leur quotidien, de l'infiniment petit à l'infiniment grand.
01:38 Vous prenez les transports, la santé, le logement, les services publics, les impôts, ce sentiment d'abandon, de rélégation.
01:44 Ce ne sont pas seulement des documents pour les futurs historiens, pour les aider à comprendre le passé.
01:48 Non, ce sont des documents pour comprendre le présent. Et c'est là qu'on se dit qu'on a la classe politique la plus bête du monde.
01:54 Notre pays enchaîne les colères.
01:56 Colère de la France périphérique avec les Gilets jaunes.
01:58 Colère sociale avec les retraites.
02:00 Colère des quartiers populaires avec les émeutes urbaines.
02:03 Colère du monde rural avec la crise agricole.
02:05 À chaque fois, on se dit "mais qu'est-ce qui se passe ?"
02:07 À chaque fois, on a convoqué des experts, on a commandé des sondages, on a mandaté, qui sait, des cabinets conseils.
02:13 À quoi ça sert si on n'écoute pas, si on ne lit pas tout simplement ce qu'ont dit les Français quand ils ont pris la parole ?
02:19 Et puis surtout, ce qui frappe, c'est cet immense gâchis citoyen, ce sentiment de "cause toujours" et "ferme ta bouche pour rester poli".
02:26 C'est une simple question de démocratie et de respect.
02:28 À un moment où on se lamente sur la déconnexion supposée des élus, sur le détachement des Français vis-à-vis de la politique,
02:34 il ne faudra pas attendre une abstention record ou un accident électoral, j'allais dire, pour venir pleurer après.
02:40 après.
02:41 Merci Mathieu.
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